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# Posté le jeudi 10 septembre 2009 12:07

React 2100 , Mercredi 17 heure.

React 2100 , Mercredi 17 heure.


Mercredi 17 heure.

A dix sept heure précise, Jackie reçut comme un coup de poignards dans le dos. Elle ressentit une lame s'enfoncer juste au – dessous de ses côtes et ressortir par l'avant, vers le nombril, un outil bien affûté et destiné à faire souffrir un maximum.
La femme se tordit de douleur, mais elle remarqua vite qu'aucun objet ne l'avait touché. Alors elle tenta de se calmer et maîtriser la situation. Elle marcha vers les bureaux, observa et contrôla si l'objet ne la suivait pas. Elle remarqua au fait que rien ne bougeait. Tous les objets semblaient inertes et tous les éléments électroniques ne fonctionnaient pas. Les ventilateurs de refroidissement des processeurs paraissaient éteints et pas du tout opérationnels. Un silence inexplicable apparaissait devant elle et aucun principe ne présageait à cette inertie. La terre semblait ne plus tourner et la vie semblait éteinte.
Toutes ses raisons inexplicables créaient un climat de peur et d'insécurité. Elle sentit soudainement seule, perdue au milieu du silence et du néant. Comme elle ne comptait pas s'approcher de l'élévateur et d'escalier, elle s'approcha à nouveau de la fenêtre. Elle se sentait attirée par cette espace.
Quand elle revint vers la fenêtre, les feux semblaient éteints et plus aucune voiture ne circulait. Le vent ne soufflait pas, il paraissait même inerte et la chaleur venait de diminuer ostensiblement. La femme baissa ses yeux en direction de la rue et elle se rendit compte qu'en bas, toutes les personnes avaient disparues, comme volatilisées, balayées en un coup de vent.
Elle releva sa tête et soudainement elle aperçue une forme s'approcher d'elle. Un bloc gélatineux, épais mais transparent. Cette forme translucide s'étalait d'un immeuble à un autre, avançait gentiment et gobait tout être vivant et tout être organique. Derrière apparaissait une image de l'horizon transformée et décalée. Une vue différente, comme si les angles avaient disparues et les perspectives avaient été modifiées. Une bonne idée de la quatrième dimension. Un monstre surnaturel difforme dont l'apparence trompeuse se mêlait aux images et aux reflets du soleil.
La femme regarda la chose s'approcher et leva son visage afin d'observer l'espace, comme si elle recherchait réconfort auprès de son mari si loin déjà. Un ciel bleuté mais indifférent et des nuages épars complètement inertes. Elle resta là, la tête en l'air, quelques secondes, mais revint rapidement sur le phénomène. Elle observa la rue entrain de se faire avaler et regarda en face d'elle. Cette masse traversait l'espace et venait gentiment vers elle. Elle devait l'avoir remarqué car des stigmates préconisaient son but imminent.
La dernière observation avant le duel dura quelques secondes et soudainement la femme n'hésita pas et s'élança énergiquement dans le vide. Un geste rapidement exécuté. Le reflex de Jackie surprit la chose car l'enveloppe s'épaissit rapidement autour d'elle. La femme accéléra très rapidement et au contact de cette masse, à mi chemin environ, son corps s'alourdit et ralentit ostensiblement.
Jackie eut peut être une prénotion ou un don. Ce sixième sens l'invita à prendre rapidement une décision et à attaquer cet élément de front. Elle ne se sentait certes pas sauver, mais dans cette nouvelle atmosphère, elle se sentit soudainement enveloppée d'une propriété spongieuse et feutrée. Son corps se mit à voler et son poids égalait celle d'une feuille. Elle rebondissait avec légèreté et pouvait scruter l'horizon sans dogme et sans faiblesse. Sur son dos poussait des ailes et durant l'espace d'un instant elle se sentit devenir un ange. Ce legs rêvé et enfin réalisé. Ce mystère enfin dévoilé.
Dans cette substance, sa conscience se divisait avec sa chair et plus elle descendait plus ce plasma s'épaississait. Cette densité de matière ralentissait sa descente et quand elle arriva en bas, ses pieds se posèrent au sol comme si rien d'évident ne s'était passé. Jackie venais d'être sauvée ou télé transportée. Son atterrissage demeurait sans encombre. La femme se plait à sa nouvelle nature.

Mercredi 17 heure 15.

La belle petite Gaëlle restait blottie dans les bras de son homme. Depuis une quinzaine de minutes, elle avait complètement changé d'attitude. Son inspiration venait de tomber dans les oubliettes du pouvoir et les circonstances la rendaient plus femme soumise et compréhensive. Son âme venait de bifurquer et la peur et l'angoisse l'envahissaient à mesure. Elle ne supportait d'ailleurs plus de rester seule dans cet appartement sordide et cloisonné, cette maison close flottante et insupportable. L'univers disparaissait et elle ne voulait, comme à son accoutumer, plus rester planter en face des ses miroirs comme si elle faisait partie des meubles et devait patienter le propriétaire pour sortir de son mutisme et égayer l'ambiance.
Dans cette atmosphère surchauffée et imprégnée d'une odeur malodorante, le téléphone retentit. Un appel interne provenant de la salle principale. Sarrey observait la chose comme si le plus grand diamant de l'univers lui appartenait. Des fréquences saccadées provenaient de l'élément et des ondes inaudibles transperçaient les cloisons en béton armé. La chose venait de donner des signes de vie et certainement des signes de supériorité et de pouvoir.
Le chef de meute patienta quelques minutes et répondit mollement. Le général attendait de l'autre côté. Les événements l'imprégnaient. Son humeur changeait et sa nervosité s'accentuait de plus en plus.
Les américains viennent de lancer leur seconde offensive. Plusieurs escadrilles ont réussi à contourner la lune. Ils sont lourdement armés !
Nous nous y attendions.
Mais tu ne veux pas déplacer le vaisseau ? Tu as bien vu ce qui c'est passé de l'autre côté de la lune tout à l'heure. La puissance de feu sera identique et nous sommes en plein milieu du champ.
Mais Sarrey ne fléchissait pas.
Je sais !

Quand sa fusée accéléra dû à l'attraction de la lune, Oliver se sentit soulagé car il savait sa vulnérabilité fléchir un instant. Son escadrille venait de se faire repérer par les radars ennemis, mais à ce moment là, ce problème restait peu important car à la vitesse ou les fusées étaient lancées, peu de pertes devaient être constatées.
Son colonel devant, ses hommes le suivaient sans vouloir s'arrêter. Ils pénétraient dans la nuit et la lumière faiblissait gentiment. Au loin, des éclairs jaillissaient et beaucoup de traces de fusées restaient figées pour une éternité éphémère. Des débris fusaient de partout et des restes d'ondes de choc se cognaient méchamment au fuselage.
Quand l'équipe changea de cap, l'accélération diminua et Oliver vit au loin, enfin l'armée martienne. Dans cet espace géant, les vaisseaux semblaient minuscules et complètement disparates. Une armée gigantesque comme celle de mars ressemblait à cet instant, à un vulgaire essaim d'abeilles avec sa reine au milieu. Des points rouges et des lumières jaunit dans le lointain.

Dans la salle de l'état – major général, le général Sari observa les mouvements ennemis et constata les avancés. Il s'approcha ensuite du micro et annonça sans équivoque, l'autorisation de la contre attaque martienne. Plusieurs fusées et missiles avaient été placés en mode géo stationnaire proche de pôles de la lune. Ces petits essaims disséminés restaient éteints et tentaient de ne plus rien émettre et devaient réagir les premiers quand l'ennemi allait tenté de passer par les pôles. Des mines flottantes très redoutables car les fusées lancées à pleine vitesse là où l'attraction était la plus forte, perdaient fréquemment leurs données et leur communication.

Quelque minutes plus tard, la fusée à Oliver s'approchait à moins de trente milles mètres de la lune. Un élément complètement hors sujet pour l'homme car il préféra rester concentré et tenter de résister au mieux à l'accélération. Les taches bleuâtres de la lune et les reflets du soleil empêchaient une vision correcte et à force d'instabilité, les instruments de contrôle perdaient leurs données.
Cette intense pression perdura durant quelques minutes et soudainement, le ciel s'éclaircit et chaque pilote retrouva ses appuis. La seconde bataille de la journée débuta dès lors et au désagrément des combattants, des milliers de points s'inscrirent en un instant sur leurs écrans de contrôle.
Une pluie de missiles traversa la zone proche de la fusée à Oliver et des centaines d'explosions et des percutions retentirent autour de lui, dans un secteur très condensé et si proche de la lune, que beaucoup de missiles, en perdition ou déviés par les brouilleurs, vinrent s'écraser sur les flans de la planète. D'impressionnantes explosions retentirent sur la surface de la lune et dans l'espace proche du pole nord de cette planète. De fortes résonances retentirent jusqu'aux oreilles des pilotes et plusieurs ondes de chocs se fracassèrent contre les fuselages.
L'armée américaine envoya au préalable, plusieurs milliers de missiles afin de contrer les missiles martiens stagnants. Ils contournèrent la planètes et arrivèrent malheureusement presque au même moment que les fusées. Des circonstances très critiques car dans la confusion, beaucoup de fusées furent directement touchées par des missiles ennemis.
L'escadrille du colonel Geletier tentait de foncer et passer en travers cette nuée de missiles sans pouvoir réagir et gérer quoi que ce soit. Une dizaine de fusées disparurent ou implosèrent dès les premières minutes du combat, mais comme leur trajectoire changeait et variait, à force, les pertes diminuaient et la troupe se compactait de plus en plus afin de rendre leurs cibles moins brutes.
L'état – major américain décida de concentrer ses forces en deux points, les plus sensibles. En fait l'armée venait de se diviser en deux et les deux groupes tentaient de passer par les deux pôles. La tactique n'était certes pas exceptionnelle et tout à fait prévisible, et la seule réelle surprise militaire concernait celle de la comète. Une surprise minimaliste car seule une petite escadrille pouvait éventuellement passer entre les mailles du filet tout en échappant aux radars ennemis. Un risque périlleux pour l'escadrille du Colonel, mais d'après leurs idéaux, tout à fait honorable.

Deux milliers de missiles explosèrent en l'espace de quelques minutes proche des deux pôles et dans un rayon très infimes. Cette si forte pression ravagea tout sur son passage et les opérateurs dans les salle de contrôle durent patienter quelques minutes pour pouvoir se rendre compte clairement de la situation.
Un léger stress marqua le regard du général sari. Il savait l'ennemi plus fort et ses minutes dans le noir total lui procuraient une sensation difficultueusement concevable et acceptable.

Dans l'autre salle, Sarrey regardait la même image. En face, la chose semblait diffuser sans discontinuité. Elle procréait à son maître, une sensation d'impunité absolue face à l'obstacle et à l'adversité.

Oliver, avec la pression causé par l'accélération de la lune, rajoutée celle de l'onde de choc, se sentit très mal. Mais il tenta de ne pas tomber dans les pommes, il lutta un maximum, souffrant des mains, des jambes et du visage. Quelques minutes très angoissantes défilèrent. Le pilote ferma même les yeux afin d'oublier et maîtriser cette souffrance. Une angoisse terrible l'infecta, il se sentit projeté hors de lui, ses membres vibrèrent en tous sens et son esprit tentait de divaguer. L'accélération semblait infiniment longue et semblait durer pour l'éternité. La minute n'en finissait pas, elle s'éternisait en un point précis, le point le plus terrifiant.
Au fin fond de cette nuit profonde, Oliver se sentit soudainement capable de reprendre le dessus. Il ouvrit alors ses yeux et devant lui apparut ces monstres de martiens.
Vingt deux fusées réussirent à passer en travers la zone de sécurité. Le fuselage de la fusée au colonel Geletier ne résista pas à l'onde de choc et l'escadrille se retrouva sans commandant. Un groupe de fusées se forma alors en une petite troupe éparse et sans conseils précis.

Un petit homme, l'opérateur de saisie numéro huit, intercepta les donnés en premier. Il informa son supérieur sans attendre et moins d'une minute plus tard le général Sari arrivait auprès de sa console. Les trois hommes comptèrent ensemble le nombre de fusées disparates. Vingt fusées, presque inaccessibles, s'approchaient de leur retranchement à une vitesse bien trop rapide pour pouvoir agir rapidement et adroitement.
Les trois hommes connaissaient parfaitement la man½uvre. Si un missile atteignait leur vaisseau, la déflagration pouvait les anéantir en un rien de temps. Du coup, tous les soldats membres de l'état – major se sentirent en danger. Soudainement toute la flotte, donc toute l'armée martienne se sentait en danger.

L'écran s'illumina subitement et tous les vaisseaux apparurent face à lui. Ils se situaient très proche et il put les apercevoir en mode visuel. Des bloques stables, en forme de météorites, complètement vides, inertes, paraissant sans défense. Oliver en comptabilisa une vingtaine. La radio fréquence revint et plusieurs pilotes se distribuèrent les rôles. Le temps d'un réflexe, d'un balbutiement et il intervint.
Je prends le douze !
Oliver le douze !
Une voix sourde répéta son nom et sans attendre le pilote déclencha son pilote automatique, il informa son processeur de sa priorité et sa fusée changea rapidement de trajectoire. Durant la man½uvre, l'homme tourna la clef de sécurité des lances missiles et enclencha par la même occasion, le compte à rebours.
Au loin, plusieurs missiles décolèrent du vaisseau. Oliver aperçut, sur sa droite, plusieurs scintillements, comme des lumières, des étoiles filantes.
La surface de la lune semblait aussi se rapprocher rapidement. Sa vitesse tombait mais l'impression d'apesanteur ne revenait pas. La masse se rapprochait à grand pas et Oliver dans son petit cockpit si ridicule par rapport à l'immensité de l'univers, devenait subitement une personne responsable et sa personne devint d'un coup très importante. L'officier mutait et se transformait en sauveur de l'humanité. Son destin l'appelait à sonner les cloches de la gloire et de la reconnaissance suprême.

Sarrey et sa femme sortirent de la salle et retournèrent rapidement à l'appartement.
L'homme voulait à tout prit voir la scène et demanda à sa femme de le suivre dans son antre. Dès arrivé au salon, ils s'assirent sur le grand fauteuil central et le gouverneur empoigna la télécommande. Il ouvrit la fenêtre comme s'il allumait la télévision et demanda à sa femme d'observer le spectacle.
Son esprit se voyait déjà maître de l'univers. Son règne s'abattait sur la terre.
Regarde là-bas. Au loin. Une fusée s'approche.
Il désigna un point noir du doigt. L'objet s'approchait rapidement et se dirigeait visiblement contre eux. Cette fusée ne devait normalement pas les atteindre.

Oliver regardait fixement sa cible. Le vaisseau se rapprochait rapidement et son système d'auto défense ne semblait pas encore en fonction. Un vaisseau presque intégralement éteint. Mis à part quelques flashes rouges, il semblait endormi, il n'émettait aucune fréquence et semblait se faire passer pour un météorite inactif. L'objet flottait dans l'espace et paraissait mort et complètement éteint.
Quelques secondes plus tard, le processeur avertit le pilote que la mise à feu pouvait se réaliser. L'homme posa son pouce sur le bouton rouge. Il regarda encore une fois en direction du vaisseau et sembla à cet instant, apercevoir une petite ouverture, comme un petite lucarne avec derrière, un appartement cossu avec ses canapés, ses armoires et ses tableaux muraux. Un court instant complètement surréaliste. Une vision aléatoire, curieusement magique et surtout impensable.
Cette seconde paraissait s'éterniser. La lune se rapprochait gentiment et le vaisseau grandissait rapidement. Un monde parallèle.
Juste avant d'entamer son geste, Oliver pensa rapidement à sa femme. Il aperçut son regard au fin fond de ses songes, rien qu'un instant, vraiment très court.
Quelques secondes plus tard, il pressa sur le bouton rouge et quatre missiles décolèrent sans attendre. Une fumée éparse envahit sa vision et quand la fusée dévia de sa trajectoire, il aperçut les missiles foncer droit sur le vaisseau.

La femme remarqua l'arrivée des projectiles car elle s'éprit de frayeur. A ses côtés, Sarrey ne réagit pas car il se sentit, à ce moment là, invincible.

Dix secondes plus tard, une énorme explosion nucléaire balaya tout sur son passage. Le vaisseau mère éclata en milliers de morceaux, ne laissant aucune chance à la vie.
En fait, une dizaine d'explosions nucléaires retentirent dans la zone cachée de la lune, ce qui provoqua une onde de choc gigantesque. Cette onde balaya tous les modules sur son passage et se fracassa aussi sur les flancs de la lune. Une lumière rouge étincela durant une dizaine de minutes autour de la zone. Un éclat rouge, radioactif, invisible de la terre mais paradoxalement magnifique. Ce rouge vif étincelait et se développait telle une rose s'ouvrant au grand jour. Un spectacle merveilleux et impossible. Un contraste hallucinant et terriblement original.
La vague contourna ensuite la lune comme si sa surface lisse ressemblait à une pierre des fonds marin. Son mouvement, à son touché, ralentissait et perdait de sa vitesse et de sa force. Une impression originale et complètement folle. Une nouvelle génération de tsunamis, complètement hors norme.

Quelques instants plus tard, cette énergie se rapprochait de la terre. Une forme étrange et surnaturelle, impensable. Un élément nouveau que seul une poignée de personnes sur la terre put observer.

Jackie se relevait gentiment de son choc avec le sol. Elle observa autour d'elle afin de vérifier si des personnes vivaient encore, mais son esprit fut vite rattrapé par la présence. La femme leva indubitablement sa tête vers le haut et remarqua, tout comme le peu de gens encore en vie, afin d'observer ce magma rougeâtre s'approcher de la stratosphère. Une gigantesque forme ronde et opaque avec une apparence trompeuse. Derrière ses traits, un monstre s'y cachait, avec des yeux globuleux et de gros sourcils froncés, l'air féroce et méchant.
La femme observa ce magma durant quelques minutes et revint un peu à la raison. Elle tenta d'apercevoir une personne, mais les rues semblaient désertes. Afin de ne pas perdre espoir, elle commença à marcher et longea plusieurs rues. Les avenues et les places restaient malgré tout complètement vides. Un silence absolu. Des boutiques et des restaurants totalement dévastés. Une ville anéantie, entièrement vidée de sa population.
Au bout d'une autre rue, elle arriva proche de l'école primaire. Son école, avec son préau complètement déserté. La femme tenta d'apercevoir au moins un enfant, mais personne, aucune âme. Un vide immense assourdi par cette présence et une atmosphère dénuée de vent et d'odeur. Un vide absolu, incomparable.
Derrière les barrières de la cour, elle tenta d'apercevoir l'allure de la fille, Lisa, mais aucune âme ne vivait, ni même un chat ou un chien. Encore moins un humain.
Après elle retourna vers son quartier, retrouva sa maison avec son jardin. Le décor restait figé, les feuilles ne volaient pas et on ne pouvait entendre un seul bruit. Un silence parfait, un état de grâce, une parenthèse surréaliste.

Dans la salle de l'état-major général des Etat - Unis, personne ne se bousculait. Les sièges étaient vides mais les équipements continuaient de fonctionner. Les écrans affichaient toujours les images et les plans de la bataille et les informations continuaient à affluer, mais visiblement personne ne réceptionnait les décharges. Une information en continue devenue inutile.
La table principale ressemblait à une table de réveillon au petit matin. Le président et les généraux semblaient avoir disparus dans la tourmente. Leurs fauteuils paraissaient encore tournoyer autour de leurs axes, la chaleur et leurs odeurs corporelles encore présentes. Elles se dissipaient gentiment et cherchaient à disparaître au plus profond des sous – sol de la base.

Dans le salon à Gaëlle, une petite musique douce apaisait l'atmosphère. Les assiettes et couverts déjà installés sur la table à manger, la propriétaire des lieux pouvait dès lors recevoir ses invités à s'installer pour le dîner.

Quant à la chambre, la chose ne bougeait toujours pas, aucun signe et aucun mouvement ne présageaient à une quelconque influence. Les appareils de contrôles n'indiquaient aucune présence. Aucune fréquence et aucune onde n'étaient à déplorer.

Le vaisseau ressemblait dès lors à une vraie orbite. Un satellite lunaire complètement mort et sans vie, flottant dans cette immensité telle un boulet disgracieux.

Les planètes du système continuaient à tourner autour du soleil comme si rien ne s'était passé. Une journée normale, très calme.







Daniel Gindraux, 2006, Réact2100, 34 heures.


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# Posté le mercredi 28 janvier 2009 18:07

React 2100 , Mercredi 15 heure 30 - Mercredi 17 heure.

React 2100 , Mercredi 15 heure 30 - Mercredi 17 heure.

Mercredi 15 heure 30.

Le général Sari se permettait d'inviter tous les généraux et les superviseurs de la salle de contrôle auprès de lui. L'état – major général comptait deux généraux, à savoir le général Karies et Berral, deux têtes brûlées sans états d'âmes et corrompus à l'ignobilité.
L'homme comptait établir un briefing et savoir surtout si les pertes ennemies pouvaient éventuellement les contraindre à rebrousser chemin. Mais ses subordonnées manquaient singulièrement d'informations. La bataille venait de se dérouler de l'autre côté de la planète et peu d'images vidéos avaient franchit ce nuage d'explosions. Pour les ingénieurs sur place, le problème se résumait aux interférences liées aux explosions ainsi qu'aux ondes de chocs provoquées par les déflagrations. En résumé, la bataille provoqua un petit trou noir et absorba par la même occasion, toutes les fréquences et toutes les ondes sonores. Une idée certes superlatif, un raisonnement très hâtif, mais cette solution plut néanmoins à Sari, qui voyait en cette fortune, une possible victoire de son armée.
Derrière, Sarrey restait calme et comme à son accoutumé, il n'intervint pas. Il reçut par contre un appel. Le message avait été envoyé par un opérateur de la salle de contrôle. L'homme l'invitait à se rendre compte par lui – même. Cette manne tombait à point nommée et à la vue des informations, Sarrey se demandait si son jour venait de sonner. Une petite voix sifflet à son oreille. Une musique douce. Le souffle d'une femme.
- Je vous laisse ! Je reviens.
Les généraux ne s'en aperçurent à peine. Leurs discussions les absorbaient trop pour se soucier finalement, du maître d'½uvre de ce carnage.
Sarrey quitta rapidement le lieu et marcha hâtivement le long des larges couloirs du vaisseau principal. Il bifurqua non loin et arriva vers la porte de la salle. Un simple contrôle de la rétine et la porte s'ouvrit.
Dans la salle, cinq opérateurs et deux ingénieurs observaient la chose. En fait, le groupe au complet !
Après un bref salut, un ingénieur l'invita à consulter les écrans de contrôle. Un petit homme espiègle, des cheveux laqués, tirés en arrière, une boucle d'oreilles dans les narines, le souvenir d'une époque révolue.
- Nous avons mesuré ses vibrations. Normalement, dans un vaisseau, tous les corps doivent bouger et se mouvoir de la même manière, seules leurs fréquences et leurs vibrations changent. Pour ce qui est de cette masse, elle vibre normalement, comme une masse inerte ordinaire de la même dimension. Mais ce qui nous a averti, se sont les ondes que nous avons captées autour d'elle ses vingt dernière minutes. En fait, les ondes produites au alentour s'avèrent être totalement différentes de celle captées dans le vaisseau. Elles sont différentes, son spectre ne correspond ni à un son et ni à une image. Une nouvelle onde dont cette masse serait l'émettrice.
L'ingénieur, les yeux grand ouvert tel un acteur de cinéma, d'un seul nom, désigna la masse du doigt.
Sarrey, sans son rendre compte, suivit son doigt et observa cette masse. Il la connaissait sous toutes ses coutures et toutes ses formes. Un objet inanimé absolument fascinant. Une maîtrise totale de la matière et surtout une arme redoutable.

Mercredi 15 heure 30.

Jacky se retrouva seule dans ce vaste office. Pendant que les rats quittaient le navire, elle resta figé devant le poste de télévision, pétrifié à la vue d'un désordre général et improbable.
Les chaînes s'interrompirent d'émettre les unes après les autres. Leurs informations en continu, entrecoupé de publicité, laissèrent place à une pagaille et un désordre invraisemblable. Soit c'était les techniciens des chaînes qui ne pouvaient plus suivre dans leurs programmations habituelles ou soit c'était l'émetteur qui faisait défaut ou ne marchait plus, en fait l'un dans l'autre rien ne fonctionnait et tout présageait à un noir très proche.
Les yeux de Jacky restèrent figés un bon moment. Mais la femme se lassa gentiment aller et décida soudainement d'y voire plus clair. Elle s'avança vers la fenêtre et observa la scène.
En bas, d'énormes incendies se surélevèrent un peu partout, les sirènes des pompiers témoignaient de leur innocence et les files de voitures ne s'alignaient plus comme à l'accoutumer. Une désorganisation folle s'implantait partout et n'import ou. Des flammes détonaient des entrepôts et des battisses commerciaux. Une population pétrifiée. Des gens affolés tentaient de trouver une issue à ce problème. D'en haut, la femme pouvait apercevoir des formes humaines dont seules les têtes prédominaient. Une fourmilière géante en état d'alerte maximum.
Bien sûr, cette guerre subite et inopinée avait provoqué cette désorganisation totale. Mais malgré ce pressentiment que le tout à chacun détenait, cette ultime prédiction, cette fin certaine ou probable, le problème de cette chose infecte régnait. Car malgré toutes les mesures, toutes les recommandations et toutes les informations, aucun scientifique informait la population du danger et des conséquences du drame. Un élément nouveau apparaissait dans l'air, dans le ciel et dans le sol, et personne n'osait confirmer cette surprenante découverte. Les médias ainsi que l'administration, toutes ces personnes bien pensantes persistaient à ne rien voir qu'un malaise général. Une hypocrisie cette fois–ci, flagrante, régnait en maître au sein des gouvernements de toutes les nations. Un silence radio total, un bloc out incompréhensible et inimaginable pour cette populace totalement démunie et intégralement soumise à l'autorité.
Jackie palpa légèrement la vitre et ressentit une légère secousse. A cet instant, elle comprit d'où le mystère provenait et qu'est ce que cette chose était venue chercher. Elle savait ces ondes puissantes et impénétrables. La terre se soulevait et les ondes et les fréquences se démultipliaient, elles se divisaient de la même manière que des cellules. Elles s'auto généraient, s'auto alimentaient et s'auto propulsaient dans l'espace. Un modèle unique, incontrôlable et surtout, inévitable.

Mercredi 15 heure 45.

Au centre de contrôle, le président Edward restait muet. Cette bataille gigantesque le surpassait. Ses années d'expérience en politique lui avaient prouvé qu'une simple négociation pouvait résoudre n'importe quelles problèmes. Mais là, à cet instant, la réalité venait de prendre le pas sur l'idéologie, sur la politique, sur le débat et sur la manipulation. Cette guerre subite dépassait tout entendement. Toutes ces déflagrations d'un mauvais genre annonçaient la fin d'une époque et une nouvelle période devait naître sur les cendres de l'ancienne. Un sentiment de déjà vu s'amoncelait et cet instant se répétait forcement dans l'histoire des hommes. Après le traité de Versailles et la prise de Berlin, voilà la prise de mars, complètement surréaliste. Après la guerre des tranchés et d'usures, la guerre éclaire, voilà la guerre express, comme l'avait souligné un journaliste.
Cette guerre et cette bataille si rapidement jouées et interprétées, entraîna les président, durant un lapse de temps très court, à se poser néanmoins la question si son état se situait bien et effectivement dans le bon côté de la barrière et des choses.
Devant lui, le général Kost demandait à ses hôtes de s'asseoir un court instant autour de la table. Tous les généraux présents dans la base et plusieurs officiers conseillers s'installèrent. Certains hommes portaient le masque des mauvais jours, mais la majorité sereine se résignait à tenir le rôle de leurs vies.
- Nous venons de recevoir les premiers résultats. Je vais les commenter moi-même.
Il observait fixement l'écran principal. Les nouvelles du front ne pouvaient qu'être mauvaises. La totalité des troupes de la première vague d'assaut venaient d'être radiées des prompteurs. Les fusées incluses dans la seconde vague se battaient encore. Concernant cette vague, les spécialistes estimaient les pertes actuelles à cinquante pour-cent. Une quantité trop élevée pour poursuivre le combat.
- La troisième vague ne doit normalement pas être utilisée. Par rapport aux résultats, nous sommes obligés de passer au plan B. Je pense que vous connaissez tous ce que le plan B implique.
En fait, il s'adressait là directement à son président. Il le fixa du coin de l'½il et passa aux problèmes suivants. Edward comprit instantanément et empoigna le portable rouge. Il pianota le code alors que les autres protagonistes l'observaient, et il patienta.
La ligne sécurisée paraissait étonnement claire et sans interférence. Elle ne devait pas être brouillée.

Quand Sarrey revint à la salle de commandement, le général Sari, presque sans intérêt, lui montra le portable rouge retentir dans cette espace sobre et malgré les conditions, calme et sereine.
- La guerre des mondes !
Sari souriait. Son ironie face au désastre et au désordre ravivait son esprit. Il s'estimait personnellement, se situer entre le machiavélisme et l'anarchisme. L'univers n'en finissait pas de bouger.
Sarrey ne se préoccupa pas de ses sarcasmes et enclencha l'haut-parleur. Une voix calme et sereine retentit. Malgré le filtrage, des grésillements persistaient derrière ce ton peu méconnu.
- Vous savez qu'il y a un problème quelque part !
Les membres de l'équipe voulaient tous chanter non en c½ur. Sarrey écoutait son interlocuteur paisiblement. La voix du président Edward résonnait depuis longtemps en travers toute la galaxie, mais ce jour là, l'entendre s'adresser à une seule personne, rendait ses propos extrêmement pathétiques et délectables. La voix du maître voulait négocier, parler en toute simplicité, un honneur irréel et pour le dévolu à Sarrey, irrecevable.
- Vous pouviez me joindre avant votre contre-offensive !
- Vous n'aviez aucune raison de nous agresser !
Sarrey cherchait ses mots. Le président voulait juste en savoir plus sur le phénomène, des conditions ou négociations paraissaient intolérables.
- Si une chose vous effraye, capitulez !
- Nous n'avons aucun intérêt à cela !
- Alors craignez !
La discussion s'interrompu, Sarrey raccrocha, son esprit voyait cette chose propice à sa victoire. La terre tremblait, maintenant elle pouvait disparaître dans le néant.

Mercredi 16 heure.

Au plus profond d'une lointaine nuit, l'escadrille arriva enfin à bon port. La fusée d'Oliver bifurqua adroitement derrière la comète et sa vitesse se stabilisa par rapport à la diligence de cette masse. Ce large caillou tournoyait sur lui-même et avançait telle une lente caravane dans cet espace obscure. Proche de la surface, une navette de relais Pixters attendait les fusées. L'amiral Vectors ce bon prince, dès l'annonce de l'attaque, eut le réflexe d'avancer la date d'exploration de cette comète, afin de protéger son engin des missiles et aussi, sortir de toutes détections radars. Une astuce lui valant certainement une médaille et une mutation.
Certes, la navette ne pouvait pas recharger autant de fusées, mais le plus important pour l'escadrille, c'était le fait de pouvoir arrimer toutes les fusées autours de la navette et patienter sans se faire remarquer. La comète avait tourné autour de la terre durant la nuit et augmenta, par la même occasion, sa vitesse. Maintenant elle tendait à s'éloigner de la lune, repoussée, elle prenait la direction de l'infini et devait quitter le système solaire. La mission de la navette relais consistait à la base, à venir se stabiliser en mode géo stationnaire autour de la comète et profiter de sa faible attraction pour tenter de voyager dans son sillage tout en économisant du carburant. Une mission scientifique et d'exploration.
D'après l'état major américain, l'ennemi avait omis cette option, mais personne ne pouvait confirmer ce choix avec certitude.

Mercredi 16 heure 15.

Quand Gaëlle pénétra dans la salle de commandement, l'ambiance sereine et habituelle s'estompa un peu et un léger effroi s'accentua. Les opérateurs jouaient à ne pas l'avoir aperçu, mais tous ressentir, dans leur aspérité et leur fausseté, cette nouvelle période de bouleversement.
Le général Sari se retourna vers elle, fit mine d'une soudaine surprise, mais la jeune femme ne jeta aucun ½il sur lui et marcha vers Sarrey. L'homme l'avait entendu arriver et préférait regarder en face, en direction de la grande lucarne. Le reflet des bases en feu sur la lune, créait un spectacle hors du commun.
- Qu'est ce qu'ils ont demandé !
Sarrey jouait le jeu du fourbe. Il continuait à observer l'espace.
- La mission suit son coure !
- Une mission !
Personne ne les regardait, mais toute l'assistance tentait de suivre.
- Tu appelles cela une mission ? Tu n'as pas remarqué, elle est en train de nous bouffer ! Elle va nous tuer ! Tu le sais. Elle s'empare de tout, elle pénètre partout et elle nous observe. Elle est déjà là ! Déjà en nous !
Sarrey l'observait malicieusement. Dans sa mesure, il pensait l'intervention d'une femme, normale et habituelle. La vie de couple n'épargnait pas la vie d'un chef d'état. Une légende héritée du vingtième siècle.
Il voulait la prendre dans ses bras afin de la protéger, mais connaissait le sourire hypocrite et moqueur du général sari. Il sourit gentiment. Il comptait exprimer son grand calme et sa parfaite sérénité.
- Tu peux être rassurée, nous maîtrisons le phénomène. Nous somme en guerre, beaucoup d'interférences et de brouillages nous abasourdissent.

Mercredi 16 heure 30.

Jackie n'arrivait pas bouger de sa place. Elle regardait toujours devant elle. En face, le spectacle s'assombrissait, le ciel semblait s'obscurcir avant l'heure. Les files de voitures se transformaient en lambeaux de flammes, comme si tous les réservoirs de la ville explosaient les uns après les autres. Des déflagrations violentes et incompréhensibles. Une quantité énorme de foyers prenait feu sans aucune raison. Des flammes s'illuminaient au loin comme un monstre de feu. Les flammes de l'enfer. Au fond, une fumée acre brondissait, semblait aspirer l'atmosphère et absorber la lumière.
La femme baissa ses yeux et aperçut en bas, dans la rue, un femme courir. Elle tentait de fuir un état incompréhensible. Elle tentait d'agiter ses bras afin d'expulser cette chose qui la suivait. Sa course paraissait ne jamais aboutir, la femme ne savait pas ou aller, elle recherchait, parmi une petite foule désarmée, la solution de son malaise soudain, la voie à suivre ou le sérum. Mais visiblement personne ne pouvait rien car tout le monde sentait cette odeur et pressentait cette constance. L'être se développait en eux et personne ne pouvait comprendre cette infortune.
Jackie ressentait aussi quelque chose en elle. Une chose se développait dans son corps et elle ne savait pas la combattre. Une pression dans le bas ventre, imperceptible et insondable, la faisait souffrir. Une sorte de mouvement balancier l'oppressait, parfois proche de son estomac et parfois proche de ses intestins, mais jamais au même endroit. Un mouvement souple ou strié, mais jamais la même pression.
Soudain, la femme retira sa main de la vitre et recula rapidement. Elle revint sur ses pas et s'appuya contre le mur du fond, à quinze mètres de la vitre. Elle patienta quelques secondes et soudainement un souffle très puissant se cogna contre les vitres. Un choc violant ! Un puissante force ! Les vitres éclatèrent alors en éclat, se brisèrent comme du cristal et des milliers de débris se propulsèrent un peu partout. Une percussion rapide et efficace. Un souffle précis, explosant les vitres blindées en un rien de temps.
La fille tressaillit de peur mais ne bougea pas. Elle restait pétrifiée mais ne comptait en aucun cas se laisser influencer par ses événements externes. Son esprit comptait résister et aucun événement ne pouvait influencer sa volonté. Une bataille évidement inégal.
Au loin, les gens semblaient disparaître dans un flot d'incompréhension. Ils disparaissaient sans laisser de traces.

Mercredi 16 heure 45.

Le président Edward observait les écrans de contrôles avec consternation. On venait de lui dire qu'en face de la lune, à l'endroit ou la bataille venait de se terminer, que plus beaucoup d'équipements ne fonctionnaient. Un carnage. Le désastre se prévoyait gigantesque à cet endroit là. Toutes les unités avaient disparu dans ce méandre. Il ne restait rien que de la poussière, des débris et de la radioactivité planchéiant.
Plus loin, vers la planète bleue, l'onde de choc, si violente, mis hors service une quantité énorme des fusées dont l'usage devait servir à défendre la terre contre les missiles ennemis. Les vaisseaux en mode géo stationnaires ne réagissaient plus non plus et n'émettaient pas.
Les caméras lunaires et spatiales filmaient au loin, derrière la lune, une nuit noire, une forme inexplicable et incompréhensible car elle arrivait à dissimuler, de façon détournée, le reflet des étoiles. Une enveloppe opaque, presque gélatineuse. Un trou noir béant, absorbant chaque élément un par un, minutieusement et admirablement.
Ce phénomène ne s'expliquait pas. Les événements se précipitaient et aucun scientifique ne pouvait développer cet élément. Cette chose se rapprochait et semblait entourer la terre de part en part. Elle avançait à grande allure et absorbait toutes matières solides, liquides et gazeuses.
En face, les écrans de télévision semblaient éteints. Les chaînes de télévision ne diffusaient plus et créaient de ce fait, un grand vide parmi les salariés de la base. Les soldats se sentaient démunis et éloignés de toute civilisation.
Le général Kost le regardait avec insistance. Son stress marquait son visage. Malgré l'urgence, il tentait de ne rien transparaître, mais sa transpiration sur abondante le trahissait.
- Oui mon général ! Vous avez le champ libre.
Après ces mots, le général n'eut rien à redire, les opérateurs comprirent exactement ce qu'ils devaient accomplir et n'attendirent pas pour tenter de retransmettre l'information.

L'armée américaine devait passer au plan B de la mission. Les ogives nucléaires plus puissantes pouvaient être activées et lancées contre l'ennemi. La puissance de feu devait être si gigantesque, que certains scientifiques, après avoir lu les comptes rendus de simulations informatiques pour ce cas de figure précis, acceptèrent la possibilité qu'avec une telle décharge, la lune pouvait éclater en plusieurs morceaux et provoquer de ce fait, une accélération rapide de la rotation de la terre et provoquer indubitablement la fin de la vie sur celle - ci.
Cette idée parvint aux oreilles des militaires. Elle resta un certain temps comme une possibilité que l'ennemi pouvait prévoir. Éliminer toutes vies sur terre provoquerait une victoire sans condition pour les martiens.

Mercredi 17 heure.

L'opérateur de transmission de la navette Pixters, peina à interpréter et déchiffrer le dernier message provenant de la terre. Le décodage ne semblait pas régulier et le contenu des informations peinait à arriver dans la mémoire de son processeur. Quand la transmission termina, il décoda rapidement et appela un camarade afin de transmettre le papier au commandant. Un message sur seulement trois lignes. Deux procédures à respecter et un code de sécurité.
L'amiral Vectors déchiffra rapidement le message et comprit très vite le contenu. En fait, les ordres se résumaient à peu de choses. Le code rouge ou noir venait d'être énoncé et cela signifiait qu'un seul point, à savoir que l'armée américaine devait lancer toutes ses forces dans la bataille. Ses puissantes ogives nucléaires pouvaient toutes être activées et envoyées sans autres contre l'adversaire. L'ennemi se situait derrière la lune et sur mars. Les deux zones devaient être rasées au plus vite. Les consignes étaient claires, simples et directes, toute la puissance de feu devait être envoyée sur ses deux zones au plus vite. Un maximum d'ogives devaient atteindre leurs buts afin d'assurer à l'américaine et la planète toute entière, une victoire importante pour le futur de l'humanité.
La victoire pour l'humanité !
Le commandant Vectors n'en revenait pas. Après trente années au sein de l'armée américaine, il n'avait jamais entendu l'un de ses supérieurs utiliser ces termes. Ce vocabulaire n'existait pas. L'armée américaine, en pleine expansion dans le système solaire, ne combattait plus depuis longtemps et le fait d'une guerre probable restait dans l'imaginaire des officiers et des stratèges. L'abstrait avait depuis longtemps dépassé le concret et personne ne connaissait les faits et méfaits d'un conflit rapide et extrêmement ravageur.

Les opérateurs de la navette, pas ondes courtes, transmirent sans équivoque les nouveaux ordres provenant de l'état – major général. Oliver, toujours bien attaché à son siège, écouta soigneusement ces informations. Sa fusée était porteuse de deux missiles nucléaires à courte portée et c'était la première fois que ses supérieures lui demandaient d'armer ses ogives.
Dès son ordre reçu, il s'activa sans attendre. Il connaissait la procédure presque par c½ur, mais décida de suivre les instructions inscrites sur son écran. A ce moment là, il se sentit un peu important face à cette informatisation, car il dû ouvrir un boîtier, prendre un clef, l'insérer dans la serrure, commuter et introduire un code.
Dès lors, sur l'écran, un petit écran rouge s'afficha en permanence. Elle informait clairement les risques du chargement. Une information certes presque inutile, car à ce moment là, le pilote se retrouvait seul face aux risques encourus. La puissance des missiles pouvait pulvériser facilement la comète tout entière et les chances qu'un accident se produise restaient infimes mais néanmoins probables.
Quelques minutes plus tard, l'amiral souhaita bonne chance à l'escadrille. Le colonel Geletier lui répondit. Il continua en souhaitant bonne chance à son tour à son escadrille et informa à tous que cette attaque n'était pas obligatoire et n'importe qui pouvait se désister. Mais il n'eu évidemment aucune réponse. Ses hommes se portèrent volontaires et cette question, à cet instant de la partie, ne rentrait en aucun cas en ligne de compte. Ses hommes restaient conditionnés et la seule idée d'un retrait probable n'était évidement pas acceptable.
Dès la fin de la retransmission, les événements se précipitèrent. Une par une les fusées décolèrent et filèrent dans l'espace en longeant un court instant, la traînée de lumière laissée par la comète, et disparurent dans le lointain.
Plusieurs fusées décolèrent devant lui et son tour arriva enfin. Une forte secousse retentit soudainement et la fusée démarra très rapidement. Durant l'accélération, Oliver resta collé à son siège sans ne rien pouvoir faire, mais garda néanmoins se yeux ouverts et pu apercevoir cette lumière intense provoquée par la comète. Un spectacle rare et magnifique.

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# Posté le lundi 26 janvier 2009 12:04

React 2100. Mercredi 14 heure.

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Mercredi 14 heure.

Le président Edward, de par un petit geste de la tête, acquiesça gentiment. Autour les généraux prirent notes et transmirent rapidement l'information à leurs subordonnés.
- Faites !
Il intervint ensuite presque dans l'indifférence générale. Ces messieurs venaient de prendre les devants à cette heure dite et face à leur détermination aucun aléa n'allait arrêter ce train en marche. Une contre – attaque organisée rapidement, sans minutie, dont les potentielles de victoires se délimitaient probablement au fait que pour une seule fois dans l'histoire de l'humanité, les grandes armées de ce vieux monde allaient combattre ensemble et aussi se laisser diriger par un état – major central et unique. Un fait certes historique mais qui laissait surtout entrevoir, en cette aventure, une défaillance générale des institutions et des démocraties face à un ennemi basé hors de la planète. Une puissante attaque qui convint toutes les nations à accorder toute leur confiance à l'autorité américaine. Un jour unique dans l'histoire mondiale.

Les premières fréquences survinrent dans les centres de commandement moins d'une minute après le signale. Les amiraux des satellites terrestres et des navires spatiaux communiquèrent directement l'information à leurs subordonnés et quelques minutes plus tard les premiers missiles s'élancèrent violement dans l'espace depuis leurs soutes spécialement conçues pour leurs tailles.
L'exemple du navire Montana. Cette masse pouvait contenir à son bord jusqu'à deux mille missiles à longues portées et deux cent fusées rapides. Deux mille soldats cohabitaient dans cet espace confiné entre les puissants réacteurs, les soutes à matériel, les hangars et les interminables couloirs. Une petite ville aménagée pour accueillir des hommes obligés d'y vivre trois mois par sessions. Un monde à part, habituellement calme et serein, mais ce jour – là, une activité spéciale animait le secteur. Les militaires paraissaient très anxieux et nerveux, un stress permanent et certes incohérent même si le niveau d'alerte rouge venait d'atteindre sa douzième heures d'affilées. Un record en matière d'exercices.
L'amiral Spekt tentait de ne pas exhiber son anxiété. Dès qu'un opérateur lui annonça la nouvelle, il se précipita vers son décodeur, décrypta le message en quelques secondes et revint à sa place, au centre de commandement, afin d'autoriser l'expulsion de la majorité de ses missiles. Des ogives puissantes, une force de frappe phénoménale.
Dès les premiers missiles lancés, les hommes distinguèrent les premières traces, les premiers sillages à l'horizon, des missiles programmés pour foncer droit en direction de la lune. Des vagues successives, des petits points noirs dans l'espace, filants à toutes vitesses et ne décelant rien d'émérite, mis à part le fait de ces machines, redoutablement puissantes et destructrices.
L'amiral Speckt, malgré ses trente années d'expérience au sein de la marine américaine, apercevait pour la première fois de sa vie, un spectacle aussi gigantesque et fabuleux. Tous ses entraînements, toutes ses simulations, il pouvait aujourd'hui, se rendre compte de sa réalité. Presque un jour d'exaltation pour sa personne, son jour J venait à point. L'homme dans sa demeure, retenait presque son éclatement de joie, il décrochait enfin une guerre, son premier front, sa chance de survie. Depuis le temps qu'il attendait ce jour, il tombait presque à point.
Les écoutilles se refermaient gentiment devant leurs yeux, en cas de guerre, le navire s'auto blindait, les soldats redevenaient des taupes.

Quand l'attaque se programmait dans son module, Oliver dormait légèrement. Il se réveilla subitement et aperçut son tableau de bord se métamorphoser. Les instruments alors mises en veille, se mirent à clignoter et les moniteurs ouvrirent de nouveaux écrans avec de nouveaux plans jadis tops secrets. Une nouvelle carte apparut ainsi qu'un nouveau plan de vol. Une banque de données, parvenue directement depuis le centre militaire d'Arizona, une gestion de données déjà auto programmée et virtuellement testée, des émulateurs misent en marche pour la circonstance et qui durant deux heures, programmèrent l'attaque finale en fonction des forces américaines et des forces probables ennemies. Le calcul se terminait une victoire finale avec des pertes moyennes, un résultat, pour l'état – major général, considéré satisfaisant.
Oliver se réinstalla correctement, but une gorgée d'eau et observa le processus se terminer. L'image de sa femme lui apparut alors telle une lumière ne s'éteignant jamais. Il l'avait quitté à l'aurore et l'après – midi même sa position derrière la terre semblait, au vue de ses supérieurs, être un endroit stratégique. Dans l'histoire mondiale, jamais une telle man½uvre n'avait été tentée. Les journalistes notaient déjà, l'opération de ce jour devait battre, en matière de coûts, tous les records. En seconde position tout le monde se souvenait de la mission habitée vers Saturne, mais bien loin et moins célèbre, le débarquement de Normandie, le premier pas sur mars et le premier pas sur la lune. Des souvenirs d'école.

Dix minutes plus tard tous les missiles et toutes les fusées avaient démarrées. Les pilotes pouvaient observer, sur une carte grossière représentant l'espace entre la terre et la lune, deux groupes distincts, deux masses, deux essaims. Le premier groupe représentait les missiles et le second les fusées. Peut – être dix mille, voire plus avec les forces étrangères. Un exercice de styles pour les centaines de programmateurs au sol, modifiant sans cesse les trajectoires de leurs engins en fonction des mouvements de l'ennemi. Des courbes circulaires, ambulatoires, des accélérations inopinées ou réduites. Des pilotes sans cesses secoués dans leurs cockpits, incapables de gérer leurs équipements.

Au centre de commandements des forces américaines, la tension se présentait palpable, visible. Même le président prenait part au stress, debout en face des multiples écrans de contrôles géants, il tentait de comprendre au mieux le processus. Les groupes de missiles avec leurs mouvements circulaires paraissaient aléatoires, car souvent les indications provenant des détecteurs pirates disposés sur la lune, n'informaient pas tous les mouvements et tous les changements de positions. Parfois même un détecteur disparaissait des écrans, anéantis par l'ennemi.
Une guerre stratégiquement très compliquées, très stressante car l'état-major pouvait en connaître l'issue le jour même. Une douleur presque assassine. La guerre des deux jours, pas plus.

La fusée d'Oliver, par rapport à ce qu'elle pouvait produire, accéléra lentement. Une indication très importante pour l'homme car il comprit que sa division allait combattre en fin de partie, au sein de la troisième vague, ce qui le réconforta dans sa pensée. Juste le temps d'observer le lever du soleil sur l'atlantique nord et la fusée bifurqua dans la nuit, au – dessus du Gr½nland. En ascendance particulière à ce moment là car la pression augmentait gentiment dans l'engin, une impression bizarre et pour une partie du public, une sensation désagréable et très insupportable.

Vingt minutes plus tard l'armée dépassait la mi parcours. A cet instant, les deux fractions s'occupaient à rectifier les données et les positions, à déplacer leurs pions en fonction d'une éventualité probable. Des résultas provisoires instables et incompréhensibles. Le plus grand des spectacles de tous les temps mais aussi le jeu le plus dangereux que les êtres humains vivaient et subissaient.
Les généraux et le président restaient à l'affût du moindre indice, mais leur action se prévalait à n'être d'aucune nécessité, car l'action se déroulait sans leurs aides. Les processeurs régnaient en maître, et à cet instant, plus aucune décision n'appartenait à l'être humains. La plus grande bataille informatisée se développait dans l'antre du système. L'armée américaine redoutait un nombre de victimes élevé, un officier de liaison avait déposé sur la table tout à l'heure, une petite fiche signalétique jaune, le président l'avait lu presque par m'égard car elle ne lui était pas directement destinée. L'Amérique pouvait s'attendre à dix mille militaires tuées au mieux, et si une ou plusieurs ogives atteignaient le sol, l'on pouvait incrémenter le nombre de mort sur terre par environ un million par un million.
Des chiffres alarmistes totalement effrayants.

De l'autre côté, Sarrey et le général Sari se tenaient côte à côte face à leurs destins. Leurs écrans retransmettaient exactement ce que l'état – major adverse pouvait apercevoir. Les mêmes mouvements de troupes, les mêmes graphes et les mêmes vues. Peut – être, seuls les statistiques mentaient à la faveurs des programmeurs. Une futilité certes inutile, mais cette version factice des faits servaient uniquement à améliorer le moral des troupes. Alors que tout le monde connaissait ce procédé, l'usage n'avait pas changé, l'institution modifiait les chiffres afin de satisfaire le peuple. L'argument marketing à l'usage de la psychologie dont tout le monde se fichait, car tout le monde connaissait la feinte et de tout façon, des courbes que personne ne prenait en compte car tout le monde savait celles – là de toute façon faussées.
Mais mêmes si à cet instant, la partie ne donnait pas forcement la terre gagnante, les deux hommes rêvaient de cette victoires inopportunes, ils rêvaient ce monde leur appartenir, ils comptaient afin arriver à leurs fins, à savoir régner au sein d'une atmosphère oxygénée naturellement, une vie qu'ils ne connaissaient pas mais qu'ils comptaient se procurer, et quitte à assassiner la moitié de la population terrestre.
Deux généraux menaient principalement leur bataille. Le général Karies et le général Berral venaient de donner leurs accords pour lancer à leur tour leurs missiles. Ils comptaient, dans ce principe, éloigner la bataille de la lune et de ses satellites. Une astuce certes prémédité, judicieuse certes, mais de tout les façons, obligatoire, et donc pas du tout inattendu pour l'adversaire.
La vague de missiles devait contourner la lune. Grâce à la gravitation, ils allaient prendre de la vitesse et de l'autre côté, foncer droit vers les missiles adverses, et ainsi profiter de leurs vitesses légèrement supérieurs, ce qui devait permettre aux opérateurs d'ajuster leurs visés plus facilement que l'ennemi. Une tactique certes que tout le monde connaissait et une bataille expéditive qui allaient rapidement mettre les armées à nues et aussi, évidement, dévoiler le futur vainqueur de l'affrontement.

Un peu plus tard, le président reçut la confirmation de la contre offensive de l'adversaire. Certes c'était presque avec soulagement qu'il apprenait cela, car même si le choc allait être terrible, l'homme préférait voir en cette option aucune surprise militaire de l'ennemi. Le jeu vidéo se déroulait comme il se l'imaginait. Le film ne laissait rien entrevoir comme suspens et seul l'émotion devait agir en son milieu. Et rien d'autres.

Alors que les premiers missiles se positionnaient afin d'intercepter l'opposant, le centre de commandement du principal vaisseau allié le « Terria », intercepta les premiers stigmates du malaise ambiant. Des annonces subites et des informations inopinées relataient des problèmes de fonctionnements et de comportements au sein de l'armée. Une déviance inappropriée et totalement invraisemblable. Le moral général des troupes tombait à mesure de l'avance et étrangement, à une allure très empressée.

Un opérateur de saisie informa l'amiral Speckt d'une éventuelle erreur de position et de calcul. L'homme, habituellement inflexible, se déplaça rapidement vers le soldat et s'intéressa aux indices figés sur son écran. En fait plusieurs fusées avaient disparus dans cet espace et plusieurs pilotes d'autres fusées les informaient d'un disfonctionnement total de leurs appareils et de leurs équipements. Un problème certes insolvable à cet instant précis, mais même si cet indice, pour l'amiral, se prétendait douteux, il réagit rapidement.
- Pour l'instant nous devons nous fier aux ordres de missions ! Il est trop tôt ! L'espace est inondé d'interférences.
Il tentait certes de rassurer son équipage, mais en regardant attentivement ce trop plein d'information, soit correcte soi erronée, il constatait néanmoins au fond de lui qu'au problème agissait au sein de sa troupe. Un mouvement insaisissable. Une sorte d'esprit maléfique, polluant un espace pourtant totalement maîtrisé par l'être humain, comme si le vide se mettait à parler, à dévoiler ses secrets et sa puissance, naturellement.

Dans son Space Tunder 14f, Amtreas, ce jeune officier, laissait ses équipements le diriger vers le point de chut de son bataillon. Souvent ballotté, il s'apitoyait à respirer correctement et à ne pas faire augmenter sa tension inutilement. Un exercice fréquemment pratiqué lors des entraînements durant les classes de pilotages. Un travail constant, car malgré ce milieu totalement vidé de ses particules, les sens de l'humain réagissaient plus fortement qu'en atmosphère. Un milieu certes hostile, mais aussi effroyablement compliqué, paradoxal et immaîtrisable.
Sa fusée avait correctement maîtrisé l'accélération lors du contournement de la terre et amorcée le tracé terre lune sans problème.
Un instant de répit avant la bataille, une bombe vivante lancée à pleine vitesse dans l'½il du cyclone. Mais alors que les appareils devaient normalement fonctionner, une première alarme apparut sur l'écran. Une douce voix féminine l'interpréta, elle parlait du système de refroidissement des propulseurs, une surpression apparemment ingérable à distance. Cette panne nécessitait une intervention de maintenance, à première vue irréalisable par le pilote. L'homme se releva alors rapidement et s'inquiéta du bon fonctionnement de son système. Il décida d'en informer ses supérieurs. Ce problème technique éliminait ses chances de se battre et une révolte latente l'envenima soudainement.
Quelques secondes plus tard, l'état – major du bataillon prit part des faits. L'information retransmise, l'officier décida de reseter le système. Il initialisa le processeur principal et demanda un contrôle général du système. Après quelques secondes, très longues, son système revint opérationnel, mais au lieu de la panne du système de refroidissement, un autre problème apparut. L'alimentation 24 volts, utilisée normalement pour les petits équipements, indiquait une défiance. Au premier abord l'homme sembla satisfait. Le problème ne provenait pas du réacteur mais du système d'alimentation. Il se sentit bizarrement soulagé et voulut immédiatement prévenir ses supérieurs, mais quand il demanda une ligne à son décodeur, l'appareil ne répondit pas.
Conscient d'un problème néanmoins assez grave, l'officier décida alors de virer et retourner vers la terre. Il décida de travailler en mode manuel et utilisa sa manette.
L'engin quitta son groupe, toutes radios éteintes, et se dirigea par la suite vers la planète bleue. Une trajectoire maladroite et indécise. Des points de trajectoires non respectés.
L'appareil répondait difficilement aux ordres des processeurs et semblait, pour les observateurs, se décaler gentiment. La fusée partait, s'en allait dans un espace hors limite. Le pilote ne contrôlait visiblement plus sont engin et à cet heure de la bataille, aucune fusée de secours n'étaient disponible.
Quand la fusée sortit complètement des limites de sa trajectoire, les opérateurs notèrent une fusée égarée et irrécupérable. Elle venait de franchir toutes les limites tolérées et dérivait bientôt dans l'espace. Le soldat à l'intérieur, pouvait survivre deux semaines. Après, son destin ne lui appartenait plus.

Le centre de commande du « Terria », en moins d'un quart d'heure, dénombra une centaine de fusées défaillantes. Un opérateur annonça à l'amiral Speckt des pertes de trois à quatre pourcents et face au dilemme, l'officier supérieur ne pouvait que constater. Les influences magnétiques et les brouillages radios provenant du camp adverse paraissaient extrêmement puissants et ne correspondaient visiblement pas à l'évaluation faite concernant les forces adverses. En fait, une surpuissance magnétique influençait tous les systèmes de commande et de contrôle. Un spectre ultra puissant, décelable par aucun appareil de mesures et aucun radar cosmique.

Les opérateurs transmettaient leurs informations normalement au général Sari. Mais pour la première fois depuis très longtemps, un soldat pénétra dans la salle de contrôle et s'approcha de Sarrey. L'homme faisait partie de sa garde rapprochée. Une petite unité lui étant totalement dévouée. Ces hommes s'occupaient habituellement à espionner le reste de la troupe pour le compte de leur chef et certains soldats participaient à la surveillance de la chose.
Soit par chance ou soit par mal chance, comme si le destin préfigurait en bonne place à cet instant crucial, l'arrivée de ce messager retint toute l'attention du commandant. Il se permit de lui murmurer ses propos à l'oreille, afin de ne pas attirer l'attention du général. Cette attitude trompeuse fit rapidement mine. Le second homme de l'empire comprit l'événement sans hésitation.
Ce petit soldat bénéficiait aussi d'une petite voix. Il retint son souffle avant de s'exprimer.
- L'objet vient de bouger. Plusieurs jauges se sont enclenchées.

En place, le président Edward s'appuya plus confortement à son siège. Durant un instant, son esprit dévia et l'homme repensa à sa femme, à son enfance, à sa carrière et à sa vie. Il construit son existence en fonction des médias et du public. Une marche, un destin, un chemin tracé. Durant toutes ses campagnes, sa femme et ses compagnons de route le suivirent, l'encouragèrent et le protégèrent. Durant trente ans il s'évertua à battre la campagne, à participer à de multiples meetings et réunions caritatives. Une existence dédiée à la politique et à sa fonction par rapport à la société. La pose de cet obélisque, au milieu d'une place, encombrés de voitures et saturée d'une foule insouciante et pressée. Sa vie ! Cette vie dont l'homme ne maîtrisait qu'à moitié.

Après une heure, les premiers missiles atteignaient leurs cibles. D'énormes déflagrations retentirent proche de la lune. Des explosions gigantesques, étalées sur seulement trente mille kilomètres. Cette activité soudaine provoqua un bloque out complet au niveau des systèmes de mesures. Les écrans, pour un moment, n'indiquèrent qu'un gigantesque point blanc. Une activité intense survint proche de la lune et tous les observateurs comprirent à ce moment là l'importance et l'ampleur de la bataille.
Durant quelques secondes, tous les habitants du système solaire restèrent figés face à l'ampleur du désastre. Une minute de noir intense ou l'activité sanguine sembla en suspens. Un silence mortel et finalement, les déflagrations se transformèrent gentiment en une onde de choc passablement impressionnante.

L'officier Lampert regardait la scène comme s'il se situait face à un spectacle de magie. Son escadrille faisait partie de la première vague de fusées et de surcroît l'homme avait acheté les places les plus proches des planches.
Devant lui, il ne voyait que des explosions, provoquant par là d'énormes jets de lumière, suivit d'impressionnantes ondes de choc très caractéristiques.
Il regardait le spectacle comme un gamin au cirque, mais soudainement la voix du pilote automatique retentit. Une douce voix de femme, complètement paradoxale.
Sa nervosité grimpa subitement quand cette charmante femme lui annonça sa prochaine prise de contrôle totale de l'équipement. La centrale l'avait préalablement programmé et il restait maintenant juste deux minutes avant l'échéance.
L'homme s'agrippa alors à son manche, vérifia l'état des commandes manuelles et se concentra sur l'écran de contrôle.
La prochaine minute lui sembla infinie. Entre temps, son radar lui indiqua plusieurs points. Plusieurs escadrilles de fusées les attaquaient de front, face à la terre. Leurs nombres variaient en fonction des interférences et des ondes. Une centaine d'engins, peut – être le double, rien qu'en face de son escadrille. Leurs vitesses paraissaient bien plus supérieures et l'ennemi connaissait visiblement la position de son escadrille car à chaque virement de trajectoires, les points s'auto corrigeaient afin de se retrouver à chaque fois bien en face de leur position. Ces indices présageaient un indéniable affrontement et d'après l'avis très personnel de l'officier, son escadrille allait subir de lourdes pertes.
Une onde de choc vint se fondre dans la carlingue. Elle cogna comme si plusieurs marteaux retapaient la carrosserie. Ce bruit, si grossier, s'enfonça dans les tempes du pilote et lui provoqua une légère douleur. Quelques secondes plus tard, une seconde onde secoua l'engin. Elle s'interposa avec une fréquence plus aigue mais moins sourde. Juste après, la voix du major s'interposa. Le chef d'escadrille pilotait la première fusée, donc la plus avancée. Son appel, dans cet enfer de paradoxes, retentit tel un adieu solennel.
- Bonne chance !
Quelques secondes plus tard, l'officier aperçut pour la première fois, en mode visuel, une dizaine de points noirs, face à la lune, foncer vers lui. Il décida de réagir très vite, son processeur lui indiquait déjà les positions des cibles les plus dangereuses et à abattre très rapidement. Le programme de visée, à l'écran, changeait parfois de cibles, très rapidement, et lui proposait aussi plusieurs choix de tirs et d'attaques. Une activité en mode semi automatique, une guerre rapide et semi automatisée.
Lampert connaissait parfaitement son système, mais auparavant, il n'avait jamais maîtrisé une telle situation, ni en mode réel ni en mode simulation. Il fixa l'écran durant quelques secondes, regarda la lune, il observa les rayons du soleil qui réfléchissaient sur le pourtour du globe, et enfin, décida de la procédure. Encore quelques secondes, et le pilote pressa sur l'écran tactile et l'option désirée s'activa directement. En fait, il opta pour le choix le plus sécurisant. Dix petits missiles à courtes portées, positionnées dessous la carlingue de l'engin, s'activèrent subitement. Le temps d'une courte programmation et les fusées décolèrent les unes après les autres. Un bruit sourd, de la fumée très éparse, et quelques secondes plus tard, l'homme contemplait ses fusées foncer droit en direction de l'ennemi.
Après quelques secondes, son programme l'informa de la réussite de l'opération. L'homme décida alors, l'option de replie rapide. Il pressa sur la touche de confirmation et l'engin vira rapidement. Avant, comme la fusée profitait de l'accélération de la terre, les réacteurs fonctionnaient au ralenti, mais dès l'ordre donné, une accélération puissante vint assommer le pilote. Cette force centrifuge plaqua l'homme contre son siège et même si cette exercice devait être commun à tous les soldats de l'espace, il restait néanmoins douloureux pour l'organisme. La pression tirait les muscles au niveau des hanches, du thorax et du coup. Une douleur prenante et difficilement contrôlable.
Durant un instant, Lampert oublia de regarder sur son écran. La pression de l'accélération l'absorba durant quelques minutes, et quand il revint à lui, il se sentit soulagé de remarquer qu'aucun missile ne le pourchassait. L'épicentre de la bataille s'éloignait et il peinait quitter cet enfer.
En face, l'éclipse de la terre offrait un spectacle formidable et certes très inattendu. L'homme admira ce phénomène durant quelques secondes, certes très ébahit par la beauté de cette nature. Après il revint à lui et contrôla ses appareils de mesures et d'indications. Le processeur venait de programmer sa prochaine attaque, avec ses différentes options. L'homme choisit une option presque machinalement. Il se prépara ensuite à ressentir les fameux effets de la traction, mais quant l'engin vira de trajectoire, une secousse violente retentit dans la cabine. Un choc étrange, imperceptible et presque inaudible.
Mais l'officier ne paniqua pas, il contrôla si une alarme était enclenchée, demanda au processeur d'initialiser son système et vérifia sur l'écran radar si une fusée ne le suivait pas. Après quelques secondes, les équipements lui confirmèrent la stabilité du système. L'homme recommençait à souffrir de la pression.
Quelques secondes plus tard, la fusée disparue dans l'espace. Elle ne réapparut plus jamais.

Durant trente minutes, la bataille fut rageante et les observateurs ne laissèrent échapper que quelques indices ni confirmés et ni probants. Durant ce si court lapse de temps, dans une fourchette de cent mille kilomètres, plus de dix mille missiles explosèrent et pas moins d'un millier d'entre elles chargées de petites ogives nucléaires.
Les habitants de la terre purent en être les témoins, car des éclairs apparurent un peu partout dans le ciel. Des points jaune apparaissaient et disparaissaient telles des lucioles.
Quand les missiles des fusées explosèrent, les déflagrations s'intensifièrent. Face à la lune, un observateur pouvait remarquer comme un énorme feu jaune et rouge. Ce magma de lumière étincelait et flottait dans l'espace. Cette flamme scintillante ressemblait à de la lave en fusion et cette énorme éclat lumière provoquait aussi une gigantesque onde de choc. Un vague autant destructrice qu'un tsunami.

Durant ce court instant historique, tout le personnel des états-majors resta figé devant les écrans de contrôle. Un lourd silence, des regards trompeurs et des mines abasourdies. Personne n'avait jamais vu un pareil spectacle. Cette immense explosion entre la lune et la terre provoqua craintes et fascinations, un mélange tangible entre l'horreur et l'autodérision.

Même le général Kost resta scotché à son siège. Cette bataille tant redoutée venait de prendre réellement forme et cette puissante attaque calculée devenait soudainement réelle, effroyablement belle et impressionnante.

Dans l'autre camp, le général Sari ne se prononçait pas. Il préférait rester dans son monde et attendait sans broncher. Les premières estimations devaient tomber bientôt et il ne s'en préoccupait peu. Son manque d'humanité se révélait en cet instant si éloquent. Dans ce décorum de terreur et de violence, sa vraie personnalité s'illuminait et son esprit s'apaisait. Il devenait soudainement heureux d'être, heureux de vivre, mais son machiavélisme très poussé ne lui permettait aucun écart.

Oliver observait la scène en mode visuel. Avant, les fusées de son bataillon avaient profité de l'accélération de la terre pour atteindre une vitesse extrêmement rapide. Durant la décélération et l'approche, il en avait profité pour écrire un mot, il avait envoyé ce post tout en espérant le relire un jour avec sa femme. Après tant d'années en civil, il ne s'estimait plus militaire et avait du mal à retrouver l'esprit de l'uniforme. Un autre homme pilotait cet engin, un père de famille loin des siens et loin de son lieu de travail. Cet univers se situait à des années lumière de son monde et ce magma en fusion lui semblait vide de sens.
Quant son major lui annonça leur changement de direction, la première ligne de fusées pénétrait dans le vif du sujet. Oliver n'eu qu'une chose à faire, il confirma les nouvelles données téléchargées à l'instant en pressant son doigt sur l'écran tactile et la fusée changea subitement de direction.
Oliver connaissait cette tactique et ne fut pas du tout surpris. Le groupe semblait éviter la région chaude et se dirigeait en direction de la limite autorisée de l'axe des régions du soleil. La fusée du lieutenant reprenait de la vitesse et les secousses formées par l'accélération ne l'importunèrent pas.
Après une dizaine de minutes, la fusée atteint la limite autorisée et le contrôleur indiqua ce fait sur le moniteur. Comme il venait de quitter la nuit, la lumière de la levée du soleil se cogna sur la seule vitre et durant un instant il ne vit que du blanc. Un éclat rapide, une lumière incandescente. Mais comme la fusée se dirigeait en direction opposée, la nuit revint rapidement et Oliver retrouva ses marques auprès de son régiment. Le groupe venait de s'éloigner du point central de l'attaque et beaucoup d'officiers se sentaient soulagés de ne pas avoir prit par à cette bataille. Un sentiment partagé par tous.
Les fusées longèrent cette ligne névralgique et imaginaire entre nuit et jour durant vingt minutes. Le groupe contournait l'obstacle, se faufilait au milieu de cette mêlé et surtout espérait disparaître de tous les écrans de contrôle. Les bombes explosaient les unes après les autres et provoquaient d'énormes dégâts matériels. Mais même si ce chaos provoqué par les hommes frappait très fortement, cette chose ne disparaissait pas. Au milieu des flammes elle trouvait sa place et s'infiltrait parmi les ondes. Plus les ogives éclataient puissamment et plus sa force augmentait. L'essence des humains augmentait son pouvoir et elle profitait aussi, d'occasionner un maximum de dégât auprès des troupes. Elle trouvait d'ailleurs cet exercice intéressant.

Daniel Gindraux, 2006, Réact2100, 34 heures.

# Posté le jeudi 22 janvier 2009 13:20

React 2100,Mercredi 12 heure 15 - Mercredi 13 heure 45


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Mercredi 12 heure 15.

Malgré tous ces problèmes, malgré cette guerre imminente, les villes survivaient. Les marchants étalaient leurs légumes dans la rue, les boutiques tentaient de persuader les rares clients à ne pas s'en faire, les restaurants programmaient de timides cartes et l'on servait beaucoup de repas légers. Les terrasses ressemblaient à des cantines ou le client ingurgitait son assiette le plus rapidement possible et sans dire mots payait et s'en allait. Aucune réserve et aucune manifestation d'allégresse paraissait tolérable, comme si la guerre influençait les esprits et entretenait chaque être à maintenir un état terne et méprisable.
Lisa réussit péniblement à extirper Gaëlle de sa place de travail. Elle descendirent au rez-de-chaussée et retrouvèrent la rue. Sa collègue affectionnait un petit restaurant italien proche de leur travail. Une petite salle sombre et enfumée au bord d'une rue. Sur trente tables, seulement dix abritaient quelques clients passablement affectés par la tragédie. Cette sombre histoire tournoyait dans les songes, cet esprit de destruction se propageait comme une traînée de poudre jusqu'au fin fond de tous les êtres. Une lame plantée au centre du ventre qui ouvrait à chaque minute une plaie très fragile et à force devenait de plus en plus douloureuse. Un mal endormit, mais qui se réveillait gentiment, patientait l'heure de la renaissance.
La petite femme se préservait de toute modestie. Elle se permit même de plaisanter avec le serveur, un ange selon ses dires, le dernier des célibataires vivant sur terre. Un grand brun d'un mètre quatre vingt dix, la quarantaine et probablement exempté d'armée. Deux marguerites et un litre d'eau gazeux, l'habituelle commande.
- Ne te soucies pas, je ne le montre pas mais j'ai terriblement peur.
Lisa ne montrait pas son âge, elle paraissait bien plus jeune et les jeunes hommes souvent considéraient la fille comme une jeune femme joviale d'une vingtaine d'années. Mais elle ne s'en plaignait d'ailleurs pas, elle se passionnait pour cette aventure dite humaine, de ses rapports entre hommes et femmes, et cette condition gérait sa vie comme stimulation obligatoire en son bien être. Mais même si son aventure se subjuguait à cet amour empressé, elle savait garder les pieds sur terre et ces phénomènes sexuels événementiels s'imposaient au sein de sa petite vie bien réglée.
- Tu ne me réponds pas ?
Gaëlle, depuis ce matin, tombait régulièrement dans les abîmes de sa conscience. Elle pouvait apercevoir cette vision lunatique enfuit au fond d'elle-même et enfin découvrir cette perception que jamais elle n'avait connu avant, à l'époque où sa vie se résumait d'une extrême matérialisation. Une peinture abstraite et presque triviale se reflétait en son ego, une figure bizarre, en forme très espacée et se profilant jusqu'à l'horizon, un espace indélébile et souvent se modifiant selon un ordre accommodé à la perception visuelle du spectateur. Une sorte de théâtre alternatif imprégné dans les songes et dans les mémoires fictives.
Madame prit son temps pour répondre. Car cette voix ne disparaissait jamais.
- Je crois que tout le monde est affecté !
- Pardon ?
La jeune femme lui répondait avec sournoisement, mais au fond d'elle-même elle savait, un marasme s'imposait et même si elle se contenait et fermait les yeux face à cet avenir, aucune issue ne se pourvoyait à prendre forme où que se soit, ni dans les alentours et ni dans les consciences de chacun.
- Toi, moi, nous tous. Le mal vient de l'intérieur.
- Tu déconnes !
A peine trouva – t – elle le temps pour tenter d'avancer son hypothèse, qu'une déflagration retentit dans la rue. Un bruit court, ferme et assourdissant frappa en plein bitume. Des éclats de verres vinrent aussi se fracasser contre la vitre du commerce et une fumée noirâtre se forma très rapidement au alentour de l'impact.
Du coup cet événement mit un terme à leurs allocutions. Assez choquées, les filles s'empressèrent de se lever et s'approchèrent de la vitre. Dehors quatre voitures venaient d'être entraînées dans un énorme carambolage. L'une d'elle prenait même gentiment feu et une autre perdait son eau de refroidissement. Des passants aidaient une femme, le visage ensanglanté, à s'extirper de son siège. La foule, autour, s'agrandissait gentiment, des regards hébétés et surpris, comme si la mort s'approchait. Une fumée épaisse en certains points, des débris de verres étalés partout et des taches d'huile au sol. Un chaos quasi exceptionnel car la rue ne devait en principe être empruntée que par des engins roulant à vitesse réduite. Un choc ineffable, une tragédie humaine pouvant être additionnée aux autres faits inattendus.

Mercredi 13 heure.

Seulement deux heures avaient passées après son arrivées au camp et Oliver reçu la confiance des ses supérieurs.
Dans un hall froid, gris et livide, utilisé aussi comme entrepôt à munitions et à matériel de rechange, le capitaine découvrit son appareil. Un Space Tunder reposait proche du mur du fond et aligné auprès d'une dizaine d'autres. La fusée, selon le plan de vol, effectua sa dernière mission trois mois auparavant, juste un tour d'essai, une remise en forme, un allé et retour jusqu'à la stratosphère, et rien d'autre. Une pièce neuve, sortit tout droit des usines de Seattle. Autour s'agitaient plusieurs hommes, des employés sachant exactement quel équipement et quel armement l'engin avait besoin. Ces ouvriers rapides et efficaces, passaient de fusées en fusées afin de les rendre le plus rapidement possible utilisables, et en compagnie, devant eux, des documents en mains, un sergent plus ou moins aguerrit pour ce genre de travail. Un petit homme, paraissant sérieux, concentré sur sa feuille de route.
- Votre fusée est prête.
L'homme salua Oliver. La fusée comptait deux lasers, deux canons, quatorze missiles et une ogive nucléaire à faible déflagration. Un vrai engin de mort. Une bête à tuer. Un fuselage, en forme de goutte d'eau avec, sur ses côtés, comme des plaques dont la matière se rapprochait à un mélange en titane, mais autant élastique qu'une matière fibreuse comme le fibrocartilage. Deux puissants réacteurs prenaient, à eux deux, le deux tiers de la place, mais l'espace intérieur suffisait largement à un homme. Le pilote disposait d'un cockpit, certes minuscule, mais aussi d'une chambre d'environ huit mètres cubes et suffisamment grands pour mettre l'habitant du lieu à l'aise lors des missions de longues durées. Des missions pouvant s'étaler sur plusieurs semaines comme Oliver en avaient autrefois pratiquées lors de ses classes. Sans compter les toilettes, très minuscules et de toute façon inadéquates, avec derrière encore, un petit sas de décompression donnant directement vers une ouverture sur le toit de l'appareil. Un passage utilisé par les hommes généralement dans des lieux, sur des orbites où l'appareil n'était pas intégralement dépressurisé.
Sa feuille de route en main, Oliver déposa ses affaires à l'intérieur d'une armoire destinée aux affaires personnelles et quelques minutes plus tard il s'installait déjà aux commandes. Sa combinaison synthétique régulée électroniquement lui serra sérieusement les hanches. Son manche se rapprocha se sa personne et le tableau de bord s'illumina tel un feu incandescent au centre d'un espace clos et contrôlé. Une vision lui apparut alors, très froide et distante. Le plafond du bunker frôlait la vitre de son cockpit et quand un opérateur, avec son camion, vint tracter la bête, les néons défilèrent à sa vue comme si l'homme se tenait couché sur un lit d'hôpital alors qu'un infirmier l'emmenait au bloc opératoire. Une situation presque enivrante pour notre cher Oliver, car il avait oublié, à force, cette émotion, l'heure du décollage, l'heure où la fusée allait se maintenir sous son contrôle, et en plein milieu de nul part, quelques part au – dessus de la stratosphère, une situation dont beaucoup d'êtres recherchaient, cette maîtrise du ciel insoupçonnable.
Plus tard, le camion s'arrêta au centre d'une salle dont les murs avaient été complètement noircit pas les gaz des réacteurs. Un grand espace ovale d'une vingtaine de mètres de long, complètement clos et isolé dont seul les personnes autorisées osaient s'y aventurer. De plus un nuage de poussière noir malsain stagnait encore, une atmosphère nauséabonde, provoquée par le départ de la fusée précédente. Le centre comptait une trentaine d'ouvertures comme celle – ci en direction du ciel, normalement clos par de grande porte en béton armé, mais à cet instant, les fusées décollaient sans relâche, au rythme d'une toutes les dix minutes. Une base en pleine ébullition et en pleine effervescence, et si un spectateur s'était posté non loin, au beau milieu des champs de blé, il pouvait apercevoir au loin, à chaque minute une fusée décoller et filer droit en direction des nuages, un spectacle sobre et calme sous les feux de midi. Le soleil en son apogée. Un spectacle impressionnant.
- Prêt pour le décollage !
- Autorisation de décoller !
Le centre confirma rapidement. On sentait en leurs gestes, une envie d'en finir avec toutes ses machines. Des man½uvres risquées et périlleuses, mais certes si envoûtantes pour des militaires parfois en mal d'exercices.
Son écran de contrôle lui indiqua dès lors qu'il pouvait presser sur le bouton start. Car bien entendu, en ces temps, l'automatisation avait prit le dessus sur l'homme en matière de contrôle et de commande. Les manipulations de l'humain résidaient en des gestes d'accords et d'autorisations, et même s'il restait le mode manuel, dans l'espace cette option demeurait fortement déconseillée par la hiérarchie, car ces engins, contre toutes attentes, se débrouillaient seuls, ils se chargeaient d'attaquer ou de défendre, de contre – attaquer et d'éliminer l'ennemis lors de batailles, choisissaient la meilleur option, optimisaient leurs choix et géraient le carburant et l'armement. Dans ce jeu le pilote servait uniquement d'organe de décision, tel un jeu vidéo il choisissait son option en pressant sur son écran tactile. Des point de vue rébarbatif tel que le choix de se retirer ou d'attaquer, d'éviter tous prises de risques ou foncer dans le tas, des délimitations souvent très rébarbatives par rapport aux situations usuelles.
Trente secondes plus tard Oliver se crispait dans son siège et tentait maladroitement de supporter la pression. Le visage tétanisé il regardait néanmoins en direction du ciel, en quelques fractions de secondes il passa du bleu au gris, des nuages, la poussée et le noir, ce noir tant recherché mais mal apprécié. Des étoiles dans le lointain, et à deux doigts, la lune, claire et vive, impressionnante.
- Nous partons rejoindre la section dans la nuit, pour nous protéger des rayons du soleil.
Cette satanée bécane parlait, elle s'entretenait avec son mentor comme s'ils avaient élevés les vaches ensemble. Elle maîtrisait le langage shakespearien mieux que quiconque, l'armée n'avait pas lésinée sur les moyens.

Mercredi 13 heure.

Sarrey terminait tranquillement son repas par un café conçu avec de la fibre de synthèse. Sa compagne l'avait laissé pour retrouver sa tendre salle de bain. En face, les rayons du soleil semblaient rebondir sur les cratères de la lune. Des lueurs claires et visibles, des spasmes gris clair, des reflets marqués, visibles à l'½il nu.
- Oui, parlez !
Son téléphone retentit, le général Sari le dérangeait.
- La contre – attaque vient de débuter ! Les États – Unis déploie leur armée.
La partie venait visiblement de débuter et malgré ce désagréable acolyte, Sarrey se sentit soudainement mieux dans sa peau. Il préparait cette attaque depuis des années et son combat ultime devait enfin avoir lieu. Le monde allait enfin reconnaître son talent et son adresse, son nom allait devenir autant célèbre que Napoléon ou César. Sa stature critiquée et son passée dépouillée, son histoire, sa vie, étalée comme une traînée de poudre. Un rêve de gosse malheureux.
En sa présence, la chose vibrait, remuait, elle apparaissait en lui comme d'une voie grandiloquence. L'atmosphère s'imprégnait d'une odeur paranormale et une chaleur enveloppait l'être d'une force et d'une puissance surnaturelles. Dans le lointain ce brouillard se rapprochait, détruisait tout sur son passage et ne laissant derrière que poussière et désolation. Devant, la face visible se retenait et ne montrait qu'une infime parcelle de son pouvoir. Ses tentacules jaugeaient l'espace et l'environnement, testait son adversaire, observait l'ennemi. Et Sarrey s'y préparait, son esprit s'extasiait face à cette force, le produit de sa quête se rapprochait et ses efforts devaient bientôt être récompensés.

Mercredi 13 heure 30.

Les deux femmes ne terminèrent pas leur repas convenablement. Après l'incident, elles mangèrent leurs pizzas sans sourciller et sans broncher. Lisa tomba presque dans un état névrotique farouche, comme si l'accident venait de précipiter son destin dans une longue réflexion très personnelle. Elle tenta de regarder Jackie dans les yeux, risqua de sourire, mais le présent la rattrapait indubitablement.
A cette heure, même le sourire du serveur s'estompa, elles payèrent et s'en allèrent bien vite. Dans les rues, après dans l'immeuble, la mine des passants venait de changer. Comme si, à force d'éléments anormaux, leur travail tombait dans l'oubli. Une phobie, infime et très personnelle, s'enveloppait gentiment autour de chaque être, comme une force, comme des tentacules de pieuvres s'agrippant vigoureusement à une proie encore mobile et vivante. Le loup dans la bergerie, effrayant chaque bête et provoquant les plus démunis.
Elles grimpèrent en ascenseur, retournèrent à leur place de travail, mais visiblement, et pour tous les employés confondus, le c½ur n'y était plus. Une secrétaire, soucieuse pour se enfants, demanda la première au chef de quitter la salle prématurément. L'homme, gêné, n'osa pas rétorquer, ce qui incita deux autres secrétaires à emboîter le pas de la première. Mais quand un commercial alluma la grande télévision de la salle, là presque toutes les personnes s'arrêtèrent de travailler. Un silence morne s'installa dans le lieu. Sur la chaîne principale de la ville un communiqué sommait aux habitants de garder leur calme et leur sérénité. Plusieurs incendies d'hangars venaient d'être répertoriés par le corps des sapeurs pompier à différents endroits de la ville. La police imputait ces actes aux vandales, mais en vue de l'effroyable brasier filmé par un hélicoptère au-dessus de la zone industrielle nord, peu de monde croyait la main de l'homme responsable. Les flammes jaillissaient de l'entrepôt, du tissus synthétique en trombe, d'une intensité effroyable, ces images provoquait le vertige.
Comme les fenêtres du bureau donnaient sur l'est, quelques personnes s'approchèrent des carreaux et tentèrent d'apercevoir les fumées. Les vingt collègues se sentirent subitement assaillit par une impression bizarre provenant du plus profond d'eux même. Comme si leurs subconscients les incitaient à se remuer, à prendre leurs responsabilités à leurs coups. L'ambiance ne tombait pas à pique certes, mais en ce moment d'effroi, plusieurs personnes se demandaient sincèrement ce qu'elles fabriquaient là, au lieu peut-être de se préparer à partir, à fuir éventuellement, voir retourner à la maison et préparer leurs affaires. Les idées, pour tous, devenaient confuses, elles se distordaient maladroitement. Comme si pour certain il était tant de s'en aller, travailler ne servait maintenant plus à rien car tout s'écroulait autour d'eux. Le feu prenait de partout, les accidents se multipliaient et les incidents ne respectaient aucunes logiques, la fin du monde s'approchait et les ouvriers attendaient l'heure proche de la pointeuse.
C'est à cet instant que Lisa décida de ranger ses affaires. Le sang éclaboussé dans la rue refroidit son émoi et sa peau devint d'une blancheur patibulaire. En moins d'heure la pauvre fille passait du bonheur éternel à un sinistre dévolu. Une maladie incontournable chez l'humain réapparut en elle avec une rapidité assez éclatante ; l'angoisse. Le mal de ventre et de la fièvre, un résultat s'annonçons décevant.
- Je m'en vais !
- J'ai remarqué.
- Je sais ! Tu m'as observé. Je t'appelle plus tard.
Lisa n'attendit pas et Jackie, collé à son siège, ne réagit pas. La femme rejoint l'ascenseur et fila. Les médias diffusaient l'impensable et Jackie n'arrivait pas à comprendre. Le monde, effectivement, s'écroulait. A côté, plusieurs hommes tentèrent d'appeler leur banque afin de vendre leurs participations. Ils se concertaient pour savoir si cette épreuve coïncidait à une chute énorme de la bourse. Cette guerre si rapide et si inopinée gela toutes les consciences professionnelles quant à une suite ou un fin éventuelle. Les avis n'étaient pas très partagés, rares sont ceux qui pensaient que les pannes provenaient uniquement de l'affolement ou du brouillages de l'ennemi. Mais si l'on pouvait cité le mot ennemi, les hommes tentaient d'imaginer où celui-ci se situait en ce moment, à savoir caché derrière la lune et se préparant à une seconde vague, qui cette fois-ci devait toucher la terre. Une perspective nullement réjouissante. Des hommes avenants, tentant de vivre normalement, alors que le ciel allait leur tomber sur la tête.
Un peu plus tard, Jackie se retrouvait seule dans un monde d'homme. Les femmes préférèrent s'en aller rapidement et cette dernière femme semblait soudainement déranger. En fait tout le monde comptait partir, y comprit les dirigeants. La seule question qui pendait aux lèvres se résumait à une simple chose. Les derniers employés cherchaient à savoir quoi faire ou s'en aller.

Mercredi 13 heure 30.

La table, plus rectangulaire qu'ovale ou ronde, se remplissait gentiment de comédiens allant peut – être interpréter leur ultime rôle. Les généraux Kost, Palati, Roberts, Epton et De Nemours prenaient place ou tentaient d'y rester, car à chaque minute, des intervenants s'interposaient pour leur soumettre des informations ou des documents quelconques, telle une nébuleuse ne s'arrêtant jamais, une fourmilière dont le point centrale se situait au centre de la table, juste au dessus de la cafetière dont visiblement son contenu n'intéressait personne.
Plus loin les écrans de contrôles affichaient des images irrecevables, confirmaient le désastre. La bataille n'avait pas encore commencé qu'un constat d'échec se ressentait déjà au sein même du quartier général, comme si de mauvaises fréquences déroutaient le système sans relâche. Une fin annoncée, prédéfinie par le temps et l'espace.
Chaque général dirigeait une partie de l'armée. Soit les bases, soit les groupes de satellites, soit les groupes de vaisseaux, ou soit les groupes de fusées. Le grade du général Kost le conférait à être le principal metteur en scène des événements. Devant lui, un écran l'informait des nouvelles dispositions et des différentes positions des troupes situées autour de la terre. Les plans de la contre – attaque n'avait rien de compliqués, l'armée de États – Unis devait se regrouper derrière la terre, dans l'ombre, une position stratégique car à cet instant le gros des troupes se situait pour un armée derrière la lune et pour l'autre armée derrière la terre. Un point en mouvement car les planètes bougeaient effectivement et l'état – major savait qu'avant la fin de la journée, les deux points d'ombre devaient se croiser dans cette espace entre la terre et la lune, et toutes les spéculations prévoyaient une attaque finale de la part des martiens. Un choix opportun ou obligé, la question ne se posait nullement. Même si la comparaison ne ressemblait pas, la situation ressemblait un peu lors de la seconde guerre mondiale quand les troupes américaines se préparaient au débarquement en Angleterre, le lieux de l'attaque devait se passer soit à Calais ou soit en Normandie, une période d'attente et de réflexion. Une modalité dont les généraux se fatiguait à élucider, car si tous les experts en stratégies connaissaient plus ou moins les perspectives, l'issue ne coïncidait pas forcement à une victoire claire et efficace.
L'armée américaine se forçait à envoyer un maximum de fusées derrière la terre afin d'assurer une réplique percutante. L'état – major estimait à ce moment là à plus de quinze mille, le nombre de fusées Space Tunder et autres. L'armée martienne en comptabilisait un nombre un peu inférieur. La stratégie américaine devenait, à mesure, un peu plus simple, car l'armée martienne avait eu le privilège de la surprisse. Une attaque en deux temps plus qu'efficace, en seulement vingt quatre heures, car bientôt les délimitations de l'Amérique de nord devaient être exposées à la lune. Donc, les surfaces à protéger devaient bientôt être exposées à l'ennemi et les tactiques convergeaient tous à une attaque massive obligatoire de l'Amérique. Certes l'ennemi si attendait et la principale préoccupation de l'État – major se simplifiait à cet instant au fait que sûrement l'ennemi allait aussi attaquer, car les troupes n'allaient pas se faire piéger bêtement derrière la lune et le terrain le plus plausible pour cette bataille se situait alors sur une ligne d'ombre entre la terre et la lune. Une petite surface minuscule juste au – dessus des têtes des Américains. Une bataille unique dont l'issue pouvait se résoudre à l'échec comme à une victoire net. Les statistiques ne confirmaient rien de probant et un flou subsistait encore. Tout le monde s'attendait à une première vague de missiles et une seconde vague de fusées. Le résultat pouvait varier du tout au tout. Une victoire totale ou un échec. Mais une certitude se percevait dans les calculs, si une victoire de l'Amérique se prévoyait elle se simplifiait non pas à une capitulation sans condition de la part de l'ennemi mais à une destruction totale. Un fait avéré. Une puissance martienne redoutée mais résignée, des hommes, dans leurs cockpits, patientant cet état de grâce, cette bataille finale.
- La ligne dans dix secondes !
L'opérateur s'interposait dans une discussion entre généraux. Le président, au fond de son siège, patientait sans rien dire. On devait bientôt lui passer la ligne. Son impression restait morose, à l'instar des militaires, son moral stagnait à un niveau très bas. En face les généraux se calmèrent, s'attablèrent correctement et juste avant l'appel, le général Kost s'interposa modestement.
- Nous sommes prêt et ils le savent.
Une voix indifférente intervint du petit haut – parleur posé sur la table. Le président chinois parlait couramment l'anglais.
- Monsieur le président, vous lancez une contre offensive. Même si nous étions exposés ils n'ont pas attaqué. Peut – être ont – ils un compte à régler avec vous.
L'ingérence politique martienne impliquait directement les État – Unis. Son gouvernement délaissa cette terre aride aux dépends d'autres colonies bien plus propices et abondantes. La précarité politique du pays et son jeune âge, donnèrent raison aux nouveaux leaders charismatiques et opportunistes. Un choix malingre et inutile. Une faute se payant cache quelques décennies plus tard comme de grands fracas au firmament d'une reconnaissance obligatoire.
Le président chinois connaissait l'histoire par c½ur. Il appréciait l'Amérique pour ces erreurs qualifiées et ses libertés restreintes.
- Vous comptez nous suivre ?
Le président se devait d'être clair et direct. Un silence retentit, un moment d'égarement donnant aux interlocuteurs l'impression de se situer à des années lumières les uns des autres. Telle une conversation téléphonique d'une planète à l'autre.
- Dès la première vague ! Notre appui sera décisif !
Dans le ciel, le couché du soleil s'étalait le long des côtes de l'atlantique. Le point de départ de la grande bataille. Partout les commandants de bataillons sonnaient le glas. Soudainement la population et les militaires prirent peur, la retransmission médiatique se tenait en allène, filmait les départs avec minutie. Aucun retard ne perturba la fête.

Mercredi 13 heure 45.

Dans les rues la panique devenait gentiment apparente. Les médias venaient d'annoncer une probable contre – attaque et la population se rendait compte de sa proche position géographique face au conflit. La défense américaine pouvait émettre des faiblesses et les retombés pouvaient s'avérer terribles. Mais la populace ne savait pas comment réellement se comporter ; se terrer ne servait à pas grand-chose et fuir paraissait impossible. D'ailleurs les principaux aéroports venaient de fermer leurs portes au public, des pistes rapidement perquisitionnées par l'armée de l'air. Un songe espoir de réussite pour la majorité des habitants en ces temps très spéciaux, car ce moment devenait soudainement extrêmement grave et important car l'avenir de toute la nation devait bientôt se jouer proche de la croûte terrestre. Un symbolisme parfait pour les patriotes et les conservateurs face aux éternels réformateurs, toujours incohérents et irréalistes.
Jackie venait de se poster devant la fenêtre. Au loin plusieurs feux ne paraissaient jamais s'éteindre et les fumées noirâtres grimpaient au ciel jusqu'à l'infini. Une vision terrible, un régime de terreur s'appropriait tout ce qui pouvait se consumer. L'effroi régime totalitaire devenait réalité et les craintes du peuple face à cette possibilité se transformaient gentiment en véritable paranoïa. Un désordre provoqué par des histoires terribles relatées dans les livres d'histoires de l'école secondaire. Ses doutes se mélangeaient à la peur d'un ordre tyrannique et despotique comme les gens pouvaient se l'imaginer en rapport aux terrifiant récits relatant les époques fascistes et communistes du vingtième siècle. Ce chaos tant redouté et cette fameuse troisième guerre mondiale tant attendue se modélisait à cet instant en une forme puissante et paraissait indestructible. Une force infaillible stabilisant les nations libres et démocratiques, attaquant leurs armées et défiant les masses afin de les pousser jusqu'à leurs derniers retranchements psychologiques et physiques. Une histoire se répétant sans cesse et à l'infini. Un événement si particulier, pouvant modifier aisément des destinés d'une façon très corrompues et produire pour beaucoup de personnes, des souvenirs et des douleurs ineffaçables.
En face de ces feux et des ces incidents, Jackie ne semblait rien ressentir, ou plutôt toutes les plaintes l'accaparaient, toutes les calamités l'imprégnaient, l'enveloppaient et disparaissaient directement. Comme si la chose, cet esprit événementiel ne l'affectait pas, comme si elle maîtrisait son destin, comme madame, femme de maison, femme de soldat, employée d'entreprise, devenait soudainement indestructible et imperméable à tous sujets hors normes. Sa maîtrise, son calme, l'amenait à l'indulgence, au respect. Une métamorphose se développait en sa personne, face à ces péripéties, une nouvelle dame apparaissait en elle, plus ferme et plus forte. Un nouvel être possédant le pouvoir et la maîtrise, différent, impitoyable et très sûr de ses actes et de ses gestes.
Jackie ressentit à ce moment là cette force, ce pouvoir. Elle devenait soudainement l'être dont rien ne pouvait l'affecter, résolu à dominer son sujet, ses peurs et ses angoisses. Une force surpuissance l'envenimait et elle commença gentiment à ressentir les choses différemment. Sa vision globale du monde devenait plus claire et plus limpide. Au plus profond d'elle-même, une âme apparut, une volonté puissante et matérialisée par un sixième sens surpassant tous les autres sens. Un pouvoir énorme lui permettant de gérer son stress et sa mesure. Une approche des problèmes plus distincts et plus aisés, comme si à cet instant cette femme ressentait les spasmes et les vibrations, les distorsions du temps et de l'espace, les mouvements inégaux et infimes des ondes de chocs. Cet être nouveau s'appropriait soudainement le monde d'une façon très différente qu'auparavant. Les éléments solides, liquides et gazeux convergeaient en une seule théorie applicable pour tout. Une extraordinaire simplification venait de naître au plus profond de son âme et de son c½ur. Cette petite femme, ordinairement calme et simple, bénéficiant d'une culture moyenne, d'une intelligence bienséante et d'un physique normal, se métamorphosait gentiment en une puissance extraordinairement surabondante et quasi surnaturelle.



Daniel Gindraux, 2006, Réact2100, 34 heures.
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# Posté le lundi 19 janvier 2009 13:07