Columbarium (chapître 9) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 9

Il est vrai que j' aurais pu m' amuser à suivre ma belle . Mais que de temps et d' espoir pour une nostalgie qui me rongerait, de toute façon, plus le coeur qu' autre chose . Le caprice ; même à Capri ; ne se satisferait plus . Et le clair de lune ; même pas . Le temps d' une époque s' apprivoise à être définitivement terminé, et nul ne peut entrevoir la chose autrement . Les deux parties ; distinctes ; se reconnaissent, mais le savent très bien ; ils en sont conscients, le silence doit prendre maintenant place à l' amour d' une jeunesse éprie d' une volonté qui n' a pas pu voir le jour au confluent de deux esprits bien trop lointains et bien trop incrédules .
Ma position se précise maintenant . Je suis arrivé tout à l' heure au square de la tour St - Jacques, je me suis activé jusqu' à l' angle de la rue St - Denis . Je l' ai prise ensuite et me voilà en ce moment au square des Innocents .
Et là, le silence ne règne pas ; une marée folle s' avance et recule ; comme une goulache ; comme une tambouille . L' épicentre se situe presque partout . Tous vont bosser et les autres les regardent . Les genres sont tribaux ; il y a de tout ; de l' extravagance aux dogmes très stricts . Des filigranes, des noctambules et des soucieux plaident la rencontre ; qu' une philanthrope règne par - dessus les têtes les plus alourdies . Sur la rue Berger, au coin des deux lotissements qui se croisent avec la rue Saint - Denis, deux cafés ont ouvert leurs terrasses ; le plein, presque ; ça se résulte à des cafés servis illico, à un empressement tardif qui fait oublier le stress d' une caféine matinale absorbée presque par obligations .
Afin de ne pas rester là pour rester là, je continue ma suite . Et dans mon épopée illusoire, je passe les deux terrasses et m' enfonce ensuite dans l' entremise de la rue St. - Denis ... Je me pratique sur cent mètres et arrive au premier sex shop . Je le franchis sans y prendre trop garde et me précise sur le second . Devant celui - ci, une charmante jeune fille s' accole . Elle est blonde, sanifiée d' une couche de poudre qui lui monte jusqu' aux oreilles, et ses jambes sont filées par des bas noir tissés comme de la dentelle ... Son visage me voyant m' approcher, s' éclaircie gentiment . L' on pourrait croire qu' elle vient de dénicher sa proie ; du style ; le blaire qu' à pas baisé depuis des lunes et qui a envie de se rafraîchir la mémoire pendant dix minutes . L' opiné ; le genre qui a envie de se remémorer les gestes de bon sens que le tout à chacun doit pratiquer face à une femelle dans un pieux .
Vu que mon chemin la croise, dès que mes nerfs frôlent les siens à moins de deux mètres, elle s' ose de sa plus belle voix .
- Tu montes !
Son accent doit se situer au environ des ex - pays communistes . Ses yeux scintillent d' une blancheur provenant d' un pays très froid . Ses sourcils sont noircis ; tirés par des mains presque maladroites . Une levée matinale presque autant difficile qu' un coucher sans homme ... Vu son regard, j' ai presque envie de lui demander la ristourne du jeune BCBG qui pourrait encore la plaire dans une discothèque normale, et avec des gens du même rang qu' elle . Mais étant donné que ma belle pourrait très bien être dans les parages, je ne préfère pas prendre ce risque et passe mon chemin en lui répondant tout de même .
- Non merci !
Je la passe donc . Elle ne me répond pas et me laisse m' en aller ...
Pour ne pas tout citer sur le mouvement de foule qui environne, je dirais juste que le monde presse, grouille, et que tous les partis du grand Paris doivent être représentés à l' intérieur de ce square . Dans ma force et ma vigueur, je croise encore quelques unes de ces demoiselles, mais elles, ne m' abordent pas . Je passe aussi plusieurs autres sex shop et arrive au bout de la zone piétonne .
Arrivé là, je m' arrête et afin de ne pas me retrouver sur le même genre d' axe que tout à l' heure, je tourne sur ma gauche et me mets à longer la rue adjacente . Elle ; est une rue plutôt typique ; avec des baraques qui s' allongent jusqu' à l' horizon . Bien - sûr, un brouillard de voitures s' implose aussi . Elles suivent ce contre - courant qui suit une courbe un tant soit peu ovalisé . Une petite courbure s' étalant, et qui, en principe, doit se terminer au niveau de l' arc de triomphe .
Dès mes premiers pas, je remarque que les boutiques se précisent au niveau de l' alimentaire . De petits commerces puérils remplis de légumes de toutes sortes . Les fruits de la passion, ben voyons ! ... De l' autre côté de la route, quelques indiens et quelques chinois se présentent . Ils portent la couleur de leurs nations ; des rouges et des gris ensevelis de dragons et de fétiches . Une couche de reconnaissance qui sent bientôt le plein et qui me donne aussi l' appétit . C' est vrai que j' ai encore de l' argent en poche ; de quoi m' en payer une ; et je dirais, un petit plaisir avant la guillotine .
Enfin passons, je marche encore deux cents mètres . Me pratique . Puis le cadre varie un peu ; les immeubles deviennent un peu plus gros ; plus fourbus ; ce qui occasionne des changements de propriétaires et de logeurs ... Et si je puis continuer ainsi ; je dirais qu' une couche sociale vient de se plier ; qu' un palier vient d' être franchi et qu' une notabilité supérieure se prête à ce sentiment . D' ailleurs ; pour preuve, une banque privée étale sa devanture juste en face, de l' autre côté . Avec son entrée vitrée trois fois trop éclairée et sa structure métallique scintillée noir âcre, elle plaisante le bon goût du dix - huitième ; à savoir, le style classe post - révolutionnaire qui charmait à la fois avec l' aristocratie et à la fois avec la pluralité .
Face à cette illusion permanente ; réservé aux gros porteurs, je ne me paie pas de mine et continue . Je me ravance donc, marche encore deux cents mètres environ ; et, comme je le désirais, je m' arrête et me mets à admirer l' établissement qui se racole sur sa gauche à une galerie de boutiques chics et sur sa droite à une banque privée provenant du Moyen - Orient .

En fait ; comprenez ; intéressé comme je suis, si c' est pour vous dire où se situent tous les offices que compte la France ; ben raisonnez - moi, à ce niveau, c' est moi l' un des meilleurs ... La bête quoi : depuis mon âge de raison, j' hachète toutes les revues concerant les missions impossibles, les armées parrallèles, les polices secrètes et les troupes spécialisées . Le bon trou, en fait ! ... Et avec ça ; je les ai, depuis le temps, toutes rangées, répertoriées, classées ; et en plus, j' en ai tiré des cartes et des plans de configuration . Une vraie panoplie ! Un vrai monde parralèlle que seul moi arrive comprendre . Des histogrames, des plans d' attaques, d' évaluations ; un vrai fourbi ; un vrai monde virtuel qui m' a déjà fait chef suprème de la guerre bien une trentaine de fois .
Enfin ; voilà quoi ... Mis à part ça, ce que je sais sur l' office qui m' affronte ; c' est qu' il représente l' état dans l' état . Une filiale du crime officiellement organisée . Un bureau réservé qu' aux plus capés et qui survit qu' à des intentions furtives ; des plaisanteries tranquilles qui fécondes des idées de protectionnisme pour l' état ; à savoir des moeurs, des idéaux et des privilèges qui doivent se préserver au niveau du seuil et de la tolérance . Une figure de proue en quelques sortes . Un casse - pipe fractionné par le gouvernement ; par la direction, afin d' assurer sa prospérité à l' encontre des gens mal intentionnés et a influencé le reste de façon à ce que ceux - ci ne changent pas de vertu en fonction de leurs origines et de leurs niveaux sociaux .

Pour ce peu ; je dirais que le bâtiment est encore assez bien fourbu . Propre, rangé ; mais visiblement mal surveillé ... Et quand je dis mal surveillé, j' insinue par - là qu' il n' est pas du tout surveillé ; à savoir qu' aucun vigile et aucun policier ne l' aborde ; même pas une barrière ; rien ; juste une porte battante en acier lourd l' avance . Qu' un ridicule portique ; fermé certes, mais peut - être ouvert à toutes audaces . Et à savoir si quelqu' un attend derrière, seul ma piété pourrait le savoir . La seule qui ; vraiment, pourrait affirmer que cet emplacement a été installé là afin de se préserver de toutes affiches et d' amoncellements qui dérangeraient peut - être plus leurs publicités qu' autre chose .
Enfin bref ; l' immeuble est pour le peu, bien vide et les seules lumières qui apparaissent ne laissent aucune suggestion à ma diversification . Les rideaux sont tous à moitié fermés et le silence semble avoir pris place derrière ces murs cryptés par un goût plutôt furieux, d' une épopée d' avant dix - neuf cents . Un gribouille à son avenir qui apparaît même comme étant la dernière résolution à l' encontre des styles modernes et bien plus utilitaires .

Face à cette figure, je reste encore bien cinq minutes à rêver ; et, vu le silence, je me renfonce et repars à d' autres tracas ...

***

Et me voilà reparti !
Maintenant que plus rien ne me dit, je retourne sur la rue Saint - Denis et la prends définitivement ... Arrivé à son bout, un grand boulevard m' attend . Il est clair de voitures et un petit arc s' induit au centre, sur un espace qui ne ressemble pas trop à une grande place . Comme quatre prolongements s' accentuent, j' hésite dans ma vocation et prends au hasard sur ma gauche ... Celle - ci mène du côté ouest . Elle est très espacée ; encore assez calme . Un bon nombre d' ailleurs, de boutiques, ont fermé portes . Vide d' espérance et d' utopie . Elles sont toutes renfermées sur elles - mêmes ; les stores tirés ne laissant apparaître qu' une sombre apparence grise envenimée de tags . Le cahot presque ; l' exubérance satirique d' une ville qui se dépeint à chaques cent mètres .
Je poursuis encore et comme pour mon trajet sur la rue Saint - Denis et l' instant où j' ai aperçu ma belle, je n' hésite pas à me convaincre de ne pas m' affliger aux regards des quelques femmes qui me croisent . Elles sont bien belles je sais, mais ma vie risible doit se faire et ce n' est qu' avec des termes aussi prétentieux qu' une vie comblée, que je pourrais continuer à m' avancer ; de sûr !
L' avenue grimpe un tout petit peu . Au bout de deux - cent mètres je passe devant un cinoche et une discothèque . Les deux sont fermés ; mais s' apprêtent à faire bon gré . De l' autre côté, un bar - tabac - PMU a ouvert ses portes . Un beau paquet de monde le stimule . Comme une vieille garde, sa vitrine brosse la couleur d' un cloître tranquille où le tout à chacun peut y venir boire des verres tranquilles sans pour autant en avoir l' air ... Devant lui, deux clodos se tourmentent pour une monnaie qu' ils n' ont pas ; et pour si faire, s' occasionnent à quémander les passants afin qu' ils ne leur offriraient par hasard pas la somme qui les empêche de faire salle comble . Ils sont même plaisant sous leurs coutures ; un sommeil tranquille sous un pont et le reste pour l' apéro . Peinard finalement ; alors que ma vie n' en est pas moins, mais l' est presque, et à quelques circonstances près .
Bien - sûr, mon envie m' avive à aller m' en prendre une, mais vu l' heure ; je ne sais pas si se serait du bon tempérament . D' ailleurs, je n' ai même pas soif ; j' ai plutôt faim et j' ai plutôt envie d' avaler ma dernière cigarette . Et je dirais encore, que cette inanité est l' émeraude du temps et aussi le privilège de ma foi .
En avançant encore d' une centaine de mètres, je m' éloigne paisiblement du point de rupture et m' annonce ensuite face à un théâtre typique parisien . Celui - là me plaît bien ; il est calibré telle une maison barbie . Quarte colonnes en pierre blanche soutiennent le toit, trois larges entrées vitrées s' inclinent en travers et la longueur de leurs marches parvient au pavé de l' angle de gauche à l' angle de droite . Au - dessus des portes, une grande affiche étale le titre . La fille au pair, qu' on peut y lire . Dessous ; quatre noms de comédiens y sont précisés . Et sur les côtés ; leurs visages y sont placardés, découpés de manière concave ; ce qui leur procure l' apparence de feuilles de choux .
En m' aventurant face à cette trilogie, je ne mène pas large et m' arrête même . Que c' est beau ! ... Une salle, une affiche, et une troupe ; le rêve de tout hommes écrivant . La fiction du conteur . L' espèce rare que je recherche ; mais qui n' a pas l' air d' avancer . Le bidule con ; qui semble me devoir ; mais qui n' en est rien . Qui n' est plutôt ; juste l' éphémère d' un rêve d' attardé et le dogme qui me retient presque à la vie . Le genre d' histoire qui ne dure pas long mais qui m' envenime à chaque fois que l' une d' entre elles s' amène dans mon esprit . Et quand je dis que ça vient en moi ; je parle plus que sérieusement ; car, dès fois, vu les effets que ça me fait, on dirait que cette nostalgie ne sert qu' à me ruiner et qu' à me vendre à n' importe quels suppôts préférant me voir mort qu' heureux .
Enfin ; oublions, c' est du passé toute cette démangeaison ; du crack à accoutumance . Le goût du scénare ne me sens plus ; et en regardant tous ces films au cinoche, il me semble de plus en plus, que plus rien n' est à créer ; que tout à déjà été exécuté . Et si je puis m' avancer encore ; j' affirmerais que mon histoire touche à sa fin au même moment que la création artistique mondiale .

Vu qu' une jolie fille, en face, s' arrête elle aussi afin d' admirer l' affiche, je ne déments pas et me stabilise vraiment . Elle a les cheveux tirés vers l' arrière . Châtain clair . Une jupe plissée lui courbe l' échine et une jupe mi - longue aplatit ses jambes ... Ses mains sur son bagage à main ; elle précise le regard tendancieux d' une jeune gamine à la recherche de sensation . Mais afin de mieux la préciser ; faut avouer que son trait se précise d' une intelligence peut - être très appréciable . Because ; pour pouvoir regarder une affiche telle que celle - ci ; l' affaire doit plutôt convaincre à la déambule, et si elle aussi, s' en intéresse, c' est que peut - être ; elle me représente au féminin . Le cloître du boucher si je m' y prends bien ! ... Et si je puis encore rêver ; j' afirmerais qu' éventuellement ; elle pourrait très bien être à ma portée . Oui ; sûr...
Bref ; revenons . Vu qu' elle me botte ; je continue à la regarder . Elle ; reste fidèle à sa figure . La fleur qui s' éveille . Le printemps que l' on entend . Ou ; le petit mai 68 accompagné d' un grand Woodstock . Vous imaginez le rêve ; moi et elle tout nus dans un champ de maïs ou au bord d' une plage . Les jambes à l' air ; l' été 57, sur la plage de Pampelone, avec à mes côtés B. B. et elle - même . Le pied quoi !

# Posté le vendredi 16 décembre 2005 11:21

Columbarium (chapître 8) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 8

Enfin que je respire . On est le matin . Il fait un peu froid . Fristounet . Assis, sur ma gauche, un homme sentant l' oignon et l' ail rassemblés, me regarde avec l' air de ne pas l' être . Une barbe grise à tendance jaune ciel l' afflige à un teint tapageur . Ses cheveux grippent ; ils lui passent par-dessus sa tête . Sous son paletot beige, tacheté de noir et de rouge, l' obstruction d' un pelage l' oppresse . Un gros pull ; vert ; le flétrit . L' odeur ; l' élévation saillit sa personne . Un pantalon acerbe ; vraiment crasseux, abonde sa marque de magnificence . Ses godasses ; trouées ; houspille l' inexpérience . Et il ose ; avec son regard ; me dégainer la même appartenance . Comme si j' en aurais l' air, par donc ; mon costard, ma façon, ma gueule ; une totalité dans l'
être .
Je suis croupi . Le frais m' assaille . J' ai dormi là ; peut - être cinq, voire six heures . Mon costard est complètement ébouriffé ; tordu ; et il sent lui aussi un peu l' oignon . Ma cravate pend ; à l' envers ; et contre ma ratière . Elle porte un beau sigle ; je l' avais acheté pour l' occasion . Et c' est de même pour mes godasses ; au beau cuir tout neuf ; payé au prix fort . Quant à leurs servitudes, que dire ; elles m' ont servi pour faire le beau un court instant, et that it ; maintenant elles vont plus m' emmerder qu' autre chose .
- Un petit nouveau !
Le murmure découle de l' homme . Sa munificence m' examine . Sait - il vraiment ? Sait - il vraiment qui je suis ? ... Et si oui ; qu' en penserait - il au fait ? Le savoir, l' être et le néant . Plusieurs injonctions pourraient subsister dans ce décor ...
- Peut - être bien que oui !
Il sourit gentiment, mais mon opiniâtreté me permet de voir ses dents . Je ne vous l' ai pas dit avant ; mais il pue aussi de la bouche . Une douce odeur d' alcool l' abonde . Le genre de goût qui vous empêche de respirer correctement .
- Bienvenu au club alors ! Tu verras, on s' y habitue . Au début c' est difficile . On n' aime pas trop puer, puis après on sent plus rien . On ne voit que les gens se boucher le nez quand on passe à côté .
Contemplatif, je le regarde . Que j' usurpe ; c' est vrai que j' ai peur de finir que comme lui . Mais ... voyons ... au point où j' en suis, j' en suis presque à prendre de la graine .
Je me lève péniblement et lui réponds .
- On verra bien ; je vais d' abord tout essayer avant d' en arriver là .
Il ne s' y prend pas . Me dit même au revoir . Je le regarde encore un petit coup tranquille, et, sans trop prendre mon mal comme une plaie qui ne refermera plus jamais, je continue mon chemin .
La température n' excelle pas ; un bon 15, pas plus . Quelques passants me regardent ; ils m' ont vu me lever . C' est d' incidence ! ... A dix mètres, des escaliers sont posés contre le mur . Je m' en approche et les emprunte . Arrivé en haut, je remarque que j' ai dormi en face de l' hôtel de police . Ça ne me fait rien mais j' y repense qu' en même . De mon point d' appui ; donc de cinquante mètres environ ; je n' aperçois rien de convaincant . Des bagnoles, des gardiens, mais aucun mouvement . Faut dire que je suis du côté inverse du site . La raison est ; c' est clair !
Afin de ne pas paraître saugrenu, je replace mon costard en bonne posture . La cravate en lise . Le collet en rondelle . La sobriété ; en toutes mesures que ce soit !
L' autre côté de la rue, un petit troquet a déjà ouvert ses portes . Deux niases ont pris la terrasse en verdure . Ils boivent tous deux un café et discutent comme si nous étions un samedi soir ... Afin de ne pas passer pour l' idiot qui croupi sur place, je prends idée et traverse la rue . A l 'autre bout, je ramasse un journal se situant sur la première table qui donne contre l' entrée et me déplace ensuite en direction du coin opposé de la terrasse . Je franchis pour cela, une dizaine de tables . La place que je choisi est la dernière ; elle chevauche la séparation murale entre le bistrot et le magasin de fleurs d' à côté . En prose ; je m' y assois et aborde la première page du journal .
Et l' en-tête donne : " Président Assassiné ", en immense .
Au-dessous, on peut y voir une photo du Président des States . Elle prend toute la page . C' est une belle image de lui ; prise il y a des années . Un beau sourire ; une belle cravate ; une coupe 3 Suisses ; un président quoi ...
J' ai juste le temps d' admirer l' image que le serveur s' amène . Je lui commande un café et il se retire . De là, j' en profite pour ouvrir le feuillet . Aux deux premières pages, quelques photos s' alignent . Elles expriment le boulevard ; l' endroit où le président y est resté . On le voit lui, baigné dans une marre de sang ; et on en voit d' autres montrant le tout, sa bagnole, les bagnoles de police, la foule et les policiers .
Sans enthousiasme, le serveur revient . Il dépose ma caféine face à mon sirop, je le paie et il repart ...
Avant d' attaquer la suite, je regarde un petit coup la Seine . Rien ne s' y passe . Le grisou ! Pour dire que nous sommes en printemps ; c' est à ce demander si ... enfin : quoi !
Vu que le calme s' arrondit, je reviens sur le chapitre . Ça me démange : si c' est ça que vous désirez savoir ! ... Au premier encart ; ils parlent de l' assassinat en général . L' heure, le temps, l' ambiance, la sécurité ; enfin tout . Au second, l' encart s' implique un peu plus, et surtout au niveau des raisons . Elle compare aussi cet acte avec celui de JFK . Je peux y lire des noms, comme terroristes, dissidents, intégristes, ou encore extrémistes . Une demi page en est remplie . A voir, on a l' impression que le journaliste s' y est impliqué . Ils comparent des dates et des terroristes ; ils les mélangent pour les redissocier après . Une belle mixture . Il implique même des pays ; dont un plus que les autres : Cuba !
Afin de me distraire de cette lecture, je bois une goutte et regarde le groupe de jeunes qui est en train de s' installer de l' autre côté de la terrasse . Ils sont tous en costards cravates . Clean ! ... Trois hommes et deux femmes . Une est brune ; pas mal foutue, et l' autre .......
Je me rassasie . La chose ! Je regarde encore et me dis : mon dieu, c' est elle !
Sans être et sans raison, je reste ensuite bien une minute dans un silence parfait . L' affliction . Le genre de situation qui m' empêche . Le genre de paradoxe qui me mortifie . Ce fichu silence qui fait comprendre ma raison ; mon impuissance face à l' être ; le pauvre diable qui n' ose pas aborder ; qui se fragilise pour une peccadille ; le ronron qu' est né pour passer pour le con de service durant toute sa vie, si j' ose m' exprimer
ainsi .

Elle est habillée assez classe . Une robe longiligne rouge la serre jusqu' aux chevilles . La brasure ouverte ! Ses veines pétillent ; elles séduisent sur une peau blanche crédule . Le marbre au sens propre . La tignasse en fraudes ; c' est l' âme ! Un dirait presque une perruque . Ses cheveux tirées ; elle pense à la combustion ; aux stries . Sa forme soluble la coince ; l' oblige a être belle . Une figure qui ne manque pas ; le nez fin, pointu, sur un menton courbé, aussi fin . La perception que cette fille ; un tribubal pour obsolète ; le genre d' option qu' on n' afligerait pas !
Mon café en brase : finito, plus une goutte . Je regarde . Ses yeux scintillent ; presque vers moi . J' ai l' impression qu' elle m' a vu . Son regard fait garde . De temps à autre elle prétend son globe . On dirait pas ; mais sa confirmation se prédomine ; je la sens même nerveuse . Si ça se trouve, ses comparses mon aussi remarqués ; ils doivent se dire ; tiens donc ; la belle, avec dix millions de pèlerins ici, elle doit s' en joindre la pauvre ; retrouver son demeuré en pleine existence, sa doit plutôt être dur . Le mal de l' être quoi : alors qu' on aimerait bien vivre sa vie tranquille, on retombe à nouveau sur le dernier homme qu' on aimerait revoir . Le comble ! La perspective qui empêche . Qui empêche tout le reste d' exister ; de proliférer à notre goût ; notre bon goût qui justifie notre envie de vouloir à tout prix garder les pieds sur terre .
Le serveur s' approche d' eux, il prend la commande et repart . De dos, un blond en costard gris - mauve semble animer la discussion . Il parle calmement et s' active à une explication qui semble toucher le fond des pensées . Le genre de prononciation qui s' accentue au niveau du corpuscule législatif de l' entreprise : les pensées du patron en quelque sorte .
Sur son côté gauche, la brune s' intimide à un regard qui fragilise la piété de ma petite blonde . Une touche d' opiniâtreté ; l 'accent basé sur d' autres fondements ; je la sens lui vouloir annoncer quelque chose . Et si je m' emploie, je parierais encore que c' est ma tronche qui miroite son esprit .
Quelques minutes passent sans que le blond se fasse interrompre . Le serveur revient, dépose les cinq cafés sur la table, le même le paie, et il repart . Les autres le remercient ensuite ; le regard tendancieux sur la
gibecière . La raison qui s' impose, la brune en profite aussi pour intervenir . Je la voie approcher son front contre ma garce pendant que le reste s' acharne sur la crème et le sucre . Elles discutent quelques dizaines de secondes, et ; le visage paillard ; dénué par l' annonce ; le blond se retourne légèrement sur moi, me regarde maladroitement et se retourne à nouveau .
Là ; je comprends vite fait que le coupé court m' appartient . Maintenant, l' interrogation se lit presque sur tous les visages . A chaque questions, je la voie faire des signes de la tête . Dépourvue ; elle répond, mais ne semble s' admettre à une aucune raison qui ne serait pas de droit . Comme d' un instinct, je regarde aussi les autres ; ils ne rigolent pas mais ne semblent pas moins émus . L' appréhension ; la concordance ; que je peux lire sur leurs visages . Ce petit conte les attire ; c' est visible ; les aventures romanesques d' une belle fille aspire à la quintessence .

Quelques minutes passent . Je renvois mon nez dans ma tasse, avale le fond et me relève . Il est d' évidence que les cinq m' ont piétiné ; car je n' ose plus trop ramener ma fraise sur eux . Je regarde encore du côté de l' hôtel de police ; là rien ne bouge . Je me retourne ensuite du côté de l' île Saint - Louis ; à ce niveau là, rien ne s' affirme non plus . Puis, vu que rien ; vraiment rien ne m' assigne, je me lève gentiment de mon siège, et repars .
En replaçant ma chaise, je jette tout de même un petit coup d' oeil sur elle . Ses yeux, tirés, miroitent le regard caché d' une intelligence fugace . Elle doit se demander qu' est ce que je fabrique dans ce lieu ; ce cortex ; qui ne devrait, en principe, pas m' appartenir . Le point qui manque, de sûr ; mais en tout cas pas celui de l' envie de vouloir m' aborder . Je la voie même trahie ; dans ses pensées ; dans son esprit ; par la farce d' une rencontre qui n' aura jamais lieu .
Je me retourne ensuite, et pour ne pas devoir me défoncer face à leurs tronches, je repars contre la rue . Dans l' impétrante ratée de ma confiture, je me ressaisi aussi . Les jambes un peu en trompe l' oeil, je me réactive à l' estime et essaie de revenir à mon sortilège .

***

Sans trop quoi penser, je me longe . Après quelques pas bien mal lancés, j' arrive sur la rue de Rivoli . Elle se présente : bruyante . Beaucoup de voitures la traversent . Des cars ; des arrêts ; un train-train ; c' est l' écume des jours . Et pour le monde ; ça circule bien aussi ; beaucoup s' affirment à aller au boulot . Ils ont presque la gueule dans le cul . Pas mal de costards inondent l' espace . Des valises en cuir mou ; de la gomina et un parfum filé sur les paumes parsème la place . Ça parait lourd ; mais c' est ce qui se conduit . Heureusement que de l' autre côté de la rue, je peux apercevoir une dizaine d' enfants s' en aller à l' école . Ils me ravivent eux ; de les voir ; à un autre goût, d' un autre genre, d' une vie qui diffère de tous préjugés .
Je prends ensuite du côté ouest . Le centre, pense - je ! Je n' y vois rien ; n' y comprend même rien ; je m' enlace et je le ressens . La perspicacité voyons ! ... Elle me vient, repart, et me fait attendre . Cette vision me laisse, et si bien qu' est, j' ai l' impression d' en souffrir ; d' en ressentir la fiction ; d' en apercevoir le mal dans mon épistémologie personnel, qui elle est gérée par ma science propre .
Mais malgré tout, je m' affirme, et dubitativement, je continue ... Le prochain croisement donne sur l' hôtel de ville . Celui - ci est complètement entouré de barrières . Disposées par paliers ; elles quadrillent une surface allant du mur jusqu' à moins d' un mètre de la route . Derrière ; profitant de cette place comble ; trois policiers en uniforme créent un semblant de surveillance . Deux d' entre eux portent un gilet pare - balles et une mitraillette légère . Ils discutent les trois sans répondre ; regroupés au premier angle . Un calme précis qui les prédomine dans un savoir faire allant de la pluralité de leurs actes aux sarcasmes de leurs ambitions .
Je passe devant eux comme si de rien n' était et continue . Après : la place de l' hôtel de ville . Elle aussi ; est toujours autant surveillée . Les barrières s' étalent presque jusqu' à l' autre rue ; ce qui fait qu' elle emmagasine un lobe de cinquante mètres sur cent ... Au centre, trois voitures de flics s' affligent . Des françaises ; peintes en bleu - blanc - rouge . Et dedans, à y voir, plusieurs flics patientent . Ils attendent l' heure : la pause peut - être .
Je les mate quelques briques de secondes puis passe mon chemin . Je travers ensuite la rue et continue sur la même transversale . Là, en apercevant l' obtention, un petit espoir m' active ; et je dirais, bien vague ... En fait, la route donne sur le centre de Paris ; Paris central ; ou Paris la nuit . Tout près ; la tour Saint - Jacques s' atténue ; derrière, le boulevard s' octroie à laisser traverser un grosse glane de populace sur les passages cloutés ; et plus loin derrière, la brume matinale ouvre doucement le regard sur une plume d' amidon ; sur les paillasses frontales que sont les Tuileries, avec son jardin et ses magasins .
Tout bizarrement, face à ce décor fécond de cohue et d' espaces libérés, je m' arrête quelques secondes ; le temps de ne rien faire du tout . Comme dissipé ; risible ; je regarde toujours ; l' état d' âme presque en effervescence de voir qu' une misérable puisse exister . La pertinence même ; je m' oublie aussi un peu, et avant de repartir, je me renfonce l' idée de Forrest Gump ; l' histoire d' un idiot qui s' est fait aimer par quelque chose de similaire à ma future garce .
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# Posté le vendredi 16 décembre 2005 11:19

Columbarium (chapître 7) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 7

Le ciel s' est nettement assombri . J' ai un peu froid mais j'
avance toujours . Comme ma velléité n' était d' aller nul part, j' ai
longé la Seine pour me retrouver en ce moment ; sur le quai qui donne
face à l' Université de Paris .
Quant à penser à mon sort ; à ce niveau là, rien de bien précis .
J' ai pensé, au départ, à m' enfuir, mais maintenant que je sais que
la capitale a été bloquée, je ne vois rien d' autre que de rester
tranquille . De rester peinard ; accroché à une rue qui ne pourra au
moins pas me surprendre .
Et le sol - bloque que je suis ; ma seule idée est de revoir celle
que j' aimais . Son teint, sa forme et sa sympathie : le génie en
toute autre mesure ! ... Car la première fois qu' elle m' a frôlé, j'
ai espéré que ça allait être la dernière . Mais elle est revenue ; le
bide à l' air, les jambes coupées par des mini - jupes, les seins
rafignolés par des soustingues, et encore ... Et dans sa jubilation,
elle le savait ; et ça se voyait ... Son premier type à treize ans
dans les chiottes du collège . Les autres qui ont suivis ensuite :
chez eux, chez elle, dans leurs bagnoles, en discothèque, en forêt,
ext ... Pendant que moi, l' ignorant, presque partout aussi ; et avec
tout ça, le playboys en poche .
Enfin ; malgré que j' y crois encore, j' imagine très bien que c'
est du passé tout ça . Ça sort même du contexte ! De mon
ordinaire ! ... La belle, à l' heure qu' il est, doit être en train
de coucher ses deux gosses afin d' affûter une petite partie de
jambes en l' air avec son mari avocat ... Le business quoi : vous
voyez le genre . Le chalet à Montana, une manucure toutes les
semaines, des vacances à Saint - Trop et un portefeuille rempli tous
les
mois .

L' ostentation est cocasse . Les quais sont remplis mais la
distance entre les sujets diffère . Plus d' un couple baisent au bord
du fleuve . La brume . Le bruissement des vagues . Tout pourrait être
vrai . Contre les murs, quelques petits groupes discutent pendant qu'
au-dessus, les voitures passent sans discontinuité .
Je marche et passe un pont . Maintenant, je peux nettement mieux
apercevoir l' Uni . Elle fringale la lurette : de ne pas me voir
dedans la fait jouir . Sa couleur grise fait penser à un
dispensaire . La charogne ! Sur son toit, plusieurs cheminées s'
étalent à ne servir à rien . Ses fenêtres, salies par la pollution,
ne laissent rien percevoir . Aucune vie . Aucune intensité . Qu' une
effroyable figure de silence règne sous l' apologie de cette office .
Et c' est même grisant ; parce que si vraiment, il m' aurait accepté
deux ans en arrière, garce que j' aurais amené de l' animation dans
cet empty - poor, comme disent les ricains .
Mais bref, en quinconce ; je blafarde . Mais de sûr que je dédale .
J' ai même la déprime . Dieu le pauvre type ! Ma prédestination m'
avance de deux cents pas, et je repasse un pont . Là ; l' exit ! Le
petit espoir de l' homme sans nom . Au fond, j' aperçois la
cathédrale Nôtre Dame . Ah ; enfin l' église ! Qu' elle me vienne en
aide par donc . Elle le pourrait tout de même, grand dieu . Car si
pour elle, c' est absolument impossible, alors qui ? Greenpeace .
Amnistie . Ou dieu lui même ...
L' environnement s' est un peu radouci . Je caille un peu . Le
froid ! Et si lui venait à venir, je mettrais quoi, moi, sur ma
peau ? ... Un petit gilet ! Une couverture ! Un lit bien chaud ! ...
Et si elle me voyait ; ma grognasse . Avec ses deux mômes et ses
longues jambes à en plus finir . J' imagine l' idée : mon gros nez
rouge face à ses talons à aiguilles et ses épaules lissent et
raffinées . On interpréterait cela de la tambouille . Rien que pour
vous yeux, dit donc .
Tout en restant prostré par ma fiction, je marche encore cinq -
cent mètres . Le mal . L' incertitude . Tout ; le ventre, la tête,
les pieds, les jambes, le foie, et même le coeur me font mal . Je
grise ... Et si bien qu' est ; je m' arrête et me fige . Comme je ne
sais toujours pas quoi faire et que la nuit vient de tomber, je m'
assigne . Je reste ensuite quelques secondes dans un semi - coma ;
dans ma raison propre . Le temps d' une idée ! D' un secour ! ... Et,
vue que rien ne vient, je vais me poser contre la partie du mur se
situant sous le prochain pont .

# Posté le samedi 10 décembre 2005 20:47

Columbarium (chapître 6) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 6

Trois bières dans le cigare, la mémoire bien au sec, je ressors du
bar .
Maintenant, plus de trois - quart d' heure ont passés . Les gens, à
la longue, se sont lassés de toute cette cohue et se sont gentiment
laissé bercés par d' autres accords . La place s' est reprise, mais
les agents sont toujours là . La terrasse n' a pas bougée, mais la
température a diminuée .
En me sirosant, j' ai réfléchi, et j' ai pensé qu' il était, de
toute évidence, préférable de prendre toutes mes précautions . Et
quand je dis précautions, je veux dire par là que retourner d' où je
suis venu ne serait pas trop la meilleur des solutions pour le
moment . Du monde pourrait m' attendre, je n' en sais rien . La
vieille m' a peut - être dénoncé . Leur scénario n' a pas marché,
mais ils ont peut - être prévu une solution de rattrapage . Tout
reste dans le domaine du possible en définitive . Tout : même le pire
et même ce qu' il y a après . Rien ne me dit et rien ne peut me le
prouver . Mon aventure, ma destinée ; elles se jouent peut - être en
ce moment même ; et seul mon émoi pourrait me le dire . Seul lui et
rien d' autre finalement .
Et tonnerre que c' est vrai ce que je dis ! Je m' affirme, bref,
mais tant pis ...

Afin de me parer, je m' avance sur la rue . Je marche une centaine
de mètres et tourne sur une avenue . Elle ; semble bien plus agitée,
mais rien ne parait au désordre . Mis à part un groupe de flics qui
s' apitoient assez loin, au fond, les voitures roulent normalement,
les gens marchent, les magasins s' activent , la vie quoi ...
Je mate l' ambiance quelque instant, puis m' avance contre la
bouche de métro qui porte l' angle . Aux pieds de celle - ci, je
continue et descends .
Sans prendre garde, je remarque malgré moi, que quelque chose d'
incertain m' a empoigné . Une chose qui m' oblige . Une panique
sûrement . La paranoïa de l' homme se prétendant être traqué . L'
innocence ! La bagatelle ; ce genre de situation qui m' envenime à
chaque fois que ça m' arrive, de prendre tout en compte, avant de m'
avancer sur quoi que ce soit .
Je sais que ça me travaille, mais malgré tout, j' arrive en bas .
Là, bien sûr, tout en essayant de faire le vide dans ma tête, je m'
approche du guichet . Par chance, peu de monde fait la file . Je les
joins etattends ... Quelques minutes passent et mon tour arrive . Je
paie mon ticket et repars ...
La station n' est pas très grande . Un couloir long d' une
vingtaine de mètre m' affronte . Tout en matant les affiches
publicitaires qui la prolongent, je m' avance sur elle . Je la longe
ensuite et arrive au fond . Là, dès que ma personne commence à
disparaître contre l' angle droit qui s' oppose aux rails, je me
retourne un petit coup afin de vérifier que vraiment rien ne me
suit . Vers le guichet, je n' aperçois personne qui me semble
suspecte . Juste deux personnes anodines se servent d' opulence à
ramifier le décor . Je préfère ça ; me dis - je !
Je continue alors et arrive au quai . Sur la place ; pas grand
monde . Une dizaine de personnes seulement . Je me dirige sur une
chaise en plastique posée à bien vingt mètres du couloir d' entrée et
de sortie, et m' assois .
A nouveau fixé ; je remarque, sacristie, que je suis plutôt
stressé . Tout semble me travailler ; la terre entière . Cela débute
par mon flingue et ça se termine par ma girl qui doit sûrement m'
attendre au coin du feu . La frime ; comme je m' emploie ! J' attends
quelques minutes, et le train arrive . Je me lève alors et entre à l'
intérieur .
Dedans, une odeur de cramoisie s' y promène . Le genre jus de
chaussettes . Vu qu' il reste encore pas mal de places assises de
libre je vais m' installer sur l' une d' entre elle . Posé ; je tire
ensuite mon calepin de ma poche et note sur la première page :
" A ne pas faire tant que rien ne m' y persuade : me rendre chez moi,
me rendre chez le détective, donner mon identité, montrer mon
passeport et rester plus d' une demi - heure au même endroit . Et
aussi ; éviter tous contacts avec les gens, ne pas me faire trop
remarquer et m' éloigner au plus loin de l' attentat, voire même de
la ville . "

Pendant que mon écriture s' éblouie, le train passe trois
stations . Je n' y fais même pas attention . Ma démangeaison
surpasse . Je reste . Je me regarde . Une bonne dose de rétention s'
irradie . La perspicacité voyons donc !
Le prochain arrêt s' approche et là je lève ma tête . Trois
paragraphes de mon roman ont été écrits entre temps et j' en suis
même plutot fier . Plaidable ; alors que mon héroïne déambulait dans
une baraque, mes phrases ont été concentrées sur le décor . La nappe
de safran émergeait sur la palissade en bois de lisse ; que j' ai
écrit . Mon comble ; si un jour on me publie, j' espère au moins qu'
on mettra ma photo à la dernière page .
Le train s' arrête ensuite et j' en profite pour sortir de là . Mon
arrêt se situe au niveau de la gare de Lyon . Plutôt terne . J' ai
bien choisi ! Car si vraiment ils me cherchent, ils le pourront
toujours ; en plein milieu d' une foule de voyageur .
Sur le quai, peut - être cent, voir deux cents personnes y
descendent aussi . La nuée . Un nuage gras de brouillard . Je n'
attends pas . Mon flegme m' a dit de venir ici alors il faut que je
le suive . C' est sans prescription, on dirait ! Dieu m' a envoyé sur
terre avec une gueule d' enflure, alors assumons .
Je m' active jusqu' aux escaliers roulants et les emprunte .
Presque écrasés les uns contre les autres, la roulette s' accélère .
Vivons ; qu' ils me disent ! La racaille . Les moutons . Je vais
encore y rester, que je me dis ! Autant cons que nous sommes ; on a
tous réussi à inventer la même chose . La piaillerie ! Tu vas à
Tokyo, à Londres, à Los Angeles ou à Bogota, tu trouveras les mêmes
chiottes, les mêmes hamburgers, les mêmes ascenseurs et les mêmes
bagnoles . Pas de quoi frémir ! Pas de quoi se vendre ! Pour sûr ; le
jour où les extras - terrestres débarqueront, ils auront vite fait le
tour et sauront au moins quoi bouffer !
La montée dure une vingtaine de secondes . Une voûte en oblongue
entoure l' ensemble . C' est comme un tube qui s' avance sur moi .
2001 ; l' odyssée du pauvre type dans la ville . Ça me rappelle
pleins de choses tous ça . Si je lui dis, elle va penser quoi . Que
d' attaque ; je me vois très bien me planter . La honte du branleur !

J' arrive ensuite en haut . Cette sortie donne droit sur le hall de
la gare . Ça tombe bien ! ... En face de mes jambes, les quais s'
alignent comme des baguettes de pain . Quelques T.G.V. ; quelques
trains de banlieues . Sur ma gauche, un bar plutôt normal et bon
enfant se dédergonde . Il n' est encore pas trop rempli . Un bon
nombre de cafés ont été servis . Je m' en approche .
Quand je traverse l' espace transversal qui me mène au bal, je ne
dédaigne pas de voir que je passe juste au - dessous du panneau d'
affichage . Elle se ramène ; on dirait que toutes les têtes me
regardent ! Sur mes côtés, une grande véranda se remarque . Les
portes d' entrées se situent juste au - dessous . Pas mal de monde
entre et sort . Un flux continuel . Dans le jambage, je ne pourrais
pas dire s' ils reviennent tous du cortège . Cette perspective me
parait bien trop indocile .
Dans ma fougue, je me piétine, je me fais falot et je pénètre au
parquet du bar . Là, à nouveau, le barman m' attend . Je m' installe
et lui commande une quatrième bière . Sur sa terrasse, j' aperçois
que le marbre se fait très seyant . Les meubles sont en bois de
chêne, les verres bien rangés et le parquet titille entre un noir
pourpre et un blanc âcre .
Il me la tire et me l' amène ...
Quand celle -ci est posée et qu' il se retourne à d' autres
activités, je la soulève et bois une goutte . Dieu que ça me
rafraîchit ! Je tire aussi une clop et me l' allume . Mon exploit à
nouveau ! Une petite galope de Gainsbourg adoucit l' atmosphère . Mon
épigramme revient . L' ambiance de ma vie, par donc ! Une descente ;
une bassesse ; le coeur dans les bras d' une pute ; une drogue : mon
allé - simple !
Afin de me parer et aussi pour mieux régner, je me retourne sur la
foule . De l' autre côté de la porte, j' aperçois le premier quai .
Un T.G.V. s' y est accroupi . Il semble vouloir bientôt partir . Un
long cheminement de personnes se profile devant . Ce globe doit bien
se situer à une cinquantaine de mètres de mes pommes . Le long
fleuve . Je regarde toujours . Les gens me paraissent petits, mais j'
aperçois néanmoins qu' un problème s' apitoie sur les fagots de cette
société . Le bizarre semble tourner . Mes yeux n' ont pas encore
tourné, dieu que non ! Et cet empressement ne me semble pas être en
pleine configuration avec ma logique . Parce que ; je m' explique : à
voir, ils ont tous l' air d' attendre derrière quelque chose . Des
hommes en costard que je peux apercevoir derrière . Et c' est l'
offense ! Ils sont peut - être une dizaine et ont bloqué l' espace
qui accède au train . Et chaque personne voulant passer, doit, à voir
leurs dégaines, montrer pattes blanches .
Regorgé ; je ravale ma salive . J' ai soudainement le mauvais goût
dans ma bouche . La rétention . Faut dire que si ces cons ont décidé
de demander les identités à tout le monde, j' ai de quoi avoir peur ;
parce que, si vraiment est ; cela veut dire qu' ils connaissent
sûrement mon nom . Et s' ils le connaissent, c' est que je suis dans
la merde jusqu' à la gorge . Pour sûr !
Afin de m' en remettre, je me retourne à nouveau et rebois une
gorgée . Le verre se vide à moitié . Que j' ai soif de honte !
Maintenant ; j' en suis presque sûr qu' on est entrain de me
chercher . A ce niveau là de l' affaire ; aucun doute ! Ma cigarette
arrive au bout, je l' écrase . Je m' amollis . Que dois - je faire ?
La question reste toujours sans réponse .
Le long du bar, une vingtaine de personnes y sont accroupies . La
plupart comptent partir . Mais d' autres n' ont foncièrement rien à
faire ici . Certains boivent des canons à toute bombe ; d' accord,
mais d' autres en boivent tranquillement . Et c' est eux qui me font
le plus peur ! Ils doivent sûrement travailler pour le gouvernement
et doivent sûrement m' observer . Là pas de confusions ! Il y en a
même un qui me regarde à pleines enjambés . La C.I.A. de sûr ! Son
costard se remarque . Pas très rebiffé ; ses lunettes, son gabarit de
gorille et son petit café en pogne, il doit attendre le moment
propice pour me faire le coup du parapluie bulgare . Et sacristie que
j' ai raison : sous ses ailettes, un flingue plus gros que le mien
doit l' apparenté . Son regard viscéral n' attend que ça . Le doigt
mal campé du pauvre type, et hop : plus d' existence . Que ça me fais
peur !
Je finis ma bière et me retourne . Il faut que j' y aille !
Je sors ensuite du bastringue et m' avance contre le hall . La
milice est toujours là . Taciturne ; je joue l' innocent qui va
prendre son train .
Quand j' arrive à proximité de la première voie, ma vision me
permet de voir les autres . Et là ; aussi, du kif ; d' autres agents
ont bloqué les autres quais . En tout, une centaine, voire plus .
Cette situation provoque un remue-ménage assez distrayant pour les
voyageurs, qui doivent tous patienter . C' est même la cohue . Du
jamais vu !
Je continue, et comme si quelque chose me disait, je ne piétine pas
et m' avance contre l' une des sorties . Le fléau quoi ! L' amené .
La flexibilité du temps . La crainte de rester bloqué ... Derrière le
vitrail, j' aperçois la lumière du jour . Elle scintille de rouge .
Le coucher du soleil !
Quelques pas me fécondent, un accrochage par - ci par - là, puis j'
arrive à l' une des portes . Comme un homme vient de l' ouvrir pour
en sortir lui aussi, j' en profite, je le suis et quelques secondes
après, je me retrouve dehors .
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# Posté le vendredi 09 décembre 2005 18:36

Columbarium (chapître 5) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 5

Finalement, je crois que j' ai bien fait de me casser de ce
cinoche . Aussi puéril que je suis, mes présomptions n' ont peut -
être pas été si vaines que ça . Car, voyons ; bon, il est vrai que je
peux très bien halluciner, mais si vraiment il se serait passé
quelque chose en ma défaveur, j' aurais fait quoi, moi ? Beau con, on
m' aurait pendu, liquidé comme une pauvre vache, et personne n'
aurait encore trouvé quelque chose à redire .
Et voici pour ma discorde ...
Mais maintenant que je suis dehors, vu mes circonstances, je
préfère tout de même assurer et aller voir si mes propos sont
exacts . Mieux vaut même, car si vraiment, mes sous - entendus ne
sont pas fondés, il faudra tout de même que je retourne chez mon
détective pour lui rendre quelques petits comptes qui iront sans
faille, l' optimiser à des idéaux qui n' iront en tout cas pas en ma
propre faveur .

En fait, cette petite rue est plus une cour intérieure qu' autre
chose . Un paquet énorme de déchets la jonche ; ça passe des
poubelles ouvertes, des containers et des sacs en plastique déchirés,
induits de sue, dont les odeurs de champignons paraissent ronger même
l' atmosphère . Contre les murs, plusieurs graffitis dépeignent l'
allure de cette jonque, qui, dans sont noir éternel, ne demande pas
mieux que d' avoir quelques escaliers de secours afin de ressembler
encore plus à un décor de Starky et Hutch .
Refermée, ma porte, je m' avance maintenant contre la rue que j' ai
aperçue tout à l' heure . Je pris cette direction rien qu' au fait
qu' elle s' éloigne du soit disant point de rencontre entre la balle
et le président des States . Je m' enroue même . Une broutart assez
intense m' oblige même à faire gaffe ou je pose mes pattes . Sa
piétine de partout ; des clous, des vis, de la peinture desséchée,
des ressorts rouillés et même une oeuvre d' art, jonchent le sol . C'
est même raffermissant de voir l' oeuvre ; une couche métallique
colorée de bleu entoure un cadre en nylon chromé et tenu par des
joints en inox . Elle a été écrasée là, contre le sol, à quelques pas
de la sortie de secours du cinoche, et sans nul décevoir, je pense
que ses belligérants ne se sont pas décantés de la balancer de ce
côté - ci de la rue, sans avoir le béguin de ne pas pouvoir en
toucher une péquolle .
Je la passe et passe aussi l' entrée arrière du magasin d' art qui
se situe à une dizaine de mètres . Elle est aussi enveloppée ; une
porte en fer à deux cadrants la protège . Je m' immunise devant sans
m' arrêter . C' est dégageant, l' odeur âcre qui m' abasourdit me
fait vraiment comprendre que l' envers des choses n' est pas très
beau à voir . La pullulation au final en fait ; les rats dégoûts qui
remontent et qui se mettent à envahir le
monde .
Je continue ; je marche encore dix mètres et passe ensuite devant
une porte de restaurant . Là, un chat tente de rapier quelques restes
sur des poubelles bondées de légumes éparses . Sur ses côtés, les
murs rétrécissent nettement ; le coin de la prochaine maison se
courbe à même pas deux mètres de sa voisine . Son rebord qui m'
oppose est peint en gris clair et me fait comprendre qu' auparavant,
je m' étais peut - être dénaturé en pensant que cette partie claire
pouvait très bien être du vide .
Mais j' oublie et avance . Je marche encore dix mètres et rentre à
l' intérieur de cette cavité . Elle parait sombre, mais elle est
nettement plus claire que l' autre partie . Ses murs sont un peu
gras, crépis . Je piétine encore quinze mètres, longe pour cela la
baraque, et arrive sur un petit grillage que la clarté du soleil
cachait auparavant . Derrière, la rue s' agite normalement ; des
passants la longent sans contrainte et des voitures circulent
normalement . Elle se prétend à deux voies ; normal ! En face, décalé
de quinze mètres environ, une vingtaine de personnes sont pour la
plupart, debout devant leurs chaises de bistrots, à regarder le
dénouement qui les oppose sur la rue parallèle à ma providence . Les
regards curieux, je ne m' avance pas sans dire qu' en les voyant
ainsi, mon coeur se remet à chauffer . Le strange quoi ! Du coup, j'
ai à nouveau les boules . Ma rétention en définitive ; alors que
pourtant, rien n' est dit que quelqu' un ou quelque chose me colle au
tacket et tente à tout prit de me nettoyer .

Pour palier, et aussi pour m' optimiser sur le fait que personne n'
est sensé me suivre dans ma fiction la plus proscrite, je porte ma
main sur la serrure . Quelques éclaboussures la tiraillent et une
bonne couche de rouille la témoigne . Ça sent la coince ; l'
oblongue ; le genre de calandre qui ne peut absolument pas bouger !
Mais je m' efforce ; je pousse, un roulement presque de tambour
retentit ; un bruit craquant, comme une cervelle qui réfléchit, se
fait entendre . La serrure, pas fermée à clef, se débloque gentiment,
s' écarte, ce qui engendre l' ouverture du grillage .
A son encontre, les gens qui pavoisent ne tournent même pas l'
oeil . Ce n' est qu' une barrière ; ils ne vont pas en chier une !
Même ma personne ne leur dit rien . Et cette perspective m' active
même . Me donne un autre goût, d' autre chose ... Le grillage, que j'
ai ouvert sur trente centimètres même pas, sans plus attendre, je le
passe, et, direct, le referme . Un grippement tel que tout à l' heure
retentit . Je laisse aller . Sur ma gauche, une petite dame s' est
néanmoins retournée . La tronche en frénésie ; elle me jette un
regard tranquille, comme si je faisais partie du club des loubards de
Paris . Mon amitié la jette aussi . Elle port un sac à commission et
un paletot pour femme l' enveloppe de partout . Nos regards durent
que quelques secondes ; le temps d' en faire une . Le baise broute .
Si vraiment est ; que dois - je faire ? Ça m' amenuise, mais je
laisse faire ; je la regarde se retourner et reprends ensuite chemin
contre le bistrot .
A l' angle des deux rues, une bonne dizaine de personnes regardent
tous du côté du boulevard . Ils tirent tous une mine qui semble au
désaroi ; à l' incompréhension . Je m' en approche et bien vite, je
remarque que cette rue a été fermée . Au coin d' en face, devant une
boutique qui prend l' angle, deux policiers sont positionnés de façon
à ne laisser personne passer . Devant eux, deux ou trois curieux
tentent de discuter avec eux . Ils doivent s' en prendre à l'
évenement ; pas de doute, leur engouement se ressent à cent pas .
Tout en les regardant, je contourne une bagnole parquée
latérallement et m' avance contre la route . Comme rien ne me
suspecte, je laisse passer deux voitures qui se prétendent être
prioritaires, puis traverse .
En fait, j' ai de la chance, un flic vient juste de bloquer la
route au croisement . A le voir, il n' a pas l' air d' être très
agité . Il fait son travail, c' est tout ! J' arrive de l' autre côté
et je repense : ça fait trois ! Trois gardiens de la paix pour un
croisement, cela me parait beaucoup ; et surtout à un endroit qui
semble bien calme . Mais j' oublie ; car, à prendre tout en compte,
je n' ai absolument rien à me reprocher . Et quand je dis rien c' est
rien ; et même au niveau de mon flingue . Je l' ai certes, mais je
sais pertinemment qu' il ne sent pas ; ce qui veut dire, à tout
savoir, qu' il n'a donc pas servi . Il est même blanc comme neige ;
blanc comme oeuf ; comme moi ; l' homme tombant !
De retour sur le tarmaque, je continue ma marche et arrive au
niveau du bistrot . Depuis là, j' aperçois enfin ce qui se trame au
niveau de la rue adjacente . A voir, ça blâme un peu de partout ; au
bord du boulevard, la foule s' est regroupée sur le trottoir pour
laisser place à un attroupement de policiers et d' hommes en civil .
L' agitation n' est pas à son comble, mais le stress se lit sur tous
les visages . Derrière eux, plusieurs voitures de police laissent
apparaître leurs feux . Les sirènes ne fonctionnent pas, mais le
remue-ménage des alentours s' atténue à un firmament prouvant que
quelque chose de grave vient de s' élaborer . Plusieurs autres
bagnoles se profilent tout autours d' elles, mais visiblement, aucune
camionnette du SAMU n' a joint le clan ; ce qui veut dire que l'
événement vient de se produire . Qu' il est encore tout frais ; tout
cuit ! Le court-circuit vient de se produire, les éléments viennent
juste de s' animer, et avec mon bol et ma présence ici, le fusible de
la nation n' a pas encore été trouvé !
Je m' approuve dans mes fonctions encore quelques instants, et me
retourne sur le bistrot . Sur la terrasse, une bonne partie des gens
se sont rassis . Sa grandeur ne dépasse pas la trentaine de tables .
Elles sont toutes pleines . Je m' immunise ; rien que ça ! Ça me
prend souvent ! A l' intérieur ; le bar oppose la terrasse . Il est à
moitié rempli de badauds ne voulant pas payer le même prix que la
consommation en terrasse . En les voyant tous ; l' odeur, le goût de
la cigarette, les verres remplis ; quelque chose me vient qu' il faut
j' y aille . Je ne sais pas, ma fonction peut - être ! L' existence !
Mes principes ! Alors je m' y fais, et repars ...
Je traverse la terrasse, entre à l' intérieur, et joins le bar .
Dès que je pose mes pattes sur le comptoir, je remarque qu' à côté de
moi et même tout autour, que les discutions s' apitoient sur l'
événement . Sa raconte, sa parle et sa bredouille ; une ambiance bon
enfant au final . Sur ma gauche, deux hommes dans la quarantaine s'
étalent à tout va . Leurs paradoxes se précisent sur les faits ; sur
la résultante de la brève de comptoir de la journée . Du fond du bar,
le serveur, qui m' a plus ou moins vu arriver, s' approche . Le temps
qu' il arrive, je tire mon paquet de clop de ma poche et le dépose
sur le comptoir . Insoluble ; je me précise ensuite ; installant mon
coude face au cendrier .
- Vous prenez quoi !
Je le regarde avec mon air indissoluble . Le genre de regard que la
moitié de la planète déteste . Et, bravement, je lui réponds .
- Une pression .
L' homme me contemple encore un instant, et se retourne sur sa
besogne . Moi, j' en profite pour me détourner sur ce que j' appelle
de la culture générale . Une dite, primante ; narrée par l' homme qui
porte son dos face à ma vision :
- A cette heure - ci, il doit être raide le mec . Avec ce qu' il a
reçu dans les dents, je le vois mal s' en sortir .
Par prose, l' autre lui répond .
- C' est clair ; t' as entendu le nombre de coups feux qu' ils ont
tiré . Dans son cabriolet ; ils lui ont facilement refait ses
plombages .
Je n' ai pas le temps de continuer à suivre leurs discours que le
serveur est déjà devant moi . La bière en face ; ses yeux me font
comprendre qu' on paie direct ici . Alors je m' active ; sors ma
monnaie et le paie . En ramassant son dût, il me somnole le murmure
du type qui connaît tout et qui a déjà tout vu, puis retourne à sa
place . Je le regarde s' en aller en amenant mon verre contre ma
bouche, et tranquille, sachant que maintenant, il y a eu attentat sur
la place, j' en profite pour prendre mon temps en buvant une gorgée
et m' optimisant à écouter ce qu' il se dit .
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# Posté le vendredi 09 décembre 2005 18:33