Mercredi 9 heure 15.
Le dernier sous-marin atomique américain encore en activité se rapprochait de la fosse Marianne. Son objectif se résumait tout simplement à s'enfoncer jusqu'à son seuil maximum. Ce type de submersible pouvait descendre jusqu'à cinq cent mètres de profondeur et se stabiliser à ce niveau durant plus d'une semaine. Un gigantesque bloc en forme d'obus dont la coque, en aggloméré de titane, se caractérisait à pouvoir supporter les pressions extrêmes des profondeurs. Une machine de guerre désuète certes, mais dont l'armement restait impressionnant ; ses tubes comprenaient encore trente missiles intercontinentaux pouvant chacune contenir une ogive nucléaire capable de raser un superficie d'environ un million de kilomètres carrés, et sous le contrôle de seulement cent quatre hommes d'équipage, dont le capitaine Jessky, un natif de l'état de Washington, cinquante deux ans, trente quatre ans de service dans la marine, marié, deux enfants et raisonnablement attiré par les boissons alcoolisées.
Généralement un satellite à imagerie digitale balayait chaque dix minutes la surface marine de la région sud asiatique, mais avec les nombreux problèmes de logistiques réprouvés ces derniers jours par l'armée américaine dû aux nombreuses ondes de brouillage émises par l'ennemi, un opérateur au sol se devait d'avertir le poste de pilotage de la contrainte. A savoir que le submersible allait subir pour la matinée, des variations de fréquences au niveau de la communication avec le centre de contrôle et de se fait les pilotes allait avoir l'obligation de manoeuvrer l'engin sans l'aide du GPS.
Au premier abord, cet exercice ne comportait aucun risque réel. Les officiers du bord connaissaient déjà la situation par l'avoir étudiée et simulée. En plus chaque année, des opérations d'entraînement dont les conditions correspondaient presque à l'identique à la situation d'aujourd'hui, se déroulaient au large des cotes californiennes, afin d'habituer les matelots aux situations d'urgences et de guerres. Mais ce jour là, le commandant préférait superviser les man½uvres. D'ailleurs son anxiété se lisait à livre ouvert sur son visage et ses traits. Ses questions se précisaient au niveau des objectifs actuels de la mission, car d'après l'histoire, aucun capitaine de submersible, à ce jour n'avait débloqué le système de sécurité afin de réellement lancer les missiles. Un état de conscience le tracassant car il se doutait que l'ennemi connaissait son existence et au milieu d'un conflit dont le principal outil de guerre s'appelait une navette, les chances de survie de l'équipage, au cas ou l'ennemi détecterait sa présence lors des lancés de missiles, s'estimaient à être très faibles.
Pourtant ce sous-marin avait été conçu au préambule pour combattre un ennemi extérieur à la planète, car un caillou au beau milieu de nulle part, dans l'immensité de l'océan pacifique, pouvait peut-être s'avérer dangereux. Une chance infime, non négligeable, dont l'administration se préservait d'entretenir, juste au cas ou un ennemi potentiel prendrait le dessus et raserait l'Amérique du nord pour n'en laisser que des restes et du même coup laisser le sous-marinier seul face à un destin inextirpable.
La man½uvre de déroulait selon le plan, la descente du géant suivait son cours normal. L'officier en second informait l'assemblée à voix haute chaque fois qu'un palier venait d'être franchi. Chaque personne prenait alors cette valeur comme référence dans son imaginaire. Cent mètres, cent trente mètres, les machines ne s'arrêtaient pas de s'enfoncer et au yeux inflexible du capitaine, une bataille se pressentait imminente. Le but de l'opération prenait forme, à savoir qu'il fallait lancer absolument trente missiles et se cacher le plus rapidement possible telle une pieuvre se confondant ave le paysage afin de sauver sa vie. Qu'un geste, presque animalier, la défense naturelle.
Cinq minutes plus tard, l'officier annonçait deux cent mètres. Le centre de commande ressemblait fort aux vieux submersibles du vingtième siècle, cinq places alignées réservées aux pilotes et deux places concentrées établies aux radios, un endroit compact et éclairé partiellement, des lampes rouges indiquant l'entrée des différents sas et des blanches illuminant les pupitres, mais aucun excédant, la rationalisation de l'énergie radicalisait la proximité de l'endroit. Concernant la position du capitaine, celle-ci s'avérait être modifié, l'homme ne restait plus debout, mais possédait son propre pupitre et une caméra digitale remplaçait enfin son ½il en travers l'écoutille.
Après, derrière son écran de contrôle, l'officier prononçait trois cent mètres. Malgré la puissance de la machine, la pression à cette profondeur devenait indéniablement importante et personne ne restait indifférent à ce genre de man½uvre. D'ailleurs plus personne ne circulait, chaque soldat prenait place à son poste prédéfini pour le combat, personne ne tremblait, personne ne montrait sa peur, mais l'ambiance se perdurait car tout le monde savait dans quelle situation inconvenante le dispositif se situait. Les abîmes s'approchaient, le noir absolu les enveloppait gentiment.
Bien entendu le GPS ne fonctionnait toujours pas et à trois cent cinquante mètres, comme si une péripétie en annonçait une seconde, la voix provenant du centre de contrôle extérieur s'interrompait. Elle ne faiblissait pas, mais disparu rapidement, une coupure nette, un silence soudain mais habituel car tout l'équipage savait ce genre de d'interruptions possibles à ce niveau là. Un bref silence véhiculé par le brondissement des parois face aux forces naturelles, des craquements sourds, du métal corrompu et des lampes scintillantes. La voix du capitaine en arrière fond, concentré face aux valeurs correspondant aux pourcentages d'utilisation des ballastes.
On s'arrête à quatre cent cinquante mètres et on rétablit le contact.
Les pilotes s'ordonnaient immédiatement. La masse de métal descendait toujours, l'officier annonçait quatre cent trente mètres. Les machines augmentaient gentiment leurs puissances, la tête du submersible remontait un peu et l'asservissement des ballastes s'enclenchaient. Toute la machinerie fonctionnait sans problèmes majeurs. Le capitaine pouvait se réjouir de ce noir intense, pour l'instant personne ne ressentait le mal des profondeurs, chaque soldat patientait, des visages calmes, satisfait d'avoir atteint cet absolu, des nerfs détendus et des muscles apostrophés.
A l'approche de quatre cent cinquante mètres, les vrombissements des deux réacteurs principaux se calmèrent. Cette mer glaciale et inhospitalière se chargeait du silence et de l'absolu. Les craintes déclinaient gentiment, la tension nerveuse disparaissait calmement. Les mouvements du corps retrouvaient leurs aptitudes courantes, une normalité raisonnable. Les images sur les écrans affichaient le contenu d'une masse constante, une machinerie parfaitement réglée et un service absolument coordonné. Tout semblait se figer, les aiguilles de mesures s'immobilisaient, le courant pénétrant dans les lampes retrouvait leurs constances et les objets non fixés se stabilisaient. Un silence total, affligeant, des regards figés, droits et discordants.
Après, un long silence apparut parmi les choses. Les courants de l'océan continuaient en leurs mouvements perpétuels. La masse d'eau bougeait, se développait en son fond, un prolongement indéniable et une route interminable. Un ban de poissons tournoya durant un cours instants aux alentours de la coque comme attiré par ses ondes. Un appel, une voix inaudible, incompréhensible, impénétrable. A l'intérieur, aucune présence humaine ne semblait se préciser. Un géant au ventre creux.
Mercredi 10 heure.
Le président paraissait inerte face aux écrans géants de la salle de contrôle. Depuis des années la société utilisait la couleur verte pour des indices correctes ou en hausses, et la couleur rouge pour les indications d'alertes et d'alarmes. En règle général, les panneaux se pourvoyaient de vert et en de rares occasions des avertisseurs rouges clignotaient, mais ce jour là, un mouvement contraire s'installait en lieu et place. Les opérateurs ne cessaient pas d'initialiser les systèmes de contrôle, de décrocher des téléphones d'urgences et de s'interpeller. Une synergie malencontreuse, défaillante, un piètre spectacle, un goût amer, comme l'avant première d'une défaite.
Le général Kost, aux côtés d'Edward, ne paraissait pas frustré par la situation. Pour lui, cette condition de guerre correspondait aux images d'anciens champs de bataille, le camp de base d'une armée en mouvement, se préparant à une offensive imminente, regroupant les informations et comptabilisant les effectifs. Une machine dont l'administration maîtrisait parfaitement et l'appui des politiques, à cet instant, se résumait en une simple présence aléatoire, presque neutre en fonction des décisions à prendre.
Comment allez vous joindre les chinois et les russes ?
Le général se permettait d'avaler une goûte de thé avant de répondre.
Nous allons les joindre via le réseau câblé.
Un opérateur avait installé au préalable deux haut-parleurs sur la table, il leur indiquait la correspondance comme étant établit. Une voix tonitruante intervint du côté russe et plutôt minoré du côté chinois. Ces nations possédaient un arsenal, à eux trois, bien plus puissant et plus efficace que l'armée de Mars. Leurs fonctionnalisations dans l'espace manquaient certes de souplesse et de pratique, mais si tous leurs efforts se concentraient en un seul point, ils pouvaient se permettre d'anéantir la surface de Mars dans sa globalité. Une perspective certes envisageable, mais qui ne convenait de toute façon pas car un bon nombre de personnes d'origines américaines habitait maintenant en ce lieu.
Le président russe n'hésitait pas à s'imposer, sa froideur en son discours, ce matin, surpassait sa caricature normalement modeste.
Vous nous donnez une date, une heure. On rase.
Le machiavélisme timoré du général Kost ne l'empêcha pas de sourire. La morosité du lieu et l'ambiance globale en rapport à la situation l'envenimaient en prendre stature, s'imposer selon son règne.
Vous savez pourtant bien qu'un événement nous en empêche.
Le président ne comptait certes pas intervenir de suite et laisser plutôt court aux présences militaires, mais une vérité si clairement énoncée provenant de la bouche du Général, le surprit en bien. Il pensait qu'entre généraux d'autres nations, la langue de bois primait sur tous pesants, mais quant à cette annonce, après, un tempo presque sourd s'installa parmi la foule. Un silence inadéquat par rapport aux positions hiérarchiques que chacun possédait en son sein. Une éternité, car des événements pour l'instant incompréhensible se constataient partout sur la planète. Les fusées des bases chinoises sur la lune de décollait plus, en Russie trois centrales nucléaires venaient de rendre l'âme presque au même moment et sans raisons apparentes, au Népal les habitants d'une vallée entière évacuaient les lieux dû à une alerte de fissures provenant d'un barrage situé en amont, au Sri Lanka l'alarme au Tsunami s'enclenchait pour la seconde reprise en une seule heure, à Naples les sondes enfoncées sur le flancs du Vésuve indiquaient des valeurs de surchauffe et des tremblements de la masse inhabituels et ce qui présageait une activité sismique imminente, l'armée américaine quant à elle perdait le contrôle de son sous-marin nucléaire, sans compter la pertes ses bases spatiales sur la lune et ainsi qu'autours et l'armée russe ne prétendait guère mieux car la base spatiale non habitée établit en mode géo stationnaire autours de la planète Europe ne transmettait plus rien depuis belle lurette.
Un dédale d'incompréhensions se manifestait partout. Chaque nation se retrouvait du jour au lendemain en la présence d'un problème très grave à résoudre. Soit une construction risquait de s'effondrer, soit un volcan éteint se manifestait soudainement, soit des navires disparaissaient, soit des barrages risquaient de se briser, soit des pannes majeures se produisaient au niveau de la gestion informatique et énergétique de l'ensemble des territoires. Enfin des signes prouvant certes que l'ennemi agissait contre effectivement toutes nations représentées, mais malgré tout, tous ses points d'ombre et non avenue ne correspondaient pas à des sabotages ordinaires et communs. Car il s'agissaient bien là, d'événements certes inhabituels, mais certainement inopportuns. Des réactions en chaîne inconcevables et des événements que seule un élément étranger au système pouvait engranger, car même si la planète mars s'avérait devenir au fil des années, une entité dissociable du reste du monde, il n'en demeurait pas moins que la machinerie du général Sari, malgré tout son machiavélisme, ne pouvaient produire de telles conditions aussi probantes qu'un désastre annoncé.
Mercredi 10 heure.
L'impossibilité de travailler correctement régnait dans tout l'immeuble. Jacky tenta néanmoins de se connecter au réseau Internet et comprendre la situation par delà les dépêches, mais elle ne put certainement pas entrevoir de s'attaquer à son ouvrage quotidien. Car la sombre histoire se lisait et se regardait partout, des parties de séquences filmées au ralenti provenant de web caméra positionné sur des pilonnes de bases lunaires prouvaient clairement les attaques de vaisseaux ennemis. Les réactions des différents acteurs politiques du pays, les images de catastrophes cinématographiées dans tous les pays et les retransmissions des désastres provenant des différents états américains. Un flux de documents invraisemblables mais qui prouvait malgré tout que le réseau médiatique terrestre profitait encore de sa pleine structure, à l'instar des satellites, dont une majorité ne transmettaient plus ou avaient été détruit par l'adversaire. Des stigmates flagrants, au sein d'une société qui ne pouvait se permettre de vivre un seul jour sans informations. Des villes surchargées de publicités, des tours de cent mètres s'étalant sur des kilomètres et des kilomètres, des logements sociaux précaires à pertes de vue, des avenues surchargés de transports en commun et un horizon enfreint par de nouvelles constructions, en fait d'une structure, un piètre résultat animait l'atmosphères des villes, des mégapoles pouvant atteindre cinquante millions d'âmes, des êtres abandonnés et engloutis dans l'immoralité et vivant hasardeusement dans une fourmilière devenue paradoxalement sévère envers le citoyen alors que l'irréprochabilité avait augmentée,ses cinquante dernières années, jusqu'à hauteur, selon les sources statistiques, proche du zéro pourcent concernant les infractions et les vols de moyennes importances. En récapitulé les mutations de la société se précisaient surtout en la discipline de l'être envers la loi, un comportement digne face à des valeurs qui ne correspondaient plus du tout aux principes reconnus du vingtième siècle. Certes l'administration n'imposa pas la pose d'une puce dans chaque être humain, mais comme chaque personne avait l'obligation de posséder en permanence une carte à puce, les filtres et les contrôles sauvages ou obligatoire parait à cette perspective et offrait en plus un large dépôt d'informations aux statisticiens et aussi aux responsables de marketings des grandes chaînes de distributions, aux médias, aux annonceurs et surtout aux marques, devenues à cette période, un élément incontournable au c½ur de la vie en mégapole
Sa meilleure copine s'approcha avec parcimonie. Lisa adorait son profile et sa nature de femme libertine. Elle appréciait se coiffer les cheveux en boucle et parfois porter des perruques rouge ou vert clair et se vêtir de vêtements extravagants à la majorité des cas en plastique, soit moulés, serrés au corps ou arrangés plus souplement. Une mode artificielle, usant du produit le moins dispendieux et le plus courant. Un plastique incontournable ; indispensable en tout usage et tout addition, mais révélant parfois un assortiment de dissociations et de prédispositions souvent intéressantes et parfois révélateurs.
Tu viens avec moi prendre le café.
Jackie, en sa candeur, accepta volontiers et se leva activement. Elles se dirigèrent sans dire mots vers l'espace réservé aux personnes fumeuses. Une petite chambre close puissamment ventilée. Lisa commanda deux cafés au distributeur et elles s'installèrent proche de la seule fenêtre qu'offrait le lieu. Une petite table en bois, certainement conviviale.
Ton mari sert dans quelle arme ?
Virginie tentait s'apaiser la situation. Malgré le contexte, cette guerre subite, cette situation critique, une révélation apparaissait dans l'abîme, une vision impénétrable et indéfinissable. Un mouvement incohérent, indicible dont chaque personne pouvait ressentir selon sa propre estime, des faits révélateurs par rapports à l'ampleur des situations soumises, des adéquations marquantes dont le mécanisme reflétait des caractéristiques majeures. Car toutes ses interventions subites, quelles soit minimes ou extraordinaires, semblaient, pour le plus grand nombre, se corroborer, se lier, une connexion adéquate, comme des lignes se reliées entre elles et aboutissant en seul point. Comme des filaments au dessus d'une machine à tisser ou comme les fils de coton d'une toile d'araignée.
Il pilote, il est officier à l'air force, il sera en première ligne.
Jackie se démarquait de part son émotion troublante. Ses mains muâtes s'agrippaient à la tasse et la chair de pouls s'emparait de toutes les surfaces de son corps, même jusqu'au visage, d'ailleurs d'une blancheur inexplicable. Des joues froide, fatiguées, marquées par l'émotion. Presque une allure blafarde pour cette dame au long visage et à la fine corpulence, une plastique se révélant en d'autres moments pourtant appréciable à regarder et surtout à admirer.
Une atmosphère faussement déguisée en pause habituelle, car Jackie ressentait ce mouvement l'atteindre au plus profond d'elle-même. Un pressentiment dont l'on ressentait les odeurs par delà les murs, un fruit en décomposition, dégageant son arôme malodorant loin à la ronde. Comme un battement, un pouls, celui d'un c½ur, un spasme léger, introverti, s'interposant dans l'évolution des fréquences hertziennes, jusqu'à laisser dans le scintillement des néons, son spasme personnel et inadéquat. Une vibration passive, se juxtaposant en rapport avec les environnements capables de transmettre des données suffisamment incertaines dans leurs confidentialités avec les êtres et leurs sens, ramenant chaque animation en un vibrato malhabile et laissant derrière son passage une marque inégalable pouvant laisser prôner le doute quant à sa consistance et à sa nature profonde. Brièvement un être adapté à se confondre avec les choses de la vie courante, un espion, un virus bio thermique se confondant avec la réalité et l'esprit. Un génie invisible et bien plus puissant que le commun des mortels.
Cette sensation si forte empêchait Jackie à s'exprimer correctement et ce manque d'énergie affectait aussi son moral et son état d'esprit. Sa copine, en face, voulait la réconforter, l'envelopper par sa présence, mais visiblement une maladie se développait au c½ur de son être, incurable, inexplicable et méconnue.
Mercredi 10 heure 30
Après trois heures de route environ, le camion s'arrêta devant l'entrée de l'enceinte de la base. Un voyage assez tumultueux car l'engin s'arrêta plusieurs fois dans des stations services, soit pour faire le plein ou soit pour déposer ou prendre des personnes, un service de bus fortuit au milieu d'un enchevêtrement fou de voitures et de transports en tout genres. Des colonnes et des colonnes de véhicules, des pillages, du carburant en disette, une population effrayée par un avenir incertain, des médias déballant soit des vérités exécrables ou des allégories déjantées, un flux, une fourmilière frappée par le talon d'une botte puissamment renforcée.
Les occupants du camion habitaient tous en Californie, une dizaine d'officiers et une vingtaine de sous-officiers et soldats de secondes classes. Tous membres de la division de réserve de la troupe du dessert d'Arizona de l'air force. Une puissante force, dont la principale base occupait une parcelle d'un dix milliers d'hectares sur la frontière entre l'Arizona et la Californie. Un complexe souterrain gigantesque ou, d'après plusieurs magazines spécialisés, un enchevêtrement de galeries dont la distance total atteignait les cent kilomètres, se chevauchaient afin de rendre pratique le décollage et l'atterrissage de plus de cinq mille fusées d'interception. Un monstre gigantesque, parfois considéré, pour une partie des contribuables, comme superflu et voire inutile.
Le check point ressemblait fortement à un péage autoroutier. En ce jour, comme les prédications annonçaient une forte influence, une unité de renforts déchargeait les soldats habituellement assignés au contrôle. Une visite rapide des cartes de légitimation et un jeune soldat montra à Oliver, l'emplacement des camionnettes réservées aux pilotes de sa division. Un désert abrupt, presque vide, paraissant dénué de vie, des ordres, des mouvements de foules, des descentes de camions, de la poussière et un mélange d'incompréhension, de stress et d'ignorance.
Une dizaine de minutes plus tard, une jeep s'arrêtait auprès d'une quinzaine de pilotes, des visages, pour la plupart méconnus. D'anciens camarades, un souvenir paraissant lointain et une mélancolie proche de l'état zéro pour Oliver, qui oublia bien vite, dès son service terminé, le fait d'avoir servie au sein d'une grande armée.
Le départ, la route, le véhicule roula une dizaine de kilomètres au milieu des cactus et enfin pénétra rapidement dans un petit tunnel sans prétention, éclairé partiellement et agréablement humide. Un parcours de cinq kilomètres en légère pente et le tube rejoint une enceinte plus conséquente, bien éclairée et climatisé, un large couloir emprunté par de petits véhicules de transports spécifiques à la base et à ses conditions, du matériel entreposé sur les côtés et des soldats s'activant de part et d'autres. La fourmilière et ses fourmis.
Un décor intéressant et impressionnant, mais certes familier pour Oliver, dont ses souvenirs revenaient gentiment car il avait déjà vécu dans ces couloirs lors de ses classes dans l'armée américaine. Des allées, des croisements et des places encore en mémoire dans son cerveau de jeune marié.
La jeep continua dans sa voie durant quinze minutes et elle s'arrêta devant le mess des officiers. La place ressemblait à un quartier de banlieue peu cossu. Une cavité creusée dans la roche et s'effilochant en hauteur telle une galerie de supermarché. Un hall de transit, frais et agréablement spacieux, avec, autour, quatre bâtiments de trois étages écrasés contre le rocher. Le centre de la base, l'unité de commandement et point de ralliement de tous les officiers, toutes armes confondues.
Le temps pour Oliver de souffler et un officier invitait les nouveaux arrivants à rejoindre le restant du bataillon dans la cafétéria. Une foule de soldats patientant les ordres, mille réservistes, pas moins. Une salle bondée, une chaleur lourde, pesante, au milieu d'hommes pas moins anxieux et nerveux. Une indéniable perversité face à l'obstacle. Des officiers conscients du devoir et de l'intervention à effectuer prochainement, mais certes très dissipés face aux risques encourus lors de pareilles man½uvres. Une insouciance certes, mais une tension clairement définie par la situation incombée.
Plus tard, le colonel Geletier pénétra dans la salle et obtient rapidement le silence intégral. Le chef de mission possédait le plan de vol de sa troupe et en sa prestance calme et sereine, comptait en faire rapidement part à ses hommes.
Nous décollons ce soir ! Mille deux cent space tunder 16d nous attendent ! La contre – attaque est imminente !
Les hommes connaissaient la mission pour l'avoir déjà effectué ou étudié durant leurs périodes de service, ils en connaissaient les causes et les effets. Derrière la lune résidait une surface en forme de losange de deux cent mille kilomètres carrés environ, le seul endroit que le soleil n'éclairait jamais. On l'a nommait la surface noire ou la surface habitable, car sur la lune les compagnies et les nations pouvaient construire leurs bases seulement sur cette superficie. Un endroit très convoité, rempli de fondements et d'édifices, maintenant complètement détruits et dévastés par l'armée martienne. Une place tellement convoitée, que certaines parcelles coûtaient plus chère qu'au centre de Manhattan. Le point d'appui avant l'impact, pour l'armée qui comptait attaquer la terre. Une sorte de ligne magique et moderne qui servait de base de départ pour chaque vaisseau comptant suivre une voie vers une autre planète. Le point central, le port, un secteur maintenant aux mains de l'ennemi et certainement le secteur de la nouvelle bataille.
Mercredi 11 heure 30.
Malgré l'incompréhension, malgré la disette, malgré ce mouvement ineffable, Sarrey n'allait pas manquer à l'éternel dîner avec sa compagne. Une séance de tête à tête taciturne, deux pairs d'yeux ineffables, distants, un couple compromit aux concessions. Autour, la lune et la terre brûlaient, des flammes gonflantes et grimpantes, une douleur intense, des hurlements agaçants dont l'écho de l'horreur remontait jusqu'au point le plus éloigné du système. Un assujettissement obligatoire, un mal s'installant au c½ur d'une citadelle réputée imprenable.
Le commandant s'offrait une bouteille de vin rouge. Une denrée extrêmement rare achetée à prix d'or, un millésime sud africain étiqueté trois ans auparavant. Une senteur discrète et un arrière goût de fraise. Il se permettait d'ouvrir les grandes écoutilles externes dont leurs rôles se spécifiaient à protéger les lourdes fenêtres de l'appartement. Une vue imprenable, un lever et un coucher de soleil sur la circonférence de la planète, des rayonnements bleutés, rougeâtres et en certains endroits jaunis. Un spectacle d'une ampleur incontournable, avec en face des vaisseaux en mode géostationnaire, alignés et rangés en ordres dissipe, arborant, tous, les couleurs de la nation provenant de mars. Un fier cercle rouge avec en arrière fond, un dégradé jaune pâle. La lumière du feu et du soleil.
Malgré ce spectacle normalement fantastique, Gaëlle ne souriait pas. Son humeur méprisable se remarquait de très loin. Son teint habituellement charmeur et emprunté de fraîcheur et de bonne humeur tombait comme une fleur de tournesol en fin de journée. D'ailleurs son maquillage ne dégageait aucune gaieté, son charme naturel perdait alors tout son appoint et ses traits tirés n'envisageaient guère bon présage.
La femme observait son fier mari contempler le ciel, l'espace, la galaxie, bref son monde. Déjà attablé, une princesse au demeurant idiote, patientant un prince charmant inexistant.
La chose a bougé ?
Pas un poil !
Sarrey servait son vin comme fierté d'apparence, seul au monde, les gouttelettes, dès pénétrées dans les verres ronds, fermés et effervescents, tournoyaient en tous sens en laissant de longues traces d'alcool le long du verre.
Qu'est ce qui se passe ?
L'homme rigolait, s'asseyait, gloussait, humectait son breuvage.
Pourquoi ? Tu as peur ?
Malgré le dîner somptueux et certes inapproprié par rapport à la situation du moment, Sarrey se sentait fier et heureux. L'homme détenait la clef, la source et la lumière. La chose se développait en lui, le renforçait en son appréhension, accentuait ses forces et sa témérité. Le pouvoir grandissait au préambule de son règne, le sacrement et sa couronne d'empereur de la galaxie devenait plausible et concevable. Le maître apparaissait en sa personne, en son nom et en son génie.
La chose, dans cette salle obscure et contrôlée en permanence par plusieurs opérateurs, se maintenait gracieusement et n'indiquait aucun signe probant et apparent. Ce diamant noir, gigantesque et indestructible, retrouvé dans une mine à uranium d'état proche du l'équateur martien, suscita bien des émotions de la part des ouvriers et des dirigeants. L'accession au trône de Sarrey coïncidait à la découverte de cette pierre. Presque un symbole, une preuve ineffable. Le secret d'une réussite aux fins fonds d'une terre oubliée et inappropriée à la vie de terriens. La revanche des maudits, soutenue par la providence d'une arme absolue et indestructible. La revanche du feu face à la glace.
Mercredi 12 heure.
Le président Edward ingurgita son sandwich maladroitement. Deux tranches de pain blanc mou et une couche de pâté d'abas de poulet sans odeur. Une assiette rapidement détalée par le mess à la vue de l'augmentation importante du nombre de soldat dans la base. Car si les équipements pouvaient recevoir jusqu'à deux mille soldats, durant l'année, seul un nombre restreint entretenait ce lieu, au plus cent hommes. Des responsables de la maintenance et de l'entretien, sans aucune comparaison avec l'état major qui venait de prendre ce lieu comme résidence ce matin même.
Après il se décida de sortir de son appartement. Il marcha dans le couloir, sous un dédale de tuyaux et de câbles pendus au plafond et modestement orchestré. Des murs jaunes, crépis et modérément entretenus. Une trentaine de mètres, pas plus, mais un secteur emprunté par beaucoup de soldats. Des hommes qui, à sa vue, ne firent pas attention à sa présence et à son charisme. Un ligne droite, très courte, quelques saluts et Edwards retrouvait sa chère salle de commandement. Un espace réservé au – dessus des pupitres utilisés par les opérateurs et au centre, une table passablement débordée par l'affairement des officiers supérieurs. Le général Epton et le général De Nemours, deux êtres surchargés de questions et d'interpellations divers. Du courrier provenant de toutes parts et un va et vient d'officiers en charge de dossiers tous autant importants les uns que les autres. Une mayonnaise inhabituelle et difficile à contenir.
De Nemours l'avais repéré. Quand le président s'installait, son souffle resta bloqué sur l'intervention du général. Un homme assidu et se prétendant clairvoyant. Il se permettait de prendre son supérieur à froid et demanda du même coup un silence presque totalement respecté autour de lui.
Le phénomène se rapproche. Par rapport aux informations récoltées, nous portons à croire que plusieurs antennes ont déjà atteint notre système.
A croire que l'homme pouvait s'adresser à cet instant, au fonctionnaire le plus important de la planète, comme d'une décision à prendre tout de suite. Le vendeur aux portes à portes, tel un effet de redondance que le président, en vue de la situation, tolérait en son sein.
A l'intérieur de la salle, la chaleur se ressentait comme intolérable. Le manque d'air pesait sur les gorges. Les écrans de contrôle surchauffaient. Un opérateur inscrivait chaque phénomène sur une carte mondiale dont les limites d'états n'étaient cette fois pas définies et le président pouvait observer cet ½il à chaque instant. Chaque minute un point rouge apparaissait, un chiffre indénombrable, la terre se tachetait de problèmes et de manifestations incompréhensibles. L'issue semblait fatale, extrêmement tragique. Le président des Etat - Unis d'Amérique devait prendre une lourde décision, voir son sacre anéanti par un trou noir. Une chose insignifiante, un titre ridicule et disproportionné par rapport aux problèmes réels.
Devant, les généraux, malgré le stress, semblaient apprécier la situation. Un état de guerre rendait le soldat heureux. Une bataille gagnée devait porter les responsables de l'état major en triomphe, les inscrire au panthéon, un honneur paradoxal et curieux. Comme si le but des hommes se réduisait à inscrire leur nom dans le dictionnaire. Le but des êtres, la constellation des technocrates, une exigence souvent folle mais sagement informelle.