React 2100 , Mercredi 9 heure 15 - Mercredi 12 heure.


Mercredi 9 heure 15.

Le dernier sous-marin atomique américain encore en activité se rapprochait de la fosse Marianne. Son objectif se résumait tout simplement à s'enfoncer jusqu'à son seuil maximum. Ce type de submersible pouvait descendre jusqu'à cinq cent mètres de profondeur et se stabiliser à ce niveau durant plus d'une semaine. Un gigantesque bloc en forme d'obus dont la coque, en aggloméré de titane, se caractérisait à pouvoir supporter les pressions extrêmes des profondeurs. Une machine de guerre désuète certes, mais dont l'armement restait impressionnant ; ses tubes comprenaient encore trente missiles intercontinentaux pouvant chacune contenir une ogive nucléaire capable de raser un superficie d'environ un million de kilomètres carrés, et sous le contrôle de seulement cent quatre hommes d'équipage, dont le capitaine Jessky, un natif de l'état de Washington, cinquante deux ans, trente quatre ans de service dans la marine, marié, deux enfants et raisonnablement attiré par les boissons alcoolisées.
Généralement un satellite à imagerie digitale balayait chaque dix minutes la surface marine de la région sud asiatique, mais avec les nombreux problèmes de logistiques réprouvés ces derniers jours par l'armée américaine dû aux nombreuses ondes de brouillage émises par l'ennemi, un opérateur au sol se devait d'avertir le poste de pilotage de la contrainte. A savoir que le submersible allait subir pour la matinée, des variations de fréquences au niveau de la communication avec le centre de contrôle et de se fait les pilotes allait avoir l'obligation de manoeuvrer l'engin sans l'aide du GPS.
Au premier abord, cet exercice ne comportait aucun risque réel. Les officiers du bord connaissaient déjà la situation par l'avoir étudiée et simulée. En plus chaque année, des opérations d'entraînement dont les conditions correspondaient presque à l'identique à la situation d'aujourd'hui, se déroulaient au large des cotes californiennes, afin d'habituer les matelots aux situations d'urgences et de guerres. Mais ce jour là, le commandant préférait superviser les man½uvres. D'ailleurs son anxiété se lisait à livre ouvert sur son visage et ses traits. Ses questions se précisaient au niveau des objectifs actuels de la mission, car d'après l'histoire, aucun capitaine de submersible, à ce jour n'avait débloqué le système de sécurité afin de réellement lancer les missiles. Un état de conscience le tracassant car il se doutait que l'ennemi connaissait son existence et au milieu d'un conflit dont le principal outil de guerre s'appelait une navette, les chances de survie de l'équipage, au cas ou l'ennemi détecterait sa présence lors des lancés de missiles, s'estimaient à être très faibles.
Pourtant ce sous-marin avait été conçu au préambule pour combattre un ennemi extérieur à la planète, car un caillou au beau milieu de nulle part, dans l'immensité de l'océan pacifique, pouvait peut-être s'avérer dangereux. Une chance infime, non négligeable, dont l'administration se préservait d'entretenir, juste au cas ou un ennemi potentiel prendrait le dessus et raserait l'Amérique du nord pour n'en laisser que des restes et du même coup laisser le sous-marinier seul face à un destin inextirpable.
La man½uvre de déroulait selon le plan, la descente du géant suivait son cours normal. L'officier en second informait l'assemblée à voix haute chaque fois qu'un palier venait d'être franchi. Chaque personne prenait alors cette valeur comme référence dans son imaginaire. Cent mètres, cent trente mètres, les machines ne s'arrêtaient pas de s'enfoncer et au yeux inflexible du capitaine, une bataille se pressentait imminente. Le but de l'opération prenait forme, à savoir qu'il fallait lancer absolument trente missiles et se cacher le plus rapidement possible telle une pieuvre se confondant ave le paysage afin de sauver sa vie. Qu'un geste, presque animalier, la défense naturelle.
Cinq minutes plus tard, l'officier annonçait deux cent mètres. Le centre de commande ressemblait fort aux vieux submersibles du vingtième siècle, cinq places alignées réservées aux pilotes et deux places concentrées établies aux radios, un endroit compact et éclairé partiellement, des lampes rouges indiquant l'entrée des différents sas et des blanches illuminant les pupitres, mais aucun excédant, la rationalisation de l'énergie radicalisait la proximité de l'endroit. Concernant la position du capitaine, celle-ci s'avérait être modifié, l'homme ne restait plus debout, mais possédait son propre pupitre et une caméra digitale remplaçait enfin son ½il en travers l'écoutille.
Après, derrière son écran de contrôle, l'officier prononçait trois cent mètres. Malgré la puissance de la machine, la pression à cette profondeur devenait indéniablement importante et personne ne restait indifférent à ce genre de man½uvre. D'ailleurs plus personne ne circulait, chaque soldat prenait place à son poste prédéfini pour le combat, personne ne tremblait, personne ne montrait sa peur, mais l'ambiance se perdurait car tout le monde savait dans quelle situation inconvenante le dispositif se situait. Les abîmes s'approchaient, le noir absolu les enveloppait gentiment.
Bien entendu le GPS ne fonctionnait toujours pas et à trois cent cinquante mètres, comme si une péripétie en annonçait une seconde, la voix provenant du centre de contrôle extérieur s'interrompait. Elle ne faiblissait pas, mais disparu rapidement, une coupure nette, un silence soudain mais habituel car tout l'équipage savait ce genre de d'interruptions possibles à ce niveau là. Un bref silence véhiculé par le brondissement des parois face aux forces naturelles, des craquements sourds, du métal corrompu et des lampes scintillantes. La voix du capitaine en arrière fond, concentré face aux valeurs correspondant aux pourcentages d'utilisation des ballastes.
On s'arrête à quatre cent cinquante mètres et on rétablit le contact.
Les pilotes s'ordonnaient immédiatement. La masse de métal descendait toujours, l'officier annonçait quatre cent trente mètres. Les machines augmentaient gentiment leurs puissances, la tête du submersible remontait un peu et l'asservissement des ballastes s'enclenchaient. Toute la machinerie fonctionnait sans problèmes majeurs. Le capitaine pouvait se réjouir de ce noir intense, pour l'instant personne ne ressentait le mal des profondeurs, chaque soldat patientait, des visages calmes, satisfait d'avoir atteint cet absolu, des nerfs détendus et des muscles apostrophés.
A l'approche de quatre cent cinquante mètres, les vrombissements des deux réacteurs principaux se calmèrent. Cette mer glaciale et inhospitalière se chargeait du silence et de l'absolu. Les craintes déclinaient gentiment, la tension nerveuse disparaissait calmement. Les mouvements du corps retrouvaient leurs aptitudes courantes, une normalité raisonnable. Les images sur les écrans affichaient le contenu d'une masse constante, une machinerie parfaitement réglée et un service absolument coordonné. Tout semblait se figer, les aiguilles de mesures s'immobilisaient, le courant pénétrant dans les lampes retrouvait leurs constances et les objets non fixés se stabilisaient. Un silence total, affligeant, des regards figés, droits et discordants.
Après, un long silence apparut parmi les choses. Les courants de l'océan continuaient en leurs mouvements perpétuels. La masse d'eau bougeait, se développait en son fond, un prolongement indéniable et une route interminable. Un ban de poissons tournoya durant un cours instants aux alentours de la coque comme attiré par ses ondes. Un appel, une voix inaudible, incompréhensible, impénétrable. A l'intérieur, aucune présence humaine ne semblait se préciser. Un géant au ventre creux.

Mercredi 10 heure.

Le président paraissait inerte face aux écrans géants de la salle de contrôle. Depuis des années la société utilisait la couleur verte pour des indices correctes ou en hausses, et la couleur rouge pour les indications d'alertes et d'alarmes. En règle général, les panneaux se pourvoyaient de vert et en de rares occasions des avertisseurs rouges clignotaient, mais ce jour là, un mouvement contraire s'installait en lieu et place. Les opérateurs ne cessaient pas d'initialiser les systèmes de contrôle, de décrocher des téléphones d'urgences et de s'interpeller. Une synergie malencontreuse, défaillante, un piètre spectacle, un goût amer, comme l'avant première d'une défaite.
Le général Kost, aux côtés d'Edward, ne paraissait pas frustré par la situation. Pour lui, cette condition de guerre correspondait aux images d'anciens champs de bataille, le camp de base d'une armée en mouvement, se préparant à une offensive imminente, regroupant les informations et comptabilisant les effectifs. Une machine dont l'administration maîtrisait parfaitement et l'appui des politiques, à cet instant, se résumait en une simple présence aléatoire, presque neutre en fonction des décisions à prendre.
Comment allez vous joindre les chinois et les russes ?
Le général se permettait d'avaler une goûte de thé avant de répondre.
Nous allons les joindre via le réseau câblé.
Un opérateur avait installé au préalable deux haut-parleurs sur la table, il leur indiquait la correspondance comme étant établit. Une voix tonitruante intervint du côté russe et plutôt minoré du côté chinois. Ces nations possédaient un arsenal, à eux trois, bien plus puissant et plus efficace que l'armée de Mars. Leurs fonctionnalisations dans l'espace manquaient certes de souplesse et de pratique, mais si tous leurs efforts se concentraient en un seul point, ils pouvaient se permettre d'anéantir la surface de Mars dans sa globalité. Une perspective certes envisageable, mais qui ne convenait de toute façon pas car un bon nombre de personnes d'origines américaines habitait maintenant en ce lieu.
Le président russe n'hésitait pas à s'imposer, sa froideur en son discours, ce matin, surpassait sa caricature normalement modeste.
Vous nous donnez une date, une heure. On rase.
Le machiavélisme timoré du général Kost ne l'empêcha pas de sourire. La morosité du lieu et l'ambiance globale en rapport à la situation l'envenimaient en prendre stature, s'imposer selon son règne.
Vous savez pourtant bien qu'un événement nous en empêche.
Le président ne comptait certes pas intervenir de suite et laisser plutôt court aux présences militaires, mais une vérité si clairement énoncée provenant de la bouche du Général, le surprit en bien. Il pensait qu'entre généraux d'autres nations, la langue de bois primait sur tous pesants, mais quant à cette annonce, après, un tempo presque sourd s'installa parmi la foule. Un silence inadéquat par rapport aux positions hiérarchiques que chacun possédait en son sein. Une éternité, car des événements pour l'instant incompréhensible se constataient partout sur la planète. Les fusées des bases chinoises sur la lune de décollait plus, en Russie trois centrales nucléaires venaient de rendre l'âme presque au même moment et sans raisons apparentes, au Népal les habitants d'une vallée entière évacuaient les lieux dû à une alerte de fissures provenant d'un barrage situé en amont, au Sri Lanka l'alarme au Tsunami s'enclenchait pour la seconde reprise en une seule heure, à Naples les sondes enfoncées sur le flancs du Vésuve indiquaient des valeurs de surchauffe et des tremblements de la masse inhabituels et ce qui présageait une activité sismique imminente, l'armée américaine quant à elle perdait le contrôle de son sous-marin nucléaire, sans compter la pertes ses bases spatiales sur la lune et ainsi qu'autours et l'armée russe ne prétendait guère mieux car la base spatiale non habitée établit en mode géo stationnaire autours de la planète Europe ne transmettait plus rien depuis belle lurette.
Un dédale d'incompréhensions se manifestait partout. Chaque nation se retrouvait du jour au lendemain en la présence d'un problème très grave à résoudre. Soit une construction risquait de s'effondrer, soit un volcan éteint se manifestait soudainement, soit des navires disparaissaient, soit des barrages risquaient de se briser, soit des pannes majeures se produisaient au niveau de la gestion informatique et énergétique de l'ensemble des territoires. Enfin des signes prouvant certes que l'ennemi agissait contre effectivement toutes nations représentées, mais malgré tout, tous ses points d'ombre et non avenue ne correspondaient pas à des sabotages ordinaires et communs. Car il s'agissaient bien là, d'événements certes inhabituels, mais certainement inopportuns. Des réactions en chaîne inconcevables et des événements que seule un élément étranger au système pouvait engranger, car même si la planète mars s'avérait devenir au fil des années, une entité dissociable du reste du monde, il n'en demeurait pas moins que la machinerie du général Sari, malgré tout son machiavélisme, ne pouvaient produire de telles conditions aussi probantes qu'un désastre annoncé.

Mercredi 10 heure.

L'impossibilité de travailler correctement régnait dans tout l'immeuble. Jacky tenta néanmoins de se connecter au réseau Internet et comprendre la situation par delà les dépêches, mais elle ne put certainement pas entrevoir de s'attaquer à son ouvrage quotidien. Car la sombre histoire se lisait et se regardait partout, des parties de séquences filmées au ralenti provenant de web caméra positionné sur des pilonnes de bases lunaires prouvaient clairement les attaques de vaisseaux ennemis. Les réactions des différents acteurs politiques du pays, les images de catastrophes cinématographiées dans tous les pays et les retransmissions des désastres provenant des différents états américains. Un flux de documents invraisemblables mais qui prouvait malgré tout que le réseau médiatique terrestre profitait encore de sa pleine structure, à l'instar des satellites, dont une majorité ne transmettaient plus ou avaient été détruit par l'adversaire. Des stigmates flagrants, au sein d'une société qui ne pouvait se permettre de vivre un seul jour sans informations. Des villes surchargées de publicités, des tours de cent mètres s'étalant sur des kilomètres et des kilomètres, des logements sociaux précaires à pertes de vue, des avenues surchargés de transports en commun et un horizon enfreint par de nouvelles constructions, en fait d'une structure, un piètre résultat animait l'atmosphères des villes, des mégapoles pouvant atteindre cinquante millions d'âmes, des êtres abandonnés et engloutis dans l'immoralité et vivant hasardeusement dans une fourmilière devenue paradoxalement sévère envers le citoyen alors que l'irréprochabilité avait augmentée,ses cinquante dernières années, jusqu'à hauteur, selon les sources statistiques, proche du zéro pourcent concernant les infractions et les vols de moyennes importances. En récapitulé les mutations de la société se précisaient surtout en la discipline de l'être envers la loi, un comportement digne face à des valeurs qui ne correspondaient plus du tout aux principes reconnus du vingtième siècle. Certes l'administration n'imposa pas la pose d'une puce dans chaque être humain, mais comme chaque personne avait l'obligation de posséder en permanence une carte à puce, les filtres et les contrôles sauvages ou obligatoire parait à cette perspective et offrait en plus un large dépôt d'informations aux statisticiens et aussi aux responsables de marketings des grandes chaînes de distributions, aux médias, aux annonceurs et surtout aux marques, devenues à cette période, un élément incontournable au c½ur de la vie en mégapole
Sa meilleure copine s'approcha avec parcimonie. Lisa adorait son profile et sa nature de femme libertine. Elle appréciait se coiffer les cheveux en boucle et parfois porter des perruques rouge ou vert clair et se vêtir de vêtements extravagants à la majorité des cas en plastique, soit moulés, serrés au corps ou arrangés plus souplement. Une mode artificielle, usant du produit le moins dispendieux et le plus courant. Un plastique incontournable ; indispensable en tout usage et tout addition, mais révélant parfois un assortiment de dissociations et de prédispositions souvent intéressantes et parfois révélateurs.
Tu viens avec moi prendre le café.
Jackie, en sa candeur, accepta volontiers et se leva activement. Elles se dirigèrent sans dire mots vers l'espace réservé aux personnes fumeuses. Une petite chambre close puissamment ventilée. Lisa commanda deux cafés au distributeur et elles s'installèrent proche de la seule fenêtre qu'offrait le lieu. Une petite table en bois, certainement conviviale.
Ton mari sert dans quelle arme ?
Virginie tentait s'apaiser la situation. Malgré le contexte, cette guerre subite, cette situation critique, une révélation apparaissait dans l'abîme, une vision impénétrable et indéfinissable. Un mouvement incohérent, indicible dont chaque personne pouvait ressentir selon sa propre estime, des faits révélateurs par rapports à l'ampleur des situations soumises, des adéquations marquantes dont le mécanisme reflétait des caractéristiques majeures. Car toutes ses interventions subites, quelles soit minimes ou extraordinaires, semblaient, pour le plus grand nombre, se corroborer, se lier, une connexion adéquate, comme des lignes se reliées entre elles et aboutissant en seul point. Comme des filaments au dessus d'une machine à tisser ou comme les fils de coton d'une toile d'araignée.
Il pilote, il est officier à l'air force, il sera en première ligne.
Jackie se démarquait de part son émotion troublante. Ses mains muâtes s'agrippaient à la tasse et la chair de pouls s'emparait de toutes les surfaces de son corps, même jusqu'au visage, d'ailleurs d'une blancheur inexplicable. Des joues froide, fatiguées, marquées par l'émotion. Presque une allure blafarde pour cette dame au long visage et à la fine corpulence, une plastique se révélant en d'autres moments pourtant appréciable à regarder et surtout à admirer.
Une atmosphère faussement déguisée en pause habituelle, car Jackie ressentait ce mouvement l'atteindre au plus profond d'elle-même. Un pressentiment dont l'on ressentait les odeurs par delà les murs, un fruit en décomposition, dégageant son arôme malodorant loin à la ronde. Comme un battement, un pouls, celui d'un c½ur, un spasme léger, introverti, s'interposant dans l'évolution des fréquences hertziennes, jusqu'à laisser dans le scintillement des néons, son spasme personnel et inadéquat. Une vibration passive, se juxtaposant en rapport avec les environnements capables de transmettre des données suffisamment incertaines dans leurs confidentialités avec les êtres et leurs sens, ramenant chaque animation en un vibrato malhabile et laissant derrière son passage une marque inégalable pouvant laisser prôner le doute quant à sa consistance et à sa nature profonde. Brièvement un être adapté à se confondre avec les choses de la vie courante, un espion, un virus bio thermique se confondant avec la réalité et l'esprit. Un génie invisible et bien plus puissant que le commun des mortels.
Cette sensation si forte empêchait Jackie à s'exprimer correctement et ce manque d'énergie affectait aussi son moral et son état d'esprit. Sa copine, en face, voulait la réconforter, l'envelopper par sa présence, mais visiblement une maladie se développait au c½ur de son être, incurable, inexplicable et méconnue.

Mercredi 10 heure 30

Après trois heures de route environ, le camion s'arrêta devant l'entrée de l'enceinte de la base. Un voyage assez tumultueux car l'engin s'arrêta plusieurs fois dans des stations services, soit pour faire le plein ou soit pour déposer ou prendre des personnes, un service de bus fortuit au milieu d'un enchevêtrement fou de voitures et de transports en tout genres. Des colonnes et des colonnes de véhicules, des pillages, du carburant en disette, une population effrayée par un avenir incertain, des médias déballant soit des vérités exécrables ou des allégories déjantées, un flux, une fourmilière frappée par le talon d'une botte puissamment renforcée.
Les occupants du camion habitaient tous en Californie, une dizaine d'officiers et une vingtaine de sous-officiers et soldats de secondes classes. Tous membres de la division de réserve de la troupe du dessert d'Arizona de l'air force. Une puissante force, dont la principale base occupait une parcelle d'un dix milliers d'hectares sur la frontière entre l'Arizona et la Californie. Un complexe souterrain gigantesque ou, d'après plusieurs magazines spécialisés, un enchevêtrement de galeries dont la distance total atteignait les cent kilomètres, se chevauchaient afin de rendre pratique le décollage et l'atterrissage de plus de cinq mille fusées d'interception. Un monstre gigantesque, parfois considéré, pour une partie des contribuables, comme superflu et voire inutile.
Le check point ressemblait fortement à un péage autoroutier. En ce jour, comme les prédications annonçaient une forte influence, une unité de renforts déchargeait les soldats habituellement assignés au contrôle. Une visite rapide des cartes de légitimation et un jeune soldat montra à Oliver, l'emplacement des camionnettes réservées aux pilotes de sa division. Un désert abrupt, presque vide, paraissant dénué de vie, des ordres, des mouvements de foules, des descentes de camions, de la poussière et un mélange d'incompréhension, de stress et d'ignorance.
Une dizaine de minutes plus tard, une jeep s'arrêtait auprès d'une quinzaine de pilotes, des visages, pour la plupart méconnus. D'anciens camarades, un souvenir paraissant lointain et une mélancolie proche de l'état zéro pour Oliver, qui oublia bien vite, dès son service terminé, le fait d'avoir servie au sein d'une grande armée.
Le départ, la route, le véhicule roula une dizaine de kilomètres au milieu des cactus et enfin pénétra rapidement dans un petit tunnel sans prétention, éclairé partiellement et agréablement humide. Un parcours de cinq kilomètres en légère pente et le tube rejoint une enceinte plus conséquente, bien éclairée et climatisé, un large couloir emprunté par de petits véhicules de transports spécifiques à la base et à ses conditions, du matériel entreposé sur les côtés et des soldats s'activant de part et d'autres. La fourmilière et ses fourmis.
Un décor intéressant et impressionnant, mais certes familier pour Oliver, dont ses souvenirs revenaient gentiment car il avait déjà vécu dans ces couloirs lors de ses classes dans l'armée américaine. Des allées, des croisements et des places encore en mémoire dans son cerveau de jeune marié.
La jeep continua dans sa voie durant quinze minutes et elle s'arrêta devant le mess des officiers. La place ressemblait à un quartier de banlieue peu cossu. Une cavité creusée dans la roche et s'effilochant en hauteur telle une galerie de supermarché. Un hall de transit, frais et agréablement spacieux, avec, autour, quatre bâtiments de trois étages écrasés contre le rocher. Le centre de la base, l'unité de commandement et point de ralliement de tous les officiers, toutes armes confondues.
Le temps pour Oliver de souffler et un officier invitait les nouveaux arrivants à rejoindre le restant du bataillon dans la cafétéria. Une foule de soldats patientant les ordres, mille réservistes, pas moins. Une salle bondée, une chaleur lourde, pesante, au milieu d'hommes pas moins anxieux et nerveux. Une indéniable perversité face à l'obstacle. Des officiers conscients du devoir et de l'intervention à effectuer prochainement, mais certes très dissipés face aux risques encourus lors de pareilles man½uvres. Une insouciance certes, mais une tension clairement définie par la situation incombée.
Plus tard, le colonel Geletier pénétra dans la salle et obtient rapidement le silence intégral. Le chef de mission possédait le plan de vol de sa troupe et en sa prestance calme et sereine, comptait en faire rapidement part à ses hommes.
Nous décollons ce soir ! Mille deux cent space tunder 16d nous attendent ! La contre – attaque est imminente !
Les hommes connaissaient la mission pour l'avoir déjà effectué ou étudié durant leurs périodes de service, ils en connaissaient les causes et les effets. Derrière la lune résidait une surface en forme de losange de deux cent mille kilomètres carrés environ, le seul endroit que le soleil n'éclairait jamais. On l'a nommait la surface noire ou la surface habitable, car sur la lune les compagnies et les nations pouvaient construire leurs bases seulement sur cette superficie. Un endroit très convoité, rempli de fondements et d'édifices, maintenant complètement détruits et dévastés par l'armée martienne. Une place tellement convoitée, que certaines parcelles coûtaient plus chère qu'au centre de Manhattan. Le point d'appui avant l'impact, pour l'armée qui comptait attaquer la terre. Une sorte de ligne magique et moderne qui servait de base de départ pour chaque vaisseau comptant suivre une voie vers une autre planète. Le point central, le port, un secteur maintenant aux mains de l'ennemi et certainement le secteur de la nouvelle bataille.

Mercredi 11 heure 30.

Malgré l'incompréhension, malgré la disette, malgré ce mouvement ineffable, Sarrey n'allait pas manquer à l'éternel dîner avec sa compagne. Une séance de tête à tête taciturne, deux pairs d'yeux ineffables, distants, un couple compromit aux concessions. Autour, la lune et la terre brûlaient, des flammes gonflantes et grimpantes, une douleur intense, des hurlements agaçants dont l'écho de l'horreur remontait jusqu'au point le plus éloigné du système. Un assujettissement obligatoire, un mal s'installant au c½ur d'une citadelle réputée imprenable.
Le commandant s'offrait une bouteille de vin rouge. Une denrée extrêmement rare achetée à prix d'or, un millésime sud africain étiqueté trois ans auparavant. Une senteur discrète et un arrière goût de fraise. Il se permettait d'ouvrir les grandes écoutilles externes dont leurs rôles se spécifiaient à protéger les lourdes fenêtres de l'appartement. Une vue imprenable, un lever et un coucher de soleil sur la circonférence de la planète, des rayonnements bleutés, rougeâtres et en certains endroits jaunis. Un spectacle d'une ampleur incontournable, avec en face des vaisseaux en mode géostationnaire, alignés et rangés en ordres dissipe, arborant, tous, les couleurs de la nation provenant de mars. Un fier cercle rouge avec en arrière fond, un dégradé jaune pâle. La lumière du feu et du soleil.
Malgré ce spectacle normalement fantastique, Gaëlle ne souriait pas. Son humeur méprisable se remarquait de très loin. Son teint habituellement charmeur et emprunté de fraîcheur et de bonne humeur tombait comme une fleur de tournesol en fin de journée. D'ailleurs son maquillage ne dégageait aucune gaieté, son charme naturel perdait alors tout son appoint et ses traits tirés n'envisageaient guère bon présage.
La femme observait son fier mari contempler le ciel, l'espace, la galaxie, bref son monde. Déjà attablé, une princesse au demeurant idiote, patientant un prince charmant inexistant.
La chose a bougé ?
Pas un poil !
Sarrey servait son vin comme fierté d'apparence, seul au monde, les gouttelettes, dès pénétrées dans les verres ronds, fermés et effervescents, tournoyaient en tous sens en laissant de longues traces d'alcool le long du verre.
Qu'est ce qui se passe ?
L'homme rigolait, s'asseyait, gloussait, humectait son breuvage.
Pourquoi ? Tu as peur ?
Malgré le dîner somptueux et certes inapproprié par rapport à la situation du moment, Sarrey se sentait fier et heureux. L'homme détenait la clef, la source et la lumière. La chose se développait en lui, le renforçait en son appréhension, accentuait ses forces et sa témérité. Le pouvoir grandissait au préambule de son règne, le sacrement et sa couronne d'empereur de la galaxie devenait plausible et concevable. Le maître apparaissait en sa personne, en son nom et en son génie.
La chose, dans cette salle obscure et contrôlée en permanence par plusieurs opérateurs, se maintenait gracieusement et n'indiquait aucun signe probant et apparent. Ce diamant noir, gigantesque et indestructible, retrouvé dans une mine à uranium d'état proche du l'équateur martien, suscita bien des émotions de la part des ouvriers et des dirigeants. L'accession au trône de Sarrey coïncidait à la découverte de cette pierre. Presque un symbole, une preuve ineffable. Le secret d'une réussite aux fins fonds d'une terre oubliée et inappropriée à la vie de terriens. La revanche des maudits, soutenue par la providence d'une arme absolue et indestructible. La revanche du feu face à la glace.

Mercredi 12 heure.

Le président Edward ingurgita son sandwich maladroitement. Deux tranches de pain blanc mou et une couche de pâté d'abas de poulet sans odeur. Une assiette rapidement détalée par le mess à la vue de l'augmentation importante du nombre de soldat dans la base. Car si les équipements pouvaient recevoir jusqu'à deux mille soldats, durant l'année, seul un nombre restreint entretenait ce lieu, au plus cent hommes. Des responsables de la maintenance et de l'entretien, sans aucune comparaison avec l'état major qui venait de prendre ce lieu comme résidence ce matin même.
Après il se décida de sortir de son appartement. Il marcha dans le couloir, sous un dédale de tuyaux et de câbles pendus au plafond et modestement orchestré. Des murs jaunes, crépis et modérément entretenus. Une trentaine de mètres, pas plus, mais un secteur emprunté par beaucoup de soldats. Des hommes qui, à sa vue, ne firent pas attention à sa présence et à son charisme. Un ligne droite, très courte, quelques saluts et Edwards retrouvait sa chère salle de commandement. Un espace réservé au – dessus des pupitres utilisés par les opérateurs et au centre, une table passablement débordée par l'affairement des officiers supérieurs. Le général Epton et le général De Nemours, deux êtres surchargés de questions et d'interpellations divers. Du courrier provenant de toutes parts et un va et vient d'officiers en charge de dossiers tous autant importants les uns que les autres. Une mayonnaise inhabituelle et difficile à contenir.
De Nemours l'avais repéré. Quand le président s'installait, son souffle resta bloqué sur l'intervention du général. Un homme assidu et se prétendant clairvoyant. Il se permettait de prendre son supérieur à froid et demanda du même coup un silence presque totalement respecté autour de lui.
Le phénomène se rapproche. Par rapport aux informations récoltées, nous portons à croire que plusieurs antennes ont déjà atteint notre système.
A croire que l'homme pouvait s'adresser à cet instant, au fonctionnaire le plus important de la planète, comme d'une décision à prendre tout de suite. Le vendeur aux portes à portes, tel un effet de redondance que le président, en vue de la situation, tolérait en son sein.
A l'intérieur de la salle, la chaleur se ressentait comme intolérable. Le manque d'air pesait sur les gorges. Les écrans de contrôle surchauffaient. Un opérateur inscrivait chaque phénomène sur une carte mondiale dont les limites d'états n'étaient cette fois pas définies et le président pouvait observer cet ½il à chaque instant. Chaque minute un point rouge apparaissait, un chiffre indénombrable, la terre se tachetait de problèmes et de manifestations incompréhensibles. L'issue semblait fatale, extrêmement tragique. Le président des Etat - Unis d'Amérique devait prendre une lourde décision, voir son sacre anéanti par un trou noir. Une chose insignifiante, un titre ridicule et disproportionné par rapport aux problèmes réels.
Devant, les généraux, malgré le stress, semblaient apprécier la situation. Un état de guerre rendait le soldat heureux. Une bataille gagnée devait porter les responsables de l'état major en triomphe, les inscrire au panthéon, un honneur paradoxal et curieux. Comme si le but des hommes se réduisait à inscrire leur nom dans le dictionnaire. Le but des êtres, la constellation des technocrates, une exigence souvent folle mais sagement informelle.


# Posté le lundi 10 novembre 2008 15:05

Daniel Gindraux, 2006, Réact2100, Mercredi 1h00 – 9h00.


Mercredi 1 heure.

Le général Sarrey s'inquiétait énormément d'une contre-attaque imminente. Ses fusées ne décollaient plus, ses vaisseaux ne bougeaient plus et ses officiers scrutaient toutes les causes pouvant empêcher les infrastructures de fonctionner. Pour l'instant, aucune réponse. Les fusées semblaient fonctionner, les écrans de contrôle n'indiquaient aucune alarme, mais néanmoins rien ne voulait avancer. Son armée se figeait sur place comme les chars allemands en Russie durant l'hiver quarante deux. Un blêmissement surgissait du néant.
Sari revenait de la salle des réacteurs. Aucuns indices suspects n'étaient à déplorer. Sarrey connaissait déjà le statut. Mais son second persistait à vouloir le déranger. L'homme s'obstinait dans son arrogance. Son caractère impétueux l'avait emporté sur les autres prétendants quand son supérieur recherchait à l'époque des hommes dignes de pouvoir devenir ses fidèles seconds. Sa démesure et son intelligence l'emmenèrent vite à s'installer aux côtés de Sarrey. Les deux hommes devenaient vite des confidents. Mais plus tard Gaëlle s'imposait dans l'obstination universelle de Sarrey. Sari devint alors de plus en plus gênant face à la pression de la femme. Elle en devenait même son ennemi et Gaëlle pensait réciproquement. Cet homme n'avait place auprès de son mari. Donc un concurrent incommodant. Une guerre de pouvoir irrationnelle car Sari s'entretenait souvent à des querelles amoureuses avec l'égérie du pouvoir.
- Vous avez une mauvaise nouvelle à m'annoncer !
En publique, Sarrey vouvoyaient son homonyme.
- Nous n'arrivons plus joindre Mars. Donc l'ordre à nos renforts de venir nous rejoindre ne peut être donné.
Sarrey restait perplexe.
- Donc toutes les communications sont bloquées ?
- Oui !
Cinq minutes plus tard Sarrey quittait la salle de commandement. Il retrouvait Gaëlle dans son appartement. La fille ne dormait pas. Couché sur son lit, elle inspectait le plafond. Dans la tourmente, sa fraîcheur périssait à vue d'½il.
Son mari voulait la réveiller. Il comptait lui expliquer la situation, mais elle savait déjà tout.
- La présence s'approche n'est-ce pas !
- Arrête ! Tu veux. Ta folie prend de l'ampleur, c'est tout !
- C'est à cause de cette chose !
- Impossible ! Dans la salle, rien n'a bougé et rien ne bougera !
Elle parlait de cette chose. Cette forme enfermée dans une salle en béton armée, presque au c½ur du vaisseau. Un objet inerte, sans vie, flottant dans le vide, et surveillé en permanence par trois opérateurs protégés par une paroi vitrée blindée.
La provenance de cet objet restait secrète. Mais grâce à cette entité, Sarrey pensait pouvoir conquérir le système solaire. Une chose protégeait son empire, donc il n'avait rien à craindre.

Mercredi 2 heure.

L'émissaire aux armées s'approcha avec méfiance vers la table de commandement. Jack De Nemours rapportait une triste nouvelle au président.
Cinq généraux travaillaient en ce lieu, ils attendaient eux aussi sur le rapport de l'expert.
- Messieurs, depuis maintenant quatre heures nos radars intercepteurs n'ont reçu aucuns messages depuis nos bases de Jupiter et de Saturne. En principe la fréquence des émissions pour chaque planète est d'une minute. Au début nous pensions que la confédération martienne avait aussi attaqué ces positions, mais très vite nous avons remarqué qu'il en était tout autre. Les derniers messages audio nous ont confirmé une attaque d'une toute autre ampleur. Le dernier officier nous a parlés d'une présence indescriptible. Elle venait de nul part et s'immergeait dans les appareils, jusqu'à les détruire complètement et rendre tous les modules impraticables pour l'homme.
De Nemours s'interrompait. Le général Roberts rapportait aussi de mauvaises nouvelles.
- Il y a une heure, trente fusées devaient décoller depuis le satellite terrestre Terra un. La mission consistait à s'approcher de la lune et vérifier si des fusées ennemies tentaient de tourner autour de la planète. Mais un problème encore non résolu les empêcha tous de décoller.
Le président restait médusé. Les hommes le regardaient. Son mandat devait expirer dans deux ans. Sa femme souffrait dans un pauvre hôpital. L'homme avait déjà annoncé au parti démocrate qu'il ne comptait pas renouveler son mandat. Deux heures auparavant il nommait le général Kost à la tête de l'armée américaine. L'homme devenait aussi le principal prétendant pour prendre les commandes de l'armée de l'Universall Union. Il siégeait à côté du président. Avant il s'entretenait avec les Russes et les Chinois. Ces deux nations refusaient pour l'instant de s'allier directement au commandement américain. Apparemment les alliers refusaient de se presser, la confédération martienne, ce nouveau pays anglophone, ne leur causait pas encore grands soucis.

Mercredi 6 heure.

Au Texas, proche d'une petite bourgade, la station service Rachel plantait son décor sur la route reliant Fort Worth à Austin. Le commerçant ouvrait sept jours sur sept et vingt quatre heures sur vingt quatre. Le soleil devait bientôt se lever et l'employé de nuit patientait la fin de travail pour s'en aller dormir. La fréquentation du lieu, à cette heure, augmentait gentiment.
Glenn, un ouvrier agricole, se levait tôt. Il passait à la station. L'employé connaissait bien cet habitué. L'homme remplit son réservoir d'essence et se dirigea vers le côté droit du bâtiment. Il ouvrait la porte des toilettes, refermait derrière lui. Trente secondes plus tard il se soulageait. Quand il finissait, il se leva, mais s'assit aussitôt. Ses mains tremblaient, son sang se coagulait dans ses veines. D'abord il pensa à une attaque cardiaque. Il prit peur. Mais quelques secondes plus tard, son corps ne répondait plus. Rien qu'un seul geste devenait fructueux à mouvoir. L'homme se cristallisait, se momifiait. Il devenait gentiment un bloque de béton inerte enfoncé dans une cuve de toilettes d'une station service minable. Sa vie défilait devant lui. Ses poumons se tétanisaient. Sa masse s'asphyxiait. Un garrot invisible lui serrait au coup.
Quelques secondes plus tard il succombait.

Mercredi 7 heure.

Epris d'un terrible cauchemar, Jackie se réveilla en sursaut. Elle laissa son mari dormir et descendit à la cuisine. Toujours malade, elle refusait néanmoins d'avaler un calmant. Elle avalait un verre d'eau, regardait au loin afin d'oublier ce trou noir. Cette femme n'avait jamais bu d'alcool, ne fumait pas, se nourrissait le plus sainement possible, elle entretenait son corps et pratiquait du Tennis. Un jour la migraine apparut. Ce mal s'incrusta dans son corps sans raisons profondes. Parfois il disparaissait, mais revenait à chaque litige de conscience. Une présence inextirpable, vivant dans les profondeurs de l'esprit. Un mal de vivre difficilement surmontable jour après jour, comme si cette femme devait subir le déclin d'une beauté parfaite. L'affliction obligatoire pour chaque être humain.
Mais ce jour là, une pression extérieure enveloppait la jeune femme. Jackie pensait encore vivre dans son cauchemar, mais les meubles qui l'entouraient s'identifiaient à une étrangeté irréaliste. Un mal de mer. Une nouvelle sorte de nausée. Elle reposait son verre, tentait de revenir à son monde, mais rien n'y faisait, cette pression anormale l'offusquait. Elle voyait ses ustensiles vibrer, ses verres se cristalliser. Une chaleur compacte brondissait ses feux dans un meublé apparemment sans histoire. Un tourbillon risible envahissait l'imagination d'une innocente femme.
La fille remarquait cette présence l'ausculter, l'observer. Cette évidence se démarquait en une existence paranormale. Elle voulait fuir, quitter cette place. Elle marcha alors jusqu'au salon. Ouvrit la porte extérieure, sortit dans le jardin. Le soleil commençait à se lever, le phénomène coexistant divulguait ses spasmes dans l'atmosphère, transperçait les nuages d'un flot discontinu. Le vent filtrait l'air, les arbres se débattaient. Apparemment rien d'anormal ne se distinguait dans l'évidence d'un paysage rustique.

Mercredi 7 heure 30.

Les lignes filiformes des rues de la banlieue nord de Denver respectaient la tradition de viabilisations parcellaires américaines. Les villas se rangeaient en de petits terrassements identiques. Une centaine de milliers de familles habitaient et fréquentaient cette étendue. Les habitants du lieu travaillaient en majorité au centre ville. Des fonctionnaires, des financiers et des ouvriers d'usines. Une population distincte avec des devoirs familiaux prenants.
James se levait. Ce célibataire de quarante ans s'émancipait gentiment du cocon familial triqué par l'emprise de sa mère. Il venait d'acheter cette maison familiale beaucoup trop grande pour son emploi journalier. L'homme s'assurait vouloir un jour partir dans un pays slave afin de dénicher sa perle. Sa vie s'écoulait lentement. Le jour devait bientôt se produire. Une femme allait bientôt assainir ses jours sombres. Il se réjouissait.
L'homme commençait son travail dans sa banque à neuf heure. Il prenait son temps. Son habitude de se lever assez tôt l'autorisait à se doucher et à déjeuner convenablement. Ses habits attendaient pieusement sur la commode. Malgré l'actualité internationale si préoccupante, il avait soigneusement repassé sa chemise le soir d'avant. Sa salle de bains ressemblait à une salle d'opérations. Son rasoir prenait place intégrante dans ce décor, comme une valeur probante à son intégrité. Il s'approcha du miroir, se regarda. Plus tard il se rasait, contrôlait qu'aucun poil ne sortait de ses joues. L'homme dormait nu, avant de pénétrer dans sa baignoire, il contempla son corps durant quelques secondes.
James adorait l'instant où l'eau chaude se déversait sur son corps. Il prenait plaisir, pensait à cette femme qui un jour viendrait l'accompagner. L'homme ne s'estimait pas encore trop vieux pour vivre ce genre d'expérience. Il se maintenait, espérait ne pas décevoir.
Il s'aspergea durant trente secondes. La vapeur s'élevait, s'embuait sur les six carreaux de la fenêtre. Plus tard il empoignait son savon. Son corps brûlait, des rougeurs apparaissaient sur son corps. Mais James ne s'en préoccupait pas, il prenait plaisir. A force ses veines s'épaississaient. Son épiderme se développait en une forme dédaignable. Des plaques bleuâtres immergeaient sur ses cuisses et ses mollets. Son visage gonflait, mais son maître ne s'en rendait pas compte. D'ailleurs il divaguait, s'épanouissait en chantant des mélodies de son cru. Tentait d'étaler son savon sur son ventre. Plus tard ses mains tremblaient, ses yeux rougissaient. La chaleur augmentait à mesure. Des globes viraux gonflaient partout. Sa jugulaire se bloquait, commençait gentiment à emprisonner sa respiration. Mais l'homme fredonnait toujours ses airs favoris, il ne se rendait plus compte de rien, sa vie périssait à vue d'½il. Il voulait juste s'épanouir, partir ailleurs, se libérer de ses chaînes brûlantes qui le tiraillaient depuis plus de vingt ans. Son plus bel âge venait de disparaître sous ses pieds, la descente s'amoncelait, et cette perspective rendait son esprit contraignant à toutes idées d'avenir.
Dix minutes plus tard, son corps jonchait au fond de la baignoire. Le flot de l'eau diminuait gentiment. Du sang se mélangeait au flot. L'homme devait mourir d'asphyxie.

Mercredi 8 heure.

Ce soir-là Sarrey ne coucha pas avec Gaëlle. Il l'a laissa dormir. A huit heure il se réveilla, il secoua aussi sa femme. Ce matin là, il désirait la ramener au poste de commandement, mais elle ne désirait pas se lever. L'homme se doucha, au retour il l'obligea à se réveiller. Elle se força, s'habilla péniblement. Plus tard elle le retrouvait à la cuisine. D'une humeur fâcheuse elle déjeuna sans broncher. Son homme, à côté, se sentait grand, même heureux. Il ingurgitait un plat de haricots cuits en provenance d'une culture sous serre installée à l'intérieur même du vaisseau. La fille avala juste un café. Dix minutes plus tard ils sortaient de l'appartement. Ils longèrent ces couloirs privés plus vide que jamais, ils croisèrent la salle secrète du bâtiment et quelques minutes plus tard ils retrouvaient Sari et Karies dans la salle de l'état-major général.
Les deux hommes méditaient au-dessus d'une carte des étoiles. L'heure semblait grave, Sarrey pressentit directement le pire.
- Qu'est ce qui se passe encore ?
Sarrey s'installait. Sa femme le recopiait. Sari répondait.
- Depuis maintenant quatre heures nous ne captons plus aucun signal provenant des satellites d'Uranus, Saturne et Jupiter. Les bases situées sur Europe et Ganymède n'émettent plus rien du tout non plus.
- C'est normal ! Ils ont l'ordre de ne plus communiquer. Chose prévisible !
- Oui ! Depuis une heure, nous ne recevons plus aucune communication provenant de Mars. Plus rien du tout ! Plus aucune fréquence, plus aucun signal.
Le général ne bronchait pas. Par contre Gaëlle restait ébahit.
- Et pourquoi ?
- Personne n'arrive à comprendre !
Depuis le début, Karies ne disait rien. Ce vigilant soldat se passait de touts ces phénomènes surnaturels. Pour lui chaque situation incongrue découlait obligatoirement d'une manifestation technologique précise. Cette pierre enfermée dans cette salle en béton n'influençait pas son esprit. L'ensemble pouvait provenir d'un minerai encore plus dur que le diamant, et rien d'autre.
Mais pour Sari, ces proches événements reflétaient un très mauvais présage. Un phénomène naissait au sein même du système solaire. Une sorte de magma se rapprochait de plus de plus de la terre. Une fréquence. Une vibration ignée.
Sari devait en informer son supérieur, mais ce matin l'homme ne vint pas seul, sa femme l'accompagna au centre de commandement. Alors que devait-il faire ? Tout raconter ! Il pouvait attendre. Laisser la femme s'en aller. Mais l'événement prenait une telle ampleur, que personne ne pouvait l'ignorer.

Mercredi 8 heure 15.

Les médias informaient en permanence le président. Trois écrans l'imprégnaient de l'odeur terrestre. La société, malgré les événements, ne paniquait pas. Plusieurs millions de personnes décidaient de quitter fortuitement les grandes agglomérations. Cette soudaine cohue, pour les autorités, rappelait les veilles de week-ends prolongés et de grandes vacances. La plus grande tache de la police demeurait à surveiller les centres commerciaux. Car cette nouvelle si inattendue pour la population encourageait les groupes disparates des banlieues à tenter de venir piller les boutiques des centres villes. Mais pour le restes, rien de grave. Seuls les hôpitaux constataient une augmentation alarmante de décès inexpliqués. Les ambulances rapportaient chaque heure leurs lots de cadavres mortifiés. Des lambeaux entassés dans les couloirs, et en compagnie des pleures aigus et transcendants des compagnons de voyage. Le dernier vol pour une mort insaisissable. Un sujet que les journalistes ne manquèrent pas de constater.
Les généraux Roberts, Epton et Palati s'installaient discrètement à la table de commandement. Les trois hommes cachaient en eux un secret narquois. Leurs lourdes responsabilités au sein du haut commandement militaire les avaient empêchées de dormir convenablement. Le manque de sommeil de chacun se reflétaient sur leurs visages de militaires antipathiques. Ils lisaient leurs dossiers, n'osaient déranger le président. Epton se relevaient, transmettait un courrier au coursier, retournait s'asseoir. En fait, le président comprit insidieusement que chaque partie attendait De Nemours pour entamer la réunion. L'homme venait de pénétrer dans la base, le service de sécurité l'accompagnait jusqu'au centre de commandement. Le groupe restait dans le silence.
Pour l'instant, seuls les images furtives d'hôpitaux envahis par une populace au désarroi tétanisait le président. L'image de sa femme lui revenait à l'esprit. Ce matin il ne put la joindre par téléphone, plusieurs antennes de communications s'écrasèrent sans raisons durant la nuit. La ville de Washington ne répondait bizarrement plus. Les avenus s'évanouissaient, peut-être qu'elles disparaissaient dans ce méandre. Peut-être que la population tombait déjà dans l'oublie. Une mort certaine astreignait les âmes à marcher droit devant elles. Une armée de bedeaux contraints à se regrouper en rangées éparses. Sa femme en queue de peloton, le regard vide, la souffrance anéantit par la disgrâce et les yeux ouverts à d'autres perspectives.
Cinq minutes plus tard De Nemours s'installait face aux généraux. Ils serrait maladroitement la main au président, déposait ses dossiers sur la table, quelques secondes après, sans conformisme, il s'imposait.
- Messieurs. Je me suis dépêché de venir vous rejoindre pour malheureusement vous annoncer une bien mauvaise nouvelle. Une nouvelle assez extraordinaire. Depuis six heures, plus de trente centres américains d'interception de fréquences provenant de l'espace n'arrivent pas à être fonctionnels. Tout à l'heure je me suis entretenu avec le directeur de la Nasa, il m'a affirmé qu'un problème d'une autre nature venait de s'immerger dans tous les systèmes électroniques. Que cela soit autour de Jupiter ou sur terre. La Nasa pense qu'un phénomène inconnu se rapproche de la terre. Peut-être une source de chaleur ou un rayonnement quelconque. Une sorte de gigantesque nébuleuse autant grande que notre système solaire, et qui n'est malheureusement impossible à mesurer.
La plaidoirie à De Nemours se terminait là. L'homme n'avait rien à rajouter, il pouvait refermer son dossier et sans aller. Le phénomène atteignait tous les points du système solaire, une puissance extraterrestre se rapprochait de la terre, sans visage et sans nom. Les généraux désiraient certes en savoir plus, mais la défiance humaine ne pouvait y répondre. Les instruments de mesures restaient pour l'instant paralysé. Les physiciens et les astronomes, ces dernières années, n'avaient rien remarqué d'anormal dans le ciel, un trou noir n'était pas apparut proche du système solaire et aucune comète ne devait atteindre la terre. Aucune sonde ne perçut un champ magnétique anormal, même dans la région de Jupiter. Les trois spationautes volontaires partis trois ans plus tôt en direction de cette planète donnaient signes de vie chaque quatre heure, au dernière nouvelle, le commandent de bord du spationef confirma une anormalité du module et annonça par la même occasion sa futur perte de contrôle de tout son système. En clair il adressait ses salutations à ses proches. Une triste obligation.
Aucune personne du groupe n'osait contredire De Nemours, ils préféraient attendre le général Kost. L'homme venait d'arriver, il l'avait informé du phénomène. Ce général responsable de toute l'armée américaine prenait son temps. Ce sexagénaire grimpait les échelons de la hiérarchie en quarante ans, officier commando à vingt deux ans, il rejoint l'état-major général à trente ans, afin de s'immiscer comme tant d'autres avant lui, au plus rang de la force militaire. Il gagnait ses nominations grâce à son habilité aux exercices tactiques reconstitués par des programmes informatiques reproduisant des situations de batailles presque exact par rapport à la réalité. Devenu général il se distingua en élaborant plusieurs plans d'urgences au cas où l'Amérique devaient à nouveau construire rapidement de l'armement en grand nombre, comme se fut le cas dès le début de la seconde guerre mondiale. Son choix le prévalu par le conseil de guerre à l'organisation de la défense nationale. Aucun critère politique ne le distinguait, et le président, en le choisissant, l'inscrivait déjà en marge des prochaines pages de l'histoire. Son nom devait figurer obligatoirement dans tous les dictionnaires de l'année suivante.
Sa mine ascétique n'apportait rien de réjouissant. Il s'installait aux côtés du président. Auparavant il s'entretenait avec le général en chef de l'armée russe. Ce brave homme refroidit par la corruption lui apprenait, dans un anglais fluctuant, une tentative de contre-attaque déchût par de nombreux problèmes de logistiques et d'électronique. Ce soldat poursuivit pour différentes affaires de corruption et de détournements de fonds se référait maintenant à la seule force potentiellement valable contre un ennemi trop déroutant et aussi imperceptible.
Mais savait-il vraiment si l'Amérique pouvait en découdre ? Le général Kost n'avait pas de boules magiques en sa possession. Ses conseillés lui proposaient juste d'envoyer plusieurs décharges nucléaires sur la lune et autours, afin de déloger tout simplement le renard. Mais le risque s'avérait élevé si la lune se désintégrait ou changeait d'orbite. Une probabilité mainte fois remise en questions lors des essais nucléaires chinois vingt ans auparavant, et qui conduisait aussi toutes les nations de la terre à prendre ce risque comme probable et réalisable.
Alors il restait la dernière solution. Le général prenait justement place à la table et voulait annoncer une attaque massive et directe, générant obligatoirement de lourdes pertes humaines. Mais l'Amérique n'avait plus procédée de cette manière depuis le débarquement de Normandie. Depuis, la vie du soldat devenait conflit politique, et rien d'autres, mais ce jour là on parlait d'humanité, la menace prenait visage d'une force inconnue et bien plus puissante que la race humaine, donc la fourmilière devait se préparer à perdre des âmes et le général à s'installer maladroitement sur le trône du roi.

Mercredi 8 heure 30.

Cette petite dame fringuante, bientôt septuagénaire, ressemblait toujours à cette petite adolescente qui déballait les marches du collège pour se diriger vers les balançoires de la cours. Des images revenant souvent à son esprit de grand-mère. Une mémoire confuse remplit d'histoires d'enfants, d'adolescentes, de jeunes filles, de femmes mariées, de mères et de grands-mères. Une vie sans histoires, sans tracas, un voyage sur la lune, une croisière autour de la terre à plus de cent kilomètres de l'Everest et le jour de ses cinquante ans en orbite autour de la lune. Enfin une vie commune, digne d'une femme américaine située à mi - niveau de l'échelle sociale occidentale.
Ce matin, elle se réveillait tranquillement. Hier elle suivait les événements devant son poste de télévision, sa fille lui téléphonait durant son dîner, à vingt-deux heure elle interrogeait sa voisine et à minuit elle se couchait. Elle dormit très mal, se levait à six heure et allumait directement la télévision. Mais depuis lors aucunes grandes nouvelles probantes n'étaient apparues, la guerre devenait muette, les images passaient et repassaient. Des scènes moroses ressemblant à des décors de cinéma qui n'empêchait pas cette dame à se soucier de la mort. D'ailleurs elle n'avait jamais connu la guerre et son seul souci résidait au fait que ses enfants et ses petits- enfants pouvaient éventuellement avoir des problèmes.
A huit heure trente elle nettoyait son appartement. Le bruit de son aspirateur ne dérangeait pas le son de la télévision et la dame pouvait rester pendue à son poste tout en travaillant. Elle aspirait son salon, seules quelques miettes de pain traînaient sur le sol. Mais rien d'autres de très important. Après elle voulait passer un coup chiffon sur sa commode, mais une odeur l'a retint subitement. Une relent acerbe provenant peut–être de la cuisine. Peut–être une odeur de fumée ou une odeur de pourri, elle n'en savait rien.
Tout d'abord, la femme se pressa d'aller voir vers le four et le micro-onde, mais ces deux outils n'étaient pas enclenchés. Alors la dame entreprit de trouver la cause de ce malentendu. Elle fouillait la cuisine, ensuite elle cherchait vers la salle de bain. Mais l'odeur ne disparaissait pas, devenait plutôt de plus en plus nauséabond, presque irrespirable. La femme, après la salle de bain, grimpa au premier, ouvrit toute les chambres, mais toujours rien, alors elle retourna vers la cuisine et entreprit de vider les poubelles. Elle se dépêchait, devenait nerveuse, un élément pourrissait son atmosphère et elle ne pouvait que le constater.
Quelques minutes plus tard elle sortait de sa maison, éloignait le sac de sa demeure. Pour elle, la cause ne venait pas du sac, car plus elle s'éloignait plus l'odeur se dissipait. Un goût amère et irrespirable, un mal éc½urant.
Dans la rue, elle se rendit compte que quelques voisins se préparait à déménager. Des gens pourtant calmes, ne paniquant jamais. Un jour pas comme les autres, un jour inoubliable car partout les gens grouillaient, se dépêchaient à quitter la grande ville. Plus un ciel animé d'une activité intense. Des avions privés semblant quitter la terre afin de se protéger des explosions nucléaires, des vies de familles brisées pas un événement digne d'une hégémonie humaine, avec chaque père de famille comptant protéger sa famille au prix des efforts fournis durant toute une vie. Un marasme économique gigantesque qui apparaissait maintenant sous les yeux de cette dame. Une histoire douce devenant cruelle.
Cette grand–mère resta plombée face au décor durant quelques minutes, elle dénombra le nombre de voisins voulant quitter son quartier, et enfin, peut–être un peu dégagé de cette odeur lugubre, elle escompta revenir chez elle. Mais dès ses premiers pas, le malséant revint lui frôler le corps très rapidement. Une impression indigne, provenant de la maison, peut-être de nul part ou d'ailleurs, continuait à l'importuner. Une de ses odeurs que l'on n'arrive pas saisir et à trouver sa provenance. Du purin ou autres matières n'existant plus sur cette planète.
Au premier abord, elle compta forcer le passage. Seule dans son jardin et ignorer de tous, elle peina à avancer et à retrouver ses pas. Le temps lui sembla très long pour arriver jusqu'à sa porte. Elle pressait son nez avec ses doigts, mais malgré tout, l'odeur l'envahissait néanmoins. Plus loin elle retrouva son salon. Là, l'odeur se transformait en un chaudron malséant et nauséabond. Toute la pièce devenait le décor d'une énorme supercherie, le décor d'une histoire maladroitement adaptée. Le silence certes régnait, mais une compression si fort surpassait tout le reste. Une chaleur inouïe, impossible à réaliser pour cette petite dame n'ayant connue que le charme du bonheur durant toute sa vie.

Mercredi 8 heure 45.

Jackie pleurait depuis bientôt une demi-heure. Son mari venait de la quitter. Ce téléphone si attendu par le couple avait sonné à cinq heure du matin. Un officier de garde mobilisait Oliver et le jour même ce citoyen moyen redevenait soldat. L'armée sollicitait sa présence et vu les circonstances, aucunes excuses ne pouvaient être prises en considération par l'état-major général de l'armée de l'air américaine.
Vers huit heure, un camion de la garde nationale passait devant le portail de sa parcelle. Un agent de la police militaire occupait la place avant. Quand Oliver apparut, l'homme sortit du véhicule. Face à l'officier, il lui demanda de signer la décharge. Oliver tenait toujours sa femme dans ses bras. Elle pleurait, ses bras ballants, tombaient le long de son dos. Cette femme jadis si fort perdait en moins d'une journée, toute sa passion et son devenir. Son mari signait son arrêté, à huit heure sept minutes et quarante quatre secondes, le calepin électronique transcrivait un pion de plus au sein de l'armée internationale.
- Crois – tu que l'école va nous attendre ?
Ce boum au c½ur se prénommait Lisa, la fille de la voisine. Une petite tête rousse, minois et frivole. Une adorable petite personne bien éduquée avec un esprit ouvert lui permettant de passer facilement pour plus âgée que son âge. Elle attendait certes que Jackie la ramène, comme au quotidien, jusqu'au perron de son école, mais du haut de ses dix ans, malgré sa bonté, n'imaginait toujours pas dans quelle situation l'humanité se trouvait. Le spectre de la troisième guerre mondiale se rapprochait à grand pas et Jackie devait malgré tout se rendre à son travail. Jadis elle avait appris que durant la seconde guerre mondiale, les femmes redoublèrent d'efforts afin d'augmenter la productivité industrielle de la nation et rien qu'un instant elle s'imaginait déjà au commande d'un fer à souder, comme ces femmes qu'elle avait eues le privilège de voir, immortalisées sur des images d'archives de la seconde guerre mondiale.
Le chemin de l'école se prêtait ce jour-là, à la pire découverte qu'une fille pouvait s'imaginer. En fait les habitants soit s'apprêtaient à quitter leurs foyers en entassant un maximum de bien au fond de leurs vannes ou soit se prêtaient à renforcer leurs bâtisses en cloisonnant toutes les entrées avec des planches de bois bon marchés. Une fuite en avant invraisemblable et comme le pensait Jackie, inutile.
Certes les gens ne paniquaient pas encore, mais l'on ressentait en eux ce désarroi que porte en soi une population s'apprêtant à subir des jours difficiles. Des voisins quittant leurs domiciles pour soit- disant aller se réfugier en montagne et d'autre patientant l'½il du cyclone en imaginant des scénarios improbables et irréalistes. Une fièvre augmentant à mesure et des angoisses prenantes. La veille de l'apocalypse au demeurant.
Huit cent mètres plus loin, l'école se présentait trop calme. Sur le parvis de l'entrée, les enfants devenaient rares. Malgré l'agitation, l'établissement ne fermait pas et les professeurs s'obligeaient à donner cours comme à l'habituée. Une tension tenace certes, les affligeait, contractait leurs expressions d'accoutumé, mais mis à part quelques craintes de parents pour la sécurité de leurs chérubins, l'ambiance générale s'adjugeait à respecter l'ordre et la discipline établie.
- A tout à l'heure.
- A tout à l'heure ma petite.
Elles s'embrasèrent comme si elles se trouvaient sur un quai de gare et Jackie céda la petite à sa maîtresse. Un signe d'adieu et la femme se retrouva rapidement seule face la ville et son habituel rythme contraignant.
En face, les buildings se rapprochaient, la densité de population, dans la rue, progressait, mais d'habitude, cette femme prenait plaisir à observer la vie, mais ce jour là, son moral s'agrippait à un fil et elle ne pensait à pas grand chose mis à part au marasme qui se profilait à l'horizon. Une noirceur limpide, stridente, tournoyant autour de sa personne tel un fantôme, un flux constant d'indulgence. Une laideur incommensurable, assignant la population à résidence, à la soumission, délimitant par cette mesure, les contours de la liberté individuelle.
Un quart d'heure plus tard, la femme arrivait sur les pavés de la zone piétonne. Son employeur gérait des immeubles locatifs, une société de courtage employant trente personnes dans des locaux situés au vingtième étage d'une tour au centre ville. La femme travaillait en ce lieu depuis deux ans comme secrétaire comptable. Elle s'y plaisait. Plusieurs collègues devinrent ses amies et aussi ses confidentes. Des relations durables qu'elle recherchait à se procurer afin de rendre son environnement plus agréable à vivre. Un bon nombre de collègues, mais aussi une femme dont elle vint vite son ami et confidente. Cette femme s'appelait Virginie, une jolie brunette, longue avec de jolis yeux bleus.
- Tu ne tiens pas la forme !
Son regarde craintif, transparaissait une humeur livide et insipide. Mais sa collègue, malgré son tempérament volontaire, ne restait pas dupe, elle savait le malheur qui s'abattait sur son pays et malgré tout recherchait enthousiasme auprès de sa collègue préférée.
- Je ne me sens effectivement pas très bien ce matin. Je ne pense pas produire beaucoup.
La femme s'installait en face d'une éternelle célibataire, la parole ouverte et un sens approfondi concernant le bon savoir-vivre en entreprise. Elle relevait son nez un instant de son écran plasma.
- Je suis au courant pour ton mari !

Mercredi 9 heure.

En apesanteur, une douche revenait à un nuage de gouttelettes frivoles, stagnantes ou tournoyant selon un sens ordonné par les petits ventilateurs encastrés dans les parois. Certains systèmes, rustiques, munis de quatre injecteurs grossiers disposés à la hauteur du visage, n'offraient guère de précarité, par contre, la nouvelle génération de douche, mieux étudiée par les constructeurs, offrait un service beaucoup plus commode et nettement plus appréciable. Une trentaine d'injecteurs entouraient la personne dans ce tube laminaire et gardait en son sein une humidité constante et totale.
La jeune femme appréciait cette vapeur d'eau. Elle pouvait y rester des heures en laissant vaquer son esprit à d'autres pensées. Un effet prenant apprécié par un grand nombre de lunatiques. La tête ailleurs et l'esprit libre, une tendance absorbante pour la reine de mars, fille d'une roturière et d'un bagnard. La compagne de l'homme le plus puissant et le plus riche de la planète. La main gauche de Sarrey, le libérateur, le vainqueur des terriens et le maître à penser de toute une génération de citoyens avide d'un avenir propice à la fortune et à la gloire. Le héro.
- Tu prends ton pied ?
Sari venait d'ouvrir la porte, un nuage d'eau s'évapora dans la salle. La forte buée, sur les vitres, indiquait une présence dans le tube. La chaleur grimpante dont Gaëlle prenait plaisir à s'imbiber.
- Tu risques ta vie en venant ici, tu peux être filmé.
Malgré l'environnement inadapté à sa personne, l'homme ne se gênait pas pour pénétrer dans les appartements de son président. Il se permettait même d'interpeller sa compagne dans sa douche. Un fine fleur certes, dénudée, mais néanmoins pas incommodées par les manières du second homme du pouvoir.
L'être, malgré ses habits détrempés, empoigna la jeune femme et l'enlaça vigoureusement, serra son buste contre un corps sans résistance. L'habitude d'un ménage commun, d'une présence ordinaire. Mais une décontraction certes de mauvais augure vue les circonstances et la situation du lieu.
Un amour presque sans faille, à mille lieu d'ici, une première rencontre dans un bar alors qu'elle venait de fêter ses dix-sept ans et lui, beau jeune premier, une figure déjà remarquée au sein du parlement. Une place de choix qui envoûta rapidement la jeune femme. Il l'emmena dans ses appartements le soir même et ne se quittèrent pour ainsi dire plus. Ils s'aimaient certes et appréciaient par-dessus tout, cette position inconvenante d'éternels amants. Un jeu nacré de faux-fuyants et de faux-semblants dont Sarrey devait avoir vent. Une histoire commune presque, pour cet homme dont le pouvoir reléguait l'amour au second rang. Une vie déniée à cet acharnement, ce carburant inépuisable, le mépris, la haine, la guerre et l'amour.
- Tu lui en as parlé ?
Sari maugréait ce pénible murmure. Mais la fille s'en fichait éperdument, aucun sarcasme, à cet instant, ne pouvait interrompre ce chemin tracé par une corde raide dont Sarrey en avait érigé les fondements. Sari, malgré sa position sociale élevée au sein de la société, demeurait maintenant la seconde partie à Gaëlle, et la femme ne regrettait pas son choix et sa convenue. Le pouvoir l'emportait et une autre dimension s'apprêtait à naître dans le cursus de l'égérie du gouvernement.
- Ne t'inquiètes ! N'ai pas peur !
Son semblant d'innocence agrémentait sa bonté. Plus le monde s'écroulait plus son pouvoir agrandissait.



Daniel Gindraux, 2006, Réact2100, 34 heures.

# Posté le vendredi 05 septembre 2008 02:19

React2100, Daniel Gindraux, roman, Mardi 14h00 – 23h00.


Mardi 14 heure.

Dans un quartier résidentiel au sud d'Albuquerque, la petite bâtisse de deux étages ressemblait fortement aux maisons de son entourage. Son petit jardin fleurit égayait l'atmosphère. Une rangée de roses, trois arbousiers, quelques monceaux de pastel, cette présence reflétait surtout l'esprit tendre de la maîtresse de maison. Jackie et Oliver s'installaient dans ce meublé trois ans auparavant. Ils se rencontrèrent quatre ans auparavant. Jackie venait de déménager de Lansing, dans le Michigan, Oliver naquit à Albuquerque et les deux personnes se rencontrèrent au hasard en ville. Cet amour fougasse entre ces deux êtres n'eut sa raison d'être qu'en l'apologie d'un mariage. La fille était belle et l'homme était grand et charmant. Aucune insensibilité ne put alors déroger à leur amour. Leurs vies devinrent rapidement sans sens si le couple se séparait. Ils passèrent leur voyage de noce aux Bahamas. Ils s'installaient dans cette maison. Jackie travaillait dans un building au centre ville. Oliver gérait un magasin de fourniture industrielle. Le couple demeurait en son sein un modèle presque unique d'amour propre. Ils s'aimaient. Cette rareté prenait souvent, aux yeux de leurs connaissances, forme d'une reconnaissance unique d'amour aveugle et fortuné.
Ce jour-là, Jackie restait dans son lit. Sa fièvre subsistait. Oliver décidait de travailler seulement le matin. Il retrouvait sa maison. Grimpait à l'étage. La chambre semblait morne. Les volets restaient fermés. Le soleil traçait juste de petites lignes jaunâtres au centre de la pièce et provenait des interstices des lattes de bois. Au centre du lit, la fille dormait. Il se permit de la réveiller. La maladie désuète de sa femme l'enfouissait néanmoins à l'intérieur d'un semi coma ténébreux. Elle se réveillait gentiment.
- Tu veux du thé ?
Le filtre bleuet des pupilles de ses yeux étincelait. Son homme voulait l'embrasser. La prendre dans ses bras comme s'il devait protéger son enfant. Une âme unique au sein d'un couple consommant un être, en la présence de cette collaboration, devenu dépendant d'une ardeur sans précédent.

Mardi 16 heure.

La nouvelle ne se propagea pas directement. L'armée américaine se préserva d'informer cette défaite aux médias. Le président devait en être informé en premier.
James Edward devenait président de la république en l'an deux mille nonante huit. L'élection se déroula exclusivement par informatique. Mais les prétendants combattirent néanmoins sur le terrain. Le futur président gagna ses voix surtout pour son travail social durant ses trois mandats de gouverneur du Michigan. Ses soutiens au sein du parti démocrate se précisaient en la faveur des hispaniques, des noirs et des irlandais. Mais James réussis néanmoins à se préserver quant à ses origines prétendues irlandaises et africaines. L'homme venait de fêter ses quarante six ans. Après deux ans de pouvoir, son pays n'avait pas semblé évoluer. Les progrès sociaux s'ajustaient selon les transformations économiques. Une situation certes pas désastreuse, car en ces temps les commodités les plus bénignes dynamisaient peu les surenchères électorales.
L'état-major militaire informait le président de la situation dans le bureau ovale. Le général de l'armée de terre, Jack Palati, le général de l'armée de l'air légère, Franck Roberts, le général de l'armée de l'air lourd, Al Epton, les trois hommes les plus importants de l'armée américaine, et l'émissaire aux armées, Jack De Nemours, devaient donné état de la situation au président. Mais un autre homme connaissait parfaitement la situation, à savoir le quatrième général à la table, donc le général Roberts levait le voile en l'honneur de ses camarades.
- Inutile de vous informer ! La situation est très grave. L'armée de la confédération martienne vient d'attaquer cette nuit. Leur flotte est importante. Nos pertes sont lourdes. Tous nos satellites militaires géostationnaires autour de la lune sont détruits. Les bases militaires au sol ont subi de lourdes pertes. Notre armée basée dans le secteur lunaire n'a pas résisté. Elle vient de se disperser. Les modules de secours approchent de la terre. L'ennemi a prit position derrière la lune.
Les explications semblaient claires. Les Etats-Unis d'Amérique et les nations de la planète terre devaient faire face à la confédération martienne. Une très jeune république dont la première assemblée législative siégeait en deux mille quatre vingt cinq. Deux ans plus tard l'armée américaine cédait ses installations militaires à cette nouvelle république. En deux mille nonante deux un coup d'état douteux imposait le général Sarrey à la tête de la nation. La planète n'était habitable quand serre. D'immenses réseaux se construisaient partout. L'extraction de métaux lourds générait des ressources monétaires considérables. Depuis deux mille quarante cinq les émigrants affluaient depuis la terre. Les villes s'érigeaient. De nouvelles générations d'êtres humains naissaient sur la planète. Les meurs évoluaient selon les idéaux de la planète. La terre perdait à chaque décennie un peu plus d'influence. Les Martiens s'émancipaient. Ils retrouvaient en eux une nouvelle forme d'existence et d'idéal. Leurs histoires personnelles se confondaient en une présence uniforme. L'humanité se scindait en deux, le choc des cultures s'agrandissait.
La seule angoisse pour le président des Etats-Unis, dès le début de son mandat, se précisait au fait de ne pas avoir à faire face à une tragédie de grande ampleur. D'illustres présidents durent mener des guerres, subir de terribles attentats, certains périrent assassinés. Depuis soixante ans l'Amérique n'avait subi aucune agression extérieure. Son extension dans l'espace devenait l'une de ses premières priorités. La planète mars était la seule planète habitable dans le système solaire. Mais des bases se construisaient un peu partout. Des vaisseaux atteignaient Jupiter et Neptune. Des bases se construisaient sur Ganymède, Callisto et Io. La nature physique de la galaxie se dévoilait peu à peu.
- La situation est claire. L'Amérique est en guerre. La mobilisation générale doit être décrétée. Nous ne devons pas perdre de temps. Il est temps pour nous de nous diriger vers nos bunkers.
Les généraux restaient de marbre. D'ailleurs ils ne comptaient pas philosopher trop longtemps. La guerre venait d'être décrété. Beaucoup de travail restait à accomplir.

Mardi 17 heure.

Jackie et Oliver descendaient au rez-de-chaussée. Il lui proposait de s'asseoir au salon. Elle s'obligeait. Il marcha jusqu'à la cuisine, commença à préparer à manger. Il ouvrit le congélateur, sa femme s'asseyait sur le fauteuil central. Elle allumait la télévision. En principe, à cette heure d'écoute, les chaînes diffusaient des jeux ou des séries télévisées, mais un événement d'une toute autre nature envahissait l'écran. Une image d'apparat jaillissait des ténèbres. Les images provenaient de la lune. Dans ce noir intense, des fusées apparaissaient et disparaissaient tels des feux follets. Des petites explosions lointaines éclairaient de temps à autre l'image. Plus tard, une caméra filmait la destruction d'un satellite lunaire. L'effroyable venait de se produire, la fièvre de Jackie augmentait à nouveau. Son mari s'approchait du poste. Son visage changeait, ses traits se transformaient. L'esprit de l'humanité subissait à nouveau les contraintes belligérantes d'une nation corrompues par le mal.
Éberlué, Oliver s'assit auprès de sa femme. Un béant trou noir anéantissait toute une civilisation. Pour les journalistes, l'adage d'un surmoi s'expliquait en la présence d'une entité extérieure à la planète terre. Ces millions de Martiens privés d'air ambiant se révoltaient. Ils exprimaient leurs violences d'exclus en battant leurs armes de front. La violence de l'attaque fustigeait tous les êtres. Les invités des chaînes se contentaient d'annoncer la fin d'une période. Ils proclamaient le début d'une nouvelle génération. Apparemment, dix millions de morts suffisaient pour détruire une civilisation. La prochaine période pouvait dès cet instant se nourrir de l'ancienne. La planète Mars devenait ainsi le centre d'intérêt de chacun. L'ennemi se précisait en la présence d'une civilisation aux m½urs complètement différentes du mode de vie des habitants de la terre. Le Martien, d'une apparence humaine, attaquait les fondements propres de ses origines ethniques.
Oliver comptait néanmoins préparer à manger. Il voulait se réfugier dans la cuisine. Sa femme intervint.
- Tu fais parti des réservistes. Tu dois donc t'en aller.
- Oui ! C'est mon devoir.
Après cela, ils n'avaient plus rien à rajouter.

Mardi 18 heure.

Les fusées de la confédération martienne retournaient à leurs vaisseaux. Le Prima Luna se stabilisait proche de la ligne équatoriale de la Lune. L'état-major comptabilisait ses pertes. L'armée rechargeait ses batteries. Aux commandes de la flotte, le général Sarrey ne s'exprimait toujours pas. Les communiqués de presse ne l'intéressaient pas. Derrière, Sari voulait retrouver son poste de commandement suprême. Comme si son chef pouvait commettre une bévue irréparable ! Le politique ne devait en principe pas interférer au militaire. Même l'influence ne validait pas l'intention.
Au loin, les bases lunaires brillaient. Les feux ne s'éteignaient pas. Les amoncellements d'énormes quantités d'oxygène n'en finissaient pas de brûler. Parfois des modules de secours quittaient cette planète. L'armée martienne décidait de ne pas les intercepter. Un soupçon d'humanité s'élevait au sein d'une force militaire.
Quelques minutes plus tard, Sarrey se levait. Sari l'attendait.
- Je retourne dans mes appartements ! Je vous laisse organiser les préparatifs de défense.
- Bien.
La complicité entre des deux hommes ne résidait pas seulement en la convergence d'une politique ou d'une stratégie commune. Ils renversèrent le gouvernement ensemble, proclamèrent la nouvelle institution l'un à côté de l'autre. Sari baisait Gaël. Sarrey devait peut-être le savoir. Mais cette préoccupation ne rentrait jamais à l'ordre du jour. Le pouvoir gangrenait son amour propre. Cette femme chandelle servait uniquement de couverture pour sa phobie. Gaëlle pouvait être séduisante, mais cette façade n'en demeurait pas moins à gérer le ministère de l'éducation et de la culture. Une preuve tangible, mais dès le début, Sarrey comptait confiner le règne à Sari sur les bases d'une durée éphémère.

Mardi 19 heure.

Le général retrouvait enfin son appartement. Son vaisseau n'avait pas été atteint par les tirs ennemis. Ses fusées rentraient à la base. La division perdait cent soixante fusées. Une peccadille par rapport à l'ampleur de la bataille. Il laissait son second derrière lui. La mission se précisait à recevoir toutes les fusées, recharger la moitié des sas en missiles, ravitailler les fusées juste arrivées et envoyer une section de reconnaissance. Pour le colonel chargé de la mission, cet exercice correspondait à sa fonction. Rien d'exceptionnel.
Beaucoup de fusées rentraient au même moment. Une organisation de fourmilles se débattait dans les couloirs tentaculaires du vaisseau. Dans chaque sas, dès la place pleine, l'air se remplissait, les grandes portes en béton s'ouvraient, les techniciens débarrassaient l'endroit, et le sas se refermait à nouveau. Un mécanisme bien rodé. Bientôt les premiers sas se libéraient. L'état-major ordonnait de les charger en missiles de défense. Quinze minutes plus tard la section de reconnaissance se préparait. Le capitaine de la section terminait son briefing. Il fallait monter vers le nord, proche de la latitude critique juxtaposant les rayons du soleil, lancer douze missiles d'observations, et revenir en longeant le sol afin d'observer l'état de destruction des bases situées au nord-ouest.
Bientôt tous les sas se refermaient. Les pilotes se préparaient. Les cockpits décompressaient. Un sergent annonçait au capitaine la fermeture des portes intérieures. Les quatre fusées gonflaient leurs réacteurs. Cinq minutes plus tard les portes extérieures s'ouvraient. Le capitaine reçut l'autorisation de décollage de l'état-major. Il en informait ses officiers. L'homme augmenta la pression dans ses propulseurs. Quand les aiguilles des indicateurs s'alignaient au niveau autorisé, il activa sa manette d'accélération. La fusée devait partir, mais rien ne se passait. Par mesure d'urgence, il contrôla tous les éléments de fonctionnement de son module. Il ne suspecta rien d'anormal. Alors il coupa son réacteur, l'activa à nouveau, quelques minutes plus tard il tenta de décoller pour la seconde fois. Mais rien ne voulait bouger.
- Ici le capitaine Mediaso ! Ma fusée a apparemment un problème mécanique. Mon second prend le commandement de l'unité. La mission poursuit son objectif.
Mais à côté, les trois autres fusées ne partaient pas. Les quatre vaisseaux du sas rencontraient apparemment des problèmes techniques. Pourtant les fusées restaient complètement indépendantes du sas. Les techniciens devaient avoir commis une erreur dans le remplissage du carburant. Ce genre de problème survenait souvent. Mais malgré tout le sergent responsable du lieu n'en revenait pas. Il demandait aux quatre officiers l'autorisation de fermer les portes extérieures. Le capitaine ordonna directement l'ouverture des bouches à air.
Cinq minutes plus tard, le Prima Luna recevait la confirmation. Trois vaisseaux comptaient envoyer des sections de fusées, mais aucune d'elles ne pouvaient décoller. Une fusée de reconnaissance devait décoller du vaisseau mère, mais elle n'y parvenait pas non plus. Tous les généraux en devaient en être informé. Le général Sari ordonna de contrôler si des interférences magnétiques avaient été interceptées dans le secteur. L'état-major lui confirma qu'aucune source extérieure n'avait interféré à l'usage de l'électronique des bâtiments.
Pourtant l'attaque avait été prévue dans ses moindres détails. L'ennemi était connu. Son armement ne différait en rien aux outils de la confédération martienne. Mais un problème nouveau venait d'apparaître. Les appareils ne voulaient plus décoller, mais aucun problème majeur n'était à signaler.

Mardi 20 heure.

Le président Edward retrouvait son bunker à camp David. De l'avion il téléphona à sa femme. Son hospitalisation à l'hôpital central de Washington demeurait importante. Un malheureux cancer l'enfonçait chaque jour de plus en plus. Il lui demandait de changer d'hôpital, de s'éloigner de la capitale. Elle refusait. Vingt ans de mariage les unissaient. Les médecins ne lui concédaient pas beaucoup d'espoir. Ses chances de survie devenaient chaque jour de plus en plus faible. Le calvaire pouvait durer quelques mois, voire des années. Son destin se jouait sur très peu de chose. Son mari voulait être en permanence à ses côtés, mais ses obligations le déféraient. Sa tristesse se lisait souvent sur son visage.
Quinze généraux attendaient le président dans la salle centrale du bunker. Un centre névralgique de cinquante mètres sur cinquante. Cent officiers supervisaient l'endroit. Plusieurs écrans géants placardaient les murs. Quatre rangées de tables remplies de consoles, comme dans une classe d'école, servaient à gérer presque toute l'armée américaine. A l'arrivée du président, tous les hommes se levèrent et le saluèrent. Plus tard il s'asseyait dans le fond de la salle, à une table munie d'écrans et de téléphones. Plusieurs généraux s'installèrent à ses côtés. Deux techniciens installaient une caméra en face de lui. Le président devait s'adresser à la nation.
L'âpre cuisine agencée munie de tous les équipements utiles à tous cuisiniers attentionnés y étaient représentés. Mais ce soir-là Oliver réchauffa des lasagnes surgelées. Rien d'impressionnant. Sa femme restait au salon. Ils mangeaient devant la télévision. Les différentes chaînes annonçaient l'intervention du président. L'homme prenait la parole cinq minutes plus tard.
- Concitoyennes, concitoyens. Aujourd'hui, l'armée de la confédération martienne a attaqué nos bases lunaires. Notre armée sur place a subi de lourdes pertes. L'état-major général des armées a décrété la mobilisation générale. Les Etats-Unis d'Amérique vient de déclarer, par légitime défense, la guerre à la confédération martienne. Les Nations Unis ont demandé à toutes les nations de se rassembler et de s'unir. L'ennemi est aux portes de la terre. Une partie de leurs armées se cache derrière la lune. Elle peut à tout moment attaquer. Mais ne vous figurez pas, notre défense résistera. La guerre sera longue. Nos alliés combattront à nos côtés. Nous gagnerons cette guerre. Dieu sauve la terre et l'Amérique.
Cette intervention de courte durée raviva tous les esprits. Le président parlait bien d'une guerre. Depuis cinquante ans, ce mot avait perdu presque toute sa signification. La guerre remplissait certes tous les livres d'histoires, mais cette pratique demeurait bien lointaine. Les armées restaient certes sur place, mais le monde redoutait néanmoins des causes et effets du laxisme général et du fruit des restrictions budgétaires votées plusieurs décennies auparavant.
Un mauvais pressentiment envenima Jackie. Le téléphone devait tantôt retentir. Son homme devait partir. Oliver s'engageait dans l'armée de l'air à l'âge de vingt ans. Une année plus tard il devenait officier. Durant deux ans il ne cessa pas de s'exercer entre la terre et la lune. Il connaissait notamment plusieurs officiers encore basés sur des sites lunaires. Son rang de pilote de fusées le plaçait en première ligne. Sa mobilisation devenait imminente. L'armée avait besoin de lui, dans quelques heures il devait partir. L'homme tentait de ne pas s'en préoccuper.

Mardi 23 heure.

Sur terre, la population commençait à paniquer. Les médias parlaient sans cesse de la force de frappe de l'armée martienne. Cette intention rendait une tranche des habitants complètement hystérique. Une vaste invasion des magasins d'alimentation se ressentait presque partout. Un bon nombre de personnes prenaient déjà sièges devant les abris atomiques communaux. Cette dévergonde devant ces caves ressemblait à une attente devant un cinéma.
Les liens entre tous les états-majors d'armées coexistaient déjà. Mais peine à quiconque tentait d'élaborer une liste complète des fusées en état de fonctionnement. L'armée américaine demandait à ses alliés de placer un homme à la tête de la grande armée que les nations de la terre tentaient de former. Mais même cet exercice semblait difficile à négocier.
De son côté, l'armée chinoise mobilisait ses hommes. En diapason avec son état-major général, deux bases lunaires armaient ses fusées. Ces forteresses subissaient des dommages moindres. Leurs masses rigides, enfoncés dans la roche, avaient résistées aux bombardements. Des unités déblayaient les entrées. Le général responsable de la zone assurait pouvoir s'aligner à l'armée martienne. Les vaisseaux n'avaient pas envoyé de missiles et de fusées depuis maintenant quatre heures. Le général Kim comptait prendre ce risque. D'abord il pensait que l'ennemi ne connaissait pas l'existence même des ces bases. Mais en surface les nombreux dégâts suffisaient à croire le contraire. L'homme comptait donc contre-attaquer. D'ailleurs il n'avait pas trop le choix.
Les techniciens de la base centrale alignaient dix fusées dans le sas numéro sept. Le sergent activait ses hommes à l'aide de son haut-parleur. Ils installaient des missiles courts portés sous les châssis des fusées. Plus tard le capitaine rejoignait le lieu accompagné des ses lieutenants. Leurs chances restaient infimes. Ils s'encourageaient en se remémorant le devoir et le sacrifice attribués à leurs rangs. La section du capitaine Chan comptait cent fusées. La division chinoise dans le secteur se limitait à quatre cent fusées. Leur mission restait convenable, ils devaient attaquer le vaisseau Bezance. Un bâtiment en moins pouvait diminuer considérablement la force armée de l'ennemi. Les pertes pouvaient être lourdes, mais ce prix véhiculait l'essence d'une victoire.
Quinze minutes plus tard, le sergent ordonnait l'évacuation du sas. Les portes battantes se refermaient. Les convecteurs aspiraient l'air. Les officiers enclenchèrent leurs réacteurs. Cinq minutes plus tard les portes extérieures s'ouvraient. Le capitaine augmenta alors la puissance de ses propulseurs. Il voulait décoller, mais son module peinait à démarrer. En fait, il ne bougeait pas. Le cockpit certes, vibrait, mais les propulseurs ne voulaient pas pousser l'engin. Une catastrophe ! L'homme tenta alors de relancer la machine, mais cinq minutes plus tard il renonçait.
A côté, aucunes fusées ne décollaient. Ses officiers annonçaient chacun leurs tours une défection quelconque. L'état-major de la base s'en informait. Le général Kim comptait lancer quatre cent fusées, mais l'abdication semblait se généraliser. Pour l'instant aucune fusée n'avait décollé. L'homme réfléchissait s'il fallait en informer l'état-major général. La nouvelle pouvait être interceptée par l'ennemi. Au sein de l'armée d'en face des soldats d'origines chinoises décryptaient aussi les messages en mandarin.



Daniel Gindraux, 2006, Réact2100, 34 heures.

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# Posté le mardi 13 mai 2008 10:32

React2100, Daniel Gindraux, roman, chapitre 1 (Mardi).


React 2100 , mardi 10 heure.




Mardi 10 heure.

La fusée d'interception rapide flottait depuis bientôt quatre heures dans l'espace. Son pilote, Jovo, ne s'ennuyait néanmoins pas. Il allait et venait de son cockpit à sa chambre modulaire comme si ce jour ne représentait rien pour lui. Sa cellule restait certes très minuscule, mais depuis le temps, il avait prit ses marques et ses habitudes. Malgré la contiguïté de la pièce il avait réussi d'emménager ses affaires selon ses goûts. L'espace se divisait en trois parties distinctes. La cuisine et sa réserve de nourriture, la salle de bain et son lit. Une pièce de moins de dix mètres carrés, mais dont l'utilisation se prévoyait sur toutes les surfaces planes.
Jovo passait son brevet de pilote deux ans auparavant. Il s'engageait dans la flotte deux mois plus tard. L'année passée il accédait au rang d'officier de l'armée de l'air. Ce titre lui prévalut alors l'accès aux avantages sociaux réservés aux cadres du pouvoir et de la société. Il pouvait ainsi emménager dans un appartement chic situé dans une base nouvelle réservée exclusivement aux officiers de l'armée. Une base moins peuplée que les autres, dont l'air était meilleur et surtout une base munie d'un grand jardin de plantes vertes.
Il ingurgitait une eau distillée directement du robinet. Il chauffait du café dans un poêle spécialement adapté pour l'espace. Ingurgitait son breuvage dans son siège. Le silence avait été instauré, l'homme devait donc attendre dans le silence le plus parfait. Les réacteurs de sa fusée ne fonctionnaient pas, donc l'engin dérivait dans l'espace à hauteur d'un kilomètre par minutes. Mais ce délestage faisait partie du plan. Au sein de sa section, trois cent fusées patientaient ainsi. Jovo, depuis sa cabine, pouvait apercevoir une dizaine d'autres fusées. Elles semblaient aussi vides, sans vie, flottant dans le vide tels des météorites. Les feux éteints et les réacteurs coupés.
Jovo n'avait pas trente ans. Son enthousiasme impétueux envers sa nation le rendait fière et digne. L'homme se sentait intègre. Il souhaitait être juste et loyal. Dans ses éternels couloirs et tubes jugulaires qui sillonnaient son pays de long en large, il se promenait souvent en tenue. Il fréquentait même les salons de jeux et les bordels en toque d'apparat. Une volonté recherchée afin d'épater une galanterie qui estimait son costume du dimanche comme une marque de style. Une indifférence presque généralisée dans ce monde où chaque être tentait à l'excentricité.
L'homme avait bien préparé sa mission. Il ne savait au juste pas vraiment de quoi elle consistait, mais il savait qu'elle allait être périlleuse. Son capitaine les informait du but seulement quand les fusées atteignaient le vaisseau Klobus. Un vaisseau absolument gigantesque, construit en atmosphère zéro. Un monstre ne pouvant atterrire nul part, flottant dans l'espace tel un paquebot dans l'océan. Presque un météorite guidé par les hommes, constitué essentiellement d'acier et de béton, d'une longueur de dix kilomètres et d'une largeur de trois kilomètres. Une porte-fusée certes, mais au c½ur de cette masse abritait aussi une ville de dix mille âmes, avec en son sein, des rues et des commerces. Un centre nerveux autant cosmopolite qu'une ville traditionnellement constituée.
Trente minutes plus tard, Jovo retournait dans la chambre. Il nettoyait sa tasse hermétique, passait aux toilettes. Quelques minutes plus tard il revenait dans l'habitacle avec un biscuit en bouche. Dès assit, il remarqua un point lumineux s'inscrire sur son écran tactile. C'était le signal !
L'ordre provenait de son capitaine. Le capitaine Graig. Un homme que Jovo ne connaissait pas beaucoup. Un homme droit et sûrement intègre. Son message indiquait l'allumage des feux. Jovo suivait. Il activa son tableau de commandes. Les réacteurs s'enclenchèrent. Au loin, les autres fusées s'exécutaient aussi. Des lumières incandescentes dans cette nuit noire. Des vrombissements soudain dans cet éternel silence.
Sur l'écran, le capitaine inscrivait ses notes. Un mot de passe s'afficha clairement. Jovo le nota sur un calepin et le recopia sur son indice de programmation de sa fusée. Quelques secondes plus tard l'itinéraire s'affichait sur l'écran tactile. Le but de la mission se précisait à une attaque d'un satellite militaire habité proche d'une planète. Cette mission n'était évidement pas un exercice, mais le début d'une longue guerre. Le compte à rebours débutait, deux minutes.
Sa section se divisait en trois groupes. Cent Matiasa dix en avant-garde, cent Matiasa onze au centre et cent Matiasa douze a en queue de peloton. La tactique était simple, la première vague d'assaut devait intercepter les missiles anti-fusées, la seconde vague devait intercepter les fusées adverses et la troisième vague s'occupait du satellite. Dans ce secteur l'état-major général prévoyait une défense très faible, donc le combat ne devait pas durée plus d'une heure. Le satellite s'appelait le Grape Space. Ses caractéristiques se distinguaient en la présence d'une centaine de fusées d'interceptions et de trois fusées d'interception. Une plate-forme habitée par quatre cent soldats.
L'état-major général de son armée était basé sur l'énorme vaisseau Prima Luna. Un paquebot de l'espace abritant une population de vingt-cinq mille personnes. Le général Sarrey commandait l'armée en son entier. Sous ses ordres le général Karies gérait les forces d'attaques et d'interception, et le général Sari gérait les statistiques et la tactique en général. Ce jour-là l'effectif était au complet, aucune absence n'était justifiable. Le vaisseau Prima Luna était entouré de cinq autres vaisseaux. Le Klobus, le Mariani, le Retoll, le Bezance et le Cabara. Ils entouraient le vaisseau principal d'une distance de mille kilomètres. Chaque vaisseau abritait deux mille fusées, le vaisseau principal en comptabilisait quatre milles. Mille huit cent fusées s'étaient détachées des vaisseaux. La première force de frappe ! Donc, l'armée se préparait à attaquer avec neuf mille fusées. La défense ennemie était estimée à trois milles fusées. La bataille était gagnée d'avance !
- Mon général ! Les fusées vont accélérer dans une minute. Nous sommes prêts pour le lancement des missiles.
Un officier s'approchait du poste de commandement du général Sarray. L'armée devait attaquer quinze satellites géostationnaires de défense. Douze mille missiles partaient en avant garde afin d'attirer l'attention de la défense adverse. L'ennemi se situait à moins de un million et demi de kilomètres de là. Les missiles partaient en acre de cercle à six cent mille kilomètres heure et les fusées à cinq cent mille kilomètres heure. D'après les calculs les missiles devaient arriver dix minutes avant les fusées. Le temps pour les fusées de décélérer jusqu'à vingt milles kilomètres heure. La vitesse idéale pour le combat aérien.
Oui ! Je suis au courant. Je donne l'ordre d'attaquer.
Bien !
Le général Sari patientait derrière. Un homme serein.
Alors attaquons ! Il reste encore le discours !
Oublions le discours tu veux bien !
Jovo reçu soudainement le message. Il enclencha le mécanisme de remonté de la pointe de sa fusée. Un bloc de plomb et de titane qui protège le cockpit durant les vols à hautes vitesses. Quelques secondes plus tard, le programme s'activa. Les réacteurs gonflèrent. Jovo s'attacha. Le vol avait été préalablement programmé dans son processeur. Durant le vol, seul le pilote pouvait le désactiver. Cette protection des instruments était obligatoire. Elle évitait les brouillages informatiques.
Quelques secondes plus tard, la fusée démarra. Durant l'accélération, Jovo resta collé à son siège. Les instruments fonctionnaient normalement, mais l'homme venait de perdre sa vision optique. Le museau de sa fusée venait se rabattre. La durée de son trajet devait durée trois heures, l'accélération dix minutes. L'homme commençait à se concentrer.
Les missiles sont lancés !
Un Officier s'annonçait au général Klobus. L'homme commandait le vaisseau Klobus. Chaque vaisseau portait le nom de son général. L'homme restait imperturbable. Il était assis derrière vingt soldats responsables de la navigation du vaisseau. On venait de lancer deux mille fusées en direction de l'ennemi. L'officier patientait le prochain ordre. Fallait-il charger de nouveaux missiles d'attaques ou des missiles de défense ? Le choix incombait au général.
Préparez les trois cent fusées de défense et chargez le reste des sas en missiles défensifs !
Compris mon général !
Dans chaque vaisseau, les sas se pourvoyaient à plusieurs fonctions. Ces cages à béton armé de vingt mètres sur vingt, pouvaient accueillir soit deux fusées ou soit huit missiles. Cette multifonction servait essentiellement à rendre les sas interdépendants les uns aux autres. L'air revenait en cinq minutes et le vide, en cas d'alarme, pouvait s'immerger en moins d'une minute. Un système largement répandu dans le système solaire.
A l'état-major de Prima Luna, le bâtiment principal, l'agitation, malgré l'événement, restait néanmoins sereine. Les officiers se renvoyaient les informations sans s'alarmer. La mission avait été préparée longtemps en avance. Chaque personne travaillait comme si cette après-midi n'allait pas changer le cours de l'histoire. Le général Karies suivait le mouvement des sections sur l'écran géant. Chaque point, dans cet espace, indiquait une section. Le nombre de fusées était indiqué juste à côté de chaque point. La flotte avançait, dans une heure l'armée enclenchait ses brouilleurs, et bientôt tous les points pouvaient devenir des armées fictives. Au sein de la section responsable de la statistique, le travail commençait à devenir intéressant.
Derrière le bureau de commandement du général Sarrey, le général Sari consultait ses notes en observant Sarrey. Cette présence le dérangeait. Le numéro deux de l'armée ne devait pas avoir autant de pouvoir que le numéro.
Bon ! Sari ! Je vous laisse le commandement. Je retourne dans mes appartements. Appelez-moi en cas de problème.
Bien !
Ils ne s'observèrent pas. Sarrey quitta la salle. Il marcha seul dans le couloir principal. Il tourna sur sa droite, longea un second couloir, moins large. Cinquante mètres plus loin il retrouvait ses appartements. Un immense salon remplit de tableaux volés et achetés, une cuisinière américaine, un grand lustre, trois fauteuils en cuir de b½uf, et sa femme, au centre, elle patientait son retour.
Sarrey mariait Gaëlle trois ans auparavant. Il commandait le gouvernement depuis huit ans déjà. En moins de trois ans, la jeune femme au visage mystique devenait non seulement la première femme du pays, mais s'intégra aussi dans les maillons du pouvoir. Au côté de Sarrey, mais aussi au côté de Sari. Le bras droit de cet homme au mille faciès.
Ce jour-là elle ne rigolait pas. Elle savait son mari très puissant, mais néanmoins une part de responsabilité l'incombait. Gaëlle en était certes consciente, mais le choix de son mari d'entreprendre une guerre la confinait aussi à devoir assumer cette responsabilité. Elle portait une robe courte, ses jambes s'allongeaient comme de longs filaments beiges. Elle voulait recevoir convenablement son mari pour la dernière fois. Le dernier baiser avant l'assaut final.
Resplendissante !
Merci !
Une heure plus tard, Jovo se levait. La trajectoire de sa fusée ne déviait pas. Sa vitesse de croisière variait autour de cinq mille kilomètres heures. Mais la cabine ne bougeait pas. Le vide régnait. L'homme se tira à partir de tubes laminaires posés sur les flancs des parois. Il arriva vers sa cuisinière, se chauffa un café. Quelques minutes plus tard il retournait vers le cockpit.
L'écran projetait une carte des étoiles en trois dimensions. Chaque point représentait une section. Il en apercevait six. Les six sections appartenaient à la division Klobus. Son général, le général Klobus, ne bougeait pas. Il ne comptait même pas faire ses besoins. Refusait de boire, refusait de manger. Il observait l'écran géant en face de lui. Le vaisseau devait aussi accélérer. Il fallait remonter les protèges vitres, l'homme n'allait plus apercevoir les étoiles. Comme Jovo, cette obligation l'enfouissait dans une morosité sinistre. Les bunkers, même à cette époque, n'indiquaient jamais de bons présages.
Durant l'absence de Sarrey, Sari préserva le maintien du règne. Le Prima Luna devait aussi accélérer. Le général revenait du déjeuner en compagnie de sa femme. Le couple s'installa devant le bureau de commande. Sari se retira silencieusement. Quelques minutes plus tard, le vaisseau accéléra. L'armée projetait de gagnée la bataille en moins d'une heure. Les six vaisseaux devaient se protéger au plus vite derrière la planète, afin d'éviter une contre-attaque fatale. Le risque nul n'existait pas. L'état-major estimait les pertes concernant les fusées à vingt pour-cent. En principe aucun vaisseau ne devait être touché. Mais ce risque pouvait s'avérer faussée par d'éventuelles forces cachées. Donc le risque ne restait pas nul.
Après deux heures de route, l'ennemi commença à s'interroger. Le principal satellite géostationnaire de la planète détecta une arrivé massif de fusées. Cette présence restait exceptionnelle. Le commandant de la base, le général Follart, activa le processus d'alerte rouge. Il n'hésita pas ! Il en informait aussi ses supérieurs. Le dispositif de défense recevait déjà les fréquences de brouillages. L'état-major pouvait s'inquiéter. Pour tous les officiers, cette mission n'avait pas l'allure d'un exercice. La menace devenait réelle. L'espace appartenait certes à tout le monde, mais jamais auparavant l'ennemi n'avait déployé autant de forces proches de leurs lignes. Une puissance largement supérieure au détachement déployé dans ce secteur.
Bonjour ! Ici le général Follart, commandant de la base Space Lab. Je vous demande de décliner votre identité et de suivre les instructions des agents de liaison. Quand vous arriverez dans le secteur de l'universall union, vous devrez déclarer vos marchandises pour la mise en quarantaine.
Ce message résonna dans la salle de l'état-major. Mais Sarrey ne n'en préoccupa pas. Sa femme venait de partir. Elle rejoignait ses appartements, retrouvait sa chambre, se douchait et se couchait. Elle n'était pas malade, mais savait quel complot universel son mari préparait. L'intelligence de cette jeune femme rivalisait sûrement celle de son mari. Elle ne participait pas à la prise de pouvoir du pays de son conjoint, mais coopérait durant son règne. Sa collaboration sujette à la réalisation de ce conflit ne portait aucun doute. Le peuple la percevait comme une femme distinguée, juste une petite tranche de la population remarquait en elle l'ombre du martyre de la dissidence.
Dix minutes plus tard le général Follart reprenait dans ses propos. Son effectif se réduisait à mille fusées d'interceptions basées dans quatre satellites géostationnaires et six cent fusées basées au sol. Il ordonnait aux derniers de décoller et s'approcher des satellites. Durant toute sa carrière jamais il n'avait observé une telle armada se déployer face à lui. Au centre de commandement ce quinquagénaire père de trois enfants tentait de rester impassible. Ses officiers travaillaient sans discontinuités. Jamais la concentration au sein de l'état-major de ce poste avancé n'avait autant cédée au vertige de la promiscuité.
Ici le général Follart ! Je vous ordonne de décliner votre identité. Si vous ne collaborez pas, nous sommes dans l'obligation de vous intercepter.
Jovo recevait aussi le message. Il l'écoutait passivement. Son module ne propageait aucune fréquence, seul son capteur réceptionnait les ondes radios. La voix du général ne portait aucune influence sur son emprise mentale. Derrière, la vitesse du vaisseau Klobus se stabilisait à trois cent mille kilomètres à l'heure. Autour, les autres fusées avaient disparus de son écran radar. Ainsi, ce célibataire, à cet instant, pouvait se présumer vivre seul dans l'espace.
Quand il ne restait que trente minutes avant la percussion, le général Follart recevait l'ordre, de l'état-major général, de défendre son secteur. Son équipe activa alors leurs émissions de brouillage. Au même moment ils activaient leurs programmes de diffusions d'engins fictifs. Quelques minutes plus tard trois mille missiles décollaient des bases terrestres et des satellites. Le seul problème, pour ces hommes, résidait au fait que l'armée adverse déployait une force nettement plus grande que la leur. L'opposant envoyait certes aussi des sections fictives, mais l'état-major se munissait d'une technologie perfectionnée. L'informatique éliminait automatiquement les ondes obscures, mais neuf mille fusées résidaient néanmoins à foncer droit sur eux. Ils repéraient aussi derrière, les six vaisseaux. Au sein du commandement de l'armée on ne se concentrait jamais sur d'éventuelles attaques autant incrédules. Ainsi le général Follart hésitait toujours. Un officier lui avait proposé de lancer tous les missiles sur les vaisseaux, ainsi on détruisait les bases d'accès des fusées. L'homme avait raison. Le général lui donnait raison. Les trois mille missiles devaient cibler les vaisseaux. Les fusées devaient donc contrer seules les missiles et les fusées. La peine se voyait perdue. Personne ne comprenait.
Plus tard les satellites déviaient de leurs trajectoires. Face à l'ampleur de cette imminente tragédie, le général évacuait une partie de son affectifs dans des modules de secours. Il espérait leurs fuites. Il comptait perdre cette bataille en compagnie d'un effectif réduit au minimum. Il priait aussi, pensait à ses enfants.
Quinze minutes plus tard neuf mille missiles atteignaient le secteur de l'impact. Les trois milles fusées de l'universall union devaient absolument les éviter. Les sections partaient vers le nord de la planète, virer en arc de cercle et revenir défendre les satellites quinze minutes plus tard. La stratégie n'avait rien à enviée. L'état-major espérait que les missiles ne leur étaient pas destinés en premier lieu. Leurs dispositifs de brouillage fonctionnaient convenablement. Trois mille missiles devaient apparemment cibler les fusées, aux prises avec les brouilleurs la moitié d'entre elles déclenchèrent l'amorce de leurs bombes. Une réussite ! L'autre moitié vira vers le nord. L'ennemi repéra apparemment la stratégie. Trois mille fusées continuèrent vers la planète, les soldats des trois bases militaires évacuaient l'endroit. Mais le comble approchait, trois mille missiles visaient les cinq satellites. Le général Follart demanda sans hésitation l'évacuation des modules. Plusieurs officiers d'état-major quittèrent la salle, une minorité d'hommes se résignèrent. Le général resta imperturbable.
Quelques minutes plus tard, un module quittait le satellite principal. Sur l'écran radar, cent missiles chargeaient le satellite. Les points s'approchaient. Les officiers d'état-major n'avaient pas accès à la vidéo. Cette précaution tenait sa raison d'être. Le général ferma les yeux. Quelques secondes plus tard, une déferlante frappait le module. L'explosion s'appuya sur le fracas d'une rare violence. La lumière incandescente projetée, éclaira l'espace durant vingt secondes.
Au même moment, la fusée de Jovo ralentissait. La fin du silence radio. Son capitaine prit la parole.
La section doit se diriger vers le nord afin de contrer les fusées ennemies. A cet instant, tous les satellites sont touchés. La mission est bientôt complétée.
Les états-major des six vaisseaux se rendaient compte de la menace. Dix mille missiles leurs tombaient dessus, sûrement moins. Presque en même temps neuf mille missiles d'interception décollaient. Quelques minutes plus tard deux milles fusées s'éjectaient des vaisseaux. En principe aucun missile n'était armé d'ogives nucléaires. Sur dix mille missiles, les hommes du général Sari estimaient les chances de passages à dix pour-cent. Ce chiffre n'impressionnait pas. Donc mille missiles s'apprêtaient à s'écraser contre les vaisseaux. La première contre-attaque pouvait craindre néanmoins au pire.
Les missiles d'interception se croisèrent cinq minutes plus tard. Des centaines d'explosions se produirent en tous points d'horizons. Quelques minutes plus tard les fusées tiraient le reste. La bataille défilait trop vite, l'état-major peinait à identifier les missiles détruits aux missiles restant. Quelques minutes plus tard quarante missiles forçaient le barrage. Des bombes volantes se déplaçant à six cent mille kilomètres heure. Le bâtiment Cobara en récolta trente cinq. Ce vaisseau passait devant le groupe afin de tout ramasser. Le vaisseau sombrait en trente minutes. Les modules de secours s'éjectèrent. Ils retrouvèrent les autres vaisseaux. Pour le général Sarrey, cette perte n'avait aucune signification.
Plus loin, huit mille fusées attaquaient le reste de la flotte de l'universall union. Jovo abaissait la pointe du museau. Au préambule, il s'étonna d'apercevoir cette planète autant proche de lui. Mais il se concentra. Sa fusée suivait la ligne de vol de la section. Aux prises à la face cachée de la planète, la lumière restait dissipe. L'éclairage des étoiles persistait à être son guide. La bataille débutait très vite. Les fusées des deux camps se croisèrent à vingt mille kilomètres heure. Presque tous envoyèrent un missile court distance. Au passage quelques fusées explosèrent. Jovo dévia rapidement sa course afin d'éviter toutes controverses. Toutes les divisions virèrent ensuite à cent quatre vingt degrés. L'adversaire recopiait. Il ne fallait surtout pas se retrouver devant l'ennemi. Dans cette position, l'électronique ne laissait aucune chance à l'adversaire.
Jovo travaillait évidemment en manuel. En virant de bord, la planète donnait l'impression de tourner autour de lui. La seconde vague élimina un bon nombre de fusées. Toutes les sections tentèrent de retrouver leurs voies initiales, mais le bloque se dissipa. Les fusées s'éparpillèrent dans une aire de quarante mille kilomètres carrés. Au départ Jovo chassait un ennemi. Il accompagnait une seconde fusée. Deux minutes plus tard son camarade touchait la cible. Sur son radar, trois fusées suivaient sa voie. Ils se regroupèrent et revinrent vers le centre théorique de la bataille. Dans ce genre de conflit, quand des milliers des fusées s'entrecroisent, il est préférable pour un pilote de quitter le centre du magma, s'éloigner, tourner, et revenir en force. Les trois fusées croisèrent un ennemi esseulé. Ils virèrent pour le prendre en chasse. En premier lieu trois points stigmatisaient son écran, mais soudainement deux points signifiant des missiles s'approchèrent du groupe. Jovo décida alors d'oublier le groupe et dévia. Il accéléra, augmenta sa vitesse à cinquante mille kilomètres heures. Mais malheureusement un missile suivait sa voie. Rapidement il lança deux missiles courts distances. Cette interception n'était pas veine. Les missiles devaient contrer le missile suiveur. Jovo espérait. Il vira un peu, mais soudainement une explosion intervint depuis l'arrière. Quelques secondes plus tard, Jovo mourait brûlé.
Une heure plus tard, les dernières fusées ennemies fuyaient la zone. L'état-major du général Sarrey recensait mille fusées détruites et le vaisseau Cobara. Aucune présence ennemie ne montrait signe de vie dans la zone et sur la planète. La première bataille était gagnée. Les vaisseaux pouvaient se réfugier derrière la planète afin de se protéger de la contre-attaque. Le gros de la troupe devenait la prochaine cible. L'opération lune noire atteignait ses objectifs. La prochaine étape se symbolisait sous la forme de la terre.

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# Posté le lundi 21 avril 2008 12:42

React 2100 ; synopsis.

React 2100 ; synopsis.

En 2100, la vie ressemble à un conte de fée, les humains ont résolu tous les problèmes majeurs de la planète et de l'existence. Les habitants peuvent s'adonner à leurs loisirs et à leurs menues occupations sans se soucier du lendemain. La durée des voyages entre les pays s'est raccourcie et le choc des civilisations n'existe plus. Les habitants restent en permanence de bonne humeur et vivent allègrement sans se soucier d'aucune infortune. Les courbes démographiques n'évoluent plus, la maladie est maîtrisée, la violence urbaine n'existe pas et tout le monde travaille au sein d'entreprises sociales et bienfaitrices. Ce monde parfait existe depuis cinquante ans et aucun élément perturbateur ne peut ébranler les bases de cet ordre.


Massabèra (1994) 13 chapitres roman policier
Génération2000 (1998) 8 chapitres essai
Columbarium (2000) 17 chapitres roman policier
Bell Fast (2001) 10 chapitres roman policier
Le grand ! (2002) 8 chapitres roman policier
Franck Kaska (2003) 8 chapitres roman policier
React2100 (2006) 42 chapitres science fiction
Barbarossa (2007) 16 chapitres roman policier
Seul ! (2008) roman policier


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# Posté le lundi 21 avril 2008 12:40