Ma poésie de l' espoir dans ma poche ; raconté à qui veut ; j' ai ensuite piétiné . Une monté jusqu' à l' arc de triomphe . Un retour sur les champs ; dans la pénombre des néons et des phares de bagnoles . Un hamburger ; et pour m' asseoir finalement auprès d' un autre pont . Un autre bien - sûr . Celui réservé à ma défense ; mon charme ; ma petite qui doit se rendre au travail tous les jours ... Et dans l' amertume, je me suis ensuite endormi, concassé sur des marches tel l' ivrogne qu' est la frontière de ma prospérité .
Aujourd' hui nous sommes mardi ; le quatrième jour pour ainsi dire . Cette nuit j' ai eu froid, mais je pense que ma virilité se porte à merveille . Mes cinq sens sont proches de l' apothéose et je m' estime m' être fortifié depuis dimanche . M' être surélevé . Au niveau d' un paroxysme qui détale de ma jouissance . De l' âme féconde ; de ma connaissance ; qu' une terre puisse être formulée comme mon habitacle obligatoire .
Sur la route, les voitures ont reprit estime . Elles circulent ! Sur le côté est de la place ; la Condorde ; un petit cabanon à sandwiches se prête à servir quelques nettoyeurs de rues prenant leur pause ... Vu que ma faim me garde, je traverse la route et pratique les cinquante pas utiles pour arriver au but . Et quand j' arrive, je remarque une animation bien tranquille d' un Paris s' éveille . Une petite tranche de vie ; agrémentée par plusieurs badots s' arrimant au même niveau social que moi . Un petit groupe de traînes pattes qui se soulagent avec ces travailleurs du matin .
Sans aborder quiconque, je fais la file . Un moto - crotte fait sa commande ... J' attends quelques minutes, et vient mon tour . Le serveur, la gueule dans le cul, me serre néanmoins cordialement . Je commande un sandwich au jambon, le paie, et repars sans attendre .
Je m' active ensuite jusqu' à la rue Pigale . Une traversée tranquille qui me laisse le temps de finir mon déjeuner ... Arrivé auprès de ma destinée, je prend note de l' immeuble de connivence, me pause à cent mètres du lieu, et me mets à attendre .
***
Une heure a passé . La rue s' est maintenant bien garnie . Des passants, des passantes, la passent sans se soucier des nuits chaudes qu' elle peut contenir . Un étalage, à cinquante mètres, expose des fruits et des légumes de saison . Personne ne semble bouger dedans . Le type doit dormir . Enfoncé sur un tabouret, et en face d' une caisse vide et qui sent la mise en faillite .
Pour ce qui est de l' immeuble en question, rien ne bouge . Je mâte ma montre ; il est presque huit heures . L' homme va arriver en retard à son premier travail ? ... La question . La réponse . Je ne le vois pas ; un petit bleu comme lui, ça vient même avec cinq minutes d' avance, comme moi .
Je me fichtre encore quelques minutes . Dors même . Regarde toujours les passants qui doivent me prendre pour un prostitué ... Je regarde aussi ma montre . Trois fois de suite . Et me retourne, pour, soudainement, apercevoir une tronche à deux cents mètres de l' immeuble . Il est moyen . Pas très large . Et porte une veste en jeans ... Il marche normalement . Le balais dans le cul . Sa direction m' affronte . Et je me dis ; l' augure ; c' est sûrement lui !
Sur de mes estimations, je remonte alors mon col du mur et m' apprivoise à l' observer sans que lui ne s' en rende compte ... Sa démarche frise l' effraction ; pour l' emploi donc . Sa chevelure est courte, presque chauve, une gueule d' ancien bidasse . D' ancien bleu . Tout feu tout flamme ; qui vient de terminer son devoir national dans un petit blède bavarois ... La face d' un jeune pas du tout premier, il se bouge encore, et, arrivé auprès de la porte, il s' arrête . Je le regarde en me disant que c' est lui mon con . Ma farce ... Il regarde le numéro au - dessus de la porte ; son calepin en main ; comme moi . Puis, étant sûr de l' endroit, il l' ouvre gentiment et pénètre à l' intérieur .
Quelques minutes passent ensuite pendant que je n' en mène pas large . L' homme sort alors et plus que visiblement, je le vois insérer sa liasse dans son porte - fric . La joie au coeur même . La grimace du barbu . La sauce à l' échalote, qui, après, se remet en route et prend la direction du nord .
Je le laisse s' en aller ; dans sa démarche fluviale . La grande dame que ce con . Et, après que l' autre soit assez loin pour que je ne le distingue plus, je me contorsionne le dos . Un soulagement propice . Et m' en retourne à ma suite . Ma voix la plus courte pour mon aménité .
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Maintenant ma corde raide me semble plus souple . Je respire . L' acte m' est bien lointain mais je n' oublie toujours pas que quelqu' un pourrait me suivre . Me distinguer parmi la foule . Alors que dans les rues, la vie a reprit, la police est toujours présente . Elle s' est embusquée un peu partout . Dans les coins . Sur les places . En uniforme, ils nous amènent à recréer le semblant de sécurité d' avant acte . La suprématie parmi les hommes . La confiance ; avec leurs armes, qui nous protègent, se protègent ; et avec des matraques autant puissantes qu' une mise à pied .
Quand je suis reparti, j' ai pris contre le sud . J' ai fait mes pas . Mes jambes . Et aujourd' hui, je me suis arrêté en face de l' immeuble appartenant à l' Etat . Ce grand immeuble . Cet office à embranchements multiples . La protubérance d' une république . L' endroit que je connaissais déjà, mais qui me retient encore d' y pénétrer . Et pour cause ; des caméras doivent mobiliser les couloirs . De sûr ... et surtout vers les portes, afin de me démasquer, de me dénicher parmi les espions cherchant à s' approprier une partie de la technonogie française .
Bas les masques ; je me suis posé contre un mur . En face de l' oeuvre . Et j' ai pris en main ; au passage ; un journal d' aujourd' hui que je suis en train de lire afin de passer le temps . Une briffure . Small one ; que je peux lire, car les articles parlent toujours de l' attentat . Et ; en mauvais confort ; deux têtes de pioches y sont dessinées sur la seconde page . Des infos provenant de la préfecture qui retracent les portaits - robots de deux présumés à la potence . Des sans - noms, que plusieurs personnes ont aperçus . Et dont un, visiblement, me ressemble . A deux gouttes près . Les cheveux courts . Une petite tête . Et un air blaire à casser la barraque ; dont je suppose, qu' il provient les deux dames . Celles du cinoche . Avec des explications qui surplombent un maximum . Pour ma tête surtout . Et celle de l' autre ; qui ressemble au barbu de la place . Avec sa grosse tignasse et ses joues très larges . Un faciès aussi identique mais que je ne connais pas, et qui doit sûrement ressembler à ce venimeux bonhomme qu' aurait du être mon patron . A savoir ; l' homme de l' agence, qui, malheureusement pour lui, s' est fait enregistrer au même titre que son prétendant .
Dans leurs textures, ils n' en disent pas long . Ils n' en savent même rien . Et se contentent juste d' y insérer des suppositions . Des scénarios me voyant partir dans la rue après l' acte et tirer, du haut de l' immeuble . Des autres me voyant partir en bagnole accompagné de la barbe . Ou filer à l' anglaise, déguisé en policier, en pompier et en militaire . Défilée surtout . Moi et mes compagnons de luttes . Durant l' ultime combat . Durant la dernière marche . Au point adjacent qui laisse pour l' instant ma mémoire en pleine confusion . Un désarroi qui ne pourrait toujours pas me dire qui lui il est, qui eux ils sont, et pourquoi moi je suis .
Mis à part ça, les deux têtes m' effarent tout de même . Cette ressemblance ne m' arrange pas, mais au moins, avec ça, j' ai un déchiffrage du vrai criminel . Un petit subterfuge qui pourra éventuellement me passer à témoin et qui me rappelle aussi, et vivement, que les deux têtes ont aussi le même gabarit que les deux agneaux faisant partie de mon plan ... Et oui ; le paranormal semble bizarre à première vue, mais cette histoire est bien réelle, et comme un héros, dans mon scénare à moi, je me suis préparé deux hommes qui ont bien l' air de s' allier, se ressembler, et rendre mon génie moins scabreux et presque logique .
Et en voyant ces deux têtes, je m' enfièvre même . Car, si ; pour me retrouver parmi les onze millions d' âmes que compte la région parisienne, faudra que mes chers collègues de la criminelle se durcissent les tympans et se crèvent les yeux . Car à ce niveau, du boulot est encore à effectuer . Des investitures pour sûr ; alors qu' ils n' ont, pour l' instant, pas mentionné le bureau de connivence . Et sans amertume concernant leurs dévots ; car, je ne les vois en tout cas pas m' identifier parmi la foule de passants aux cheveux courts et aux petites têtes .
Mais je reste néanmoins passible pour l' instant . La police n' en dit pas long, mais je parierais volontiers qu' ils connaissent tout de même l' office . Et pour sûr ; deux guignols doivent être en train d' attendre l' idiot du village à l' intérieur, afin de le piquer alors qu' il comptait y retourner pour y ramasser son passeport oublié .
Autrement, pour le reste ; je me lasse de bien des propos . Il fait beau . Tout marche sur des roulettes . Mon plan : les deux nous ressemblent . L' idéal ! Et en plus, personne ne me suit . Ne m' observe . Et ma santé se porte à merveille face à ce taudis .
Et à côté de moi, la rue gigote autant qu' hier . Des petites dames . Des fainéants . Des vendus . Des mécréants . Et des impies . Se barbent l' espace . Ils marchent, s' arrêtent et font leurs courses comme si la vie se jouait là - dessus ... Une petite vie presque hors du temps, et qui, de temps à autre me délecte afin que je puisse inspecter les allés et venus qui prolifèrent dans cette baraque ; dont le suspense n' en pèse pas la moindre, because, pour l' instant, rien ne circule et personne n' en sort ou rentre .
Et je dirais que c' est même le silence qui y règne . Les tribulations . L' araignée qui attend sa proie . Ou le piton ; pour finir par une strangulation ou un poison mortel ... Et si génisse il y a, je les vois toutes . Toutes autant qu' elles sont ; à se pavaner et rigoler, alors que les yeux du méchant les observent . Les guettee comme une proie qu' on fécond . La soupe du pauvre . Le fruit qui mûrit . Qui s' épave ; pour finir un jour dans la gueule du loup .
***
Plus d' une heure a passé sans que rien ne se soit produit . Mais maintenant qu' il est onze heures quarante - cinq, une femme vient de sortir et est en train de s' en éloigner ... Je la regarde et son dos se donne le mordant de ressembler à une secrétaire . Une toute petite ! Car elle est assez petite . Et son dîner doit l' attendre . Voire proche ou très loin de son travail .
Sa paresse l' empoigne juqu' à trois rues qui s' interposent à l' avenue, et elle bifurque sur la gauche pour disparaître ... Je la laisse s' en aller et revient sur la porte ... J' attends ensuite quelques minutes, mais toujours rien ne vient . La soupe va bientôt être chaude que je me dis et je sens la ruée sortir dans un moment . La ruée vers l' or ; de l' usine ; en direction des chauffe - plats et des casse - croûtes du midi .
Durant cette instance, je me garde à tout observer . A tout noter . Quelques minutes passent encore . Ma montre donne moins cinq . Et trois femmes sortent de l' immeuble ; et avec, dans chacun de leurs regards, le stress d' un travail de secrétaire . La parole de trois confines qui discutent à longueur de journée à propos de leurs problèmes quotidiens . De leurs leurres . Leurs lessives . Et surtout de leurs maris qu' elles en rigolent comme une voie obligatoire pour des femmes à sang pur, qui cherchent avant tout, la fécondité par la
noblesse .
Leurs impudicités aux lèvres, elles s' éloignent bien vite de l' endroit . Elles se renvoient des balles sur deux cents mètres faciles, et s' arrêtent en face d' un chinois . Elles regardent la carte assez rapidement . En rigolent en se référant à de petites histoires communes, puis pénètrent en appliquant leurs courtoisies de femmes adultes et ouvertes .
Je les regarde disparaître et reviens à nouveau . Là, rien ne se passe ... J' attends . Plusieurs minutes passent et toujours rien . Je regarde ma montre ; il est midi pile . Et les infantes doivent arriver, que je pense . Un bon débarquement ; facile .
Dans ce stress qui me rend dupe, et vu que personne ne se précise, je repense encore un petit peu . Une petite histoire à dormir debout . Par terre même . Parce qu' elle se précise à nouveau sur elle ; ma femme . Dans sa robe ; sa caricature ; qui me dit souvent que je dois peut - être fabuler . M' enthousiasmer à l' encontre d' un concept ; d' une image qui reflète la femme idéale . Pour moi et ma conscience de branleur . Vous savez ; cette constance péjorative qui vous emmène à être en constante répulsion envers vous même ; rien qu' au fait que vous imaginez sans cesse . Que vous vous morfondez à voir une femme selon vos cordes . Selon vos goûts ; vos rêves . Vos rêves de puceau à l' agonie de ne pas pouvoir festoyer tous les jours quand vous rentrez du boulot ... Cette espèce de tracas continuel qui vous dit : " Mais ce sont toutes des salopes ! " . Des traînées qui ne vous veulent pas et qui vous empêchent de vivre selon vos mesures .
Sans m' en rendre vraiment compte, les minutes passent et rien n' est venu . La porte est restée bouche - close ; comme son nom . Et quatre personnes, quand j' y repense ; c' est vraiment peu . Du pipi de chat même pour un office de cette taille ; qui, visiblement, devrait pourtant approcher la centaine d' employés . Easy !
Obstiné, je consulte ma montre ; elle indique midi - dix . Je regarde encore les fenêtres, et là, je ne distingue aucun mouvement . Aucun bruissement qui pourrait me faire croire que ces braves gens prennent leurs déjeuners à leurs places . Comme les américains . Un sandwich en poche et la bravoure sur internet afin de passer le temps .
Quelques minutes passent encore . Des autres offices ; adjacentes ; plusieurs groupes de personnes en sont sortis . Ce qui fait que la rue a prit soudainement plus d' ampleur, plus de vie . Les restaurants, au loin, sont aussi en train d' emmagasiner, alors que devant moi ; toujours rien . Le néant . Le silence d' un sans - nom .
Je me croupis alors . Je me lasse même . Mais soudainement, la porte s' ouvre . Et de là, un homme à la force de l' âge en sort . Il porte une gabardine bleu foncé sous une calvitie prononcée, et derrière une moustache grise qui retombe sur le coin de ses lèvres . A la française quand j' y repense ! ... Il fait quelques pas en face du trottoir pendant qu' il allume un cigarillo, et après un petit regard en direction des deux côtés de la rue, il se met en route en prenant le côté ouest .
Vu que c' est peut - être ma seule chance, je n' attends pas et traverse alors la rue . Car ; il faut le dire ; l' homme, avec un enfoncement pareil, doit sûrement être un ancien espion ou un ancien de la criminelle . Et surtout avec une gabardine qui doit dissimuler son arme . Son rapprochement à l' encontre des méchants citoyens . Des mauvais génies que le gouvernement conteste et qui le paie pour les surveiller ... Et le style d' homme aussi, qui attend sa retraite à l' intérieur d' une atmosphère de bureaux que personne ne veut affirmer . La firme . Ou le brouillard parmi les grandes instances . Que briment ; les exclus d' une politique allant en leurs défaveurs d' une solution punitive afin de les empêcher de parler d' eux .
Quand j' arrive sur l' autre rue, l' homme a déjà fait une bonne cinquantaine de mètres . Je le rattrappe et me mets à le suivre en laissant dix mètres de passages .
Lui ; son pas est tranquille . Presque souple ... De temps à autre il tire en ne pensant à rien . La grosse barbiche . De l' homme aux bons consentements . Au devoir accomplis durant ses longues périodes de vies ... Je le laisse répondre . Il marche encore sur une bonne centaine de mètres, et pénètre dans un troquet à l' aspect plutôt bonne enfant . Le style ; peut - être ; encore pur, avec devant, deux ou trois tables et un serveur à l' habit noir et blanc .
Dans un semblant de connaissance, il poursuit à l' intérieur et va s' asseoir à une petite table donnant sur la rue . Je le laisse se débattre mais n' entre pas . Un serveur vient à lui . Le salut comme à l' habituelle . Il commande, et pendant que l' autre retourne au bar ; ovalisé et remplit par trois malfrats en train de boire un canon ; je me dis qu' il fera l' affaire . Celui - là ; et pour mon plan . Et ce qui fait que je recule un petit peu et retourne d' où je suis venu . Un retour afin de ne rien laisser dernière moi . Ni même mes cendres !
***
Ouf le plaisant ! Je ne sais plus quoi dire . Mon sommeil à moi ; peut - être que je devrais faire une halte, ou demander une aide auprès d' un collègue pour qu' il me les écrive ces trois cents livres que j' envisage . Pour ce topo . Cette existence qui me fera gravir le milliard . Et l' allégresse, en deux - cent pages . Comme tous les autres . Les OSS117 . Ou le commun d' une idylle . Le nom à cinq consonances pour gagner de la place . Comme mon nom par exemple ; à dire : Auguste - Edouard De Mont - La - Soupposien, dit le malheureux en affaire ... Vous imaginez l' histoire : " Un jour, alors qu' il n' avait rien à faire, Auguste - Edouard De ........ , partit dans les bois normands, en Alsace, afin d' admirer le coucher de soleil qui s' étale chaque jour sur la plaine lombarde . "
Enfin, ne plaisantons pas . Maintenant, il est six - heures moins cinq, et durant cette longue journée, j' ai flâné comme de coutume . Pour me gagner . Gagner une journée ... Et j' ai franchi plusieurs ponts durant cela, descendu plusieurs avenues, mangé et roulé mon parterre sur pas mal de rues . De long en large en travers la commune . Pour me retrouver en ce moment de nouveau en face du téléphone, sur la place du Tertre .
Et de nouveau assis, je regarde la scène, qui elle, s' humecte à garder la même apparence qu' hier ... Et le même troquet surtout . Qui lui est plein à craquer de gens cherchant un peu de paix et de soleil couchant . Un bistraque que la populace a tout l' air d' apprécier . En face d' une faune d' artistes qui ont posé leurs plumes sur le pavé et qui passent leur temps à relater les expressions contigues des touristes . Les visages de tous ces autres gens, venus d' ailleurs, venus pour le quoique d' une ville qui se dit lumière . Lumière des anges ou lumière des néons . Des phares de bagnoles . Et des Champs - Elysées surtout ; avec son Lido, son Fouquet ; et ses endroits réservés à mon avenir . Dont le panard est d' y mettre les pieds avec le porte - monnaie remplit à ras bord .
J' attends encore quelques minutes, puis me lève et me pose sur la cabine ... Je regarde ensuite l' heure . Moins une . Le temps m' arrime et je le sais, car le beau va bientôt sonner . Et à l' heure, because, il y tient à son job . Le perdre serait moquerie vu qu' il me ressemble . Le con d' hier : à avoir la même tronche que le portait - robot ne va pas le gâter . Ou, à moins, tout simplement, que ça soit lui le vrai coupable .
Moins de trente secondes passent et le téléphone se met à sonner . Je regarde ma montre : six heures moins quarante secondes . Quelques secondes défilent encore, mais j' attends . La sonnerie retentit à nouveau . Ma montre sur moi, je regarde encore une fois . Moins vingt . La sonnerie retentit . Je la laisse et compte ... Dix ... Cinq ... La sonnerie retentit ... Trois ... Deux ... Et arrivé à cette apogée, je recouvre alors ma montre, m' essouffle un coup sans me stresser, et décroche enfin .
- Allô !
Le murmure se distingue . Il me dit même bonjour monsieur et continue à propos de sa journée .
- Heu ! ... Oui : je l' ai effectivement attendu toute la journée . Et n' est sorti qu' une fois de chez lui pour faire des courses au supermarché .
- Quoi, que je lui renvois furieusement ! Mais vous êtes sûr que c' est le bon ?
- Je pense .
Le litige parait complet, mais je sens que je le maîtrise .
- Mais, reprends - je ; c' est bien un gros barbu que vous avez suivi ?
- Oui oui, bien - sûr !
Le bleu me répond sans même réfléchir . Je le laisse alors mûrir en me prétendant à faire semblant d' élaborer un plan, et le reprends .
- C' est quand même pas vrai ; y doit la baiser à longueur de journée .
En tout points positifs, plus rien ne vient . Son silence de puceau le rumine . Du jamais vu pour lui ; qui s' astreint à s' exercer pour sa vie future . Une confusion surtout ; pour son monde, et dont mon envie serait de lui annoncer que la petite fausse garce que l' autre se fait n' a que dix - huit ans .
- Ah ... Parce que vous pensez ...
- Ben oui ; elle est tellement jeune qu' il a peur de la laisser sortir .
L' homme, en pleine extase, ne laisse maintenant qu' apparaître une respiration qui sort du contexte humain . Et en voyant cela, mon petit démon me force à la quittance du sentiment fondé sur l' envie qui nous tracasse tous . A savoir, la haine de voir une belle se faire sauter par un vieux alors qu' on pourrait très bien faire l' affaire .
- Mais vous ne l' avez pas vu ? ... Une petite blonde aux cheveux longs . Avec une peau très blanche et une taille très fine .
Bouche bée, je ne l' entends plus . Dieu le pauvre ! ... Et cette situation me force .
- Ben écoutez . Voilà ce qu' on va faire . On va jouer la ruse . Le barbu vit en vendant des armes et du matériel électronique . Son revendeur vend aussi de la came . Il travaille juste devant chez lui . Et ce que tu vas faire, tu vas lui demander d' aller chercher la barbe, parce que tu serais intéressé par l' achat d' une arme à feu . Lui ; ira le chercher pendant que tu attendras dehors . La barbe viendra et il te demandera de le suivre jusqu' à chez lui . Et dedans, tu pourras vérifier si elle se promène toujours en slip au milieu salon .
L' homme ne dit toujours rien . Je le sens à bout .
- Le revendeur est un grand brun à l' allure plutôt dédaigneuse . Le genre qu' on n' emmerde pas trop . Tu vois le style .
Encore une respiration, et il essaie tout de même ...
- Pour le revendeur, je vois qui c' est . Je l' ai observé toute la journée aujourd' hui .
- C' est bien ! Autrement, pour ce qui est de l' arme, tu lui annonceras que t' es pas intéressé . Tu trouveras toi - même l' excuse .
L' homme s' essouffle à la longue . Sa petite noblesse ne s' attendait pas à cela . Et dieu que je lui fais mal ; une petite mégère dans les bras d' un monstre, autant se tirer une balle tout de suite .
- Mais ; et c' est qui cette fille ?
- Elle est assez longue l' histoire ... Si t' as le temps .
L' homme rougit même, maintenant .
- Bien sûr que j' ai le temps .
Comme ma réponse est déjà dans mes idéaux, je n' attends pas trop longtemps et me mets à lui expliquer .
- T' imagine la petite ; une petite garce qui c' est fait sauter pour la première fois à douze ans dans les chiottes de l' école . Elle a continué ensuite à cent à l' heure . Jusqu' au lycée . A seize ans, elle a commencé à sortir au centre de Paris . Et elle a vite fait connaissance avec la faune . Des revendeurs . Des trafiquants . Elle a aussi connu le barbu à cette époque . L' époque où elle sortait en boite pour allumer tous les mecs . Pour chercher tous ces pauvres types qui pensaient qu' à la sauter et à la traiter de salope . Puis un soir, dans un club privé, une bagarre a éclaté . Un pauvre type faisant le mariole a voulu s' en prendre à un gros bras . L' autre eut vite fait de le remettre en place . Il a sortit son arme et lui a pointé en plein sur le front . Elle ; elle était juste à côté, et est directement tombée amoureuse du gros bras . Ils ont fait connaissance juste après . Il l' a sauté le soir même, et vue que son visage à tendance à rester dans toutes les têtes, il l' a emmenée par la suite un peu partout dans Paris . Elle ; ça lui donnait du mordant, elle cherchait les mecs, s' amusait comme une folle dans les clubs, et chaques soirs, à quatres heures, il venait la chercher pour se la sauter juqu' au matin . Puis, le travail accomplit, il la virait pour la laisser retourner chez ses parents ... Ça a duré comme cela quelques mois, juqu' au jour où il l' a attrappée entrain de refiler des baisés à un autre . Il l' a alors ramassée et l' a séquestrée pour lui faire comprendre ce que c' est que la vie . La pauvre n' est pas sortie de chez lui pendant trois mois, et un jour, elle a put s' évader et a filé tout droit chez la barbe .
Le pauvre ... type ; il rumine encore . Et je le vois même au bout du fil avec un polar surchargé et une haine pas possible envers cette race ; à dire, cette faune qui a le privilège de se taper les mieux lotis rien que parce qu' elles ont l' impression que les vrais hommes se sont eux, et non les pauvres types que nous sommes .
Afin de le laisser encore s' évader, je reprends .
- Et comme l' homme, par la suite, n' a pas réussi à la retrouver, et qu' il y tenait tant ; il a fait appel à moi . Bien - sûr, il a joué aux jaloux et m' a prétendu que c' était sa femme . Mais avec mes relations, j' ai pu savoir qui lui il était et à quel subterfuge j' avais à faire . Bien sûr, en apprenant toute l' histoire, j' ai voulu tout d' abord renoncer à l' affaire, mais l' homme m' avait déjà payé une forte avance . Alors, je m' y suis tout de même mis et l' ai finalement retrouvée . Et quand j' ai voulu tenter de discuter avec elle, la semaine dernière, je me suis rendu compte qu' il avait mis un de ses hommes derrière moi . Alors j' ai vite oublié et je me suis arrangé pour afficher des annonces .
L' être, scrupuleux, ravale sa salive . Puis, presque perspicacement, tente de m' en proposer une .
- Mais ... vous ne voudriez pas que j' essais de discuter avec elle ?
Le polar ! ... Il parle . Mais il ne doit sûrement pas se rendre compte . Qu' il finira alcoolique ... comme tous les autres . Et il boira et il fumera, et malgré les recommandations du ministère de la santé . Malgré les recommandations du ministère des sports ; afin d' afficher une mine de sportif pour toutes les têtes . Boire de l' eau, manger des salades et des yogourts . Faire du jogging sans penser qu' il va rester pauvre type toute sa vie . Passer vingt ans puceau . Se taper une pute à vingt - deux . Commencer à travailler à vingt - trois . Chercher jusqu' à trente pour passer ce cap en se posant la question fatidique : mais à quoi je sers ! A quoi sert la vie ; alors qu' il travaille et qu' il économise comme ce n' est pas permis . De l' argent à n' en plus compter, pour se remettre à boire à l' âge de trente - six . Refumer . Se faire une pute chaque semaine afin de prendre une habitude . Pour que certaines fois, il en vienne même à se demander s' il ne pourrait pas lui demander de l' entretenir ; attendre qu' elle vieillisse, afin de se la taper tous les jours gratos . Mais bien sûr ; c' est elle qui ne veut pas ; car de un, elle gagne dix fois plus que lui ; et de deux, il boit trop . Car ; il vient de passer ses quarante - cinq ans et son patron la mis sur la sellette . Et oui, il boit toujours et commence à sentir . Au café du commerce . A la baraque . Avec ses chats qui chient partout . Chez ses femmes, qu' il tente de ne même plus reconnaître, pour passer ses cinquante ans sans famille . Avec sa mère qu' est allée s' installer en pension . Dans la boisson ; l' oubli ; l' oubli des femmes . De leur corps et de leur formes . Pour enfin arrêter de bosser à cinquante - cinq . Au café de la gare . Avec ses camarades qui n' ont plus rien à lui dire ; et aussi pour ne pas épouvanter les autres clients, d' un autre bistrot plus raisonnable . Pour rendre son appart à soixante ans, afin d' économiser pour s' acheter ses billets de loterie . Ses billets pour le rêve . Le rêve de celui qui dort maintenant par terre . Sur les quais . Un sac en plastique comme seul habitacle . Comme seul sursis à la vie, pour enfin qu' arrive le jour : le six février . Le jour de ses soixante - sept . Etalé tel une épave dans les confins d' une ville qui a fini par oublier son existence .
Et voilà pour son histoire . Mais je vais tout de même me retenir et ne pas tout lui narrer .
- Mais vous n' y pensez pas! Vous ne savez pas de quoi il est capable .
L' homme jubile .
- Ah bon !
- Mais oui ! Notre but est de savoir si elle est encore chez lui, et pour le reste, on verra plus tard .
Passible, il ne dit plus rien ; alors je continue ...
- Vous irez vous présenter chez le revendeur à cinq heures et demie précises demain après - midi . Et à l' heure, parce que c' est la seule heure où je suis sûr que mon truand ne va pas pointer son nez par là - bas . Car vous connaissez les affaires dans ce genre de commerce . A l' heure de la revente, on a besoin de tous ses hommes . Si vous voyez ce que je veux dire .
Il se laisse aller un moment . Maronne . Puis répond .
- Oui oui ... je comprends .
Bien que l' autre n' a rien compris, je continue à jouer le jeu . Quelques échanges interviennent ensuite entre nous d' eux, et je le salue en lui recommandant de ne pas téléphoner demain soir . L' homme me dit que tout est au clair dans sa tête et termine par une gentille politesse .
- Au revoir alors, monsieur, et à bientôt !
