Columbarium (chapître 14) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 14

Ma poésie de l' espoir dans ma poche ; raconté à qui veut ; j' ai ensuite piétiné . Une monté jusqu' à l' arc de triomphe . Un retour sur les champs ; dans la pénombre des néons et des phares de bagnoles . Un hamburger ; et pour m' asseoir finalement auprès d' un autre pont . Un autre bien - sûr . Celui réservé à ma défense ; mon charme ; ma petite qui doit se rendre au travail tous les jours ... Et dans l' amertume, je me suis ensuite endormi, concassé sur des marches tel l' ivrogne qu' est la frontière de ma prospérité .

Aujourd' hui nous sommes mardi ; le quatrième jour pour ainsi dire . Cette nuit j' ai eu froid, mais je pense que ma virilité se porte à merveille . Mes cinq sens sont proches de l' apothéose et je m' estime m' être fortifié depuis dimanche . M' être surélevé . Au niveau d' un paroxysme qui détale de ma jouissance . De l' âme féconde ; de ma connaissance ; qu' une terre puisse être formulée comme mon habitacle obligatoire .
Sur la route, les voitures ont reprit estime . Elles circulent ! Sur le côté est de la place ; la Condorde ; un petit cabanon à sandwiches se prête à servir quelques nettoyeurs de rues prenant leur pause ... Vu que ma faim me garde, je traverse la route et pratique les cinquante pas utiles pour arriver au but . Et quand j' arrive, je remarque une animation bien tranquille d' un Paris s' éveille . Une petite tranche de vie ; agrémentée par plusieurs badots s' arrimant au même niveau social que moi . Un petit groupe de traînes pattes qui se soulagent avec ces travailleurs du matin .
Sans aborder quiconque, je fais la file . Un moto - crotte fait sa commande ... J' attends quelques minutes, et vient mon tour . Le serveur, la gueule dans le cul, me serre néanmoins cordialement . Je commande un sandwich au jambon, le paie, et repars sans attendre .
Je m' active ensuite jusqu' à la rue Pigale . Une traversée tranquille qui me laisse le temps de finir mon déjeuner ... Arrivé auprès de ma destinée, je prend note de l' immeuble de connivence, me pause à cent mètres du lieu, et me mets à attendre .

***

Une heure a passé . La rue s' est maintenant bien garnie . Des passants, des passantes, la passent sans se soucier des nuits chaudes qu' elle peut contenir . Un étalage, à cinquante mètres, expose des fruits et des légumes de saison . Personne ne semble bouger dedans . Le type doit dormir . Enfoncé sur un tabouret, et en face d' une caisse vide et qui sent la mise en faillite .
Pour ce qui est de l' immeuble en question, rien ne bouge . Je mâte ma montre ; il est presque huit heures . L' homme va arriver en retard à son premier travail ? ... La question . La réponse . Je ne le vois pas ; un petit bleu comme lui, ça vient même avec cinq minutes d' avance, comme moi .

Je me fichtre encore quelques minutes . Dors même . Regarde toujours les passants qui doivent me prendre pour un prostitué ... Je regarde aussi ma montre . Trois fois de suite . Et me retourne, pour, soudainement, apercevoir une tronche à deux cents mètres de l' immeuble . Il est moyen . Pas très large . Et porte une veste en jeans ... Il marche normalement . Le balais dans le cul . Sa direction m' affronte . Et je me dis ; l' augure ; c' est sûrement lui !
Sur de mes estimations, je remonte alors mon col du mur et m' apprivoise à l' observer sans que lui ne s' en rende compte ... Sa démarche frise l' effraction ; pour l' emploi donc . Sa chevelure est courte, presque chauve, une gueule d' ancien bidasse . D' ancien bleu . Tout feu tout flamme ; qui vient de terminer son devoir national dans un petit blède bavarois ... La face d' un jeune pas du tout premier, il se bouge encore, et, arrivé auprès de la porte, il s' arrête . Je le regarde en me disant que c' est lui mon con . Ma farce ... Il regarde le numéro au - dessus de la porte ; son calepin en main ; comme moi . Puis, étant sûr de l' endroit, il l' ouvre gentiment et pénètre à l' intérieur .

Quelques minutes passent ensuite pendant que je n' en mène pas large . L' homme sort alors et plus que visiblement, je le vois insérer sa liasse dans son porte - fric . La joie au coeur même . La grimace du barbu . La sauce à l' échalote, qui, après, se remet en route et prend la direction du nord .
Je le laisse s' en aller ; dans sa démarche fluviale . La grande dame que ce con . Et, après que l' autre soit assez loin pour que je ne le distingue plus, je me contorsionne le dos . Un soulagement propice . Et m' en retourne à ma suite . Ma voix la plus courte pour mon aménité .

***

Maintenant ma corde raide me semble plus souple . Je respire . L' acte m' est bien lointain mais je n' oublie toujours pas que quelqu' un pourrait me suivre . Me distinguer parmi la foule . Alors que dans les rues, la vie a reprit, la police est toujours présente . Elle s' est embusquée un peu partout . Dans les coins . Sur les places . En uniforme, ils nous amènent à recréer le semblant de sécurité d' avant acte . La suprématie parmi les hommes . La confiance ; avec leurs armes, qui nous protègent, se protègent ; et avec des matraques autant puissantes qu' une mise à pied .
Quand je suis reparti, j' ai pris contre le sud . J' ai fait mes pas . Mes jambes . Et aujourd' hui, je me suis arrêté en face de l' immeuble appartenant à l' Etat . Ce grand immeuble . Cet office à embranchements multiples . La protubérance d' une république . L' endroit que je connaissais déjà, mais qui me retient encore d' y pénétrer . Et pour cause ; des caméras doivent mobiliser les couloirs . De sûr ... et surtout vers les portes, afin de me démasquer, de me dénicher parmi les espions cherchant à s' approprier une partie de la technonogie française .

Bas les masques ; je me suis posé contre un mur . En face de l' oeuvre . Et j' ai pris en main ; au passage ; un journal d' aujourd' hui que je suis en train de lire afin de passer le temps . Une briffure . Small one ; que je peux lire, car les articles parlent toujours de l' attentat . Et ; en mauvais confort ; deux têtes de pioches y sont dessinées sur la seconde page . Des infos provenant de la préfecture qui retracent les portaits - robots de deux présumés à la potence . Des sans - noms, que plusieurs personnes ont aperçus . Et dont un, visiblement, me ressemble . A deux gouttes près . Les cheveux courts . Une petite tête . Et un air blaire à casser la barraque ; dont je suppose, qu' il provient les deux dames . Celles du cinoche . Avec des explications qui surplombent un maximum . Pour ma tête surtout . Et celle de l' autre ; qui ressemble au barbu de la place . Avec sa grosse tignasse et ses joues très larges . Un faciès aussi identique mais que je ne connais pas, et qui doit sûrement ressembler à ce venimeux bonhomme qu' aurait du être mon patron . A savoir ; l' homme de l' agence, qui, malheureusement pour lui, s' est fait enregistrer au même titre que son prétendant .
Dans leurs textures, ils n' en disent pas long . Ils n' en savent même rien . Et se contentent juste d' y insérer des suppositions . Des scénarios me voyant partir dans la rue après l' acte et tirer, du haut de l' immeuble . Des autres me voyant partir en bagnole accompagné de la barbe . Ou filer à l' anglaise, déguisé en policier, en pompier et en militaire . Défilée surtout . Moi et mes compagnons de luttes . Durant l' ultime combat . Durant la dernière marche . Au point adjacent qui laisse pour l' instant ma mémoire en pleine confusion . Un désarroi qui ne pourrait toujours pas me dire qui lui il est, qui eux ils sont, et pourquoi moi je suis .

Mis à part ça, les deux têtes m' effarent tout de même . Cette ressemblance ne m' arrange pas, mais au moins, avec ça, j' ai un déchiffrage du vrai criminel . Un petit subterfuge qui pourra éventuellement me passer à témoin et qui me rappelle aussi, et vivement, que les deux têtes ont aussi le même gabarit que les deux agneaux faisant partie de mon plan ... Et oui ; le paranormal semble bizarre à première vue, mais cette histoire est bien réelle, et comme un héros, dans mon scénare à moi, je me suis préparé deux hommes qui ont bien l' air de s' allier, se ressembler, et rendre mon génie moins scabreux et presque logique .
Et en voyant ces deux têtes, je m' enfièvre même . Car, si ; pour me retrouver parmi les onze millions d' âmes que compte la région parisienne, faudra que mes chers collègues de la criminelle se durcissent les tympans et se crèvent les yeux . Car à ce niveau, du boulot est encore à effectuer . Des investitures pour sûr ; alors qu' ils n' ont, pour l' instant, pas mentionné le bureau de connivence . Et sans amertume concernant leurs dévots ; car, je ne les vois en tout cas pas m' identifier parmi la foule de passants aux cheveux courts et aux petites têtes .
Mais je reste néanmoins passible pour l' instant . La police n' en dit pas long, mais je parierais volontiers qu' ils connaissent tout de même l' office . Et pour sûr ; deux guignols doivent être en train d' attendre l' idiot du village à l' intérieur, afin de le piquer alors qu' il comptait y retourner pour y ramasser son passeport oublié .

Autrement, pour le reste ; je me lasse de bien des propos . Il fait beau . Tout marche sur des roulettes . Mon plan : les deux nous ressemblent . L' idéal ! Et en plus, personne ne me suit . Ne m' observe . Et ma santé se porte à merveille face à ce taudis .
Et à côté de moi, la rue gigote autant qu' hier . Des petites dames . Des fainéants . Des vendus . Des mécréants . Et des impies . Se barbent l' espace . Ils marchent, s' arrêtent et font leurs courses comme si la vie se jouait là - dessus ... Une petite vie presque hors du temps, et qui, de temps à autre me délecte afin que je puisse inspecter les allés et venus qui prolifèrent dans cette baraque ; dont le suspense n' en pèse pas la moindre, because, pour l' instant, rien ne circule et personne n' en sort ou rentre .
Et je dirais que c' est même le silence qui y règne . Les tribulations . L' araignée qui attend sa proie . Ou le piton ; pour finir par une strangulation ou un poison mortel ... Et si génisse il y a, je les vois toutes . Toutes autant qu' elles sont ; à se pavaner et rigoler, alors que les yeux du méchant les observent . Les guettee comme une proie qu' on fécond . La soupe du pauvre . Le fruit qui mûrit . Qui s' épave ; pour finir un jour dans la gueule du loup .

***

Plus d' une heure a passé sans que rien ne se soit produit . Mais maintenant qu' il est onze heures quarante - cinq, une femme vient de sortir et est en train de s' en éloigner ... Je la regarde et son dos se donne le mordant de ressembler à une secrétaire . Une toute petite ! Car elle est assez petite . Et son dîner doit l' attendre . Voire proche ou très loin de son travail .
Sa paresse l' empoigne juqu' à trois rues qui s' interposent à l' avenue, et elle bifurque sur la gauche pour disparaître ... Je la laisse s' en aller et revient sur la porte ... J' attends ensuite quelques minutes, mais toujours rien ne vient . La soupe va bientôt être chaude que je me dis et je sens la ruée sortir dans un moment . La ruée vers l' or ; de l' usine ; en direction des chauffe - plats et des casse - croûtes du midi .
Durant cette instance, je me garde à tout observer . A tout noter . Quelques minutes passent encore . Ma montre donne moins cinq . Et trois femmes sortent de l' immeuble ; et avec, dans chacun de leurs regards, le stress d' un travail de secrétaire . La parole de trois confines qui discutent à longueur de journée à propos de leurs problèmes quotidiens . De leurs leurres . Leurs lessives . Et surtout de leurs maris qu' elles en rigolent comme une voie obligatoire pour des femmes à sang pur, qui cherchent avant tout, la fécondité par la
noblesse .
Leurs impudicités aux lèvres, elles s' éloignent bien vite de l' endroit . Elles se renvoient des balles sur deux cents mètres faciles, et s' arrêtent en face d' un chinois . Elles regardent la carte assez rapidement . En rigolent en se référant à de petites histoires communes, puis pénètrent en appliquant leurs courtoisies de femmes adultes et ouvertes .
Je les regarde disparaître et reviens à nouveau . Là, rien ne se passe ... J' attends . Plusieurs minutes passent et toujours rien . Je regarde ma montre ; il est midi pile . Et les infantes doivent arriver, que je pense . Un bon débarquement ; facile .
Dans ce stress qui me rend dupe, et vu que personne ne se précise, je repense encore un petit peu . Une petite histoire à dormir debout . Par terre même . Parce qu' elle se précise à nouveau sur elle ; ma femme . Dans sa robe ; sa caricature ; qui me dit souvent que je dois peut - être fabuler . M' enthousiasmer à l' encontre d' un concept ; d' une image qui reflète la femme idéale . Pour moi et ma conscience de branleur . Vous savez ; cette constance péjorative qui vous emmène à être en constante répulsion envers vous même ; rien qu' au fait que vous imaginez sans cesse . Que vous vous morfondez à voir une femme selon vos cordes . Selon vos goûts ; vos rêves . Vos rêves de puceau à l' agonie de ne pas pouvoir festoyer tous les jours quand vous rentrez du boulot ... Cette espèce de tracas continuel qui vous dit : " Mais ce sont toutes des salopes ! " . Des traînées qui ne vous veulent pas et qui vous empêchent de vivre selon vos mesures .

Sans m' en rendre vraiment compte, les minutes passent et rien n' est venu . La porte est restée bouche - close ; comme son nom . Et quatre personnes, quand j' y repense ; c' est vraiment peu . Du pipi de chat même pour un office de cette taille ; qui, visiblement, devrait pourtant approcher la centaine d' employés . Easy !
Obstiné, je consulte ma montre ; elle indique midi - dix . Je regarde encore les fenêtres, et là, je ne distingue aucun mouvement . Aucun bruissement qui pourrait me faire croire que ces braves gens prennent leurs déjeuners à leurs places . Comme les américains . Un sandwich en poche et la bravoure sur internet afin de passer le temps .
Quelques minutes passent encore . Des autres offices ; adjacentes ; plusieurs groupes de personnes en sont sortis . Ce qui fait que la rue a prit soudainement plus d' ampleur, plus de vie . Les restaurants, au loin, sont aussi en train d' emmagasiner, alors que devant moi ; toujours rien . Le néant . Le silence d' un sans - nom .
Je me croupis alors . Je me lasse même . Mais soudainement, la porte s' ouvre . Et de là, un homme à la force de l' âge en sort . Il porte une gabardine bleu foncé sous une calvitie prononcée, et derrière une moustache grise qui retombe sur le coin de ses lèvres . A la française quand j' y repense ! ... Il fait quelques pas en face du trottoir pendant qu' il allume un cigarillo, et après un petit regard en direction des deux côtés de la rue, il se met en route en prenant le côté ouest .
Vu que c' est peut - être ma seule chance, je n' attends pas et traverse alors la rue . Car ; il faut le dire ; l' homme, avec un enfoncement pareil, doit sûrement être un ancien espion ou un ancien de la criminelle . Et surtout avec une gabardine qui doit dissimuler son arme . Son rapprochement à l' encontre des méchants citoyens . Des mauvais génies que le gouvernement conteste et qui le paie pour les surveiller ... Et le style d' homme aussi, qui attend sa retraite à l' intérieur d' une atmosphère de bureaux que personne ne veut affirmer . La firme . Ou le brouillard parmi les grandes instances . Que briment ; les exclus d' une politique allant en leurs défaveurs d' une solution punitive afin de les empêcher de parler d' eux .
Quand j' arrive sur l' autre rue, l' homme a déjà fait une bonne cinquantaine de mètres . Je le rattrappe et me mets à le suivre en laissant dix mètres de passages .
Lui ; son pas est tranquille . Presque souple ... De temps à autre il tire en ne pensant à rien . La grosse barbiche . De l' homme aux bons consentements . Au devoir accomplis durant ses longues périodes de vies ... Je le laisse répondre . Il marche encore sur une bonne centaine de mètres, et pénètre dans un troquet à l' aspect plutôt bonne enfant . Le style ; peut - être ; encore pur, avec devant, deux ou trois tables et un serveur à l' habit noir et blanc .
Dans un semblant de connaissance, il poursuit à l' intérieur et va s' asseoir à une petite table donnant sur la rue . Je le laisse se débattre mais n' entre pas . Un serveur vient à lui . Le salut comme à l' habituelle . Il commande, et pendant que l' autre retourne au bar ; ovalisé et remplit par trois malfrats en train de boire un canon ; je me dis qu' il fera l' affaire . Celui - là ; et pour mon plan . Et ce qui fait que je recule un petit peu et retourne d' où je suis venu . Un retour afin de ne rien laisser dernière moi . Ni même mes cendres !

***

Ouf le plaisant ! Je ne sais plus quoi dire . Mon sommeil à moi ; peut - être que je devrais faire une halte, ou demander une aide auprès d' un collègue pour qu' il me les écrive ces trois cents livres que j' envisage . Pour ce topo . Cette existence qui me fera gravir le milliard . Et l' allégresse, en deux - cent pages . Comme tous les autres . Les OSS117 . Ou le commun d' une idylle . Le nom à cinq consonances pour gagner de la place . Comme mon nom par exemple ; à dire : Auguste - Edouard De Mont - La - Soupposien, dit le malheureux en affaire ... Vous imaginez l' histoire : " Un jour, alors qu' il n' avait rien à faire, Auguste - Edouard De ........ , partit dans les bois normands, en Alsace, afin d' admirer le coucher de soleil qui s' étale chaque jour sur la plaine lombarde . "
Enfin, ne plaisantons pas . Maintenant, il est six - heures moins cinq, et durant cette longue journée, j' ai flâné comme de coutume . Pour me gagner . Gagner une journée ... Et j' ai franchi plusieurs ponts durant cela, descendu plusieurs avenues, mangé et roulé mon parterre sur pas mal de rues . De long en large en travers la commune . Pour me retrouver en ce moment de nouveau en face du téléphone, sur la place du Tertre .
Et de nouveau assis, je regarde la scène, qui elle, s' humecte à garder la même apparence qu' hier ... Et le même troquet surtout . Qui lui est plein à craquer de gens cherchant un peu de paix et de soleil couchant . Un bistraque que la populace a tout l' air d' apprécier . En face d' une faune d' artistes qui ont posé leurs plumes sur le pavé et qui passent leur temps à relater les expressions contigues des touristes . Les visages de tous ces autres gens, venus d' ailleurs, venus pour le quoique d' une ville qui se dit lumière . Lumière des anges ou lumière des néons . Des phares de bagnoles . Et des Champs - Elysées surtout ; avec son Lido, son Fouquet ; et ses endroits réservés à mon avenir . Dont le panard est d' y mettre les pieds avec le porte - monnaie remplit à ras bord .
J' attends encore quelques minutes, puis me lève et me pose sur la cabine ... Je regarde ensuite l' heure . Moins une . Le temps m' arrime et je le sais, car le beau va bientôt sonner . Et à l' heure, because, il y tient à son job . Le perdre serait moquerie vu qu' il me ressemble . Le con d' hier : à avoir la même tronche que le portait - robot ne va pas le gâter . Ou, à moins, tout simplement, que ça soit lui le vrai coupable .
Moins de trente secondes passent et le téléphone se met à sonner . Je regarde ma montre : six heures moins quarante secondes . Quelques secondes défilent encore, mais j' attends . La sonnerie retentit à nouveau . Ma montre sur moi, je regarde encore une fois . Moins vingt . La sonnerie retentit . Je la laisse et compte ... Dix ... Cinq ... La sonnerie retentit ... Trois ... Deux ... Et arrivé à cette apogée, je recouvre alors ma montre, m' essouffle un coup sans me stresser, et décroche enfin .
- Allô !
Le murmure se distingue . Il me dit même bonjour monsieur et continue à propos de sa journée .
- Heu ! ... Oui : je l' ai effectivement attendu toute la journée . Et n' est sorti qu' une fois de chez lui pour faire des courses au supermarché .
- Quoi, que je lui renvois furieusement ! Mais vous êtes sûr que c' est le bon ?
- Je pense .
Le litige parait complet, mais je sens que je le maîtrise .
- Mais, reprends - je ; c' est bien un gros barbu que vous avez suivi ?
- Oui oui, bien - sûr !
Le bleu me répond sans même réfléchir . Je le laisse alors mûrir en me prétendant à faire semblant d' élaborer un plan, et le reprends .
- C' est quand même pas vrai ; y doit la baiser à longueur de journée .
En tout points positifs, plus rien ne vient . Son silence de puceau le rumine . Du jamais vu pour lui ; qui s' astreint à s' exercer pour sa vie future . Une confusion surtout ; pour son monde, et dont mon envie serait de lui annoncer que la petite fausse garce que l' autre se fait n' a que dix - huit ans .
- Ah ... Parce que vous pensez ...
- Ben oui ; elle est tellement jeune qu' il a peur de la laisser sortir .
L' homme, en pleine extase, ne laisse maintenant qu' apparaître une respiration qui sort du contexte humain . Et en voyant cela, mon petit démon me force à la quittance du sentiment fondé sur l' envie qui nous tracasse tous . A savoir, la haine de voir une belle se faire sauter par un vieux alors qu' on pourrait très bien faire l' affaire .
- Mais vous ne l' avez pas vu ? ... Une petite blonde aux cheveux longs . Avec une peau très blanche et une taille très fine .
Bouche bée, je ne l' entends plus . Dieu le pauvre ! ... Et cette situation me force .
- Ben écoutez . Voilà ce qu' on va faire . On va jouer la ruse . Le barbu vit en vendant des armes et du matériel électronique . Son revendeur vend aussi de la came . Il travaille juste devant chez lui . Et ce que tu vas faire, tu vas lui demander d' aller chercher la barbe, parce que tu serais intéressé par l' achat d' une arme à feu . Lui ; ira le chercher pendant que tu attendras dehors . La barbe viendra et il te demandera de le suivre jusqu' à chez lui . Et dedans, tu pourras vérifier si elle se promène toujours en slip au milieu salon .
L' homme ne dit toujours rien . Je le sens à bout .
- Le revendeur est un grand brun à l' allure plutôt dédaigneuse . Le genre qu' on n' emmerde pas trop . Tu vois le style .
Encore une respiration, et il essaie tout de même ...
- Pour le revendeur, je vois qui c' est . Je l' ai observé toute la journée aujourd' hui .
- C' est bien ! Autrement, pour ce qui est de l' arme, tu lui annonceras que t' es pas intéressé . Tu trouveras toi - même l' excuse .
L' homme s' essouffle à la longue . Sa petite noblesse ne s' attendait pas à cela . Et dieu que je lui fais mal ; une petite mégère dans les bras d' un monstre, autant se tirer une balle tout de suite .
- Mais ; et c' est qui cette fille ?
- Elle est assez longue l' histoire ... Si t' as le temps .
L' homme rougit même, maintenant .
- Bien sûr que j' ai le temps .
Comme ma réponse est déjà dans mes idéaux, je n' attends pas trop longtemps et me mets à lui expliquer .
- T' imagine la petite ; une petite garce qui c' est fait sauter pour la première fois à douze ans dans les chiottes de l' école . Elle a continué ensuite à cent à l' heure . Jusqu' au lycée . A seize ans, elle a commencé à sortir au centre de Paris . Et elle a vite fait connaissance avec la faune . Des revendeurs . Des trafiquants . Elle a aussi connu le barbu à cette époque . L' époque où elle sortait en boite pour allumer tous les mecs . Pour chercher tous ces pauvres types qui pensaient qu' à la sauter et à la traiter de salope . Puis un soir, dans un club privé, une bagarre a éclaté . Un pauvre type faisant le mariole a voulu s' en prendre à un gros bras . L' autre eut vite fait de le remettre en place . Il a sortit son arme et lui a pointé en plein sur le front . Elle ; elle était juste à côté, et est directement tombée amoureuse du gros bras . Ils ont fait connaissance juste après . Il l' a sauté le soir même, et vue que son visage à tendance à rester dans toutes les têtes, il l' a emmenée par la suite un peu partout dans Paris . Elle ; ça lui donnait du mordant, elle cherchait les mecs, s' amusait comme une folle dans les clubs, et chaques soirs, à quatres heures, il venait la chercher pour se la sauter juqu' au matin . Puis, le travail accomplit, il la virait pour la laisser retourner chez ses parents ... Ça a duré comme cela quelques mois, juqu' au jour où il l' a attrappée entrain de refiler des baisés à un autre . Il l' a alors ramassée et l' a séquestrée pour lui faire comprendre ce que c' est que la vie . La pauvre n' est pas sortie de chez lui pendant trois mois, et un jour, elle a put s' évader et a filé tout droit chez la barbe .
Le pauvre ... type ; il rumine encore . Et je le vois même au bout du fil avec un polar surchargé et une haine pas possible envers cette race ; à dire, cette faune qui a le privilège de se taper les mieux lotis rien que parce qu' elles ont l' impression que les vrais hommes se sont eux, et non les pauvres types que nous sommes .
Afin de le laisser encore s' évader, je reprends .
- Et comme l' homme, par la suite, n' a pas réussi à la retrouver, et qu' il y tenait tant ; il a fait appel à moi . Bien - sûr, il a joué aux jaloux et m' a prétendu que c' était sa femme . Mais avec mes relations, j' ai pu savoir qui lui il était et à quel subterfuge j' avais à faire . Bien sûr, en apprenant toute l' histoire, j' ai voulu tout d' abord renoncer à l' affaire, mais l' homme m' avait déjà payé une forte avance . Alors, je m' y suis tout de même mis et l' ai finalement retrouvée . Et quand j' ai voulu tenter de discuter avec elle, la semaine dernière, je me suis rendu compte qu' il avait mis un de ses hommes derrière moi . Alors j' ai vite oublié et je me suis arrangé pour afficher des annonces .
L' être, scrupuleux, ravale sa salive . Puis, presque perspicacement, tente de m' en proposer une .
- Mais ... vous ne voudriez pas que j' essais de discuter avec elle ?
Le polar ! ... Il parle . Mais il ne doit sûrement pas se rendre compte . Qu' il finira alcoolique ... comme tous les autres . Et il boira et il fumera, et malgré les recommandations du ministère de la santé . Malgré les recommandations du ministère des sports ; afin d' afficher une mine de sportif pour toutes les têtes . Boire de l' eau, manger des salades et des yogourts . Faire du jogging sans penser qu' il va rester pauvre type toute sa vie . Passer vingt ans puceau . Se taper une pute à vingt - deux . Commencer à travailler à vingt - trois . Chercher jusqu' à trente pour passer ce cap en se posant la question fatidique : mais à quoi je sers ! A quoi sert la vie ; alors qu' il travaille et qu' il économise comme ce n' est pas permis . De l' argent à n' en plus compter, pour se remettre à boire à l' âge de trente - six . Refumer . Se faire une pute chaque semaine afin de prendre une habitude . Pour que certaines fois, il en vienne même à se demander s' il ne pourrait pas lui demander de l' entretenir ; attendre qu' elle vieillisse, afin de se la taper tous les jours gratos . Mais bien sûr ; c' est elle qui ne veut pas ; car de un, elle gagne dix fois plus que lui ; et de deux, il boit trop . Car ; il vient de passer ses quarante - cinq ans et son patron la mis sur la sellette . Et oui, il boit toujours et commence à sentir . Au café du commerce . A la baraque . Avec ses chats qui chient partout . Chez ses femmes, qu' il tente de ne même plus reconnaître, pour passer ses cinquante ans sans famille . Avec sa mère qu' est allée s' installer en pension . Dans la boisson ; l' oubli ; l' oubli des femmes . De leur corps et de leur formes . Pour enfin arrêter de bosser à cinquante - cinq . Au café de la gare . Avec ses camarades qui n' ont plus rien à lui dire ; et aussi pour ne pas épouvanter les autres clients, d' un autre bistrot plus raisonnable . Pour rendre son appart à soixante ans, afin d' économiser pour s' acheter ses billets de loterie . Ses billets pour le rêve . Le rêve de celui qui dort maintenant par terre . Sur les quais . Un sac en plastique comme seul habitacle . Comme seul sursis à la vie, pour enfin qu' arrive le jour : le six février . Le jour de ses soixante - sept . Etalé tel une épave dans les confins d' une ville qui a fini par oublier son existence .
Et voilà pour son histoire . Mais je vais tout de même me retenir et ne pas tout lui narrer .
- Mais vous n' y pensez pas! Vous ne savez pas de quoi il est capable .
L' homme jubile .
- Ah bon !
- Mais oui ! Notre but est de savoir si elle est encore chez lui, et pour le reste, on verra plus tard .
Passible, il ne dit plus rien ; alors je continue ...
- Vous irez vous présenter chez le revendeur à cinq heures et demie précises demain après - midi . Et à l' heure, parce que c' est la seule heure où je suis sûr que mon truand ne va pas pointer son nez par là - bas . Car vous connaissez les affaires dans ce genre de commerce . A l' heure de la revente, on a besoin de tous ses hommes . Si vous voyez ce que je veux dire .
Il se laisse aller un moment . Maronne . Puis répond .
- Oui oui ... je comprends .
Bien que l' autre n' a rien compris, je continue à jouer le jeu . Quelques échanges interviennent ensuite entre nous d' eux, et je le salue en lui recommandant de ne pas téléphoner demain soir . L' homme me dit que tout est au clair dans sa tête et termine par une gentille politesse .
- Au revoir alors, monsieur, et à bientôt !

# Posté le samedi 14 janvier 2006 09:10

Columbarium (chapître 13) Daniel Gindraux , 2000

Columbarium (chapître 13) Daniel Gindraux , 2000
CHAPITRE 13

En route pour d' autres aventures ; avant de repartir du supermarché ; j' en ai profité pour m' alimenter . J' ai payé bien - sûr ! ... Et, en ressortant de là, j' ai continué sur le boulevard pour arriver très proche de la colline, que j' ai ensuite gravie, pour me retrouver dans l' état où j' en suis maintenant ; à savoir, le nez enfoncé dans le pavé de la fameuse place du Tertre .

Sur le circuit, plusieurs peintres écrivent la face de touristes médusés . Une pléiade . Une croisade . Des vacances à gogo, pour finir à Paris : voilà ce qui se passe ... A part ça, un café traîne ses essuie - vitres . Ses tables posées devant la rue ; je me revois devant la Seine, la femme à mes côtés . Vous vous souvenez de l' errance . La méchanceté de la vie . La belle, le pauvre type et le truand . Le double rôle pour mon irréflexion et l' oscar du genre humain qui peut se permettre d' aligner le tout Paris dans un seul lit .
En me bravant, je m' approche de la cabine téléphonique que j' ai aperçue tout à l' heure . Elle est coincée entre une barrière séparant la rue au jardin d' un petit immeuble, et à un lampadaire . Sa tare est ouverte . Son embouchure n' offre pas la possibilité d' y mettre des pièces mais offre plutôt le grain pour y enfiler une carte de crédit ... Mes yeux à son niveau, je me torture à lire son numéro . Je reprends ensuite mon carnet en mains et relis le même numéro que j' avais écrit il y a bien des années de cela . Et, sûr que les deux correspondent, j' annihile ma réfutation dans ma poche et me mets à attendre tout en me persécutant l' esprit concernant le jour où j' ai eu l' idée de le prendre en compte, rien que pour pouvoir le refiler à des femelles que je n' ai, à ce jour, toujours pas rencontrées .

***

Une heure a passé et toujours rien . Afin de me perpétrer, j' observe la populace . Elle traînasse et se chasse à une cour qui varie entre le pognon qu' on dépense et l' argent qu' il ne faut pas se faire arnaquer . Et par - dessus le tout, quelques stands en profitent à vendre à ces touristes, le flamboyant Paris des années vingt qui a perdu pas mal de plumes depuis lors .
Autrement, depuis ma place ; au bord du grillage ; je n' arrête pas d' inspecter le téléphone . Et dessus ; une femme dans la quarantaine se prête à une engueulade stridente et bien proportionnée par rapport à sa gueule de voleuse de sentiments ... Comme elle s' exaspère, son répondant augmente son ton lui aussi ; ce qui fait que j' arrive presque à comprendre le contenu de ses propos . Lui, a une voix rauque ; assez âgée . Son contexte se base sur elle et sa tolérance . Sur son argent aussi, qu' elle a envie de dépenser et qu' elle exprime par des rétorques prouvant sa capacité d' achats et sur l' utilité de sa portion .
Je l' écoute pendant cinq minutes, et, afin de clore l' histoire, elle raccroche brusquement le répondeur . Avant de s' en aller, elle tire ensuite une cigarette de son sac à main . La tremblote aux mains, elle se l' allume pendant que je l' observe sans gêne . Le briquet tremble, la flamme s' amoncelle, et, d' un ton brumeux, un son bizarre retentit auprès d' elle . Son regard blafard, elle l' écoute comme une chose qu' elle ne connaissait pas . Et, avant qu' elle en décide autrement, je me réveille subitement, me lève et l' accoste d' un normal
surabondant .
- C' est pour moi !
Dans sa tragique, elle me regarde . Les yeux mi - brun mi - vert . Les rides tirées . Et la bouche en boîte à lettres ... Elle ne répond pas, mais se sent pressant . Se retire même un petit peu . Et, sans attendre, retrouve sa clop et me laisse en paix .
Dès lors, je la regarde s' éloigner un petit peu, et, quand son corps me semble assez loin, je m' efforce de ramasser le répondeur .
- Allô !
Et pour la première semonce ...
Une petite voix ; timide ; glutine . Elle s' évapore . Se laisse aller . Et d' un coup, elle revient sec, et avec à l' appui, l' allumage fébrile d' un destin grippé à une empoignade tendue par la flexion d' un bras trop court, mais remuant au sens opposé de tous plagiats .
- Oui bonjour . J' ai lu vôtre annonce au supermarché . Et je serais éventuellement intéressé par le travail que vous proposez .
- Ah bon ! Et vous l' avez lu dans quel supermarché l' annonce ?
- Dans un petit supermarché familial entre Barbès et Pigalle .
- Oui, et votre nom ?
- Jean - pascal ... .
- Oui, et vous avez quel genre de diplôme ?
- J' ai un CAP de mécanique générale .
En toutes présomptions, l' homme parait jeune, fluet, un peu timide et distant . Un petit jeune sortant tout droit de l' école, les boutons pleins la gueule et grande envie de faire fortune . Une tête de con quoi ! Avec une espérance de vie s' alignant au SMIC et un appartement loué au trente pour-cent de son salaire initial . Je l' imagine déjà . Je l' imagine comme moi ; cherchant une femme dans le tout Paris, à Bangkok et en Afrique francophone . Et avec dans son dos, une mère qui lui fait sa lessive toutes les semaines .
- Et vous avez une petite idée concernant le travail qui vous attend ?
- Oui ... je pense qu' il consiste à suivre des gens et à vérifier leurs emplois du temps .
- C' est un peu ça !
De pas en pas, je m' aperçois que l' homme doit être un peu simple d' esprit . Un tout petit peu . Mais cette conscience devrait suffire . Et que simagré l' homme doit être un plouc en face ; affirmatif ; car je ne mentirais pas pour dix balles qu' il n' y a que ce style de genre humain qui oserait prendre cette annonce pour un sérieux explicatif et cohérent .
- Bon, alors ; ce qu' on va faire ; je vais vous engager pour la durée de la semaine . Le temps que vous fassiez vos preuves . Le job sera assez simple ; vous devrez suivre un homme et noter tout ce qu' il fait sur un bloc - note . Je vous paierai deux milles francs la semaine . Vous viendrez demain matin à huit heures chercher l' enveloppe dans ma boite à lait . Le nom de la personne sera inscrite sur un feuillet et quatre cents francs seront insérés pour vos frais de la semaine . Dedans, mon numéro de téléphone sera aussi indiqué, et chaque jours, à six heure, vous me passerez un coup de fil pour me dire où l' investiture en est .
Je m' essouffle quelques secondes, et confirme .
- Cela vous convient - il ?
La voix rumine un peu, mais l' homme reprend néanmoins goût .
- Oui bien sûr !
Sans le laisser continuer, je le reprends afin de l' empêcher de dire des conneries .
- Vous avez un papier et un stylo sur vous, que je vous donne l' adresse .
L' homme se dérobe un peu, mais répond néanmoins .
- Oui bien sûr ; juste un petit moment .
Le temps, j' en profite pour me tirer un clop . Je l' enfile entre mes quatre pattes, et mon répondant
racole .
- C' est bon ; je vous écoute !
- Alors ; ça reste toujours l' agence Valsiam, à la rue Pigalle ... , Paris . Et le téléphone ne change pas .
Un intervalle puissant m' autorise à allumer ma clop . Je tire dessus un bon coup et l' homme, timide, me reprend tout en osant me poser une question .
- Et ... quand est - ce que je vous verrai ?
Une demande perspicace ! Une envie d' en connaître plus . Je le comprends en définitive .
- Oui excusez - moi ! En fait, mon problème est que je ne serais pas libre durant toute la semaine . Et c' est pour ça que je vous demande de téléphoner à six heures du soir ; c' est à cause de mon abonnement téléphonique ; six heure est la seule heures où j' ai la possibilité de me connecter sur ce secteur avec mon modulaire .
L' homme sent l' intonation flegmatique . Il réfléchit . Je l' abandonne . S' il ne pose pas trop de questions, j' en aurais bientôt fini avec l' entité qu' est son orgueil . Et je me plébiscite ; mon homme ! Car je le devine comme mon ombre . Un huit mille balles par mois, ça doit travailler ses neurones . Les ruminer comme un pied d' escale à bout . Comme une peau de chagrin sur le fil du rasoir .
La patience me lasse, mais il revient .
- Oui d' accord, il n' y a pas de problème ...
Avant qu' il ne s' en remette, je le reprends ...
- Et en ce qui concerne votre contrat, vous le signerez la semaine prochaine .
Là, ses rutilements retombent . Il ne marque aucune pause d' irréflexions et m' accorde :
- Ah d' accord . Il n' y a pas de problème alors !
- Ben oui, que je réponds !
Et je reprends ...
- Alors je vous dis au revoir, assurez - vous de bien le suivre et téléphonez - moi demain à dix - huit heures .
L' homme ne patiente pas et me répond .
- Oui, au revoir alors !
Sitôt fini, je raccroche direct . La main dans le sac !

***

Vu que le temps me presse, je retourne ensuite vers les marches . Les redescends . Arrivé en bas, je reprends le boulevard et retourne d' où je suis venu .
Ma marche dure bien une vingtaine de minutes et quand j' arrive à nouveau en face de l' immeuble d' apparat, sur la rue Pigale, je m' aperçois qu' une courtisane à prit lieu et en plein sur la relâche de la porte ... Son uniforme est une jupe courte, en cuir . Un sac la croise dans le coin de son coude et un tissu noir lui remonte jusqu' au seins, qu' elle a volontairement remonté en trompe l' oeil . Et au niveau de sa gueule ; je dirais la quarantaine, mais avec un tel maquillage ratifié, je parierais la cinquantaine .
Quand j' arrive sur elle, afin d' entrer, son regard perçant me meurtrit le visage et me pâme l' espérance d' un quartier, d' une rue, où chaque femme me ferait les yeux doux . Le triste espoir . L' imagination du vierge qui me serait nu . A moi . Enveloppé d' une nappe d' or, dont la clarté m' éblouirait jusque aux plus profond de mon coeur . Jusqu' aux abîmes de ma conscience . Et dévoilée, elle me serait mienne dans une enveloppe de velours capée d' une neige éparse qui laisserait ressortir ses larges yeux bleus écarlates .
- Dans la lune mon petit ?
Je la laisse s' éprendre la petite . Faut dire que je ne suis pas chez moi .
- Non non, pas du tout ! Je réfléchissais .
- Ça fait du bien de temps en temps, qu' elle me répond !
Je la mystifie ma petite, mais elle s' est bien rendu compte, vu mes pas, que mes intentions sont d' entrer à l' intérieur .
- J' y suis bien obligé de temps en temps . Avec mon métier de physicien .
La tendance surprenante, elle me répond ...
- Ah d' accord !
- Eh oui, que je lui réponds !
Dans mes pas, elle se retire sans m' en demander plus . J' ouvre alors la porte et pénètre . Quand elle se referme, je remarque que la boite est restée intacte ... L' odeur corrosive aussi ! ... Avant de tout balancer, je contrôle juste que personne n' a prit appui dans ce cadastre . Ma philosophie ne dure pas long, et je ressors mon calepin et mon stylo . Je m' en informe et note le nom fictif du gros barbu et son adresse dessus . - vous voyez lequel de personnage : la barbe de son prénom . Celui qui m' a acheté mon arme . - Le travail accomplit, j' arrache le feuillet . Le plie ensuite en quatre et insère les deux billets de deux cents à l' intérieur . Puis j' ouvre la boite et dépose le toute au fond . Je la referme et sans attendre, je retourne vers la porte .
En ré - ouvrant la cacarde, la dame me réapparaît . Et le sourire jusqu' aux oreilles, elle me reprend comme à son habituel .
- Déjà terminé ?
- Plus qu' un peu, que je lui décolte !
L' impression à l' affirmation, elle se bouscule pour me faire place . Je m' autorise pendant qu' elle me regarde . Le regard aux aguets et la tentation d' un nouveau client ...
- Vous pouvez revenir quand vous voulez, qu' elle me lance, quand ma personne arrive sur le trottoir et s' apprête à partir .
D' abord, sans rien lui répondre et le sourire aux lèvres, je marche quelques pas . Et, l' esprit pas encore très au clair, je me retourne sur elle et tout en revenant un peu, je m' efforce de la pointer .
- Tu sais ; le chat, l' idole de l' être . Le néant, le nantie . Il est comme toi, dans ta parure, dans ton orgueil . Il s' étale à pavaner dans les sens ; à se reconnaître parmi les hommes . Se jous . Sa toilette s' engendre, crée à l' homme la jouissance d' une main maladroite . L' amour . Le caprice d' aimer . De ressentir un sentiment meilleur et de croire que tout n' est pas dupe . Que les yeux, les formes, proviennent d' une coordination donnée ; d' une floraison basée sur le caprice . Sur la témérité . La puissance venant d' ailleurs . D' un ciel ; d' un univers profond où les étoiles paraissent s' extrapoler, se soustraire à un visage, à une lèvre, à un sein ; et à une beauté . La beauté . Celle de la femme et de sa garce . Des ses sentiments . De sa couche satinée . De ses enfants . Et de sa mouvance parmi les raisons les plus fortes ; au - delà de toutes ces maisons qui s' alignent sur la place ; là où le cortège carminé se délaisse d' une guerre qui a laissé tomber les siens dans le méandre .

Quand je termine, je me retourne direct, et sans attendre une parodie de la dame je repars à une nouvelle conquête, à une nouvelle envie d' aimer .

# Posté le vendredi 06 janvier 2006 14:20

Columbarium (chapître 12) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 12

Si je pouvais intituler ce chapitre, je l' appellerais : " la main dans le sac " ... Mais essayons néanmoins de rester prudent . Tendancieux . Et pas trop ténébreux . L' affaire n' est de loin, pas encore terminée, et ma route est encore très longue . Très vaste . Et si je m' optimise à d' autres ressources, je continuerais par affirmer que cette rivière se contourne . Un long fleuve en amont d' un barrage . Ou un ruisseau détalé par des cailloux .

Enfin ; maintenant que la première et la seconde opérations ont été effectuées sans encombre, il me faut continuer à avancer dans ma lancée . Et à juste titre, je m' y profane à une augure extrême et me ravance à nouveau sur le pavé du boulevard ... Et là, dès que ma personne fait mouche, j' aperçois à nouveau le bon Saint - Elois en train d' attendre sa prochaine proie . Il se dérange à une vingtaine de mètres, et sans compter, dès qu' il m' aperçoit, il fait mine de passer pour le laissé pour compter et se retourne sans craindre ... Moi, comme il me reste encore beaucoup à faire, je me retourne plutôt du côté est et me ravance dans cette embûche qu' est peut - être encore, le seul endroit au monde où ma tronche d' ignoble ne passe pas pour le vioque qui s' est gouré de trottoir .
Je me fais audace sur deux cents mètres faciles et j' arrive devant une cascade de maisons qui remontent sur le mont . Je les passe sans me retourner et m' avance encore ... Je marche encore sur trois cents mètres et m' aligne ensuite face à un bon paquet de boutiques à l' abandon, ou en train de l' être .
Arrivé à ce niveau - là, je ne mets pas long à mater l' étalage afin d' y trouver ma référence . Je me fais mouron même, car ; ce qui m' engloutissait tant, se précise facilement ... C' est vrai ; dans l' espace profond qu' est Barbès, plusieurs petits supermarchés s' alignent comme des feux doux . Des petits machins certes . Des trucs . Mais ce qui me réfute, c' est qu' ils traînent là comme des illusions . Le style ; ma faim en moi . Bon chic bon genre . Tu vas faire tes courses . Tu rentres chez toi . Pis tu bouffes devant la télé tout en ayant l' impression d' être sorti te promener aujourd' hui .
Alors, comme ma faim se précise, je m' active, marche encore sur cinquante mètres et me résulte à entrer dans le premier qui vient ... Et arrivé là ; je remarque un petit enclos plutôt cocasse ; avec, devant, un passage à l' étroitesse où une dizaine de chariots sont enfilés le long d' un mur beige qui s' affale depuis la porte d' entrée juqu' à la caisse ... Bien sûr, je pénètre dans cet endroit où quelques petites bonnes femmes ont prit patentes, et constate que la boutique est constituée de cinq rayons à marchandises d' une longueur de vingt mètres chacun ; et d' une encoche vitrée ; disposées au fond de la salle ; abritant de la grenaille du genre boeuf, poulet, poisson et autres crudités .
A l' encontre de la caisse ; où une petite dame s' acharne à typer ; je m' offre à un regard de curieux . Je tourne pour cela, trois fois, la tête dans tous les sens ... Quelques secondes passent dans mon impertinence . Et, avec joie, mon tabagisme se confère et dégote l' élément de sa raison ... Et celle -ci, tout simplement, n' est qu' un tableau à vive joie ; en carton ; où il nous est possible ; à nous tous ; d' y mettre nos petits désespoirs . Un affichage quoi ; où déjà, une trentaine de papiers y sont disposés de manière presque aléatoire .
Vu que cette chose est l' objet de mon approbation, je m' en approche . Le cliquetis . En m' activant, je contourne même une petite dame en train de ranger ses commissions dans son panier . Et à moins de trois pas, j' arrive face au tableau ... Et là, tout en matant un peu de quoi se constitue la majorité des annonces, je ramasse mon cahier et mon stylo de ma poche, et me les tends afin d' y inscrire ce qui va suivre :
" Valsiam, agence de détectives privés, cherche homme à tout faire, période une à deux semaines, dès lundi,
téléphone ... "
Dès le pamphlet terminé, je le relis . C' est mon orthographe qui me travaille, je sais . Mais je pense que tout correspond . Le titre . Le job . Et le temps ... Il manque peut - être le salaire, mais je crois qu' on n' en est pas encore à ce détail près . Et d' ailleurs, si un toquard présumé décide de me connaître, le téléphone aura sa raison d' exister . Le coup de pouce ; si vous voyez le genre . La délicatesse qui me manque afin de ne pas me notifier à de présumés inattendus . Ou ; si on a envie d' être encore plus précis ; l' ajustement du bon manque à gagner, afin de pouvoir apprivoiser le clébard qu' aurait la bonne humeur d' en prendre garde ...
Ensuite ; vu que l' oeuvre est à son comble, je le poinçonne au milieu de l' affiche, et sans m' y affilier, je m' immole devant, comme d' une prétendue qu' a trouvé audace ... Et si je puis encore rappeler, je dirais le presbytère . La gloire . Ou encore, l' homme en chute libre ouvrant son parachute de secours .

# Posté le dimanche 01 janvier 2006 21:28

Columbarium (chapître 11) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 11

Maintenant que la première étape vient de se terminer, je continue ma route ...
Il est bientôt midi et le soleil se remarque quelque peu dans l' entremise des avant toits de la rue . Sur les deux trottoirs, quelques femmes bien pensantes la fécondent à vouloir marcher droit et rapidement . Elles ne se remarquent qu' au fait qu' elles doivent rentrer chez elle et chez leurs maris afin d' y préparer la soupe quotidienne . Leurs sacs en main, elles s' allongent à une fatigue qui se mesure presque à imaginer que leurs places ne seraient peut - être pas là ; à marcher, mais plutôt là ; à attendre !
Comme je me précise toujours un peu plus ; je traverse la rue et m' avance ensuite en direction du nord . Une petite galope, presque . Dans ma tête, je ressens mes falots . Mon flingue toujours en poche, je ne m' amadoue plus à rester calme, mais j' éprouve ma bonne aventure comme quelque chose d' établi . Comme une victoire presque ; sur ma destinée de commissaire - militaire - espion - détective .
La rue s' étend encore sur plus de trois cents mètres . Je la piétine ... Arrivé au bout, celle - ci donne sur une petite place concassée, nantie de clubs qui bourgeoisent l' arnaque . Ceux - ci sont fermés . Leurs néons teintés clignotent, mais le décor ne semble vraiment pas à la fête . Dans leurs ascensions, leurs dispositions se déballent de manières très archaïques . Un à cent mètres, quatre l' un à côté de l' autre . Une classification très élégante finalement ... Au centre ; un petit square abrite une dizaine d' arbres pas très fleuris pour la saison . Au milieu d' eux, un car est arrêté ; en attente de surcroît . Et derrière ... derrière ... un moulin à vent rouge pointe ses deux corollaires . Je ne le précise encore pas très bien, mais de sûr, je sais qu' il représente beaucoup pour mon uniforme . Il est lointain, bref ; mais une lueur illumine déjà ma conscience . Un rouge ! Un rouge vif ! Les rouge des désespérés de la conscience . Ou à celle des artistes . Et là ; j' aperçois déjà Toulouse - Lautrec, avec sa gabardine et ses lunettes rondes, et encore Vian, voisin de palier du décor . Je les vois les deux ; deux hommes ; et j' en vois encore d' autres . Une vraie hiérarchie au final ; les êtres en déshérence . La solution finale presque ! ... Pour moi qui bois pour oublier, c' est presque ça . Presque mon hymne à la joie ; au bonheur que ça représente ; et à la joie que ça me fait d' être traité de minable à longueur de journée .
Sans pour autant en rester là, je m' avance contre elle . Je la contourne côté ouest . Une témérité . Quand j' arrive de l' autre côté du boulevard, je me retourne tout de même . En apercevant le moulin filant de biais, je me refais même des ailes . De petites, d' accord, mais dieu qu' elle est belle . Le style petit cabaret dégarni que le monde entier connaît . Le style minuscule ; comme moi ; mais qui a pris du poids au fil des ans, afin de devenir un mythe à cent pour cent aléatoire et chétif .
Le détour ne dure même pas dix secondes et je me retourne ensuite ... En face, la route s' allonge sur un bon kilomètre . Les baraques n' on font pas des moindres ; elles sont autant grandes qu' ailleurs, mais leurs couleurs subliment la dégarniture . Le débarras plus exactement ! ... Sur les trottoirs, une bonne faune s' active . Elle se situe un peu plus loin ; au fond . Dans les abîmes presque . Plus près ; quelques groupes discutent . Une vie tranquille . La plupart semble de tous repos . Une autre part un peu plus stress . Mais au final ; la situation parait bien normale .
Vu que c' est ce genre de personnes qui m' intéresse, je ne fais pas long et m' en approche . Et à ce niveau - là ; je pense que tout le monde me comprend ... Pourquoi ? Car ; comme il me faut trouver de l' argent vite fait afin de continuer ma route, je pense que la meilleure des choses est de vendre mon arme à une tête qui semble en avoir besoin . Et à ce niveau - là ; ma présence dans ce coin n' est pas à discuter . Car, s' il faut le voir pour y croire, je peux affirmer qu' une bonne centaine de personnes traînent la patte sur le pavé gauche . Et je dirais de bons gabarits . Des êtres vivants se vendants presque . Evoluant de manière assez opaque, ils s' affairent à des avances qui frisent l' égalité . De petites turbines sans grandes ambitions .
Comme ils se précisent à moins de cinquante mètres de moi, je m' en approche gentiment . Au plus près, un groupe de trois personnes discutent péniblement . Un tient un sac en plastique en main . Et de là, il a sorti une paire de baskets qu' il est entrain d' exposer aux deux autres . Une paire fourguée de sûr ... Intéressé, l' un en prend une en main et la retourne dans tous les sens afin de l' admirer de plus près . C' est même contemplatif ce regard ; la précision dans le geste pour une paire de mules signée l' expert en slam dunk .
Avec mes un mètre pas grand chose, j' arrive devant eux et les passe pour en affronter d' autres . A dix mètres d' écart presque, une nouvelle troupe s' active . Je les passe aussi tranquillos ... Maintenant que j' ai comme, pénétré au coeur du cyclone, l' ambiance se précise comme des simagrées qui ont le silence pour valeur d' existence ... En fait, les gens se regardent les uns les autres comme pour se protéger d' une objection parallèle . Et c' est même presque une solution burlesque ; un regard par - ci par là pour se notifier, et direct, ils se sentent protégés du regard des autres . Comme pour se dégager de leurs positions nanties, qu' ils pensent fastes ; et qu' ils pensent être la plus lourde par rapport aux ouvriers qui les entourent .
Sans trop les regarder dans les yeux, je les passe droitement . Je marche encore vingt mètre et m' arrête un peu, et à nouveau, subitement ... En fait, je viens d' apercevoir, à dix mètres devant moi, un homme grisant qui porte un long paletot noir et qui est en train de patienter à une fourbure . Il est collé au mur . Des cheveux noirs mi - longs ; son visage porte la marque de l' excellence au niveau des têtes qu' on n' a pas trop envie de fréquenter . Une peau lourde ; marqué par l' alcool et la cigarette le laisse venir . Et avec ses mains en poches, ce n' est pas Capri qui me dira qu' il cherche à vendre quelque chose .
Je le mate quelques secondes afin d' être sûr de mes prétentions . Le petit discours natif, par exubérance ! ... Et, vu que je cherche une personne dans ce style, je me remets en route . Ma peur en moi, je pratique donc ces dix pas et arrive face à lui . Quand ma présence le touche, il se retourne légèrement et se met à me mater de long en large ... Il a les yeux plutôt noirs, gras . Ses sourcils ont l' épaisseur d' un petit doigt . Et son rasage ; mal interprété, parsème une couche d' inconscience plutôt tendue .
Le premier acte se distingue par de doux yeux pas très alléchants . Le moraliste, dans son ensemble . Ou le moralisme, de part son objectivité ... Et, un peu étonné de ma présence dans ce lieu, il se permet de m' accorder l' audience .
- Ouais !
Afin de ne pas me démystifier, je fronce aussi un peu les sourcils . Rien que ça ; juste pour voir s' il ne va pas s' en démettre .
- Tu vends ?
Sans contradiction, il retourne sa tête sur l' autre rue, puis derrière lui . Ça fait presque Chicago . Je le laisse faire . Et revient ensuite sérieusement sur moi et me ravance .
- Tu cherches quoi : cannabis, cocaïne ... ?
Une chose est sûr ; mon coeur bat à cent - cinquante . Le tribunal presque . Mais je me retiens ; et sur ce trip qu' est d' acheter tout simplement de la cannabis, je me force .
- Je prendrais bien cinq grammes de cannabis .
- C' est deux cents !
Je le regarde et tire mon porte - monnaie . Par grâce, le compte y est à l' intérieur . Alors je décoche la liasse sans trop l' exhiber à qui veut, et lui donne ... Il me la prend, contrôle que le compte y est, et, d' un geste du doigt me demande de le suivre .
Et c' est ce que je fais ... L' homme se retourne . Il marche dix mètres peut - être, et tourne sur une petite rue assez coincée . Elle décoche ; l' espace est tellement restreint que mes deux coudes touchent les deux murs ... L' homme continue ensuite sur dix mètres, et s' arrête devant un carreau dont l' ouverture laisse reconnaître l' épaisseur du mur . Et là, il porte sa main à l' intérieur et en ressort un petit sachet en plastique effervescent .
Comme convenu, je m' approche de lui . Il l' ouvre, rentre sa main à l' intérieur et en ressort un morceau noir entouré sur sa majeure partie d' un papier en aluminium . De son autre main, il tire aussi un couteau de sa poche, le tend contre le morceau, et coupe consciencieusement un bout ... Tout en le regardant faire, je remarque qu' il mesure aux moins vingt centimètres de plus que moi . En s' activant, sa concentration s' applique à couper juste ce qu' il en faut et de pas en perdre trop au passage . Presque avec grâce, il porte ensuite le bout dans sa paume et me le tend .
- Voilà !
Je lui ramasse avec la gorge nouée . Je respire ensuite un bon coup et pendant qu' il repose son sachet, je lui défonce ma question qui me pourchasse d' être fatidique .
- Au fait ; tu connaîtrais pas quelqu' un qui serait par hasard intéressé par un revolver ?
Comme si ma question tombait des nues, il retourne sa tête en tendant un teint nerveux . Le regard curieux, mais aussi récalcitrant .
- Qu' est ce que tu me veux, toi ?
Je lui réponds .
- Je te demande juste si tu serais intéressé par un revolver ?
Fourbu, l' homme tend son dos à mon encontre . Il rentre aussi son couteau ... Quelques secondes passent pendant qu' il mate ma tronche de fond en comble, et, réticant comme ce n' est pas permis, il me répond :
- Je peux peut - être te trouver quelqu' un .
La pupille coincée dans le coin de l' oeil, il se ravance . Je le laisse passer . Il revient sur la rue pendant que je le suis . Je vous le redis ; le camarade s' en joint comme à Chicago ... Il tire ensuite une cigarette de sa poche . L' allume ; le regard en confusion, et m' annonce .
- C' est un automatique ?
- Ouais !
- Quel calibre ?
- Je crois que c' est un sept millimètres .
Il ne rapplique pas . Ressouffle plutôt ses cendres ... Moi, je me suis posé à côté de lui ; comme à Chicago .
Quelques secondes passent . Il aspire un nouveau coup et m' annonce brièvement .
- Bon ... ben on va faire comme ça . Tu m' attends là . Je vais chercher quelqu' un . Ça va durer une dizaine de minutes ... D' accord .
Je n' hésite pas .
- Ça marche !
L' homme se remet alors en marche . Il piétine quelque pas, et, l' allure fuyante, il se retourne en coinçant sa joue contre son épaule .
- Je crois que t' as pas intérêt à me fourguer ma camelote pendant mon absence ... Ça te coûterait trop cher .

***

Non sans doute ; je confirme tranquille que le type a été chercher de la compagnie . Mais je ne m' inquiète pas pour autant . Pour sûr ; car, je donnerais ma main qu' il doit me prendre pour un plouc . Un plouc tout simplement, ou un plouc de flic . Le mec déguisé ou le pauvre type qui veut passer pour le sérieux qu' a envie de faire des affaires dans la branche .
En attendant, la rue gigote toujours . Un bon début d' après - midi à moitié chaud . En face, un fast - food assiste à une émeute d' américains venus voir pigalle . Ils en n' ont en pas l' air, mais viennent peut - être de Chicago . A côté d' eux, quelques prostituées s' éternisent à peindre les murs d' une vie pleinement défaite . Et derrière, un chevronné bar à tabac patiente l' appétit . Une télévision y est pendue et les quelques truands qui l' abritent regardent les courses de chevaux qui là traversent .
De sûr, quand j' y repense ; si le type se ramène avec un bon groupe de méchants garçons, avec le monde qui s' éternise ici, je n' aurais en tout cas, aucun problème pour me trouver une plaisante sortie de secours . Mais je crois que là n' est le problème ; il va sûrement se ramener avec un connaisseur . Et comme chaque chose a un sens dans la vie, je devrais, de sûr, aller le montrer plus loin, dans un coin sombre ou dans un appart . La procédure habituelle quoi ! La procédure qui me fout déjà les boules . Le tintinet qui me demande de me livrer au plus horrible, juste pour me faire de l' argent qui crise la dépendance .

Dix minutes passent sans que je n' ouvre la bouche . Le silence parfait . Devant moi, ça grouille toujours calmement . Une histoire sans fin ... Les prostitués se sont repliées sur quelques clients et les amérloques ressortent les hamburgers en poche .
Afin de me détendre, je me retourne sur les groupes . Ils vendent toujours et achètent ce qu' ils trouvent . A vingt mètres, je remarque qu' un grand blond pratique le même métier que mon confrère qui s' en est allé . Il patiente ; attend la perle qui va lui garnir son porte - monnaie . Cent balles de bénèf pour cinq grammes . S' il arrive à cent par jours, la somme monte à deux mille balles ; et au mois, elle monte soixante mille balles . Le joujou, hein ! On n' en ferait pas ; surtout pour faire dix jours de trou avec cinquante grammes en poches .
Je le regarde durant quelques minutes ; intrigué ; concerné ; et même intérressé . Sa casquette figure comme une marque de qualité . Un blouson en cuir à mille balles, des jeans à cinq - cents balles et des godasses à deux milles balles ; le cow - boys . Go away si je puis dire ; go trouth de circonstance ; ou même, go out, en restant toujours plus moderne .
Le dos tourné, je m' expire un peu . Tout doux ! Easy ! Jusqu' à ce que j' entende une voix rauque intervenir dans mes pensées ... Je retourne alors ma tête et je retrouve l' homme qui a eu le temps de revenir pendant que j' étais ailleurs .
- Dans la lune, que me lance l' homme !
Sa présence se précise à cinq mètres de ma pogne . Il marche vers moi . Et derrière, un gros barbu portant un pull vert qui doit aiguillonner comme ce n' est pas permis, le suit avec un envoûtement qui allierait la cause du préjudice .
Je n' ai pas le temps d' en dire plus que les deux hommes s' apitoient et arrivent à mon niveau . De plus près, la tronche du barbare s' incline sur un faciès de ténébreux qui a accumulé pas mal de peau durant sa jeunesse . Le vieux ! Une présence grise sur la tête, et : que dieu l' odeur . Sacristie ! Son épiderme dégage une poussière âcre qui me remonte jusqu' aux narines . Le style qui se prétend à évaporer . Vous voyez le genre : le putois qu' a utilisé sa baignoire comme débarras .
Sans en avoir l' air, à son arrêt ; le premier homme me fixe à nouveau bien dans mon angle de tir . La crampe . La vague . Le vent . Il doit respirer aussi bien que moi mais ne me le fait pas ressentir . Il s' obstine plutôt et me reprend .
- Je te présente la barbe ; durant l' instance, l' autre incline sa tête d' un pet ; on s' est déjà arrangé les deux . Tu vas le suivre jusqu' à chez lui . Et vous vous arrangerez les deux pour le prix .
Il pratique ensuite ses condoléances qui doit s' aligner aux méchants acteurs d' Hollywood . La bouche retirée afin d' accentuer son menton, c' est, qui dirait ; les mauvais rôles des maisons de productions qui prennent leurs aises sur le pavé .
- Bon, ben, allons - y ! Et que rabote le barbu juste derrière ...
Il me regarde encore juste un petit coup de la tête au pied ; sans en penser la moindre, et se retourne ... Je m' incline encore une fois face à la puissance, et me démarche à le suivre . Les deux ne se disent pas au - revoir et s' appuient plutôt à prendre du recul . La barbe se soulève même et reprend pas à retourner d' où il est venu ... Je le laisse . Le temps que je me restaure, et le suis à trois mètres de distance . Lui ; il s' exerce jusqu' à l' angle de la rue, puis l' emprunte .
Quand j' arrive moi - même sur celle - ci, je me rends compte qu' elle est directement parallèle à la petite rue que j' ai soudoyée tout à l' heure . Mais visiblement, elle ; est bien plus large, et une route à sens unique assez crasseuse s' allonge jusqu' au mont ... L' homme l' emprunte sur ; peut - être ; cinquante mètres, et pénètre dans un immeuble à l' aspect très ignoble . Une carcasse presque . Entre ses murs, les fenêtres tiennent tout juste sur pieds . Et sur certaines même, des sachets en plastique transparents soutiennent un reste de charpente en bois qui pourrit à vue d' oeil .
Vu que je n' ai pas trop le temps de m' attarder, je m' active et arrive sur la porte que l' homme est en train de tenir, via une main allongée jusqu' au petit doigt . Je m' y lourdi et pénètre, pendant que l' autre la lache et reprend chemin .
A l' intérieur, je constate qu' un couloir gras et puant se faufile jusqu' à un escalier en briques grises . Pendant que l' homme s' active à s' y amonceler, je m' obstine à le suivre . Et de par cet acte, je remarque que le couloir est rempli de détritus de toutes sortes . Des poubelles ; de connivences ; traînent dans tous les coins en compagnie de vélos, de barres profilées, de carcasses de lits et d' autres ustensiles qui aménagent la vie .
Au bout, l' homme arrive à l' escalier et se met à les monter . Dans cette espace contigu, je ne prends pas pieds . L' atmosphère est trop serrée . Trop dure à comprendre . Et l' orgie n' est plus qu' un piège à rats qu' autre chose . Un piège à con . Ou une souricière à mégots, que seuls les êtres voués à la cause osent se permettre de s' y aventurer .
L' homme grimpe deux étages sans se soucier du bordel apparent . Je le suis à moins de trois mètres . Nous arrivons ensuite devant une porte . La sienne ! ... Là ; il s' arrête, et pendant qu' il tire sur le dernier sursis de son mégot, il empoigne son porte - clés qui est accroché à l' angle gauche de ses jeans . Il ne met ensuite pas long à identifier la clef correspondante, et poursuis en l' enfonçant dans le trou de serrure .
Quelques secondes plus tard, à sa portée, la porte s' ouvre et il pénètre dans son appartement comme d' un bon sentiment d' être à nouveau chez soi ... En le suivant, je remarque un couloir aussi sale que lui . Une épave . Des cartons ; des paquets ; des appareils électriques ; sont empilés comme des assiettes . Ils se recouvrent, prennent toute la place, et au milieu, juste un petit couloir aléatoire se court-circuite ... L' autre l' emprunte . Je le suis . Et nous arrivons dans un salon qui ressemble plus à un fumoir qu' à un endroit tranquille . Un bureau sur le côté gauche, face à la fenêtre ; un canapé contre le mur de droite, face à une télévision ; et une armoire murale contre le fond d' en face ; sont établis comme étant les piliers d' une chambre où le bordel est l' avènement le plus apparent de l' histoire .
Il s' avance contre son bureau, s'y installe . Dessus, des livres, des carnets et bon paquet de feuilles y traînent . Une reconnaissance je dirais . L' homme doit écrire ; et la conclusion est bien trop facile ... Mais je ne mis prend pas et m' aligne à son niveau . L' homme écarte les feuilles afin de faire un semblant de place face à lui . Il ramène aussi un cendrier contre lui . Et pendant qu' il ausculte ses poches afin d' y dénicher une clop, il s' avance à mon propos .
- Tu me montres le joujou .
Bien obstiné le tutoiement ! L' homme semble essoufflé . Un asthmatique . Les poumons noirs . Ou quelque chose d' autre .
Doucement, je sors l' arme de ma poche . Mes boules me fricassent un peu, mais je me sers ... Empoigné, je lui dépose sur la table . Il prend garde quelques instants, allume sa clop, et, tout en déposant son briquet à côté du cendrier, il ramasse l' arme et le pointe sur sa face .
Une minute passe pendant que l' homme la retourne dans tous les sens . Moi, je le regarde faire en tout impertinence . J' en suis même intrigué . Car, s' il s' y connaît, c' est qu' il trafique . Le genre touche à tout . Mais je le vois plutôt flipper sur de la grenaille et des bouts de câbles . Le style argent pauvre, plutôt facile à attraper, mais au moins à risques minimum .
Avant que je me rattrape, il repose l' arme et m' affiche .
- Deux cents, pas plus .
Maintenant, nos regards se croisent à cent kilomètres heure . Ses yeux titillent . Le contrecoup . Ou le face-à-face de deux pauvres types à la recherche de d' honneur et de gloire ... Lui ; se sert ; s' attend . Tandis que moi, mes nerfs boulottes ; se délient en tout point . Je m' y réfléchis quelques secondes ; le temps pour ne pas passer pour un con ; et, discrètement, je m' élance .
- D' accord, ça marche pour deux cents .
Je pense que le réverbère s' attendait à une discussion plus avancée . Plus lourde . A un parloir de boniment . Mais il n' en est rien ; le vendeur n' a pas trop envie de marchander aujourd' hui . Et la close à l' air d' avoir porté son fruit à une gaieté qu' un homme, rien qu' un, pourrait lui offrir de l' argent pour ce dût .
Nous nous fixons encore pendant quelques secondes, et il se délecte ; le coeur brisé par la reconnaissance . Il ouvre ensuite un tiroir fécondé par la déchiqueture apparente . Une salissure je dirais . Le genre d' espace remplit d' objets inutiles . De là, il sort quatre billets de cinquante qu' il ne dédaigne pas de déplier avant de les compter .
Son manège dure quelques secondes, et il me tend l' argent . Je lui ramasse sans broncher . Nous nous fixons ensuite sans grand enthousiasme . Et, comme d' une approbation soudaine, je lui offre un semblant de : " au revoir, à la prochaine " . L' autre me dit au revoir sans que je ne puisse entendre un murmure provenant de sa bouche . Et quelques instants plus tard, je le quitte et retrouve l' asphalte .

# Posté le samedi 31 décembre 2005 04:11

Columbarium (chapître 10) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 10

Un peu au pied du mur, il est vrai que j' ai laissé la partie se faire . Mais j' avoue franchement, après avoir apprécié cette beauté à sa juste valeur, je m' en suis retourné et une idée m' est ensuite apparue . Et ; pour une fois dans ma pauvre vie ; cette idée m' a semblé plutôt bonne et respectable . Une petite sûr ; mais au moins une ; et qui ; j' affirme, m' a remis de mon apologie de minable qui a toujours cherché, mais qui n' a jamais trouvé porteur . Vous comprenez le mouvement ; l' épicentre qui pourrait me faire prétendre à une autre vie . Le genre de symbole bon marché qui pourrait porter figure de manière auditive ou affirmative ; comme une mélodie sympa vendue à des millions d' exemplaires ou un scénario sérieux qui pourrait se confondre à une légende .

Comme il a fallu que je m' active, dès que mon autre belle s' en est allée , j' ai pris fortune et me suis mis à courir . J' ai longé encore la rue sur cinq cents mètres puis j' ai tourné contre le nord . Une rue assez petite m' a ensuite emmené ; sur cinq cents mètres encore . Puis, dès que je me suis rendu compte que je piétinais la rue Pigalle ; que je la descendais, comme dirait Gainsbourg ; j' ai ralenti mon allure . Une base brève ! Le silence ! ... Et ; concentré comme une huître qui cherche sa perle ; cinquante mètres plus tard ; je me suis arrêté au point où je me situe en ce moment et j' ai pris ensuite ma cervelle en compte afin de vérifier si ces hallucinés ne m' étaient pas déjouées à l' avance .
Enfin voilà quoi ; autrement ; mis à part que j' utilise toujours les mêmes termes ; la rue qui m' observe maintenant est aussi bien remplie . A une voie, elle prosterne un Paris tout feu tout flamme des années vingt . Avec des murs gris et des peintures retournées : les maisons se joignent toutes à une sacristie . A une rebondissante d' un endroit qui fût jadis familier à tout un peuple . Germinal . Ou l' envers d' une société qui sentait bon la vie .
A m' y m' éprendre, elle étuve aussi . Des voitures parquées des deux côtés et quelques prostituées faisant la manche, elle ressemble facilement à la structure qui me plaît . Au trip . Au côté obscur de ma personne . A la voix qui me cherche à picoler et à fumer encore et toujours plus . Au gros pif rouge bientôt bleu ... Oui ; le mien ; celui qui fait son trou ; les fabrique en les laissant germer . Une vie lourde quoi ; une gourmandise remplie de sucre - glace et de caféine ; et avec enrobée, une bonne couche de chocolat noir .
Comme mon plan n' est pas encore si précis que ça ; je me laisse aller . Devant moi ; une maison à quatre étages prime le risque . Elle contient une porte d' entrée et chaques étages alignent trois fenêtres . Encastrée entre deux gros vasistas, elle ne fait pas la grande, mais s' effiloche . La porte d' entrée est en bois ; un noir grisant qui sent l' éternité . Sur sa gauche, une fenêtre normale, à deux battants, qui se présente, de sûr, comme étant la fenêtre d' appartement de la conciergerie . Derrière, même, des rideaux s' allongent ; ils paraissent gras ; d' un brun sale . Ils ne bougent pas mais un bruit d' apparat se cogne, comme une sourde d' oreille qui se serait cachée derrière . Au - dessus, quelques pots de fleurs s' étalent et quelques linges pendent aux fenêtres . Accrochés, ils effilent la couleur vive qu' il faut pour captiver le photographe . Une couleur qui anime même, au devant d' un mur gris pauvre, sale, et qui a perdu, dans quelques coins, son pelage tel un épiderme violé par le temps et le mauvais entretient .
D' après ma vue ; l' immeuble me semble correct . Il est vrai que je pourrais en prendre un autre ; mais, comme je vous l' ai dit, rien n' est encore précis et tout reste même dans le doute . Mon envie me force ; mais je reste . D' après mon projet, il me faut choisir une maison pas trop petite et pas trop grosse puis m' y installer . Et d' après sa taille, elle configure . Elle est calibrée à ma mesure ; encastrée entre deux murs, elle fait discrète comme une huître ; comme une carpe qui me plaît ; comme une méduse qui avance ; et comme une ombre qui m' envenime à suivre la voie que j' entends .
Bon ; bien sûr ; rien n' y est . Je pourrais très bien changer d' avis ; mais comme ; pour l' instant, ça n' a pas trop l' air d' être le cas, je me réanime et m' avance sur elle . Comme je me fustige à ne pas en avoir l' air, je m' efforce de faire semblant de rien dans ma venue et m' utilise . Je regarde aussi que personne ne célèbre d' attention . Mais vu que sur la rue, la première prostituée se situe à une trentaine de mètres de moi et que personne d' autre intervient entre deux, je m' immunise gentiment et me dis du même coup que ça pourrait encore être bon, que ça pourrait encore se faire . La petite interpolation quoi ! La connivence d' un mec loin de tout et cherchant une originalité qui l' amènera à croire qu' une reconnaissance l' attend au bout du tunnel .

Enfin ; autrement ; la porte se compose normalement . J' arrive contre, je conduis ma main à la poignée, et , sans attendre ; presse dessus ... Ensuite ; dû à ma poussée, elle s' ouvre . Un bruit craquant se fait aussi entendre . Un tapage sans grabuge, de sûr . Derrière, un vieux couloir béant s' acharne dans l' être . Il est assez contigu . Un vert sombre repeint à plusieurs reprises couvre la partie supérieure du mur et un blanc mauve la partie inférieure . Sur le côté gauche une dizaine de boites à lettres s' alignent . Un peu cassées, elles dissipent un produit délaissé ; fondu dans une abîme animée par les rides des petites grands - mères qui habitent par - là .
Afin de ne pas passer pour le loubard des années quatre - vingt, je ne m' éternise pas et pénètre comme si mon appart se situait dans ce lieu . En m' envoyant, je retiens aussi la porte entre mes quatre ongles, et ; dès passé le palier, je la referme derrière mon axe thoracique .
Quand la porte se relocke, une lueur très sombre s' intronise . Je n' y vois plus le soleil, ni même le jour, mais je ressens une luminosité provenant d' une fenêtre dressée au - dessus de l' escalier établi au fond du couloir . Un escalier avec dix marches, et qui tourne ensuite sur sa gauche, pour se reprendre en inverse, face au premier étage . A son pas, une porte d' ascenseur se brosse comme une parodie que j' ai déjà vue et déjà interprétée . Celle de mon entrée en matière presque . L' heure de mon décompte ; quand j' ai pénétré pour la première fois dans l' immeuble du fusse mister Brodi ...
Suivant ma voie, je continue et attaque les boites . Je les passe tout d' abord ; vite fait, tout en matant si aucune d' elles ne seraient par hasard, non occupée . Je les contemple ; en gros termes . Et arrivé au bout ; mon décompte m' amène au fait qu' aucune n' est libre ... Alors, comme d' un commun accord, je reviens dessus et les reprends plus tranquillement . Et de surcroît ; je remarque sans entremise qu' elles sont fréquentées par des personnes et non par des sociétés . Des noms simples . De vieux prénoms . Et pour la majeure partie, entretenue chaque jours .
Je les repasse en revue ; toutes ; durant quelques secondes, et m' arrête sur une qui de sûr, me tape le plus . En fait, dans sa gorge, plusieurs dépliants dépassent et ressortent telles des biscottes qui dépassent du chauffe - biscottes . Elle est un peu tordue, aucun graffiti ne la fréquente mais une bonne marge d' erreur me fait comprendre que le guignol à qui elle appartient ne là pas ouverte depuis des paies . Une pub d' ailleurs, qui date depuis longs termes ; surpasse le bloc d' une dizaine de centimètres et pend contre l' avant, presque à l' horizontale .

Vu que pour mon projet est d' en aquérir une, en apercevant cette augure se joindre à moi, j' en profite vivement . Je tends pour cela ma main vers elle et arrache sans attendre la masse qui dépasse . Cinq journaux m' arrivent contre . Je ne les lis pas mais les dépose plutôt sur mon avant - bras gauche . Sans être dépecé, je continue ensuite . Avec ma main droite, j' en tire encore trois qui ne dépassent pas de l' orifice, et les dépose sur les autres . Après cela ; la boite se remarque comme étant vierge ... Alors, j' en profite pour ouvrir la boite à lait . Et là ; dès que ma main la poigne sur sa demi - longueur, un paquet de journaux d' une vingtaine de centimètres de hauteur me tombe presque dessus . Je les rattrape facilement ; ramasse aussi le tout et les dépose sur mon paquet . La case ensuite vidée ; je la referme, me retourne et va les déposer à côté de l' escalier ... Je reviens et je tire mon stylo et mon calepin de l' une de mes poches . Et dessus ; je prends peine à noter le nom qui s' en suit .
" Valsiam investiture ; détective privé "
Je change ensuite de page, et sur la nouvelle, je note l' adresse de ce lieu ... Le travail effectué, j' arrache la première, enlève l' étiquette de la boite et dépose mon bout de papier à la place .
Quand je dis que la place parait plus propre ensuite, je ne mens pas . Sur la partie effacée ; ma nouvelle correspondance crée une nouvelle forme d' existence à ce décor livide . Un nouveau moraliste semble avoir intégré ce lieu et je me dis que de sûr, mon influence sur cette rhétorique à propos des faits qui auraient dût se passer sur cette terre va enfin pouvoir se voir au grand jour . Et si j' ose encore m' appeler ainsi ; je dirais qu' ensuite, ma conformité m' a apaisé et je n' ai pas fait long pour en ressortir ; la tête en état de siège, mais en pleine préparation pour une contre - attaque qui aura, de sûr, et pour quelques semaines, le monopole de l' information dans tous les médias de la terre .

# Posté le vendredi 23 décembre 2005 17:48