Columbarium (chapître 4) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 4

Maintenant que j' ai pris du recul, j' en suis à me demander si je
n' ai absolument pas tout raté . Le coup de feu que j' ai entendu
provenant de la baraque ne fût pas divin, la femme qui récusait
venait de s' éprendre et le peuple s' amoncelait dans l' abrogation .
Le tout quoi ! Le début dans l' ascenseur, l' entracte dans la rue et
la deuxième partie dans le cinoche . Vraiment le coup de bol qu' on
n' a plus jamais envie de revoir dans sa vie ; et quitte à rester
planté au bord de la route, le slip complètement trempé par la pisse
qui n' a pas pu s' étendre ailleurs .
Quand je pense à cela, la terre semble mouvoir . C' est risible !
Pour moi ; tout semble concorder . Je m' apitoie même ! Je sais : ça
fait mal . Ça me travaille, mais je crois que rien ne peut y faire ;
la lost partie pour mon compte personnel . La love parade, la final
de la coupe du monde de football et la petite garce que j' ai failli
me faire l' autre jour . La branlette quoi ! J' ai tout raté et ça
recommence aujourd' hui .
La chambre est vide, éclairée par une minuscule loupiote qui fait
penser à mes premiers déboires dans les maisons closes de la rue
Pigalle . Sur les murs, de vieilles affiches sont placardées . Je
reconnais là - dedans quelques grandes pointures du cinéma . Beaucoup
de films américains y sont représentés . Sur ma droite, dans le coin,
Le quai des orfèvres résonne et me fait comprendre que ce cinoche ne
doit être destiné qu' aux films qui ont passé l' âge de la retraite .
En face de moi, une porte à l' étalage rouge marin me parait être
la plus suspecte . Je m' y avance et l' ouvre . Derrière, un gros
rideau cloisonne la lumière et le son du film projeté . Je referme
gentiment la porte derrière mes fesses et écarte délicatement ce
coton endurcit qui pue la fumée et l' ensevelissement . Dans le fond,
l' écran est animé par un film ricain des années cinquante . Le décor
est planté du côté de New - York, à Manhattan plus précisément . Une
femme, convulsive, aborde le trottoir en tentant d' appeler un taxi .
La musique résonne agréablement ; on peut nettement interpréter l'
ambiance qui y régnait alors : à NY .
J' écarte le lambeau et m' avance . Un rai de lumière filtre en
travers le noir profond de la salle . Le projecteur se situe à
environ deux mètres au - dessus de ma tête . La salle est assez
petite ; peut - être cent places, pas plus . Sa longueur doit gravir
les vingt - cinq mètres . En face de mes choux, je ne distingue qu'
une dizaine de têtes éparses . Elles sont toutes esseulées . Personne
n' est venu accompagné, en conclue - je .
Vu qu' une seule rangée de sièges m' affronte, je suis obligé de
longer la dernière jusqu' au mur adjacent de gauche . Arrivé là, je
prends le couloir, m' avance jusqu' au troisième rang en partant de
l' écran, puis me retourne sur le monde .
Dissipées, contrôlées et concentrées, toutes les têtes regardent le
film sans se soucier de ma présence . Pour le peu que je puisse les
apercevoir, il me semble que ce public n' est qu' un amas de
nostalgiques fiévreux . Des bons ! ... Et rien qu' à voir leurs
tignasses dépassées, j' en déduis aussi que tous ont largement passé
l' âge de jouer à pousse - cailloux dans un cinoche en compagnie d'
une petite jumelle acceptant volontiers de s' y prêter .

Afin de ne pas passer pour le blaireau de service, je m' assois au
premier siège et essaie de suivre le cours de l' histoire .
L' histoire déboule maintenant dans un grand appartement très
chic . Une mezzanine surplombe un grand salon vétuste . De grands
fauteuils en cuir s' étalent face à une véranda qui donne sur
Manhattan . La femme qui s' y trouve, dépose ses sacs à commissions
sur la table haute d' une cuisine américaine . Elle se mystifie d'
une allégresse tranquille . Bien habillée, son seul souci semble être
sa robe de soirée qu' elle sort de l' un de ses sacs et déplie .
Charmante, l' ambiance décline la propreté intacte d' un décor en
carton pâte . Les lavabos, que le réalisateur filme en avant - garde
de la femme, reluisent d' une propreté inégalée .
La femme porte sur elle le charme d' une Garbo durant ses périodes
fastes . Malgré le fait que le film soit en noir et blanc, on peut
distinguer la délicatesse de ses yeux . Ils brillent comme si le film
avait été tourné en couleur . La nappe noire qui cache ses sourcils,
s' étale presque jusqu' à sa longue chevelure brune .
La fixant toujours, je me remets à penser . Il est vrai que cette
histoire de coup de feu travaille mes neurones . Pourquoi donc, me
dis - je ! Un coup de feu que j' ai entendu dans l' ascenseur et une
femme criant à la désinvolture : l' énigme parfaite quoi . Mes grands
débuts ! ... Peut - être provenaient - il de mon maître en question ?
Non ; la perspective serait trop grosse . Mais peut - être quelque
chose d' autre ; une chose que j' ai loupé . Un attentat finalement .
Une balle pour le président, et basta ...
En toute inconscience, je reprends . La femme, d' une petite boite
chromée, tire une cigarette . Elle se l' allume, et se dirige sur un
téléphone posé sur une armoire basse en bois massif . Le réalisateur
change de vue . Et arrivée au combiné, elle prend le répondeur en
main et tape un numéro .
Pendant que la tonalité résonne, elle a le temps de tirer plusieurs
fois sur son mégot . Son regard commence à changer ; elle semble
vouloir simuler une allure crispée, un peu tendue et nerveuse .
La tonalité résonne plusieurs fois, et une voix d' homme répond .
- Allô Jeson !
- Oui, c' est moi .
- Ah ... et alors . Qu' est ce que tu me veux encore ?
La perspective donne maintenant sur le visage complet de la femme .
Une nappe de fumée filtre l' avant de son nez et de ses lèvres . C'
est fou, elle est tellement belle, qu' elle peut tirer n' importe
quelle grimace, elle arrive toujours à garder son charme fluet et ses
yeux clairs .
- Je pense à toi . Je pense tout le temps à toi, tu sais !
- Faut pas, répond - t - il !
Elle se pince un coup le coin de ses lèvres, et reprend .
- Viens chez moi ce soir, mon mari ne rentrera pas . Il est retenu à
Boston .
L' homme, indocile, laisse passer quelques secondes, et rapplique .
- Et s' il te faisait suivre, je deviendrai quoi moi ? Tu le connais,
il est capable de tout .
- Personne ne saura .
- Cette relation me fait peur tu sais .
La femme tire un coup sur sa cigarette, et revient .
- Je t' attends . Tu n' auras qu' à ouvrir sans sonner .
L' homme semble réfléchir . Quelques secondes passent, et il
reprend .
- Bon, ben j' arrive .
- A tout de suite alors !
Et elle raccroche ...

Le film continue . Je l' oublie un peu et me renfonce dans mes
pensées . En voyant Manhattan au loin, je pense à ces snippers . Que
de proies faciles pour eux ! La lunette, un tir croisé, et hop, plus
de président des Etats - Unis .
Du coup, cette histoire me rappelle la tragédie de Dallas . A voir
et comprendre le film d' Olivers Stone, Kennedy n' a pas eu la
moindre chance avec ces extrémistes . Dix balles provenants de trois
directions différentes, un pigeon qu' on abandonne, et le tour est
joué .
C' est même fascinant ; ils ont même réussi a laisser derrière eux
un mec un peu comme moi . Une tête de pins qu' ils ont fait attendre
dans une chambre vide, et qu' ils ont ensuite envoyé dans un cinoche
à moitié vide avec un flingue en main . Un vrai scénario digne d'
Agatha Christie ! Le vrai pauvre type ! Une figure de proue me
ressemblant . Le vrai animal qu' on laisse en pâture pour satisfaire
son sort .
Et en pensant à tout cela, mes membres commencent un peu à
trembler . Et pourquoi pas moi, m' invente - je ? ... Oui, pourquoi
pas mes fesses ? C' est vrai au fait . Je ne suis rien ; qu' un
pauvre type sans grands diplômes, sans amis et sans relations . Le
pigeon idéal quoi ! ... Je me situais dans l' immeuble d' où ils ont
tiré . Sans raison évidente . J' ai un flingue en poche, des gens m'
ont sûrement vu sortir de l' immeuble juste après le drame, et
maintenant, je regarde un film des années cinquante qui a débuté il y
a une demi - heure . Un véritable alibi en fin de compte !

Presque la gueule dans le cul, je me remets néanmoins au film .
Après quelques phases de son déboulé en bagnole, l' homme arrive vers
la porte . Il l' ouvre . Sa gueule est un peu ébouriffée . Il est
assez jeune ; la trentaine environ . Il porte un costard d' époque .
Une cravate autant noire que son paletot s' annexe à sa chemise
blanche .
Il entre à l' intérieur et referme la porte . Son regard voluptueux
s' atténue encore . Ne voyant pas sa belle dans les parages, il mime
la figure d' un homme surpris . Il enlève néanmoins son costard et va
le poser sur la table basse où se situe le téléphone .
Il prend ensuite en mains la boite à cigarette de la femme . Bonnes
simagrées, il la regarde comme si quelque chose ne jouait pas dans le
décor de la pièce, et s' optimise .
- Chérie ! Tu es là ?
Avant qu' il ne puisse dire quelque chose d' autre, d' une porte à
moitié ouverte au fond du salon, une voix retentit .
- Je suis là !
L' homme, reconnaissant la voix de la femme, ne fait pas mine,
repose le boîtier à sa place, et s' avance sur
elle .
La caméra n' a pas le temps de changer d' angle que l' homme arrive
vers la porte . Il l' ouvre, jette un petit regard discret à l'
intérieur, et s' avance .
C' est la chambre à coucher . Immense ! Un grand lit de trois
mètres sur trois enduit le centre . Il est recouvert d' une natte
intensément molletonnée . La robe qu' elle vient de s' offrir est
posée dessus . Sur ses côtés, une table capricieusement travaillée
revête tout l' attirail de beauté de la femme . Il s' approche de la
robe, la prend en main, et essaie de ressentir l' odeur de femmes
entre ses fibres .
- Tu viens, rapplique - t - elle encore !
L' homme se retourne sur la voix . La caméra change d' angle . Elle
provient d' une seconde porte basée dans le coin de la pièce . Elle
est aussi à moitié ouverte . En gardant toujours la robe entre ses
mains, il s' intervertit, change un peu son regard, et gentiment, s'
approche de la porte .
Là, le réalisateur change carrément d' angle . Il pose sa vue sur
l' autre pièce, face à la porte dite . Les carreaux abordant le
palier me fait comprendre que c' est la salle de bain . La porte s'
ouvre gentiment, et l' homme réapparaît .
- Tu sais ! C' est moi qui ai envie de te les payer tes robes .
L' homme parait maintenant bien moins dissipe qu' avant . La caméra
ne change toujours pas d' angle .
- Tu sais très bien que t' as pas les moyens .
La voix de la femme rebondit, mais l' angle reste .
- Et si mon business allait marcher .
- Dans combien de temps ? Cinq ans ? Dix ans ?
L' homme prend soudainement l' apparence d' un homme qui fait la
mue .
- Si ça se trouve, on va encore rentrer dans nos frais dès l' année
prochaine .
- Qui te le dit ?
Quelque peu dépossédé par les questions que la femme lui pose, il
ne lui répond pas, mais s' avance plutôt vers elle .
A partir de là, la caméra tourne et nous pouvons enfin voir la
femme . Elle est en train de prendre un bain rempli de mousse . Tel
un charme tranquille, elle a laissé ses cheveux se balancer sur le
rebord en granit . Le teint tapageur, de temps à autre, elle soulève
l' une de ses mains afin de faire mine de se nettoyer .
Entrecroisé par notre vision, l' homme s' approche d' elle et l'
embrasse tendrement . La câline ; elle se laisse faire . Le baiser
dure quelques secondes, et, blasé, l' homme recule ses lèvres de
cette méduse et s' avance .
- T' as peut être raison ! Qui te le dit !

Vu que le film n' arrive pas à éloigner mes préoccupations de mes
pensées, je l' oublie un peu et reviens sur moi .
Là, il me vient à l' idée que cette superstition pourrait, en
définitive, tout à fait être réel . La grande farce quoi ! Le réel
mélangé à l 'absolu . Le temporel . Le gag con, qu' on pense être
bien, mais qui, finalement, se résulte à une dérision totale .
Et plus j' y pense, plus je me dis qu' il serait tant pour moi de
me casser . J' ai vu JFK au cinoche, et la fin du pigeon n' était pas
très belle à voir . Il s' est, en fait, fait flingué comme une plaque
de beurre ; pour finir ensuite, cloué au sol sur une flaque de sang .
Le dégoût quoi ! L' homme tombant : comme moi . Le ratatiné de la
société . L' être à moitié stupide qui a servi à l' Armée, aux Impôts
et aux Pompiers, pour se faire ensuite descendre par des hommes qu'
un seul préjugé valait afin d' estimer que cet homme - là, ne servait
pas à grand chose .
Cette perspective commence à devenir même tripant pour moi . J' en
suis à me demander . L' homme que je croyais être insensible aux
choses, devient soudainement fécond . Le grotesque ! L' interverti !
Sans savoir pourquoi, et sans avoir même de préjugés, j' ai plus que
l' impression, maintenant, que des hommes, dehors, ont élaboré le
même scénario qu' il y a trente ans en arrière . Un labeur sans se
fatiguer en fait ! L' homme qu' on reçoit dans un bureau fictif, qu'
on fait attendre, et qu' on rattrape ensuite . La facilité quoi ! Le
pequenaud qui ne sert à rien à la société et qui ne prétend d' aucune
valeur morale . L' homme idéal ; en toutes connaissances de causes .

Presque désopilé, je me retourne . Personne n' a l' air de me
surveiller . Tous regardent la scène et tous sont concentrés à leurs
besognes . Derrière ; sur la porte, rien ne semble mouvoir, aucun
bruit d' apparat, et aucun retentissement probant .
Rassis, je me remets au film . Rien ne s'y passe ! Maintenant je
crois bien que tout me travaille . Le film ne sert plus à rien, mes
idéaux sont ailleurs . Bien que l' homme soit en train d' embrasser
la femme, je me retourne encore un coup . Toujours rien ! Comme c'
est affolant, maintenant, j' ai la nette impression que plusieurs
policiers en civils vont raboulés ici afin de me ramasser au
passage . La paranoïa quoi ! La ballade du puceau !
Dans ma gouverne, je regarde où se situe la sortie de secours . Un
entrebassement s' ouvre juste au - dessous de l' écran . Au - dessus,
je peux y lire " Sortie de secours ", écrit sur une petite pancarte
verte . A voir la louange, la sortie doit se situer à vingt mètres de
moi, pas plus .
Je me rasaisi . C' est ma dépendance ! Du coup, je repense à ma
vie . L' éphémère ! Une petite donzelle qui m' a surpris dès le
premier regard . Elle s' est trimballée ensuite en moi comme une
sangsue qui ne pouvait se détacher . Dans sa témérité, elle s' est
engouée, nouée à mes pieds . Rien ne pouvait y faire . J' allais
devenir son exclu ; sa tache ! Ses yeux, son regard, son corps,
tout : tout s' était transformé en moi . Je ne pouvais rien faire d'
autre que la regarder . L' épier . La surveiller . Elle était bien
trop belle pour mes fleurs, et je le savais pertinemment . Au fil des
années, sans s' en rendre compte, elle était devenue mon désarroi,
mon déshonneur . Aucun appui ne me supportait ; que des filles
faciles ; que des êtres sans gravité . A chaque fois que sa personne
se pointait à un bar quand j' y étais, s' était l' embarra, la
disproportion . Et la femme le savait ! Elle ne s' en moquait pas,
mais ses yeux se lisaient . Me trouvait - elle beau ? Seul le
préjudice pouvait le savoir . Dans son esprit, je pense que ma honte
la ramifiait . Elle le voulait aussi, je pense . Une rencontre
proscrite lui aurait fait du bien . Mais elle n' était pas de mon
monde . Ma gueule de pins la courtisait, mais d' autres, bien plus
charmant que moi, la dominaient . Il est vrai qu' un pauvre type tel
que ma poire ne pouvait en aucun cas déjouer sa destinée . D'
ailleurs, cette substance aurait été même délirante de nous voir
ensemble . La honte pour elle ! Le décor absolu entre elle, sa voie,
son honneur, et moi, l' homme que seul le précipice n' est préjugé de
satisfaire ma cause .

Le film continue, mais je ne le regarde plus . Cette histoire me
travaille trop . Je suis replié, enfoncé dans mon siège tel un homme
attendant la sentence . La porte va tantôt s' ouvrir, des hommes vont
rentrer et ils vont m' embarquer . Que c' est facile ! J' aurais été
beau et riche, et rien de tout cela ne se serait passé .
Pour me satisfaire, je me relève un peu . Je regarde derrière :
toujours personne ! Qu' est ce qu' ils attendent, m' enfièvre - je !
C' est l' heure ! Je suis pressé . C' est à moi qu' on cause ou
quoi ! Non d' une pipe, ça me travaille trop et ça m' empêche de
vivre .
Le délire quoi ! Mes membres commencent à s' agiter . Ils tremblent
comme une feuille morte accrochée à son arbre . Je m' offusque, m'
apitoie . C' est l' enfer au sous - sol ! J' en viens même à avoir
peur maintenant . Chose que je ne connaissais pas !
Je reste encore quelques secondes comme cela ; assis, et,
subitement, comprenant qu' il faut absolument que j' agisse, car
quelque chose d 'horrible va sûrement se produire à mon encontre, je
me lève et m' escorte d' un bon sens et d' un courage que seul ma
doctrine peut concevoir .
A nouveau debout, sans vraiment comprendre, je regarde si beaucoup
de têtes se sont retournées sur moi . J' en compte quelques unes . Je
les sens ballotter entre moi et le film . Mon allure doit présenter
mieux que les acteurs, me dis - je !
C' est le trip ! C' est même grisant ! Je me suis levé, maintenant
je suis debout, et je ne sais toujours pas si l' homme m' attend
toujours, ou si c' est moi qui perds les pédales . Néanmoins, afin de
ne pas rester au chemin et de ne pas trop passer pour le con de
service, je me retourne et m' avance contre l' avant de la scène . Un
noir brimé s' accorde à ma vue . Le sol est en bois, ce qui ne me
facilite pas la chose du fait que quelques légers craquements
retentissent . J' arrive au coin des premiers sièges, les contourne
et m' avance face à l' écran .
Là, je me dis que, finalement, ma chose a bien fait les choses .
Elle m' a soulevé et m' a ordonné de m' enfuir . L' idée n' est pas
trop mauvaise en définitive . Le pléonasme que je n' attendais pas .
Ça me ranime finalement !
Les gens, maintenant, vu que je gâche un peu leurs vision, doivent
me regarder . Je dis " doivent ", parce que moi, détourné, je préfère
garder la miènne en face de ma tronche . Que je brime ! Ça me
rappelle les cache - cache de mon enfance . Devant, l' espace est
dénoué par un escalier qui s' enfonce contre le bas . Au fond, j'
aperçois une légère lueur . Je m' en approche, et, sans même me
retourner une nouvelle fois, je commence à descendre .
Les escaliers sont en briques blanches . Une douzaine de marches .
Au bout, un couloir se prolonge, face à une lampe que je voie
maintenant nettement mieux .
Je les descends et arrive face à une longue cavité qui semble n' en
plus en finir . Sur ses côtés, deux portes la juxtaposent . Je m' en
approche, et pour ainsi dire, m' approche aussi de la lampe . Arrivé
à leurs pas, leurs feux doux me font comprendre que se sont des
portes de toilettes . Ça me rassure ! Les gens qui m' ont vu
descendre pensent que je suis allé aux chiottes . La résurrection
quoi ! L' homme que je prétends être, a été en poser une ; pas
mauvaise la perspective !
Vu que le couloir se prolonge, je n' hésite pas et continue à le
suivre . Tacheté, sur mes côtés, les murs craignent l' asphyxie . La
peinture est ouverte et cassée de toutes parts . Un vert mulâtre qui
perd son essor !
Je fais une bonne dizaine de pas . Au fond, dans ce noir qui
revient gentiment, une sorte de porte en fer commence à apparaître .
Pour ne pas craindre, je ne me retourne surtout pas, mais préfère
plutôt rester résolu à cet apitoiement qui m' a donné ma foi .
Dans cet éclair de brouillard, l' odeur semble dispos . Je me
raffermis . Toujours sans préjugé, je m' avance encore . La porte s'
agrandit à ma venue . Et, comme si de rien n' était, j' arrive à
elle .
Là, je remarque que c' est une sortie de secours . Un long manchon
en plastique repose sur toute sa longueur . C' est une béquille !
Elle est placardée de la sorte afin que les usagers puissent presser
dessus plus facilement . Son contenu m' intrigue : sur l' un de ses
côtés, un trou a été percé et un fil en plastique passe à l'
intérieur . Je suis le fil, il est enroulé à une boucle en ferraille
grippée dans le mur, et une boule en plomb retient les deux bouts du
fil .
Tout en gardant mon émoi en moi, je n' attends pas, et avec force
et douceur, j' ouvre gentiment la porte . Un craquement se fait
entendre . Un bruissement ! Un murmure ! Le plomb se détache et la
porte s' ouvre sans entrave . Je m' efforce de la garder en moi . Un
vent douteux apparaît . Il provient d' une petite rue que je commence
à apercevoir . Bien distant, voyant que tout roule comme sur des
roulettes, je sors calmement . Fructueux, dès ma forme sortie de là,
je mâte les environs . La petite ruelle est complètement vide . Au
fond, je peux apercevoir une avenue ou une plus grosse rue . Elle est
assez distante . A m' en apercevoir aussi, je remarque que l' endroit
où je me situe, se prédomine à servir d' arrière cour ; de cour d'
accès aux boutiques et de débarras .
Conscient de ma science, je referme ensuite cette porte en acier
endurcit . Elle claque un peu à l' encontre du mur . Un son sourd
retentit ; comme une enclave . C' est pitre je sais, mais dès que
celle - ci semble au plus profond d' elle même, je respire un bon
coup . Un souffle distinct, qui peut - être, vient de me sauver la
vie !
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# Posté le vendredi 09 décembre 2005 18:31

Columbarium (chapître 3) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 3

Maintenant, plus d' une demi - heure a passé . Grimé : je
renverrais bien ma sciatique si je me trompe au fait que mon brave
Brodi s' est débiné en sachant que nôtre bon maître des Etats - Unis
d' Amérique allait nous faire un petit coucou .
Assis sur la chaise, je patiente toujours . Ma montre indique deux
heures trente pile . Mes mains portent toujours l' arme . Cette
allusion me fait dériver ! Ce petit calibre me porte encore bien . Je
le sens bien se mouler à mes phalanges . Sa couleur est noire mat .
Six balles y sont insérées . Je dévergonde ! A me voir dans cinq
minutes dans la rue avec cette pelle dans la poche, me fais
réfléchir, mais ne m' empêche tout cas de
dormir .
Afin de me distraire un petit peu, je me lève et vais me poser au
bord de la fenêtre . Dehors, je peux apercevoir un petit coin du
boulevard . J' aperçois d' ailleurs un monde encore assez fou s'
opposer à la route . Peut - être trois rangées de personnes .
Derrière, un nombre assez considérable de souffreteux circulent en
brigand des allures de curieux . L' atmosphère parait encore assez
vivace . Ça gargouille, ça rigole, ça regarde le monde et ça pique
dans les poches . L' aspect type d' une rencontre bon enfant .
Je mate ma montre : il est trente et une . Je commence à me poser
des questions . La grisaille ! Mais comme de bon vent vous amène, je
n' hésite pas . Je suis fétiche me dis - je ! L' arme ne me fait pas
peur et lui encore moins . Et comme je le plains même ; car il doit
s' imaginer un petit jeunet, alors qu' il est tombé sur un homme au
courage d' acier . Le grelot ! C' est à se demander !
Bien réfléchie, je referme le cran de sécurité et enfile l' arme
dans ma poche de droite . Droitier que je suis, cette perspective
tombe à pile . Je m' insuffle encore un petit peu, et m' avance
contre la porte que je n' ai pas manqué de refermer tout à l' heure .
Arrivé à la porte, je l' ouvre et sors de l' appartement . Je la
referme derrière moi, m' avance sur l' ascenseur, et presse sur le
bouton d' appel .
Dans les couloirs, un bruit m' offusque directement . Une voix
profonde, lointaine, est entrain de converser avec une autre qui n' a
pas encore eu le temps d' en placer une . Ses syllabes résonnent en
profondeur . Une voix de femme . Je ne peux malheureusement pas
comprendre le contenu, mais je l' imagine . La conversation doit se
situer à facilement deux étages au - dessus de moi, et si je ne me
trompe pas, la tournure doit pavoiser entre les corvées et les
courses de ces petites madames .
Et l' ascenseur arrive . Peut - être vingt secondes d' attente m'
ont étreint, pas plus . J' ouvre la porte et me faufile à l'
intérieur . Là, je presse sur le rez . J' attends quelques secondes,
et la cabine redémarre .
Dedans, l' odeur semble stridente . Congrue ! J' en viens même à me
demander si je ne devrais pas aller miauler quelques consonances chez
la concierge, tant le remugle me prend la gorge . Cette perspective
m' intéresse, mais j' oublie . Le temps m' oblige !
La descente se fait et l' ascenseur arrive en bas . A son
arrêt : "Bang", un bruit de rouages taraude le sol, mais ne me fait
pas rebondir . Désopilé, je laisse aller . Ce bruit provient des
entrailles de cette carriole, me dis - je ! La vieillesse d' une
machine entretenue par flagellations .
Pendant que les portes s' ouvrent, je mate un petit coup à quelle
hauteur celui - ci ma projeté . Je n' y vois que dalle ! Les deux
sols sont distincts . A début, j' ai pensé que la cabine avait cogné
contre les vérins de fin de course, mais rien n' y est, tout me
semble intact .
Je sors de la cabine . Dehors, factice, je vérifie si la nacelle n'
a pas pris de coups . Mais je ne voix toujours rien . Tout semble
normal . Intact ! Obstiné, je fais un tour d' horizon en usant ma
vision la plus normale . Le calme semble régner . Les boîtes à
lettres et l' escalier n' ont pas bougé de là . Personne dans les
environs non plus . Les commérages des dames que j' ai entendues tout
à l' heure ne s' entendent plus . Ça sonne étrange ! J' aurais parié
qu' un bruit pareil allait attiser, mais rien n' y est .
Déçu que ce vacarme n' ait pas fait de bruit, je me retourne et me
dirige sur la porte . Vers elle, je l' ouvre et sors de l' immeuble .
Dehors, aucune personne ne m' affronte . Je me tourne sur le
boulevard . Là, j' aperçois la masse tournée contre l' événement . Je
n' y voix que des têtes et des culs . Ils regardent tous la scène
avec perspicacité . Viandé par ces petits cries de joies, je me rends
compte que l' affaire doit se dérouler en ce moment même . Je les
sens actifs ces gens, les mains à l' applaudissement et les regards
avides d' apercevoir le messie .
Désolé de ne pas pouvoir y assister, je me renfloue plus vite que
je ne le pense, me retourne pour ne pas voir plus longtemps la scène,
et me met à marcher en direction du cinéma .
Devant moi, personne ne s' y distingue . De l' autre côté de la
rue : non plus . Les boutiques sont vides . Fermée pour cause d'
opulence . Sur les côtés d' une voiture parquée latéralement, juste
un chien errant croupit là . Je passe devant lui sans qu' il ne
bronche .
Telle une traviata qui n' a pas de fin, je passe ensuite devant
quelques boutiques à articles très chics . Pour peu, je mate l'
aspect . Les objets paraissent ridicules . Que de petits bibelots et
des bureaux HI - tech s' y animent . En voyant cela, je repense à ma
vendeuse . Son charme me fût vraiment fratricide ; rien à dire à ce
niveau - là . La chaleur vous voulez dire ! Le genre de dégagement
qu' on ressent quand on est désoeuvré par un manque de sexe
persistant .
Je marche encore un peu, passe devant un café vide à tout casser,
et arrive au péristyle du cinéma . Là, une dame est en train de
discuter avec la caissière . Celle - ci tient un sac à commissions en
mains, porte une veste - gabardine mauve et un châle beige endosse
ses cheveux gris . Une grand - mère quoi ! Devant elle, la caissière,
le coude appuyé contre la banquette, la laisse causer sans rien
dire . Elle, semble beaucoup moins vieille : la quarantaine . Des
lunettes multicolores la posent et une chevelure frisée, teintée
blond anthracite, alimente son charme .
Derrière elle, la façade semble s' écrouler à leurs pieds . L'
entrée est assez petite ; un couloir à deux voies s' y prolonge face
à une porte à deux battants . La caisse est vétuste, elle ne porte
pas de fenêtres . Sa dimension n' est qu' une petite enclave enfoncée
dans le mur . Au - dessus d' elle, une affiche de deux mètres carrés
environ, est placardée contre la paroi . Elle parait obsolète . Une
image montre un couple en train de s' embrasser devant un couché de
soleil qui n' a pas l' air de vouloir en finir . Le titre ne me dit
rien, et si ça se trouve, il doit avoir le même âge que la baraque .
Sans attendre, je m' approche d' elles . La femme qui s' apitoie
semble émue . Elle porte en elle une angoisse et une incertitude qui
la terrifient un tant soit peu . Ses doigts tremblent légèrement,
comme si elle venait de vivre une aventure qui sort de son commun .
- Je te dis que c' est vrai !
La caissière ne lui répond toujours pas .
- Je te dis que j' ai vu quelqu' un tiré du haut de l' immeuble . Ça
ne peut pas être une hallucination ça !
M' ayant vu arriver, la femme, espiègle, fait la moue de ne pas la
comprendre, et m' apprivoise dès que ma posture s' aligne à côté de
la dame .
- Bonjour, me lance - t - elle direct !
Je ne dirais pas pris de court, mais presque ! Je l' aborde, alors
que j' aurais préféré aborder la plus vieille, due aux sous -
entendus qu' elle vient de prononcer et qui m' intéressent plus que
tout .
- Un billet d' entrée s' il vous plaît .
- Bien sûr !
Sa main est déjà sur la caisse . Je la regarde faire ; elle tire
machinalement le tiroir, arrache un ticket d' un rouleau, et me le
tend .
- Ça fera trente francs ! La prochaine séance débute dans un heure,
l' autre a commencé il y a une demi -
heure .
Je prends le ticket qu' elle me tend, le pose sur le comptoir,
puis, telle une obstinante, je fais la mue du mec innocent, et m'
énonce .
- Vous avez entendu le coup de feu ?
Que je m' emploie ! La dame, du coup, sursaute de dévergonde . Un
sourire gracieux se fond sur ses lèvres . Je là sens soudainement
heureuse d' avoir trouvé un complice dans son élocution . Elle a le
gabarit type d' une parisienne bien moulée pour plaire à Boris Vian
quand il fréquentait ce même sol en 47 . Mais maintenant, il est vrai
qu' elle a pris de l' âge et du poids . Je pense que son discours n'
a pas changé depuis 52 ; ça bécasse dans tous les côtés, ça aime
Paris et ça parle avec un accent qu' une grue francophone vivant dans
nos franches - montagnes y mettrait de l' appendice pour la
comprendre .
Elle me regarde gentiement, et se retourne sur la plus jeune .
- Ben tu vois que j' avais raison ! Il y a eu un coup de feu, j' ai
levé ma tête, et j' ai vu l' homme qui a tiré .
Un tant soit peu surpris par sa réplique, je sursaute
soudainement . C' est même le rebond ; la prise de conscience ! Du
coup, je me retourne sur la foule .
Pensant encore à la déflagration que j' ai entendue tout à l'
heure, j' imagine déjà un attentat . Cette perspective m' envenime
même ! Avant de sortir mon porte - fric pour payer, je les laisse et
m' avance de quelques pas sur le trottoir . De là, à une centaine de
mètres, j' aperçois toujours ce flot tortueux s' enliser . Les gens
ne me semblent même pas agités . Ils regardent toujours la scène,
sous une petite pluie de flocons provenant d' un bruit presque
continuel de bagnoles en mouvements . L' ambiance parait éparse .
Vague ! Rien n' a bougé depuis tout à l' heure . Personne n' a crié .
Personne ne crie . Derrière les premières lignes, des groupes
vadrouillent toujours comme si de rien n' était .
Je mate encore la scène pendant quelques secondes, et en toute
insouciance je reviens sur les dames .
- Rien du tout, tout semble normal !
La femme, qui s' était remis à causer durant mon absence, s'
interromp . Le regard capricieux, elle semble ne pas vouloir discuter
avec n' importe quel inconnu .
Et tout en apportant trente francs sur la table ...
- Bizarre !
La femme qui sert se distingue d' un visage assez fluet . Risible .
Tendancieux à mort . Le charme d' une donzelle qui ne se laisse pas
faire de toute la soirée, mais qui finit néanmoins au pieu avec un
inconnu . La bécasse quoi ! Je l' imagine très bien ; autour d' elle
ça doit dégommer, décoincer, téléphoner . La parlote du bout du
jour . La fille encore bien préservée qui ferait encore bien
l 'affaire de temps à autre .
Elle ramasse mon pognon en me regardant . Le petit coin pervers de
son oeil droit titille . Scintille même ! Je la pressens a en avoir
envie .
- On lira tout ça dans les journaux demain matin, reprend - t -
elle . De nos jours, tout le monde se tire dessus . C' en est presque
devenu une habitude .
Avec son petit sourire hagare aux lèvres, elle dit cela à moi, mais
semble plutôt le faire comprendre à la gente - dame . Elle reluise d'
une pudeur incandescente . La chose qui la porte maintenant, doit
être la commère qu' elle aimerait tant vouloir s' en aller . Et rien
d' autre ...
Je prends mon billet en main . La petite dame reste toujours muette
face à mon allure . Elle me regarde comme si je représentais un
danger pour elle . De petite taille, son expression me laisse penser
qu' elle n' écoute et ne parle qu' aux gens de son quartier . Le
regain d' une inquiétude !
Je lui dis au revoir, dis au revoir à la caissière, et m' avance
contre la porte . Que ma foi soit en moi, me dis - je ! Si le
président des States s' est fait démolir devant le Flore, et que je
n' ai pas pu assister à la scène, je m' en mordrais les doigts, de
sûr !

# Posté le samedi 03 décembre 2005 03:52

Columbarium (chapître 2) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 2

Brimé par mon samedi après - midi un peu foutu en carafe, le soir
même, je ne suis pas resté tard dehors . Deux heure, pas plus . Ce
matin, au réveil, j' ai remi mon costard d' hier . Le plus ridicule
que je n' ai jamais porté . Une roulure des années cinquante . Un
Borsallino and Co . Une cravate à trente balles qui sent la poussière
des déménagements . Plus des godasses à quatre sous dénichées au
marché aux puces . Le moulin de la galette, en quelques mesures .
Maintenant, je suis installé au café du Flore . Comme les grands !
Un café devant moi, je contemple Saint - Germain . Sur le boulevard,
un nombre considérable de policiers en uniformes s' évertuent à
bloquer toutes voitures et à canaliser tous mouvements de foule .
Pour le monde ; beaucoup de passants mais pas beaucoup d'
admiration . Juste quelques dévergondés attendent que le spectacle
commence . C' est sacristain ! Ils me font même miauler ; nous sommes
juste le quatre juillet, et nôtre bon vieux président des Etats -
Unis d' Amérique va passer à toute bombe sur l' avenue . Qu' une
histoire de quelques secondes !
A côté de moi . A une table, se tient un homme d' un certain âge .
Si je le mystifie, c' est qu' il semble écrire quelque chose d'
intéressant sur un cahier "La redoute" . Je ne pourrais pas dire
quoi, mais j' imagine . Un poème ! Une petite prose pour son émoi .
Il boit aussi un café . Sa main tremblote à chacune de ses phrases .
De temps à autre, il lève sa tronche . Pour moi, ses mots doivent
être de la sorte : L' ambiance est tranquille . Bonne enfant . La
terrasse est presque pleine . La plupart boivent des cafés ; faut
dire que c' est l' heure du dessert . Sur le boulevard, la police a
bloqué toutes voitures . Un monde fou s' est agglutiné sur le
trottoir . Ils attentent tous l' arrivé du président . Elle est
prévue pour dans une demi - heure .
Déstabilisé par mon regard . Il tourne sa tête sur moi . Sa vision
est risible . Une petite barbichette blanche et des lunettes à la
trotskiste, et voila ce qui ressort en premier de son échafaudé . Et
en m' apercevant, mon sourire aux lèvres, il ne me dit rien, me
regarde que quelques fractions de secondes, et revient sur son
pamphlet . Il parait triste . Dénué ! Je m' en paierais bien une de
savoir que l' homme n' a jamais trouvé preneur pour éditer son
efficience mentale .
Bravant, j' avale ensuite mes trois gorgées de caféine . La lave !
Que j' exhume ! Cette odeur m' amène des jours à penser que cette
substance m' est prolifique .
- Garçon !
Ma voix tonitrue, mais j' assume . M' ayant entendu, le garçon, s'
active d' encaisser les quelques frelons qu' un usager vient de lui
verser, et redémarre . Il contourne deux tables, et m' accoste .
- Vingt francs pour le café .
J' acquiesce .
- Voilà !
Je le paie cash . Il renfile ses briques dans son larzouille et
repart . Moi ; quand sa pointure disparait ; je me lève, replace ma
chaise correctement face à la table, et m' active .
Du haut de ma poire, je remarque ensuite un ciel bleu, à moitié
gris, gris mat et bleu ciel . La température n' excelle pas . Vingt ;
vingt - deux dégrés ; d' après mon petit doigt . Je m' avance contre
le passage à niveau . Il est vert ; j' en profite pour commencer à
traverser . C' est même un petit pas de course qui m' oblige . Le
stress du mec qui passe tout juste à l' orange .
Passant l' avenue, j' en profite pour libeller son fond .
Personne ! Tout est vide . Du coup, j' y repense, puis me dit que
peut - être ; cette fanfaronnade pourrait être assez grandiose .
Presque aux pas de course, j' arrive sur la queue de la masse
constante qui a entamé la traversée avant mes choux . Le feu est
maintenant au rouge . Trois gardiens en civil, posé sur la paillasse
du trottoir d' en face, contrôlent que personne ne sorte des rangs et
que tout le monde se renfonce derrière les barrières placées pour la
circonstance . Je m' enfile dans le groupe, puis nous recouvrons la
terre destinée aux piétons .
De l' autre côté, je ne perds aucune seconde pour m' avancer en me
faufilant . D' ailleurs, quelques petites bousculades bon enfant se
font ressentir . Mais rien de grave : que de petites effarouchées
pour ne pas se faire piquer sa place au premier rang .
Embalourdé, je regarde la scène . Rien ne me retient on dirait !
Alors je continue à avancer .
Je marche une bonne vingtaine de mètres et tourne à l' angle de la
rue qui juxtapose le boulevard . Et arrivé à ce stade là, je me calme
un peu .

Non point gazouillé, je sens mon coeur battre . Rien de grave
semble - t - il : ce n'est que mon profond moi - même qui resurgit de
ses entrailles, dont la base se situe au plus profond d' elle -
même .
Je marche encore une bonne dizaine de mètres, et me retourne . En
ayant prit du recul, donc de l' apathie, je remarque que la foule
commence à prendre son aise . Elle s' élise . S' induit . Une bonne
colonne de filament commence à se faire ressentir aux premières et
meilleures places du circuit . Quelques dames, habillées de
convenance, s' apitoient même . A les voir, on a l' impression que c'
est la reine maire qui va passer . Et même avec éloge ; ce qui rend
l' atmosphère très soporifique .
Alors que je m' étais presque arrêté ; ne voulant pas continuer à
regarder ce spectacle qui m' intéresse énormément, je m' obstine et
me remets à marcher plus vaillamment .
En face de moi, la rue parait bien plus déserte que le boulevard .
Quelques personnes l' affrontent, mais leurs pas semblent visiblement
s' amonceler en direction du cortège . Je marche encore une bonne
vingtaine de mètres, et arrive sur l' entrée qui m' a déjà porté
office hier après - midi .
Là, je m' oblige, me concentre, m' adjuge et m' active . Je replace
ma cravate à son endroit convenu, puis ouvre la porte . Grisante,
elle se déploie sans contrainte . Ça me bécasse même de la voir
ouverte un dimanche après - midi . Je prends subitement conscience de
cet propos, mais j' oublie vite, et continue . Je referme la porte,
passe tout droit devant les boîtes aux lettres, et parviens à l'
ascenseur .
Devant les boutons, je me retourne afin de voir si ma secrétaire ou
ma petite vendeuse d' art n' oseraient pas par hasard pointer leurs
nez par - là . Mais rien ; que du vent et des larmes . Déçu, je
reviens et presse . Ça n' attend pas : l' ascenseur est déjà là .
Alors, si je puis dire, j' en profite pour ouvrir la porte, j' entre,
la porte se referme, je presse sur bouton huit, et l' ascenseur
démarre .
Dedans : rien de pesant, rien à dire non plus . Le néant ! Le
cahot ! C' est même la concentration qui monte à tribord . Le mal de
bide . La chose qui vous serre l' estomac comme se n' est pas
permis . L' ascenseur monte, arrive au huitième, s' arrête, le loquet
se rouvre, je pousse la porte contre l' avant et ressort de là .
Arrivé dans le couloir, je remarque que l' odeur n' a toujours pas
évoluée . Son fourbi prédomine . Ça ressemble à de la crasse, mais ça
parait plutôt être du vieux . Je m' oblige . Le mur frontal n' a pas
bougé depuis l' autre jour . Il s' aiguise d' une couleur assez
délavée . Ma suspicion, me dis - je !
Je m' approche ensuite de la porte . Sans être trop con, je
remarque, dès parvenu à elle, qu' elle est à moitié ouverte . Les
boules, quoi ! J' imagine déjà un cambriolage ou le mec allongé par
terre . En fait, le phénomène du tout à chacun, qu' on a au moins une
fois envie de voir dans sa vie .
Risible ; ma politesse à coeur, je frappe deux petits coups . Dans
l' entrebâillement, je n' aperçois rien d' anormal . Aucune présence
semble se mouvoir . Le calme total !
Vu que personne ne me répond, je refrappe deux coups . J' y mets
même plus d' énergie ; plus de conviction . Si ça se trouve, l' homme
doit tartiner sa besogne dans son bureau, et il ne m' entend pas .
J' attends ensuite quelques secondes, et m' affirme :
- Monsieur Brodi, vous êtes là ?
Personne ne répond . L' angoisse ! Je me hâte . Une réponse doit
argumenter ma question, et je le sais . L' homme veut m' évincer dans
un traquenard, ce n' est pas possible autrement .
- Monsieur Brodi !
Sans réponse, je pousse un peu la porte . Ma destinée reste
toujours éphémère ! Derrière, la chambre semble froide . Le bureau n'
a pas bougé d' un poil . L' ordinateur tourne toujours . Une lumière,
presque incandescente, provenant de la fenêtre, éblouie l' atmosphère
du lieu . Elle éclaire les parties les plus luminescentes de la
place, ce qui me provoque la sensation effroyable du vide complet
autour de mes feuilles de choux .
Presque sans sursis, je m' avance un peu . Au hasard de ma réponse,
je remarque une arme posée sur le
bureau . C' est l' enfer ! L' homme est en train de me provoquer . L'
évidence sortirait de la bouche d' un enfant .
- Monsieur Brodi !
Toujours pas de réponse ! Pour plus, je m' avance sur le bureau .
Une feuille est posée juste au - dessous de l' arme . Elle semble m'
être destinée . Une connotation en gras majuscule, écrite au stylo,
m' apprivoise directement . Je lis :
Cher Jeff .
Assez intrigué par ce nom qui m' appartient, j' ose pousser l' arme
sur le côté de la feuille . Que je frémis ! La honte ! La logique a
l' air de prendre son dessus, et je m' éreinte à voir autre que ce
que la réalité m' oblige .
Sur la feuille, quelques lignes sont transcrites en paragraphes .
L' air désuet, j' essais, je m' essais, et jusqu' à ce que je puisse
lire :
Attends moi là jusqu' à deux heures et demie . J' ai eu un
empêchement de dernière minute .
Si je ne suis toujours pas revenu à cette heure, prends l' arme et
viens me rejoindre au cinéma de quartier
se situant à cinquante mètres du bureau .
Je t' y attendrai à l' intérieur .
François Brodi .

Intrigué, je relis le texte . Son écriture semble paradoxale . Ça
sonne même bizarre ! Quelque chose me dit que l' homme a mit du temps
pour animer ce pamphlet . L' envergure me parait coriace .
Et, ne voyant toujours personne bouger, je soulage un peu mon
esprit d' une énergie féconde, et, ne voulant pas trop braver cette
injonction, je m' apitoie dans ma bravoure et prends l' arme en main .

# Posté le samedi 03 décembre 2005 03:51

Columbarium (chapître 1) Daniel Gindraux , 2000

CHAPITRE 1

Mon rendez - vous d' aujourd' hui me travaille depuis bien des
pays . J' ai les grelots rien que d' y penser . Le vertige ! Mes
tripes sont crispées, tendues à bloc . Ma respiration semble ne
tourner qu' à moitié, et j' ai bien l' impression que c' est cette
garce qui provoque mon asthme .
Et pour tout vous dire, j' aborde en ce moment le trottoir d' une
rue qui se juxtapose au boulevard Saint - Germain . Elle est assez
remplie . Bien grâce ! Quelques touristes prolongent les quelques
vitrines qui les opposent . Et vu que c' est samedi, les gens,
autour, n' ont pas l' air de stresser . Ils sont même plutôt
décontractés ; à l' aise Blaise ! Leurs samedi leur appartients et
leurs achats en mains, ils se promènent comme si de rien n' était .
Les regards sont mêmes enthousiastes ; heureux ; fiers ; satisfaits ;
aucune bouche semble aux simagrées et la conquête du week- end se
pourvoit à s' établir dans l' attrition d' un renouveau : peut - être
de l' an 2000 .
Et comme si tous les jours étaient samedi, ma face, et pour le
bien de l' esprit, a pris, depuis quelques minutes aisance et s' est
postée face à l' entrée qui porte le nom de mon futur employeur . Et
si je puis encore plus préciser ; c' est une entrée normale d'
immeuble commercial : deux battants vitrés et rien d' autre . Sur son
côté, une boutique d' art moderne expose une dizaine d' oeuvres que
l' on pourrait se permettre d' appeler cela social . Et si je parle
de çà, ce n' est rien que parce que la dame qui se trimbale dedans,
m' a surpris avant tout le reste . Elle est, à dire, franchement
mignonne . Un petit regard fluvial et des dents blanches à croquer
émerveillent son visage . Et que ça frappe ! Elle est en train d'
expliquer à un homme d' affaires la petite histoire du paquet de
briques rouge disposé au centre de la pièce . L' homme l' écoute,
mais semble dix fois plus intéressé par ses jambes que par l'
oeuvre . Ses yeux n' en peuvent plus ; ils travaillent un max et
semblent à chaque fois être dissipés par les mouvements de hanches de
la jeune . Le genre au abois ; ça mort ! Ça attaque et ça pigeonne ;
alors que le reste passera après ; après l' oeuvre ; soit de la femme
ou soit de l' arcticle . Et qu' on le veuille ou non, si oeuvre il y
a, je n' en reste pas moins à la regarder ; me mystifier et
eventuellement m' identifier à elle .
Mais bref, alors que tout cela n' a rien à voir et tout en sachant
que je n' ai pas beaucoup de temps devant moi, et de sûr, tout en
continuant à regarder mademoiselle, je tente de me dissiper, je
regarde l' heure et m' aperçois qu' il est deux heure précise . Mon
heure, me dis - je subitement ! Mon heure à moi ! Celle que j'
attendais ! Alors, franc et résolu, je ferme mes yeux pendant
quelques secondes, oublie la demoiselle, puis je m' approche de la
porte . Devant celle - ci, je l' ouvre et entre . Derrière, un
couloir en marbre blanc se prolonge jusqu' à un ascenseur et une
porte peinte en vert mate . A côté de l' entrée, une dizaine de
boîtes à lettres sont placardées contre le mur de droite . Rien de
plus normal ! Et afin de ne pas rester trop longtemps sur le pas de
l' entrée, je pénètre, la porte claque derrière moi, et je m'
approche des boîtes . Et aussi significatif qu' est mon désarroi,
afin de m' y retrouver, je commence à tonitruer les noms, et pour le
peu, sur le papier de la première adresse, je lis le nom d' une
petite firme de cosmétique . Un nom de rêve ; presque ironique ; tu
parles ; car à m' entendre, il doit sûrement y avoir pleins de
petites bonnes femmes qui doivent se trimballer là - dedans . Que des
trucs bien sympa quoi ! Bien palpables ; mais je continue et le
second est un peintre - sculpteur . Puis le troisième : un pédiatre .
Le quatrième : un écrivain . Le cinquième et sixième sont tous deux
médecins . Alors je m' avance toujours . L' impatience me guète ! Je
passe au septième, et je lis le pamphlet : François Brodi, Détective
Privé . Et en face de ce pieux nom je m' arrête et le relis
attentivement : François Brodi, Détective Privé . Et je réfléchis
aussi, et soudainement, j' avance dans mes pensée et crie "Brodi" ;
car cela me dit quelque chose . Et du coup, afin d' être vraiment sûr
de mes dires, je tire mon carnet d' adresse de ma poche . Je prends
ensuite la page correspondante à ce jour, et je lis : Samedi deux
heure, Brodi Compagnie, entretient pour un emploi .
En m' attrayant de cette nouvelle, je repose mon carnet dans ma
poche, je relis l' adresse et me dis : mais c' est ici ! Et aussi le
délire ! Car à me voir, cette nouvelle me fait peur et pénible est
mon prodige . Mais j' oublie encore et emporté par mon élan, je ne
termine pas ma liste d' adresses et avance contre l' ascenseur .
Brodi Compagnie ; huitième étage ! A peine arrivé vers elle, la porte
d' entrée s' ouvre . Intrigué, je pose mon doigt sur le bouton,
presse dessus, et me retourne . L' obstinant est un mot faible ;
oui ! En fait, c' est une femme qui vient d' entrer . Elle est
blonde, elle a de longs cheveux, et s' optimise dans un corps très
fin et longiligne . Sa démarche est douce, calme et extrêmement
souple . Une petite gymnaste ! Elle est habillée d' une petite robe
mauve qui lui tombe jusqu' aux cuisses . Et pour feindre à toutes
réciprocités, je la regarde s' avancer, et je lui lance aussi un
petit sourire tranquille . Pas grand chose en fait : juste de quoi
lui faire comprendre que je suis là : devant elle, et à patienter
devant l' ascenseur .
Dans sa destinée, elle passe devant les boîtes sans les regarder .
Elle s' avance jusqu' à ma poire, et s' arrête . Là ; je comprends
que son envie n' est pas de vouloir me rencontrer, mais plutôt de
prendre l' ascenseur . Son regard s' applique, c' est visible . Je la
laisse s' installer . Son petit nez est pointu et légèrement
recouvrer contre le haut . Un petit charme risible ! Quelques rides
se dépeignent sur son visage, ce qui me fait penser qu' elle doit
avoir passé les trente - cinq ans .
Quelques secondes passent ensuite, et l' ascenseur s' affirme . Les
portes s' ouvrent . Je la laisse pénétrer la première . A son
passage, je ressens son parfum comme une image du bonheur que l' on
s' invente durant nos jours de cafard . Mon nez en tremble . Elle
sent l' opium à cinq cents balles se pavaner sur ses joues . Le
bonheur, quoi ! Je la regarde presser sur la touche, et je la laisse
s' enfoncer au fond de la cage . Il est visible qu' elle ne s'
intéresse pas à ma personne . Pour l' instant, pas un regard, pas un
seul petit sourire ; la rivière de la honte en fait . Et face à cette
perspective, je pénètre néanmoins à l' intérieur . L' espace est
assez minuscule ; si l' ascenseur venait à s' arrêter, je parierais
pas quinze minutes de ma vie qu' une partouse serait la seule issue
afin de pouvoir s' en sortir tous les deux .
Dedans, je me serre contre le côté gauche et presse sur la touche
correspondant à mon étage . Les touches sont magnétiques ; elles s'
allument dès que l' on presse dessus . C' est amusant je sais, mais
c' est à cause de cela que je remarque qu' un seul étage est
illuminé . Et quand je dis qu' un seul ; cela veut dire que j' ai
pressé, sans m' en rendre compte, sur le même bouton que ma chérie .
Mais j' oublie, je referme la porte et me mets à réfléchir . Et
dans mes pensées, il est vrai qu' un mouvement commence
ostensiblement à m' oppresser . Il m' obstine, à un point tel, que je
suis à me demander si ce n' est pas elle miss François Brodi . Cette
issue m' envoûte même, elle m' engendre, m' engrène, mais je laisse
aller . Et je laisse aussi aller l' ascenseur, qui lui n' attend
pas . Il monte jusqu' au huitième, s' arrête, puis ré - ouvre ses
portes . Et là, je ressors tranquillement . La secrétaire me suit .
Du fait qu' un mur blanc oppose ma personne de long en large et qu'
il me faut encore réfléchir où pourrait se situer l' entrée de la
chapelle, je me colle à ce mur . Sur ce lourd pesant, la belle
secrétaire en profite pour passer devant moi . Quel plaisir : pas un
regard ! Je passe même pour la tête de fion du quartier . Le gros
con, quoi !
Et, discipliné, et malgré son désenvoûtement envers ma personne,
dès que son parfum me frôle et sa posture commence à s' éloigner, je
n' oublie pas de la mâter . Tiens donc ; je ne vais pas me gêner !
Ses fesses sont moulées à la manière des cigarettes extra fines, à
savoir ; longues et écrasées . Sous sa robe, j' imagine très bien sa
peau se coller à ses os . Ses muscles sont tirés et tendus un max .
Elle est vraiment mignonne ! En l' apercevant, j' ai l' impression
qu' elle a tout ; des yeux bleus, un visage à cris et à coeurs, des
seins arrondis et des jambes à en perdre haleine . Le rêve quoi !
Et malgré mon coeur, la fille, qui n' a passé qu' en un seul coup
de vent devant moi, s' oblige ; elle pratique ses pas et se dirige
vers la porte se situant à droite de l' ascenseur, puis, d' un geste
désarmé, l' ouvre . Je la laisse faire ; elle resplendit ; rien que
de savoir qu' elle est peut - être mariée à un gros con, cette
perspective me désole déjà . Mais j' oublie !
Elle pousse ensuite la porte à son maximum, s' avance de quelques
pas, et avec l 'aide de ses talons à aiguilles, se retourne sur moi .
La lumière qui scintille dans le couloir l' éclaire . Des yeux clairs
à n' en plus finir ! Le miroir du bonheur quoi ! Face à elle, j' ai
même honte de ma tronche . Minable que je suis ; je parie que ma
couture doit faire rire .
Pendant que sa personne me mate et n' en distingue pas moins, je
profite d' avancer de quelques pas . A côté de la porte, le couloir
tourne sur la gauche, se prolonge de quelques mètres, puis un
escalier prend le relais en direction du bas . Avant qu' elle ne
puisse prononcer mots, je m' obstine vite à mâter en gros la pancarte
posée sur la sonnette de l' entrée . Elle est assez petite, son
aspect semble ridicule. Dessus, je peux lire clairement le texte
suivant : François Brodi, Détective Privé .
Je me retourne ensuite sur la dame . Elle a l 'air de m' observer .
Le regard du tigre ! Le chat noir ! La fille qu' on a envie de
croquer dans une petite cabane d' Hippies, aux abords des gorges du
Verdon . Le rêve quoi ! Elle s' enlise encore quelques petites
secondes, et s' avance gentiment sur des propos me concernant .
- Vous êtes le postulant ?
Son regard est toujours posé sur mon faciès . Elle a de petits cils
capricieux . Un peu noirâtre . Elle les a sûrement peints pour moi .
Le contraire serait litige .
- Oui !
En prononçant ces trois mots, je remarque que mon stress n' a pas
disparu . Je frémis donc !
- Ben entrer alors !
Et pour un sourire d' aplomb qui oblige même mes joues à prendre de
la couleur .
Derrière elle, une petite chambre est éclairée par le reflet du
soleil provenant d' une fenêtre se situant sur ma gauche . Au coin
droit du mur du fond et au coin gauche du mur de droite, deux portes
en bois clair parsèment l' espace qui pourrait très bien être libre
de toutes portes . La femme laisse la porte d' entrée à ma destinée,
et s' avance face au bureau posé juste en face d' elle . Son corps
mouline toujours . Il n' a pas l' air de vouloir s' arrêter . Elle
contourne le bureau . Celui - ci est en bois . Quelques classeurs
sont posés dessus à la verticale . Juste à côté se tient un
ordinateur personnel qui semble déjà allumé . Elle pose son sac à
main sur sa chaise et se tourne sur l' armoire murale placée juste
derrière elle . De là, elle tire une feuille d' une pochette posée
sur la planche supérieure . Elle lit l' entête vite fait, et se
retourne sur ma tignasse .
- Vous êtes Jeff !
Extrêmement poli ; je réponds que oui . La petite dame me sourit
gracieusement et s' installe à sa place . Sous son doux miroir, j'
aperçois des lunettes de vue . Elles sont ouvertes et posées derrière
les classeurs . Je referme la porte derrière moi et m' avance de
quelques pas . Son petit charme ne désenchante toujours pas . La
grande classe ! Si j' imagine bien ; son sourire doit durer huit
heures par jours, plus les heures supplémentaires . Le rêve pour tout
avocats ou notaires quoi !
Devant le bureau, une petite chaise esseulée et complètement
ridicule se coltine l' avant train de la scène . Compréhensif à sa
cause, je m' approche d' elle et m' assois . La femme elle ; toussote
quelques microbes, puis, comme je l' espérais, tire ses lunettes et
les pose sur l' os de son nez aquilin .
- Vous habitez la région parisienne ?
Ça se pose ! Je réponds :
- Oui, bien sûr . Pourquoi ? C' est une convenance ?
Ses lunettes remontent .
- L' habilitation est ici : dans ce bureau .
- Ah !
L' homme insatiable que je suis : que je n' avais pas vu !
Avant de me répondre, elle écrit quelques lignes sur la feuille,
puis tire une petite bouteille d' eau de son sac à main .
Contextuellement : je me piafferais de savoir ce qu' elle vient d'
écrire . La suite de mon roman je suppose ! La prose de l' homme
seul ; se vendant d' être célibataire, alcoolique et écrivain à
bouquins jamais publiés .
- Vous êtes célibataire ?
Et continue - t - elle ...
- Oui, bien sûr . Même deux fois .
Elle sourit, et ose me répondre .
- Mieux vaut une de plus que pas assez .
Cette réplique me fait rire et j' en profite . Sous la table, entre
les deux planches de bois qui servent de battants au bureau, le
prolongement de ses jambes sous sa jupe semble donner sur l' infini .
Que c' est gracieux ! Cette position me fait rappeler Basic
Instinct : le style de film qu' on n' oubliera pas de sitôt, et rien
qu' au sujet qu' on a senti être l' élément le plus approfondi du
scénario .
La dame boit une gorgée et se remet à lire . Du coup, à la voir
seule, je me rends compte que c' est mon C. V. qu' elle est en train
de se payer . Drôle de gueule ! J' ai subitement honte .
- Lapart : c' est un nom français ?
Que je dramatise ; le vrai dramaturge ! Mon nom ne m' a jamais fait
pitié, mais c' est à chaque fois la même question qui se retourne .
Le cauchemar à l' état pur !
- Non ! Je suis Suisse, mais né à Paris .
Elle rit à nouveau :
- Ça change tout alors !
J' ai dit avant que je portais en moi une trouille pas croyable .
Et bien, maintenant, en voyant sa bonne humeur et son sourire d'
aplomb, je commence à me porter nettement mieux . La fringale
quoi !
Je continue à la mater . Le sourire aux joues ! Elle ; sa tronche
ne s' est toujours pas relevée . Son apitoiement est assez
surprenant . On dirait qu' elle note chaques petites phrases que j'
ai écrites . Concentrée ; j' aperçois ses sourcils froncer à chaques
hésitation de conscience . Son intelligence doit être effective ! Une
vraie fausse intellectuelle .
- Vous avez écrit que vous parlez anglais . Quel niveau ?
Je réfléchis un moment . Elle ; s' arrête et relève un tant soit
peu sa bouche pulpeuse sur ma grandeur .
- Alors ?
Cette question me laisse subitement perplexe . Comme toutes les
autres d' ailleurs ! Je renifle quelques uns de ses microbes, et m'
essaie .
- Je comprends et sais me faire comprendre .
Elle sourit à nouveau . C' est sa façon de vivre, on dirait ! Elle
se relève un peu plus : un Bend over straight . Elle repose ensuite
son dos sur le dossier, et comme si sa lecture était terminée, se
réactive .
- En fait, l' anglais n' est pas si important que cela pour ce
métier . C' est juste un plus ! Nos clients sont en majeure partie
français .
Elle tire ensuite un paquet de cigarettes de son sac à main, tire
une clop de la - dedans, et se l' allume . Je la contemple, ébloui .
- Et vous savez à quoi consiste ce job au fait ?
Toujours le tube d' aspirines dans le cul, je reprends mon
souffle . Pas de conneries ! C' est mon avenir qui est en jeu, et pas
celui du fils de milliardaire inscrit dans une école d' art
dramatique .
- En fait, reprend - t - elle, et sans attendre le moindre sursaut de
ma réponse ; la majeure partie du travail consiste à suivre des
maris . Les prendre en photo durant leurs délits, puis de les montrer
à leurs femmes . Rien de vraiment extraordinaire . C' est même un
travail assez simple .
- Je comprends !
- Les principales exigences ; se situent au niveau de horaires . Et
là, nous sommes obligés de demander une grande flexibilité de la part
de notre futur collaborateur .
Elle aspire une grande gorgée de cette nicotine que j' essais d'
arrêter . Et qu' elle est belle ! Le vrai visage enjoliveur ! Si elle
se met à discuter salaires, je dis oui tout de suite . Pas d'
hésitation ! Et qu' importe son
prix .
- Je comprends ! ... Et en ce qui concerne les horaires, ça ne me
dérange aucunement de travailler la nuit et les jours fériés . D'
ailleurs, c' est un peu ce que je recherche . L' aventure au
quotidien vous comprenez ; c' est même devenu ma passion .
Elle aspire d' un bon sens inégalé .
- C' est bien ! C' est d' ailleurs aussi ce qu' on recherche .
Mon costard reflète toujours le grand frisson . Vous voyez le
genre ; l' habit qu' on met quand on est jeune afin de pouvoir se
présenter correctement à une entreprise qui embauche . Le lascar de
service quoi !
Sa prédominance a toujours une longueur d' avance sur ma personne .
Elle sait que je ne suis qu' un petit jeune . Qu' une tête de niaze !
L' homme a tout faire dans un pieu ! Elle en rit même ; et à pleines
narines . Sa malice est en train de surpasser ses caprices . Elle a
beau jouer la femme majeure, mon flegme la sent néanmoins fléchir .
Elle aspire un petit coup sur sa cigarette et reviens sur moi .
- Ben voilà ce qu' on va faire ; je vais vous expliquer ce que le
patron m' a dit de vous dire, puis vous choisirez ensuite si vous
acceptez sa proposition .
Je ne fléchis point, et d' un geste de la tête, j' affirme
positivement . Elle reprend :
- En fait, depuis que nous avons fait paraître nôtre annonce, nous
avons reçu plus de cent CV . Il vous a choisi vous car vous
correspondiez au mieux à son propre profile et que vous possédiez le
port d' arme . C' est juste ?
- Tout à fait !
- Ensuite, il a estimé qu' il était préférable de vous testez
directement, pendant une semaine environ . Rémunéré bien - sûr .
Puis, après cette semaine, si le job vous convient et que vous lui
convenez, on vous fait signer un contrat d' engagement .
Je reste pantois . Que c' est simple ! Plus simple que tout ; que
le reste . Un patron, une secrétaire, un bureau, une pipe de temps à
autre, pourquoi dire non ? Tiens donc !
Je ne prends pas le temps de réfléchir et réponds direct :
- Bien sûr que ça m' intéresse . J' accepte l' offre même
volontiers .
Elle re - sourit et re - tire sur sa cigarette . Elle semble
distraite . Presque émue . Sa volonté est que je foute le camp dès sa
cigarette terminée . Cette image se voit à pleines narines .
- Bon très bien ! Alors voilà : je vous invite à revenir demain ici,
à la même heure, afin que vous puissiez rencontrer le patron . Il
viendra seul, je ne serai pas là . A mon avis, il compte vous faire
travailler dès demain . Le sujet est assez capricieux ; c' est une
femme qui pense que son mari la trompe, et il n' a malheureusement
pas le temps de s' en occuper .
Elle s' arrête et me regarde comme si elle s' attendait à quelque
chose de ma pomme .
Et pour moi ...
- Donc ! Si je comprends bien, je suis à moitié engagé ?
La dame, voyant mon éclair rebondir, écrase sa cigarette contre le
cendrier que je n' ai pas mentionné tout à l' heure . Elle ne me
semble même pas perplexe . Sa sensibilité fait rebondir la
compréhension de son apôtre . Charmante bidasse ; elle parait sûr d'
elle comme ce n' est pas permis .
- C' est dommage . Finalement, j' aurais pu vous dire tout cela par
téléphone ; on aurait été quitte de se déplacer . Le patron aurait dû
être là cet après - midi, mais il a eu un empêchement de dernière
minute, et m' a téléphoné chez moi vers midi, avant que je ne parte .
Sa parodie fragmente sa déception ; je commence même à comprendre .
Moi ici ; c' est tout son après - midi qui fout le camp .
Tiraillé . Son problème commence à m' obstiner . Je n' arrive pas à
trouver de questions assez intelligentes pour satisfaire sa besogne .
C' est presque le chaos . J' essaie quelque chose . Je me travaille,
mais rien ne vient .
Elle refixe ses yeux sur moi . Que sa témérité surplombe ! La femme
qu' on n' oserait pas approcher si on a pas mille balles en poches .
Quelques secondes d' hésitation, et elle reprend d' un ton très
affirmatif ...
- Bien ! Ben ... si vous n' avez pas d' autres questions, je pense
pour ma part que sera tout !

# Posté le samedi 03 décembre 2005 03:50

Columbarium

Mon premier roman. Je l'ai écrit en 1998 et je l'ai publié en l'an 2000
aux éditions Fitzsimmons. Il se compose de 37 chapitres. C'est un roman
policier qui peut peut–être avoir sa place dans les kiosques.
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# Posté le dimanche 27 novembre 2005 15:32