React 2100
Mercredi 12 heure 15.
Malgré tous ces problèmes, malgré cette guerre imminente, les villes survivaient. Les marchants étalaient leurs légumes dans la rue, les boutiques tentaient de persuader les rares clients à ne pas s'en faire, les restaurants programmaient de timides cartes et l'on servait beaucoup de repas légers. Les terrasses ressemblaient à des cantines ou le client ingurgitait son assiette le plus rapidement possible et sans dire mots payait et s'en allait. Aucune réserve et aucune manifestation d'allégresse paraissait tolérable, comme si la guerre influençait les esprits et entretenait chaque être à maintenir un état terne et méprisable.
Lisa réussit péniblement à extirper Gaëlle de sa place de travail. Elle descendirent au rez-de-chaussée et retrouvèrent la rue. Sa collègue affectionnait un petit restaurant italien proche de leur travail. Une petite salle sombre et enfumée au bord d'une rue. Sur trente tables, seulement dix abritaient quelques clients passablement affectés par la tragédie. Cette sombre histoire tournoyait dans les songes, cet esprit de destruction se propageait comme une traînée de poudre jusqu'au fin fond de tous les êtres. Une lame plantée au centre du ventre qui ouvrait à chaque minute une plaie très fragile et à force devenait de plus en plus douloureuse. Un mal endormit, mais qui se réveillait gentiment, patientait l'heure de la renaissance.
La petite femme se préservait de toute modestie. Elle se permit même de plaisanter avec le serveur, un ange selon ses dires, le dernier des célibataires vivant sur terre. Un grand brun d'un mètre quatre vingt dix, la quarantaine et probablement exempté d'armée. Deux marguerites et un litre d'eau gazeux, l'habituelle commande.
- Ne te soucies pas, je ne le montre pas mais j'ai terriblement peur.
Lisa ne montrait pas son âge, elle paraissait bien plus jeune et les jeunes hommes souvent considéraient la fille comme une jeune femme joviale d'une vingtaine d'années. Mais elle ne s'en plaignait d'ailleurs pas, elle se passionnait pour cette aventure dite humaine, de ses rapports entre hommes et femmes, et cette condition gérait sa vie comme stimulation obligatoire en son bien être. Mais même si son aventure se subjuguait à cet amour empressé, elle savait garder les pieds sur terre et ces phénomènes sexuels événementiels s'imposaient au sein de sa petite vie bien réglée.
- Tu ne me réponds pas ?
Gaëlle, depuis ce matin, tombait régulièrement dans les abîmes de sa conscience. Elle pouvait apercevoir cette vision lunatique enfuit au fond d'elle-même et enfin découvrir cette perception que jamais elle n'avait connu avant, à l'époque où sa vie se résumait d'une extrême matérialisation. Une peinture abstraite et presque triviale se reflétait en son ego, une figure bizarre, en forme très espacée et se profilant jusqu'à l'horizon, un espace indélébile et souvent se modifiant selon un ordre accommodé à la perception visuelle du spectateur. Une sorte de théâtre alternatif imprégné dans les songes et dans les mémoires fictives.
Madame prit son temps pour répondre. Car cette voix ne disparaissait jamais.
- Je crois que tout le monde est affecté !
- Pardon ?
La jeune femme lui répondait avec sournoisement, mais au fond d'elle-même elle savait, un marasme s'imposait et même si elle se contenait et fermait les yeux face à cet avenir, aucune issue ne se pourvoyait à prendre forme où que se soit, ni dans les alentours et ni dans les consciences de chacun.
- Toi, moi, nous tous. Le mal vient de l'intérieur.
- Tu déconnes !
A peine trouva – t – elle le temps pour tenter d'avancer son hypothèse, qu'une déflagration retentit dans la rue. Un bruit court, ferme et assourdissant frappa en plein bitume. Des éclats de verres vinrent aussi se fracasser contre la vitre du commerce et une fumée noirâtre se forma très rapidement au alentour de l'impact.
Du coup cet événement mit un terme à leurs allocutions. Assez choquées, les filles s'empressèrent de se lever et s'approchèrent de la vitre. Dehors quatre voitures venaient d'être entraînées dans un énorme carambolage. L'une d'elle prenait même gentiment feu et une autre perdait son eau de refroidissement. Des passants aidaient une femme, le visage ensanglanté, à s'extirper de son siège. La foule, autour, s'agrandissait gentiment, des regards hébétés et surpris, comme si la mort s'approchait. Une fumée épaisse en certains points, des débris de verres étalés partout et des taches d'huile au sol. Un chaos quasi exceptionnel car la rue ne devait en principe être empruntée que par des engins roulant à vitesse réduite. Un choc ineffable, une tragédie humaine pouvant être additionnée aux autres faits inattendus.
Mercredi 13 heure.
Seulement deux heures avaient passées après son arrivées au camp et Oliver reçu la confiance des ses supérieurs.
Dans un hall froid, gris et livide, utilisé aussi comme entrepôt à munitions et à matériel de rechange, le capitaine découvrit son appareil. Un Space Tunder reposait proche du mur du fond et aligné auprès d'une dizaine d'autres. La fusée, selon le plan de vol, effectua sa dernière mission trois mois auparavant, juste un tour d'essai, une remise en forme, un allé et retour jusqu'à la stratosphère, et rien d'autre. Une pièce neuve, sortit tout droit des usines de Seattle. Autour s'agitaient plusieurs hommes, des employés sachant exactement quel équipement et quel armement l'engin avait besoin. Ces ouvriers rapides et efficaces, passaient de fusées en fusées afin de les rendre le plus rapidement possible utilisables, et en compagnie, devant eux, des documents en mains, un sergent plus ou moins aguerrit pour ce genre de travail. Un petit homme, paraissant sérieux, concentré sur sa feuille de route.
- Votre fusée est prête.
L'homme salua Oliver. La fusée comptait deux lasers, deux canons, quatorze missiles et une ogive nucléaire à faible déflagration. Un vrai engin de mort. Une bête à tuer. Un fuselage, en forme de goutte d'eau avec, sur ses côtés, comme des plaques dont la matière se rapprochait à un mélange en titane, mais autant élastique qu'une matière fibreuse comme le fibrocartilage. Deux puissants réacteurs prenaient, à eux deux, le deux tiers de la place, mais l'espace intérieur suffisait largement à un homme. Le pilote disposait d'un cockpit, certes minuscule, mais aussi d'une chambre d'environ huit mètres cubes et suffisamment grands pour mettre l'habitant du lieu à l'aise lors des missions de longues durées. Des missions pouvant s'étaler sur plusieurs semaines comme Oliver en avaient autrefois pratiquées lors de ses classes. Sans compter les toilettes, très minuscules et de toute façon inadéquates, avec derrière encore, un petit sas de décompression donnant directement vers une ouverture sur le toit de l'appareil. Un passage utilisé par les hommes généralement dans des lieux, sur des orbites où l'appareil n'était pas intégralement dépressurisé.
Sa feuille de route en main, Oliver déposa ses affaires à l'intérieur d'une armoire destinée aux affaires personnelles et quelques minutes plus tard il s'installait déjà aux commandes. Sa combinaison synthétique régulée électroniquement lui serra sérieusement les hanches. Son manche se rapprocha se sa personne et le tableau de bord s'illumina tel un feu incandescent au centre d'un espace clos et contrôlé. Une vision lui apparut alors, très froide et distante. Le plafond du bunker frôlait la vitre de son cockpit et quand un opérateur, avec son camion, vint tracter la bête, les néons défilèrent à sa vue comme si l'homme se tenait couché sur un lit d'hôpital alors qu'un infirmier l'emmenait au bloc opératoire. Une situation presque enivrante pour notre cher Oliver, car il avait oublié, à force, cette émotion, l'heure du décollage, l'heure où la fusée allait se maintenir sous son contrôle, et en plein milieu de nul part, quelques part au – dessus de la stratosphère, une situation dont beaucoup d'êtres recherchaient, cette maîtrise du ciel insoupçonnable.
Plus tard, le camion s'arrêta au centre d'une salle dont les murs avaient été complètement noircit pas les gaz des réacteurs. Un grand espace ovale d'une vingtaine de mètres de long, complètement clos et isolé dont seul les personnes autorisées osaient s'y aventurer. De plus un nuage de poussière noir malsain stagnait encore, une atmosphère nauséabonde, provoquée par le départ de la fusée précédente. Le centre comptait une trentaine d'ouvertures comme celle – ci en direction du ciel, normalement clos par de grande porte en béton armé, mais à cet instant, les fusées décollaient sans relâche, au rythme d'une toutes les dix minutes. Une base en pleine ébullition et en pleine effervescence, et si un spectateur s'était posté non loin, au beau milieu des champs de blé, il pouvait apercevoir au loin, à chaque minute une fusée décoller et filer droit en direction des nuages, un spectacle sobre et calme sous les feux de midi. Le soleil en son apogée. Un spectacle impressionnant.
- Prêt pour le décollage !
- Autorisation de décoller !
Le centre confirma rapidement. On sentait en leurs gestes, une envie d'en finir avec toutes ses machines. Des man½uvres risquées et périlleuses, mais certes si envoûtantes pour des militaires parfois en mal d'exercices.
Son écran de contrôle lui indiqua dès lors qu'il pouvait presser sur le bouton start. Car bien entendu, en ces temps, l'automatisation avait prit le dessus sur l'homme en matière de contrôle et de commande. Les manipulations de l'humain résidaient en des gestes d'accords et d'autorisations, et même s'il restait le mode manuel, dans l'espace cette option demeurait fortement déconseillée par la hiérarchie, car ces engins, contre toutes attentes, se débrouillaient seuls, ils se chargeaient d'attaquer ou de défendre, de contre – attaquer et d'éliminer l'ennemis lors de batailles, choisissaient la meilleur option, optimisaient leurs choix et géraient le carburant et l'armement. Dans ce jeu le pilote servait uniquement d'organe de décision, tel un jeu vidéo il choisissait son option en pressant sur son écran tactile. Des point de vue rébarbatif tel que le choix de se retirer ou d'attaquer, d'éviter tous prises de risques ou foncer dans le tas, des délimitations souvent très rébarbatives par rapport aux situations usuelles.
Trente secondes plus tard Oliver se crispait dans son siège et tentait maladroitement de supporter la pression. Le visage tétanisé il regardait néanmoins en direction du ciel, en quelques fractions de secondes il passa du bleu au gris, des nuages, la poussée et le noir, ce noir tant recherché mais mal apprécié. Des étoiles dans le lointain, et à deux doigts, la lune, claire et vive, impressionnante.
- Nous partons rejoindre la section dans la nuit, pour nous protéger des rayons du soleil.
Cette satanée bécane parlait, elle s'entretenait avec son mentor comme s'ils avaient élevés les vaches ensemble. Elle maîtrisait le langage shakespearien mieux que quiconque, l'armée n'avait pas lésinée sur les moyens.
Mercredi 13 heure.
Sarrey terminait tranquillement son repas par un café conçu avec de la fibre de synthèse. Sa compagne l'avait laissé pour retrouver sa tendre salle de bain. En face, les rayons du soleil semblaient rebondir sur les cratères de la lune. Des lueurs claires et visibles, des spasmes gris clair, des reflets marqués, visibles à l'½il nu.
- Oui, parlez !
Son téléphone retentit, le général Sari le dérangeait.
- La contre – attaque vient de débuter ! Les États – Unis déploie leur armée.
La partie venait visiblement de débuter et malgré ce désagréable acolyte, Sarrey se sentit soudainement mieux dans sa peau. Il préparait cette attaque depuis des années et son combat ultime devait enfin avoir lieu. Le monde allait enfin reconnaître son talent et son adresse, son nom allait devenir autant célèbre que Napoléon ou César. Sa stature critiquée et son passée dépouillée, son histoire, sa vie, étalée comme une traînée de poudre. Un rêve de gosse malheureux.
En sa présence, la chose vibrait, remuait, elle apparaissait en lui comme d'une voie grandiloquence. L'atmosphère s'imprégnait d'une odeur paranormale et une chaleur enveloppait l'être d'une force et d'une puissance surnaturelles. Dans le lointain ce brouillard se rapprochait, détruisait tout sur son passage et ne laissant derrière que poussière et désolation. Devant, la face visible se retenait et ne montrait qu'une infime parcelle de son pouvoir. Ses tentacules jaugeaient l'espace et l'environnement, testait son adversaire, observait l'ennemi. Et Sarrey s'y préparait, son esprit s'extasiait face à cette force, le produit de sa quête se rapprochait et ses efforts devaient bientôt être récompensés.
Mercredi 13 heure 30.
Les deux femmes ne terminèrent pas leur repas convenablement. Après l'incident, elles mangèrent leurs pizzas sans sourciller et sans broncher. Lisa tomba presque dans un état névrotique farouche, comme si l'accident venait de précipiter son destin dans une longue réflexion très personnelle. Elle tenta de regarder Jackie dans les yeux, risqua de sourire, mais le présent la rattrapait indubitablement.
A cette heure, même le sourire du serveur s'estompa, elles payèrent et s'en allèrent bien vite. Dans les rues, après dans l'immeuble, la mine des passants venait de changer. Comme si, à force d'éléments anormaux, leur travail tombait dans l'oubli. Une phobie, infime et très personnelle, s'enveloppait gentiment autour de chaque être, comme une force, comme des tentacules de pieuvres s'agrippant vigoureusement à une proie encore mobile et vivante. Le loup dans la bergerie, effrayant chaque bête et provoquant les plus démunis.
Elles grimpèrent en ascenseur, retournèrent à leur place de travail, mais visiblement, et pour tous les employés confondus, le c½ur n'y était plus. Une secrétaire, soucieuse pour se enfants, demanda la première au chef de quitter la salle prématurément. L'homme, gêné, n'osa pas rétorquer, ce qui incita deux autres secrétaires à emboîter le pas de la première. Mais quand un commercial alluma la grande télévision de la salle, là presque toutes les personnes s'arrêtèrent de travailler. Un silence morne s'installa dans le lieu. Sur la chaîne principale de la ville un communiqué sommait aux habitants de garder leur calme et leur sérénité. Plusieurs incendies d'hangars venaient d'être répertoriés par le corps des sapeurs pompier à différents endroits de la ville. La police imputait ces actes aux vandales, mais en vue de l'effroyable brasier filmé par un hélicoptère au-dessus de la zone industrielle nord, peu de monde croyait la main de l'homme responsable. Les flammes jaillissaient de l'entrepôt, du tissus synthétique en trombe, d'une intensité effroyable, ces images provoquait le vertige.
Comme les fenêtres du bureau donnaient sur l'est, quelques personnes s'approchèrent des carreaux et tentèrent d'apercevoir les fumées. Les vingt collègues se sentirent subitement assaillit par une impression bizarre provenant du plus profond d'eux même. Comme si leurs subconscients les incitaient à se remuer, à prendre leurs responsabilités à leurs coups. L'ambiance ne tombait pas à pique certes, mais en ce moment d'effroi, plusieurs personnes se demandaient sincèrement ce qu'elles fabriquaient là, au lieu peut-être de se préparer à partir, à fuir éventuellement, voir retourner à la maison et préparer leurs affaires. Les idées, pour tous, devenaient confuses, elles se distordaient maladroitement. Comme si pour certain il était tant de s'en aller, travailler ne servait maintenant plus à rien car tout s'écroulait autour d'eux. Le feu prenait de partout, les accidents se multipliaient et les incidents ne respectaient aucunes logiques, la fin du monde s'approchait et les ouvriers attendaient l'heure proche de la pointeuse.
C'est à cet instant que Lisa décida de ranger ses affaires. Le sang éclaboussé dans la rue refroidit son émoi et sa peau devint d'une blancheur patibulaire. En moins d'heure la pauvre fille passait du bonheur éternel à un sinistre dévolu. Une maladie incontournable chez l'humain réapparut en elle avec une rapidité assez éclatante ; l'angoisse. Le mal de ventre et de la fièvre, un résultat s'annonçons décevant.
- Je m'en vais !
- J'ai remarqué.
- Je sais ! Tu m'as observé. Je t'appelle plus tard.
Lisa n'attendit pas et Jackie, collé à son siège, ne réagit pas. La femme rejoint l'ascenseur et fila. Les médias diffusaient l'impensable et Jackie n'arrivait pas à comprendre. Le monde, effectivement, s'écroulait. A côté, plusieurs hommes tentèrent d'appeler leur banque afin de vendre leurs participations. Ils se concertaient pour savoir si cette épreuve coïncidait à une chute énorme de la bourse. Cette guerre si rapide et si inopinée gela toutes les consciences professionnelles quant à une suite ou un fin éventuelle. Les avis n'étaient pas très partagés, rares sont ceux qui pensaient que les pannes provenaient uniquement de l'affolement ou du brouillages de l'ennemi. Mais si l'on pouvait cité le mot ennemi, les hommes tentaient d'imaginer où celui-ci se situait en ce moment, à savoir caché derrière la lune et se préparant à une seconde vague, qui cette fois-ci devait toucher la terre. Une perspective nullement réjouissante. Des hommes avenants, tentant de vivre normalement, alors que le ciel allait leur tomber sur la tête.
Un peu plus tard, Jackie se retrouvait seule dans un monde d'homme. Les femmes préférèrent s'en aller rapidement et cette dernière femme semblait soudainement déranger. En fait tout le monde comptait partir, y comprit les dirigeants. La seule question qui pendait aux lèvres se résumait à une simple chose. Les derniers employés cherchaient à savoir quoi faire ou s'en aller.
Mercredi 13 heure 30.
La table, plus rectangulaire qu'ovale ou ronde, se remplissait gentiment de comédiens allant peut – être interpréter leur ultime rôle. Les généraux Kost, Palati, Roberts, Epton et De Nemours prenaient place ou tentaient d'y rester, car à chaque minute, des intervenants s'interposaient pour leur soumettre des informations ou des documents quelconques, telle une nébuleuse ne s'arrêtant jamais, une fourmilière dont le point centrale se situait au centre de la table, juste au dessus de la cafetière dont visiblement son contenu n'intéressait personne.
Plus loin les écrans de contrôles affichaient des images irrecevables, confirmaient le désastre. La bataille n'avait pas encore commencé qu'un constat d'échec se ressentait déjà au sein même du quartier général, comme si de mauvaises fréquences déroutaient le système sans relâche. Une fin annoncée, prédéfinie par le temps et l'espace.
Chaque général dirigeait une partie de l'armée. Soit les bases, soit les groupes de satellites, soit les groupes de vaisseaux, ou soit les groupes de fusées. Le grade du général Kost le conférait à être le principal metteur en scène des événements. Devant lui, un écran l'informait des nouvelles dispositions et des différentes positions des troupes situées autour de la terre. Les plans de la contre – attaque n'avait rien de compliqués, l'armée de États – Unis devait se regrouper derrière la terre, dans l'ombre, une position stratégique car à cet instant le gros des troupes se situait pour un armée derrière la lune et pour l'autre armée derrière la terre. Un point en mouvement car les planètes bougeaient effectivement et l'état – major savait qu'avant la fin de la journée, les deux points d'ombre devaient se croiser dans cette espace entre la terre et la lune, et toutes les spéculations prévoyaient une attaque finale de la part des martiens. Un choix opportun ou obligé, la question ne se posait nullement. Même si la comparaison ne ressemblait pas, la situation ressemblait un peu lors de la seconde guerre mondiale quand les troupes américaines se préparaient au débarquement en Angleterre, le lieux de l'attaque devait se passer soit à Calais ou soit en Normandie, une période d'attente et de réflexion. Une modalité dont les généraux se fatiguait à élucider, car si tous les experts en stratégies connaissaient plus ou moins les perspectives, l'issue ne coïncidait pas forcement à une victoire claire et efficace.
L'armée américaine se forçait à envoyer un maximum de fusées derrière la terre afin d'assurer une réplique percutante. L'état – major estimait à ce moment là à plus de quinze mille, le nombre de fusées Space Tunder et autres. L'armée martienne en comptabilisait un nombre un peu inférieur. La stratégie américaine devenait, à mesure, un peu plus simple, car l'armée martienne avait eu le privilège de la surprisse. Une attaque en deux temps plus qu'efficace, en seulement vingt quatre heures, car bientôt les délimitations de l'Amérique de nord devaient être exposées à la lune. Donc, les surfaces à protéger devaient bientôt être exposées à l'ennemi et les tactiques convergeaient tous à une attaque massive obligatoire de l'Amérique. Certes l'ennemi si attendait et la principale préoccupation de l'État – major se simplifiait à cet instant au fait que sûrement l'ennemi allait aussi attaquer, car les troupes n'allaient pas se faire piéger bêtement derrière la lune et le terrain le plus plausible pour cette bataille se situait alors sur une ligne d'ombre entre la terre et la lune. Une petite surface minuscule juste au – dessus des têtes des Américains. Une bataille unique dont l'issue pouvait se résoudre à l'échec comme à une victoire net. Les statistiques ne confirmaient rien de probant et un flou subsistait encore. Tout le monde s'attendait à une première vague de missiles et une seconde vague de fusées. Le résultat pouvait varier du tout au tout. Une victoire totale ou un échec. Mais une certitude se percevait dans les calculs, si une victoire de l'Amérique se prévoyait elle se simplifiait non pas à une capitulation sans condition de la part de l'ennemi mais à une destruction totale. Un fait avéré. Une puissance martienne redoutée mais résignée, des hommes, dans leurs cockpits, patientant cet état de grâce, cette bataille finale.
- La ligne dans dix secondes !
L'opérateur s'interposait dans une discussion entre généraux. Le président, au fond de son siège, patientait sans rien dire. On devait bientôt lui passer la ligne. Son impression restait morose, à l'instar des militaires, son moral stagnait à un niveau très bas. En face les généraux se calmèrent, s'attablèrent correctement et juste avant l'appel, le général Kost s'interposa modestement.
- Nous sommes prêt et ils le savent.
Une voix indifférente intervint du petit haut – parleur posé sur la table. Le président chinois parlait couramment l'anglais.
- Monsieur le président, vous lancez une contre offensive. Même si nous étions exposés ils n'ont pas attaqué. Peut – être ont – ils un compte à régler avec vous.
L'ingérence politique martienne impliquait directement les État – Unis. Son gouvernement délaissa cette terre aride aux dépends d'autres colonies bien plus propices et abondantes. La précarité politique du pays et son jeune âge, donnèrent raison aux nouveaux leaders charismatiques et opportunistes. Un choix malingre et inutile. Une faute se payant cache quelques décennies plus tard comme de grands fracas au firmament d'une reconnaissance obligatoire.
Le président chinois connaissait l'histoire par c½ur. Il appréciait l'Amérique pour ces erreurs qualifiées et ses libertés restreintes.
- Vous comptez nous suivre ?
Le président se devait d'être clair et direct. Un silence retentit, un moment d'égarement donnant aux interlocuteurs l'impression de se situer à des années lumières les uns des autres. Telle une conversation téléphonique d'une planète à l'autre.
- Dès la première vague ! Notre appui sera décisif !
Dans le ciel, le couché du soleil s'étalait le long des côtes de l'atlantique. Le point de départ de la grande bataille. Partout les commandants de bataillons sonnaient le glas. Soudainement la population et les militaires prirent peur, la retransmission médiatique se tenait en allène, filmait les départs avec minutie. Aucun retard ne perturba la fête.
Mercredi 13 heure 45.
Dans les rues la panique devenait gentiment apparente. Les médias venaient d'annoncer une probable contre – attaque et la population se rendait compte de sa proche position géographique face au conflit. La défense américaine pouvait émettre des faiblesses et les retombés pouvaient s'avérer terribles. Mais la populace ne savait pas comment réellement se comporter ; se terrer ne servait à pas grand-chose et fuir paraissait impossible. D'ailleurs les principaux aéroports venaient de fermer leurs portes au public, des pistes rapidement perquisitionnées par l'armée de l'air. Un songe espoir de réussite pour la majorité des habitants en ces temps très spéciaux, car ce moment devenait soudainement extrêmement grave et important car l'avenir de toute la nation devait bientôt se jouer proche de la croûte terrestre. Un symbolisme parfait pour les patriotes et les conservateurs face aux éternels réformateurs, toujours incohérents et irréalistes.
Jackie venait de se poster devant la fenêtre. Au loin plusieurs feux ne paraissaient jamais s'éteindre et les fumées noirâtres grimpaient au ciel jusqu'à l'infini. Une vision terrible, un régime de terreur s'appropriait tout ce qui pouvait se consumer. L'effroi régime totalitaire devenait réalité et les craintes du peuple face à cette possibilité se transformaient gentiment en véritable paranoïa. Un désordre provoqué par des histoires terribles relatées dans les livres d'histoires de l'école secondaire. Ses doutes se mélangeaient à la peur d'un ordre tyrannique et despotique comme les gens pouvaient se l'imaginer en rapport aux terrifiant récits relatant les époques fascistes et communistes du vingtième siècle. Ce chaos tant redouté et cette fameuse troisième guerre mondiale tant attendue se modélisait à cet instant en une forme puissante et paraissait indestructible. Une force infaillible stabilisant les nations libres et démocratiques, attaquant leurs armées et défiant les masses afin de les pousser jusqu'à leurs derniers retranchements psychologiques et physiques. Une histoire se répétant sans cesse et à l'infini. Un événement si particulier, pouvant modifier aisément des destinés d'une façon très corrompues et produire pour beaucoup de personnes, des souvenirs et des douleurs ineffaçables.
En face de ces feux et des ces incidents, Jackie ne semblait rien ressentir, ou plutôt toutes les plaintes l'accaparaient, toutes les calamités l'imprégnaient, l'enveloppaient et disparaissaient directement. Comme si la chose, cet esprit événementiel ne l'affectait pas, comme si elle maîtrisait son destin, comme madame, femme de maison, femme de soldat, employée d'entreprise, devenait soudainement indestructible et imperméable à tous sujets hors normes. Sa maîtrise, son calme, l'amenait à l'indulgence, au respect. Une métamorphose se développait en sa personne, face à ces péripéties, une nouvelle dame apparaissait en elle, plus ferme et plus forte. Un nouvel être possédant le pouvoir et la maîtrise, différent, impitoyable et très sûr de ses actes et de ses gestes.
Jackie ressentit à ce moment là cette force, ce pouvoir. Elle devenait soudainement l'être dont rien ne pouvait l'affecter, résolu à dominer son sujet, ses peurs et ses angoisses. Une force surpuissance l'envenimait et elle commença gentiment à ressentir les choses différemment. Sa vision globale du monde devenait plus claire et plus limpide. Au plus profond d'elle-même, une âme apparut, une volonté puissante et matérialisée par un sixième sens surpassant tous les autres sens. Un pouvoir énorme lui permettant de gérer son stress et sa mesure. Une approche des problèmes plus distincts et plus aisés, comme si à cet instant cette femme ressentait les spasmes et les vibrations, les distorsions du temps et de l'espace, les mouvements inégaux et infimes des ondes de chocs. Cet être nouveau s'appropriait soudainement le monde d'une façon très différente qu'auparavant. Les éléments solides, liquides et gazeux convergeaient en une seule théorie applicable pour tout. Une extraordinaire simplification venait de naître au plus profond de son âme et de son c½ur. Cette petite femme, ordinairement calme et simple, bénéficiant d'une culture moyenne, d'une intelligence bienséante et d'un physique normal, se métamorphosait gentiment en une puissance extraordinairement surabondante et quasi surnaturelle.
Daniel Gindraux, 2006, Réact2100, 34 heures.