Il est vrai que j' aurais pu m' amuser à suivre ma belle . Mais que de temps et d' espoir pour une nostalgie qui me rongerait, de toute façon, plus le coeur qu' autre chose . Le caprice ; même à Capri ; ne se satisferait plus . Et le clair de lune ; même pas . Le temps d' une époque s' apprivoise à être définitivement terminé, et nul ne peut entrevoir la chose autrement . Les deux parties ; distinctes ; se reconnaissent, mais le savent très bien ; ils en sont conscients, le silence doit prendre maintenant place à l' amour d' une jeunesse éprie d' une volonté qui n' a pas pu voir le jour au confluent de deux esprits bien trop lointains et bien trop incrédules .
Ma position se précise maintenant . Je suis arrivé tout à l' heure au square de la tour St - Jacques, je me suis activé jusqu' à l' angle de la rue St - Denis . Je l' ai prise ensuite et me voilà en ce moment au square des Innocents .
Et là, le silence ne règne pas ; une marée folle s' avance et recule ; comme une goulache ; comme une tambouille . L' épicentre se situe presque partout . Tous vont bosser et les autres les regardent . Les genres sont tribaux ; il y a de tout ; de l' extravagance aux dogmes très stricts . Des filigranes, des noctambules et des soucieux plaident la rencontre ; qu' une philanthrope règne par - dessus les têtes les plus alourdies . Sur la rue Berger, au coin des deux lotissements qui se croisent avec la rue Saint - Denis, deux cafés ont ouvert leurs terrasses ; le plein, presque ; ça se résulte à des cafés servis illico, à un empressement tardif qui fait oublier le stress d' une caféine matinale absorbée presque par obligations .
Afin de ne pas rester là pour rester là, je continue ma suite . Et dans mon épopée illusoire, je passe les deux terrasses et m' enfonce ensuite dans l' entremise de la rue St. - Denis ... Je me pratique sur cent mètres et arrive au premier sex shop . Je le franchis sans y prendre trop garde et me précise sur le second . Devant celui - ci, une charmante jeune fille s' accole . Elle est blonde, sanifiée d' une couche de poudre qui lui monte jusqu' aux oreilles, et ses jambes sont filées par des bas noir tissés comme de la dentelle ... Son visage me voyant m' approcher, s' éclaircie gentiment . L' on pourrait croire qu' elle vient de dénicher sa proie ; du style ; le blaire qu' à pas baisé depuis des lunes et qui a envie de se rafraîchir la mémoire pendant dix minutes . L' opiné ; le genre qui a envie de se remémorer les gestes de bon sens que le tout à chacun doit pratiquer face à une femelle dans un pieux .
Vu que mon chemin la croise, dès que mes nerfs frôlent les siens à moins de deux mètres, elle s' ose de sa plus belle voix .
- Tu montes !
Son accent doit se situer au environ des ex - pays communistes . Ses yeux scintillent d' une blancheur provenant d' un pays très froid . Ses sourcils sont noircis ; tirés par des mains presque maladroites . Une levée matinale presque autant difficile qu' un coucher sans homme ... Vu son regard, j' ai presque envie de lui demander la ristourne du jeune BCBG qui pourrait encore la plaire dans une discothèque normale, et avec des gens du même rang qu' elle . Mais étant donné que ma belle pourrait très bien être dans les parages, je ne préfère pas prendre ce risque et passe mon chemin en lui répondant tout de même .
- Non merci !
Je la passe donc . Elle ne me répond pas et me laisse m' en aller ...
Pour ne pas tout citer sur le mouvement de foule qui environne, je dirais juste que le monde presse, grouille, et que tous les partis du grand Paris doivent être représentés à l' intérieur de ce square . Dans ma force et ma vigueur, je croise encore quelques unes de ces demoiselles, mais elles, ne m' abordent pas . Je passe aussi plusieurs autres sex shop et arrive au bout de la zone piétonne .
Arrivé là, je m' arrête et afin de ne pas me retrouver sur le même genre d' axe que tout à l' heure, je tourne sur ma gauche et me mets à longer la rue adjacente . Elle ; est une rue plutôt typique ; avec des baraques qui s' allongent jusqu' à l' horizon . Bien - sûr, un brouillard de voitures s' implose aussi . Elles suivent ce contre - courant qui suit une courbe un tant soit peu ovalisé . Une petite courbure s' étalant, et qui, en principe, doit se terminer au niveau de l' arc de triomphe .
Dès mes premiers pas, je remarque que les boutiques se précisent au niveau de l' alimentaire . De petits commerces puérils remplis de légumes de toutes sortes . Les fruits de la passion, ben voyons ! ... De l' autre côté de la route, quelques indiens et quelques chinois se présentent . Ils portent la couleur de leurs nations ; des rouges et des gris ensevelis de dragons et de fétiches . Une couche de reconnaissance qui sent bientôt le plein et qui me donne aussi l' appétit . C' est vrai que j' ai encore de l' argent en poche ; de quoi m' en payer une ; et je dirais, un petit plaisir avant la guillotine .
Enfin passons, je marche encore deux cents mètres . Me pratique . Puis le cadre varie un peu ; les immeubles deviennent un peu plus gros ; plus fourbus ; ce qui occasionne des changements de propriétaires et de logeurs ... Et si je puis continuer ainsi ; je dirais qu' une couche sociale vient de se plier ; qu' un palier vient d' être franchi et qu' une notabilité supérieure se prête à ce sentiment . D' ailleurs ; pour preuve, une banque privée étale sa devanture juste en face, de l' autre côté . Avec son entrée vitrée trois fois trop éclairée et sa structure métallique scintillée noir âcre, elle plaisante le bon goût du dix - huitième ; à savoir, le style classe post - révolutionnaire qui charmait à la fois avec l' aristocratie et à la fois avec la pluralité .
Face à cette illusion permanente ; réservé aux gros porteurs, je ne me paie pas de mine et continue . Je me ravance donc, marche encore deux cents mètres environ ; et, comme je le désirais, je m' arrête et me mets à admirer l' établissement qui se racole sur sa gauche à une galerie de boutiques chics et sur sa droite à une banque privée provenant du Moyen - Orient .
En fait ; comprenez ; intéressé comme je suis, si c' est pour vous dire où se situent tous les offices que compte la France ; ben raisonnez - moi, à ce niveau, c' est moi l' un des meilleurs ... La bête quoi : depuis mon âge de raison, j' hachète toutes les revues concerant les missions impossibles, les armées parrallèles, les polices secrètes et les troupes spécialisées . Le bon trou, en fait ! ... Et avec ça ; je les ai, depuis le temps, toutes rangées, répertoriées, classées ; et en plus, j' en ai tiré des cartes et des plans de configuration . Une vraie panoplie ! Un vrai monde parralèlle que seul moi arrive comprendre . Des histogrames, des plans d' attaques, d' évaluations ; un vrai fourbi ; un vrai monde virtuel qui m' a déjà fait chef suprème de la guerre bien une trentaine de fois .
Enfin ; voilà quoi ... Mis à part ça, ce que je sais sur l' office qui m' affronte ; c' est qu' il représente l' état dans l' état . Une filiale du crime officiellement organisée . Un bureau réservé qu' aux plus capés et qui survit qu' à des intentions furtives ; des plaisanteries tranquilles qui fécondes des idées de protectionnisme pour l' état ; à savoir des moeurs, des idéaux et des privilèges qui doivent se préserver au niveau du seuil et de la tolérance . Une figure de proue en quelques sortes . Un casse - pipe fractionné par le gouvernement ; par la direction, afin d' assurer sa prospérité à l' encontre des gens mal intentionnés et a influencé le reste de façon à ce que ceux - ci ne changent pas de vertu en fonction de leurs origines et de leurs niveaux sociaux .
Pour ce peu ; je dirais que le bâtiment est encore assez bien fourbu . Propre, rangé ; mais visiblement mal surveillé ... Et quand je dis mal surveillé, j' insinue par - là qu' il n' est pas du tout surveillé ; à savoir qu' aucun vigile et aucun policier ne l' aborde ; même pas une barrière ; rien ; juste une porte battante en acier lourd l' avance . Qu' un ridicule portique ; fermé certes, mais peut - être ouvert à toutes audaces . Et à savoir si quelqu' un attend derrière, seul ma piété pourrait le savoir . La seule qui ; vraiment, pourrait affirmer que cet emplacement a été installé là afin de se préserver de toutes affiches et d' amoncellements qui dérangeraient peut - être plus leurs publicités qu' autre chose .
Enfin bref ; l' immeuble est pour le peu, bien vide et les seules lumières qui apparaissent ne laissent aucune suggestion à ma diversification . Les rideaux sont tous à moitié fermés et le silence semble avoir pris place derrière ces murs cryptés par un goût plutôt furieux, d' une épopée d' avant dix - neuf cents . Un gribouille à son avenir qui apparaît même comme étant la dernière résolution à l' encontre des styles modernes et bien plus utilitaires .
Face à cette figure, je reste encore bien cinq minutes à rêver ; et, vu le silence, je me renfonce et repars à d' autres tracas ...
***
Et me voilà reparti !
Maintenant que plus rien ne me dit, je retourne sur la rue Saint - Denis et la prends définitivement ... Arrivé à son bout, un grand boulevard m' attend . Il est clair de voitures et un petit arc s' induit au centre, sur un espace qui ne ressemble pas trop à une grande place . Comme quatre prolongements s' accentuent, j' hésite dans ma vocation et prends au hasard sur ma gauche ... Celle - ci mène du côté ouest . Elle est très espacée ; encore assez calme . Un bon nombre d' ailleurs, de boutiques, ont fermé portes . Vide d' espérance et d' utopie . Elles sont toutes renfermées sur elles - mêmes ; les stores tirés ne laissant apparaître qu' une sombre apparence grise envenimée de tags . Le cahot presque ; l' exubérance satirique d' une ville qui se dépeint à chaques cent mètres .
Je poursuis encore et comme pour mon trajet sur la rue Saint - Denis et l' instant où j' ai aperçu ma belle, je n' hésite pas à me convaincre de ne pas m' affliger aux regards des quelques femmes qui me croisent . Elles sont bien belles je sais, mais ma vie risible doit se faire et ce n' est qu' avec des termes aussi prétentieux qu' une vie comblée, que je pourrais continuer à m' avancer ; de sûr !
L' avenue grimpe un tout petit peu . Au bout de deux - cent mètres je passe devant un cinoche et une discothèque . Les deux sont fermés ; mais s' apprêtent à faire bon gré . De l' autre côté, un bar - tabac - PMU a ouvert ses portes . Un beau paquet de monde le stimule . Comme une vieille garde, sa vitrine brosse la couleur d' un cloître tranquille où le tout à chacun peut y venir boire des verres tranquilles sans pour autant en avoir l' air ... Devant lui, deux clodos se tourmentent pour une monnaie qu' ils n' ont pas ; et pour si faire, s' occasionnent à quémander les passants afin qu' ils ne leur offriraient par hasard pas la somme qui les empêche de faire salle comble . Ils sont même plaisant sous leurs coutures ; un sommeil tranquille sous un pont et le reste pour l' apéro . Peinard finalement ; alors que ma vie n' en est pas moins, mais l' est presque, et à quelques circonstances près .
Bien - sûr, mon envie m' avive à aller m' en prendre une, mais vu l' heure ; je ne sais pas si se serait du bon tempérament . D' ailleurs, je n' ai même pas soif ; j' ai plutôt faim et j' ai plutôt envie d' avaler ma dernière cigarette . Et je dirais encore, que cette inanité est l' émeraude du temps et aussi le privilège de ma foi .
En avançant encore d' une centaine de mètres, je m' éloigne paisiblement du point de rupture et m' annonce ensuite face à un théâtre typique parisien . Celui - là me plaît bien ; il est calibré telle une maison barbie . Quarte colonnes en pierre blanche soutiennent le toit, trois larges entrées vitrées s' inclinent en travers et la longueur de leurs marches parvient au pavé de l' angle de gauche à l' angle de droite . Au - dessus des portes, une grande affiche étale le titre . La fille au pair, qu' on peut y lire . Dessous ; quatre noms de comédiens y sont précisés . Et sur les côtés ; leurs visages y sont placardés, découpés de manière concave ; ce qui leur procure l' apparence de feuilles de choux .
En m' aventurant face à cette trilogie, je ne mène pas large et m' arrête même . Que c' est beau ! ... Une salle, une affiche, et une troupe ; le rêve de tout hommes écrivant . La fiction du conteur . L' espèce rare que je recherche ; mais qui n' a pas l' air d' avancer . Le bidule con ; qui semble me devoir ; mais qui n' en est rien . Qui n' est plutôt ; juste l' éphémère d' un rêve d' attardé et le dogme qui me retient presque à la vie . Le genre d' histoire qui ne dure pas long mais qui m' envenime à chaque fois que l' une d' entre elles s' amène dans mon esprit . Et quand je dis que ça vient en moi ; je parle plus que sérieusement ; car, dès fois, vu les effets que ça me fait, on dirait que cette nostalgie ne sert qu' à me ruiner et qu' à me vendre à n' importe quels suppôts préférant me voir mort qu' heureux .
Enfin ; oublions, c' est du passé toute cette démangeaison ; du crack à accoutumance . Le goût du scénare ne me sens plus ; et en regardant tous ces films au cinoche, il me semble de plus en plus, que plus rien n' est à créer ; que tout à déjà été exécuté . Et si je puis m' avancer encore ; j' affirmerais que mon histoire touche à sa fin au même moment que la création artistique mondiale .
Vu qu' une jolie fille, en face, s' arrête elle aussi afin d' admirer l' affiche, je ne déments pas et me stabilise vraiment . Elle a les cheveux tirés vers l' arrière . Châtain clair . Une jupe plissée lui courbe l' échine et une jupe mi - longue aplatit ses jambes ... Ses mains sur son bagage à main ; elle précise le regard tendancieux d' une jeune gamine à la recherche de sensation . Mais afin de mieux la préciser ; faut avouer que son trait se précise d' une intelligence peut - être très appréciable . Because ; pour pouvoir regarder une affiche telle que celle - ci ; l' affaire doit plutôt convaincre à la déambule, et si elle aussi, s' en intéresse, c' est que peut - être ; elle me représente au féminin . Le cloître du boucher si je m' y prends bien ! ... Et si je puis encore rêver ; j' afirmerais qu' éventuellement ; elle pourrait très bien être à ma portée . Oui ; sûr...
Bref ; revenons . Vu qu' elle me botte ; je continue à la regarder . Elle ; reste fidèle à sa figure . La fleur qui s' éveille . Le printemps que l' on entend . Ou ; le petit mai 68 accompagné d' un grand Woodstock . Vous imaginez le rêve ; moi et elle tout nus dans un champ de maïs ou au bord d' une plage . Les jambes à l' air ; l' été 57, sur la plage de Pampelone, avec à mes côtés B. B. et elle - même . Le pied quoi !