« Franck Kaska » chapitre 2 , Daniel Gindraux , 2003.

Chapitre 2

Un immeuble respectueux, rien de simple et rien de compliqué non plus. Kaska retrouvait le quartier de l’université cinq. La rue Boileau ne ressemblait à rien qu’une rue normale de Paris, des voitures garées le long du trottoir, un sens unique en direction de l’ouest, des gens, trois commerces et un métro à moins de trois minutes.
Il frappa trois fois à la porte du concierge, une dame encore endormie ouvrait plus tard. Une tête de linotte, peut-être gentille, peut-être méchante, les cheveux en crépis, la chemise de nuit en forme de robe de bal, les poupées espagnoles sur la commode, en fait, un petit appartement en forme de musée sur l’éternité des bibelots souvenirs, de Nice à Cannes dans les années cinquante, de Rosas à Barcelone dans les années soixante, de la Grande-Motte au Puit-de-Dôme dans les années septante, encore l’Amérique en quatre-vingt et le Yémen en nonante. Une réelle histoire d’amour avec les marchands de souvenirs de la terre entière.
- Madame Uméa Kriten.
Il montrait dès lors sa carte d’officialité, la femme fut même surprise, répondait sans attendre.
- Au sixième.
- Merci !
Pas un mot de plus ! Franck la laissa dans son émoi. Elle voyait déjà en l’homme une histoire de drogue ou de mœurs, mais monsieur n’entreprit rien envers son égal, il se déroba rapidement vers l’ascenseur.
Deux minutes plus tard il sonnait. Mais personne ne se prononça. Cinq minutes plus il retrouvait à nouveau l’ascenseur. En bas la concierge n’avait pas bougé, palabrait même avec une voisine droit rentrée de ses courses.
- Vous avez les clefs ?
Il jouait l’imperturbable. La femme n’osa pas lui demander dans quelle poche se trouvait le mandat, mais retourna plutôt dans son appartement, revint quelques instants plus tard avec le trousseau.
- Je crois quelle n’est pas là, je viens vous ouvrir.
- Non ! Merci, pas besoin.
Dès lors il tendit sa main, la femme n’hésita pas.
- Cela fait longtemps qu’elle ne vient plus ?
Juste un petit regard vers sa voisine. Un aller et retour.
- Oui ! Depuis trois ans.
- Bien ! Et elle pays son loyer ?
- Oui, tous les mois.
- Merci !
Dans l’ascenseur il déchirait un protège gangs en plastique, les enfilait dans ses mains, se retrouvait plus tard devant la porte. Après la promiscuité de l’endroit, Franck empoigna la clef et ouvrit. Il s’attendait en préambule à contempler son premier cadavre, mais un salon rupestre déchirait l’atmosphère. En fait un vieux meuble du dix-neuvième siècle recouvrait une bonne partie de la pièce, de plus un grand fauteuil en cuir brun foncé s’embusquait entre la porte de la chambre et l’espace cuisine, il ne restait alors pas grand place pour le corps d’une diva.
L’homme entra, se pressa vers la cuisine, contrôla la propreté du lavabo, ouvrit le frigo, passa au congélateur, et toujours rien ! Invariablement concentré, il marcha vers la chambre, une pièce bien rangée, aucun désordre et aucun cadavre, alors il gagna la salle de bain et enfin découvrit le buste d’un adulte d’une cinquantaine d’années enfoncé dans la baignoire. Des mèches insulaires, noirs et grises, dépassaient de l’eau. Un liquide rougeâtre, bientôt noir, impénétrable, se reposait dans l’ombre d’une vie anéantit au cœur d’une marmite répugnante et infâme. La toile du peintre de l’absolu, de la laideur et du dégoût. Le cahot social, une vie en moins et du sang étalé aux quatre coins de la pièce.
Franck n’avait jamais eu à faire avec ce genre de propos, il se souvenait de quelques photographies morbides distribuées à l’école de la criminalité, mais là le sujet portait énormément, il ne resta alors pas très longtemps face aux décors, quitta rapidement la pièce, même l’appartement, emprunta l’escalier, grimpa au prochain étage et enfin se laissa aller.
Quinze minutes plus tard il recevait la gendarmerie nationale au pied même de marches de l’escalier. Cette section était accompagnée de la concierge, mais celle-ci n’avait rien à faire là, il lui demanda alors de retrouver le rez-de-chaussée au plus vite. Un capitaine pénétra ensuite dans le meublé, entreprit la visite et revint une minute plus tard la mine décapitée.
- Appelez la section spéciale !
Les hommes obéissaient.
En attendant la section spéciale, le capitaine se permit de se retourner vers Franck, lui posant la question cruciale et la question inutile.
- Pour quelles raisons êtes vous venu ici ?
- Pour les mêmes raison que vous !
Mais Franck en resta là. L’officier d’état-major se prévalait bon sous-fifre. Il commençait sa carrière au Mans, descendait par la suite à Cannes, devenait sous-officier à Nouméa, officier à Mulhouse, recevait le grade de capitaine à Nantes. Par preuve du contraire, ses gosses devaient bientôt terminer leurs études, sa femme la quittait cinq ans plus tôt pour un légionnaire en retraite, donc il devait patienter encore trois ans pour enfin devenir libre et quitter son emploi pour la sienne de retraite, alors ce que pouvait fabriquer un agent français dans un immeuble locatif de la capitale ne l’intéressait guère. Il restait certes serein, mais sa mélancolie parfois le pourchassait, ses yeux tombaient, s’endormait, il avait vu pire durant la perquisition du Boucher du Cannet, mais tentait de s’en fiche, il ne prenait pas de médicament, hésitait à se rendre chez un psychiatre et malgré tout le seul maux malséant parlant à mi-voix dans son oreille restait l’impétueuse avocate à sa femme quand elle lui déballait la facture du divorce. Un sous-fifre plus un est égal à deux, pensait-il souvent, et Franck dans ces cas là ne pouvait en aucun cas l’aider.
La criminelle débarquait avec une heure de retard. L’erreur du capitaine était bien de leur avoir annoncé qu’un cadavre pourrissait dans la baignoire. Comme rien ne pressait la section de quartier prit alors son temps, son capitaine envoyait deux agents avec heure de retard et deux autres agents avec deux heures de retard, et de plus il restait encore le médecin légiste et l’ambulance.
Ceux-ci sortirent de l’ascenseur en compagnie de la concierge, qui, cette dernière fut raccompagnée par un stagiaire gendarme directement au rez-de-chaussée. Deux colosses d’un mètre nonante se répétant sans cesse dans quels pétrins la gendarmerie nationale pouvait bien avoir glissé. Ils parlaient des empreintes nettoyées et les preuves déplacées par ces mêmes agents.
- Vous n’avez touchez à rien ? Fredonna le premier.
Parlons-en ! Certes à cette époque on n’attirait toujours pas une mouche avec du miel, mais les trois gendarmes et Kaska restèrent dans la cage d’escalier durant tout cet intervalle, et une durée suffisante pour laisser le capitaine se faire dépouiller de cinquante euros au bridge par l’un de ses vassaux. Presque de quoi avoir honte, et surtout une bonne excuse pour le capitaine de projeter son irréductible dans l’avenir des nuits chaudes posté en face de l’ambassade des Etats-Unis. Mais enfin !
Les deux bolets pénétrèrent sans attendre dans l’appartement, le premier en sortie deux minutes plus tard et le second préféra l’honneur à la honte et quémanda de l’aide au médecin légiste via son portable. Alors les hommes durent attendre encore une demi-heure, et comme un gendarme venait de descendre au rez-de-chaussée, le premier agent le remplaça bien volontiers au bridge.
Concernant la partie de cartes, le second agent se permis de prendre du recul sur l’affaire, car il patienta durant tout ce temps accrocher à la fenêtre de la cuisine et à regarder l’avenue afin d’entendre le son de l’ambulance arriver. Une besogne éprouvante et surtout un travail récurant, car l’homme dans son for intérieur se permis à penser que lui-même et lui seul, à cet instant là de l’affaire, travaillait.
- Le médecin légiste arrive ! Dérangea le second.
Trois minutes plus tard un médecin, accompagné d’un gendarme, sortait de l’ascenseur. Une petite frite surgelée et accompagnée de sa maîtresse. Donc une aide soignante.
L’homme ne traîna pas, il s’activa et marcha rapidement vers la salle de bain. De là, et pendant ce temps, les deux inspecteurs et criminologues commencèrent à fouiller dans les placards. Le premier entreprit l’aligner les couteaux à coté du lavabo de la cuisine, tandis que l’autre secouait les livres de poches afin d’y trouver des indices ou des billets de banque. La petite, durant tout ce temps, resta debout les bras croisés.
Franck, en attendant, descendit au rez-de-chaussée et retrouva la concierge. Dehors le temps continuait à être maussade et dedans la chaleur s’intensifiait, et malgré tout l’agent se prononça en la faveur d’une valeur courtoise.
- Je peux vous demander un café.
La voisine venait de monter chez elle pour introduire ses surgelés dans son congélateur, mais la commère se pressait, maintenant elle revenait et apparaissait en tenue de couloir. Du coup, la bonne âme de la concierge jaillit du fond de son cœur et cette petite dame d’une apparence très sympathique les invita bien gentiment.
Un café noir et une tranche de mille feuilles attendaient ce public bienheureux. Franck cherchait effectivement ce salon chaleureux, avec cette table carrée en bois massif et ses cadres d’une famille sûrement décimée par le temps. Un beau petit appartement avec vue sur rue, ressemblant presque à un salon de thé irlandais.
- Je vais vous rassurer, nous venons de trouver un corps dans l’appartement, mais ce n’est pas celui de mademoiselle Uméa Kriten.
Une attaque égoïste dans le cursus de petites dames à qui l’on donnait le bon dieu sans concessions. Mais même si la voisine devait avoir la fringale, elle s’arrêta net de manger. Une petite grand-mère toute maigre, veuve évidement et à la retraite depuis bientôt dix ans. La bouche ouverte à chaque courant d’air, cette fois – ci elle resta bouche bée.
- C’est un homme entre quarante et cinquante ans. Vous connaissez ?
Elles se regardèrent un court instant. La petite maigre reprit.
- Uméa ne fréquentait que des hommes jeunes. Dans l’immeuble, le voisin du quatrième a quarante huit ans, mais je ne crois pas que c’est lui, je l’ai vu ce matin sortir pour ce rendre à son travail.
- Je ne pense pas non plus ! Répliqua Franck.
La concierge ne causait toujours pas, elle cherchait l’éventuel homme invisible dans sa mémoire. L’espion qui aimait Uméa, le providentiel suspect ou l’autre ennemi de la république. Bref pour une fois qu’elle pouvait monter les marches du palais de justice sur l’île de la cité, et entouré de photographes, elle se tonitruait franchement afin de trouver la faille du système.
Mais pour l’instant toujours rien ne venait. L’agent devait reprendre avec la maigre.
- Comment expliquez-vous son absence de trois ans ?
- Nous nous sommes tout simplement habitués. Cet appartement a toujours été fréquenté par des mannequins. Elles arrivent à Paris, louent un petit appartement, elles partent ensuite à Londres, à New – York ou à Los Angeles, elles pensent encore avoir besoin de l’appartement, mais elles reviennent après cinq ans et rendent l’appartement.
Les fondements de cette annotation demeuraient plausibles. Franck pouvait la croire ou juste la comprendre, mais cette sauce manquait franchement de goût.
- Vous avez des exemples ?
- Oui toutes !
- Toutes d’accord ! Mais pas toutes dans le même appartement. Et à vous entendre, pour l’instant c’est le seul exemple que vous avez rencontré. Et maintenant, à savoir si Uméa est devenue célèbre ? C’est la question que je me pose. Moi pour l’instant je ne l’ai jamais aperçue en couverture d’un magazine.
La femme ne répondait pas. La concierge se réveillait.
- Elle est peut-être retournée en Grèce !
Franck finissait son café, il avait entendu du bruit dans le hall d’entrée. Peut – être un vacarme d’ambulanciers. Il devait donc les laisser.
- Nous verrons bien ! En attendant, je vous remercie pour le café. Si vous avez d’autres informations à apporter à l’enquête, n’hésitez pas à nous contacter. D’ailleurs je pense qu’un collègue passera plus tard pour vous écouter.
Au huitième, l’animation prenait des allures de fêtes foraines, la police scientifique débarquait enfin. Dix, peut-être douze agents chargeaient l’atmosphère. Des photographies et des recherches d’empreintes, la routine.
Au centre, l’inspecteur principal réglait les démarches administratives des ambulanciers. Un grand homme, plutôt gras, plutôt fatigué, ayant faim et encore soif. Une moustache style belge ou gare du nord, peut – être au bénéfice d’un monocle, un calibre vingt – huit dans le corsage, une facture EDF impayée et des vacances en Bretagne. Peut-être son pays d’origine.
Les épaules ragaillardies par l’importance de son grade, il sentit une nouvelle présence dans son dos, dès lors se retournait.
- Vous êtes l’agent. Vous avez découvert le corps.
Une voix calme, la paresse de l’intelligence. Un cerveau s’implantait enfin dans le décor.
- Tout à fait.
- Approchez donc !
L’homme terminait le pamphlet, la plume tendue et la feuille macérée. A l’autre bout les ambulanciers portaient velours et chapeau ronds, le mort il faut dire, portait grise mine.
- Dites – moi, vous vous êtes permis de fumer une cigarette dans le salon ?
L’homme fronçait ses sourcils comme un barbu dans les tranchés de Verdun. La guerre d’usure, les papiers ensevelies sous une tonne de poussière, les charrettes à munitions dans les galeries mal éclairées, les lance-roquettes nettoyées à la brosse à dents, le tabac prisé rapporté sur une seule feuille de constat, des lettres écrites avec des mains ensanglantées et les douches en parcimonie selon le gré des saisons et des pluies. Un conte de fée, le bureau du procureur au débat d’un armistice et un homme certes fatigué, mais heureusement à la retraite dans moins de trois ans.
- Non ce n’est pas moi. Je n’ai touché à rien, mis à part la porte de la salle de bain.
- Elle était fermée ?
- Oui !
Le chef notait et il ne désirait pas en savoir d’avantage. Un agent pouvait avoir pris lieu et place en son absence dans la demeure d’un cadavre, pour l’instant il s’en fichait, car son principal souci demeurait en l’absence de preuves notoire. En fait, selon le code de déontologie de la criminelle, dès qu’un cadavre est retrouvé, si l’assassin est découvert trois heures après on peut en conclure à un meurtre non prémédité, si l’assassin en revanche est découvert moins de deux semaines après les faits on peut en conclure à un meurtre prémédité, et si par contre l’assassin n’est pas découvert après deux semaines d’enquêtes, on peut en conclure à un meurtre non élucidé, et un meurtre non élucidé, pour les enquêteurs concernés cette éventualité signifiait une remise de peine certaine pour tous les protagonistes concernés au sein de la section. Donc, à en conclure, l’homme se remettait en cause à chaque fois, s’impliquait à un destin de pare-brise et chaise en velours acajou, la remonté mécanique, la vie sans faille mais néanmoins tonitrué, du big bazar à la tour d’argent, donc plus qu’une dernière ligne droite et l’homme pouvait devenir sous-préfet, voire sous préfet ou voire même sous prétexte, car même s’il en rêvait, chaque constat irrationnel durant toute sa vie se transformait en blâmes ou en réprimandes, et si ce n’était pas son esprit lors d’un meurtre non élucidé, cela provenait alors, et souvent, du plus haut niveau de sa hiérarchie, et chaque coup de masses ressemblait à un de coup de revolver soit dans sa tempe ou soit dans ses genoux, car la chance dirigeait à chaque fois le viseur.
Comme convenu, Franck ne toucha à rien, l’inspecteur principal lui demanda même d’aller voir ailleurs pour laisser le champ libre à la police scientifique. Il lui offrait néanmoins une rencontre, dans quelques jours, soit au bureau ou au bistrot, l’endroit importait peu. Une réponse certes satisfaisante pour Kaska, car il commençait gentiment à s’ennuyer. Les preuves, vu la mine des agents, ne se montraient pas au grand jour et le corps n’allait rien dévoiler ses prochaines minutes, donc il se sentit gentiment pensant, même inutile.
Une heure après il se retrouvait, cravate colmatée et dossier clarifié, à attendre devant le bureau de son supérieur. C’était Eva qui lui avait prit un rendez-vous. Le vieux Greg lui ouvrait la porte à quatre moins quart, donc dix minutes avant la débâcle. Une petite place de village italienne, l’odeur du café, la famille au mur et une pyramide en plastique sur le bureau.
- Alors cette affaire ? Mes collègues de la criminelle m’ont avertis que tu as découvert un corps.
- Oui ! Un homme entre quarante et cinquante ans, mort depuis longtemps. Je n’en sais pas plus.
L’homme ramassait déjà son ordinateur portable, l’enfilait dans son sac. Une figure sérieuse, car rien de paranormal ou d’inutile ne traînait en surface.
- Ce n’est pas grave ! Demain vous en saurez plus ! Vous laissez la police criminelle faire son travail, mais vous restez néanmoins sur le coup. La fille reste toujours introuvable, alors trouvez-là.
Le chef ne savait pas que Franck venait juste de commencer sa carrière, il avait donc encore vingt huit ans à tenir.
- Comment dois-je procéder ?
- Simple, demain vous vous informez chez les disparus, vous allez voir à l’Ambassade de Grèce, et ainsi de suite, le but c’est de remplir un maximum de pages dans votre dossier. Compris !
Cette annotation peinait Franck à se retrouver sans parents, donc seul au monde. Après il rangeait sa place, quittait le lieu. Le soir il mangeait une soupe de courge devant l’émission « Star Académie », téléphonait même à la chaîne pour empêcher l’élimination de Emma. Il s’endormait en se remémorant néanmoins l’image du mort au fond de sa baignoire.
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# Posté le jeudi 04 janvier 2007 17:54

« Franck Kaska » chapitre 1 , Daniel Gindraux , 2003.

Chapitre 1

Quand l’inspecteur Kaska prenait place sur son siège, son chef venait le saluer. Le capitaine Raboud prenait grand soit de ses nouvelles recrues, pas parce qu’ils devenaient rares, mais parce que sa personnalité l’obligeait à prendre sois de ses nouveaux jeunes lancés dans cet appareillage très compliqué qu’était la justice. Un monde nouveau qui allait devenir, pour ces jeunes, leur nouvelle libido.
Monsieur Raboud n’avait pas cinquante ans, il lui restait encore trois ans à tenir. D’ailleurs il s’agrippait souvent à son siège, en mordait les coins, ratifiait les bordures. Un jour certes, on comptait lui annoncer son départ à la retraite à Papette, mais pacotille, il s’accrochait, s’occupait de son monde comme moutons dans un pré, une frénésie presque incompréhensible pour un fonctionnaire, le devoir du sot en bref. Durant les pauses café, quelques collègues, tels des mutins, osèrent parfois en parler, en discuter sans négligence, mais toujours en prenant garde de rien dévoiler et ne rien faire savoir. La principale voix revenait au fait que l’homme pouvait être bon et brave, mais l’incidence la plus coercitive revenait souvent au fait que l’homme pouvait, malgré son âge, grimper d’un échelon social même juste avant sa mise en retraite. Enfin un détail très infime que Kaska pouvait se passer, car même si Raboud pouvait être son chef, il remarquait bien que cette grosse tête blafarde n’était pas le dernier des bourguignons. Il pouvait certes jouer chapitres sur chapitres concernant le droit au respect en respectant tous son monde, dans les couloirs du quai d’Orsay, plus personne n’avait vingt ans et personne ne croyait à la nature sauvage au sein même d’une institution telle que la leur. Le singe de Bornéo existait certes, mais il survivait à Bornéo. Il restait certes une espèce menacée, mais restait néanmoins à Bornéo. A l’intérieur d’une faune sauvage bientôt plus sauvage, mais une faune sauvage toujours sauvage, et pas derrière quatre murs peints tous les six ans aux goûts du chef des lieux.
Kaska se levait pour le saluer. Mais pacotille l’homme lui en empêcha. « Tu es à la maison mon petit gars ! » Cette sonate soufflait de son regard jusqu’au Jura. L’atmosphère devait être calme et ensoleillé, la gaieté épanouir les cœurs, le vent en emporte les feuilles, la joies, la tête, la fiesta, le nouvel an. Dans un bureau, en France et en ces temps, la révélation venait de l’Amérique, car chacun disait maintenant de se tenir en forme, sourire, être joyeux avec ses collègues et surtout, arriver à l’heure au travail. Car on le disait bien, en pratiquant un peu d’exercices chaque jour, l’humanoïde préservait son ergonomique. Il lui suffisait donc d’agiter ses doigts pour ne pas se pincer les pouces dans sa machine à écrire, bouger sa tête pour ne pas rester scotcher devant son écran, boire beaucoup de cafés avec ses collègues pour en savoir plus sur tous les ragots de la boite, et encore manger sainement pour ne pas tomber malade et coûter de l’argent inutile à l’entreprise. Enfin des faits et des faits que l’on se préserve d’emmagasiner si l’on travaille en plus dans une entreprise qui chaque année offre un lingot d’or d’un gramme à chaque employé ne se portant jamais malade.
Son chef paraissait jovial. Il portait certes des cernes autour des ses yeux doux, mais par pour les mêmes raisons qu’un grand fumeur et alcoolique en surplus, mais tout simplement parce qu’hier soir sa télévision le retenait jusqu’à tard. Une émission l’obligea à ne plus s’en défaire. Les meurs avaient changé, les prostitués retournaient dans la rue, se plaignaient de ne pas avoir assez de place pour travailler, elle manquait aussi de temps, elles parlaient même des trente cinq heures. On y voyait la blonde déguisée en noir, l’homme femme, la femme objet, la nouvelle et la quinquagénaire, une multitude de personnages brisant les pupilles du vieux policier, matraquant sa virginité jusqu’à n’en plus s’en remettre. Ces femmes se suivaient et se ressemblaient, tournoyaient dans son esprit et brisèrent ainsi son nombre d’heures obligatoires pour sa bonne tenue de route du lendemain matin.
Mais il avait néanmoins bien dormis, sa bobone le réchauffa, ses pantoufles à côté de son lit il rêva même d’un autre monde, plus juste et plus clair, donc moins compliqué. Une de ces terres remplies de fleurs et d’arbres passant leurs temps à bourgeonner. Des maisons roses et de gentils assassins. Le malfrat de la rue Vermeille répondant de ses actes, s’excusant à ses victimes et demandant pardon au chef de service. Aux cambrioleurs d’appartements du quinzième arrondissement demandant grâce à l’homme assis sur son trône juste au-dessus d’eux. La plaidoirie de la terre entière au gentil commissaire de quartier devenu flic par inadvertance. Ce symbole des couloirs muté à Paris, aux quais des Orfèvres, et plus tard, au quai d’Orsay, juste à côté du quai, mais le plus important, juste à côté du musée du même nom.
Ses yeux étaient bleus et reflétaient sa seule jeunesse. Mais sa plus grande virilité s’orientaient du côté de ses mains, des poignes gargantuesques, pliant les genoux de chaque parvenu, enfin pas des nouveaux riches comme le dictionnaire l’entend, mais les pattes des simples victimes de chaque nouvelle rencontre. Une salutation confortable, les muscles de ses bras macérés et rigides comme du fer laminé au marteau. Le forgeron de service à la poigne légendaire. Le mythe du rude costaud élevé au maïs et au bœuf, le bûcheron canadien, le vacher de la Toundra, le mineur ukrainien et le chercheur d’or brésilien. Une précarité bien réglée dont seul le plaisir de s’imposer porte la croix de cette légitimité.
Enfin, restons néanmoins zèle, cet homme-là restait d’une gentillesse parfois blessante, mais toujours bien pensante.
- Rassure-toi ! Je ne t’ai pas prévu à la photocopieuse pour ton premier jour, j’ai déjà une affaire.
La vision de Kaska resta passablement de temps scotcher au grain de beauté étalé sur la joue droite du capitaine. Vint même un spasme envoyant son esprit droit sur Mars. Il peina même à reprendre sa droiture. L’homme lui tendait un dossier presque propre, un carton plié presque neuf, peu utilisé, mais certes légèrement décoloré. La découverte du dossier le plus intéressant de la capitale, et sûrement déniché par monseigneur le gardien du tombeau des oubliettes du château. Le nouvel archiviste récemment promu l’avait en fait retrouvé sous la table de l’ancien archiviste récemment mis à la retraite. Une affaire toute neuve car généralement la place d’archiviste, en ce lieu, restait la priorité aux agents meurtris ou blessés par leurs passés si glorieux. Des hommes utilisant, pour la plupart des cas, ce siège comme pied de biche pour un avancement à la mise en quarantaine. Enfin, le pied de grue pour Papette !
- Cette une folle ! Elle nous a contactés trois ans auparavant. Nous avons enquêté et nous n’avons rien remarqué d’anormal chez elle. Maintenant elle nous appelle à nouveau. Je pense pour des broutilles. Mais nous allons néanmoins lui rendre visite, un petit coucou de notre part la soulagera sûrement. D’ailleurs nous sommes payés par le contribuable et le contribuable a toujours raison. D’ailleurs nous n’avons pas le choix.
Le chef posait le dossier sur le bureau, derrière son dos une personne l’interpellait déjà. L’administration le réclamait énormément car le service nécessitait en permanence sa main pour signer des pamphlets, style feuilles de congés, autorisations de sorties, réparations de véhicules ou achats de nouvelles photocopieuses. Cette situation rendait certes le préretraité intéressant, et de plus se pesant l’obligeait à le surcharger dans son lobbies, et jusqu’à l’obliger à rendre chaque fins de mois, plus de trois cent heures supplémentaires sur sa fiche de salaire.
Un remboursement évidemment inégal que madame tout le monde, qui habitait toujours au troisième, se devait de payer chaque année.
- Bon je vous laisse, rédigez-moi un rapport en ordre et déposez-le-moi sur mon bureau vendredi après-midi. D’accord ?
- D’accord !
L’homme se sentit alors obliger de retourner le dos rapidement à Kaska. Ainsi laissant le jeune demeuré seul sur place. Car Raboud s’apprêtait à rejoindre déjà un autre agent, et sa démarche assidue reflétait l’image d’un être absolu, ayant résisté à chaque changement de gouvernements et de ministres depuis déjà quinze ans, et sur un siège en velours gris qui présentait même les stigmates d’un homme d’exèption. Un être présentant même l’image du français droite-gauche et gauche-droite. Le politicien stéréotypé, vivant au rythme du temps avec une politique jouant tous les quatre ans contre lui et tous quatre autres années avec lui. A savoir donc le contribuable à nouveau, votant la première année à gauche et la quatrième année à droite. Donc un homme préservant ainsi chaque année d’électorat sa mobilité au sein de l’appareillage d’état, gagnant aussi chaque élection et ne perdant jamais de sièges, et même pour se remettre d’un travail lourd à porter.
Kaska recevait son bureau le matin même, il nettoyait les tiroirs à huit heure trente. Le patron apparut devant lui vers neuve heure, et maintenant il était neuf heure trente. Mais avant d’ouvrir son premier dossier, il laissa son office et se dirigea vers la machine à café. Là, une petite blonde tentait d’avaler un café dix fois trois chaud. Elle lisait hardante une histoire à l’eau de rose, et l’expression de son visage suivait les mouvances et les désillusions de l’héroïne. L’homme avait remarqué cette petite femme dès les premières minutes de sa carrière, elle gambadait de la photocopieuse au fax telle une fée fleurette. Un pelage turquin autour de sa taille et un pull baldaquin rose, un vrai équinoxe permanent, joyeuse comme une poupée, et qui plut directement et sans controverse au nouveau venu.
- Bonjour !
Kaska tenta le dur.
- Bonjour ! Excusez – moi, j’étais entrain de lire. Vous êtes le nouveau n’est ce pas !
La petite ne savait pas s’il fallait lui faire la bise ou lui serrer la patte. Alors elle ne bougea pas.
- Oui je suis le nouveau. Vous êtes la secrétaire des agents n’est ce pas ?
Ses cils tirés avalaient l’espoir d’un prince charmant. Un maquillage gourmand, elle se savait la mère de tous ces agents, rien qu’un mot, une expression, et elle pouvait deviner dans quel fracas l’homme en question pouvait se localiser en termes de psychologie convulsive. Cette petite dame naissait trente ans en arrière en Poitou-Charentes, elle quittait sa campagne vingt ans plus tard afin de chercher sa nature, sa force, son avenir et son demeurant. Elle mesurait a peine un mètre cinquante quatre, mais son énergie l’emmena, en moins de dix ans, à grimper une échelle remplit d’échine et glacial comme un fluide de refroidissement. Donc autant dire, concernant cette garce, qu’il fallait la prendre en besogne pour ne pas se laisser démonter dès les premiers instants.
- Je m’appelle Eva !
- Je m’appelle Franck !
Laissez l’amour s’en aller et le monde se transforme en numéro de téléphone érotique ! La dame s’approcha enfin de lui et l’embrassa. Une petite bise gentille, peu câline mais charmante. Une prouesse sympathique, le geste sans allure, rythmé par l’éloquence d’une nouvelle secrétaire, mais séduisante comme une femme émancipée et bientôt quinquagénaire.
Après, Kaska retourna à sa place. La fille reprit sa lecture et l’homme n’avait de tout façon plus rien à lui offrir, ni même à lui suggérer. Son dossier l’attendait. L’affaire correspondait à une femme, un dossier peu cossu, la consistance d’une histoire à ficher à la poubelle ou à donner au nouveau venu dans l’immeuble.
Mais avant de suivre, il déposa son café, tailla son crayon, contrôla qu’aucun agent ne l’observait pour voir si le jeune passait son temps à glander, et enfin, dans une salle presque vide, mais illuminer comme dans une gare de triage, le petit nouveau s’élança.
La femme s’appelait Uméa, de nationalité grecque, elle s’installait à Paris dès l’âge de dix huit ans. Vint une poursuite insensée dans les agences de mannequins et les recrutements temporaires. Des files d’attentes sans fins, sans lois et sans fois. Des petites gazelles triées sur le volet d’une prouesse démesurée au nombre incalculable de trafiquants, de mafieux et d’arnaqueurs en tous genres. Une panoplie d’artistes sans grandes compétences, recherchant cette inaccessibilité. Le but d’une vie dont le seul propos résidait à la réussite. Le choix de vaincre cette monotonie héréditaire en l’espace d’une existence. Ce laps de temps compté à tous, pour réussir à poser son emprunte aux sentiers de la gloire artistique.
La jeune fille pénétrait dans l’âge d’or, elle venait de terminer son adolescence et ses ambitions se présentaient en la gloire et la fortune. Elle comptait conquérir Paris car elle se savait différente des autres et son destin se pressentait en des pubs pour de la cosmétique, quelques photos de sa corpulence dans des magazines de mode que le tout à chacun regarde juste avant de passer chez le dentiste, éventuellement un défilé pour un grand couturier, des soirées réservées uniquement aux célébrités et un beau jour le prince charmant venu tout droit de Miami, le doux amant remplis d'attentions lui offrant sa carte de crédit en gage de son amour propre, la villa à Saint-Tropez, la piscine, le chalet à Gstaad, l’appartement proche de la tour Eiffel et des vacances chez sa mère restée en Grèce, le visage peint en poudre opaque, blanche comme du talc et sur son buste, une veste en peau d’hérissonnes, la dernière mode à Paris, à mettre surtout l’été dans les Calanques, l’histoire d’économiser sur le chauffage de l’appartement en hiver.
Mais au lieu de ces belles paroles, l’histoire bifurqua sur une voie déjà trop empruntée. Le commun des mortels la rattrapa en pleine enjambé d’une journée promotionnelle en métro. Elle ne se cassa pas la patte certes, mais au bout des trois mois d’essais, donc cent douze castings et une apparition dans un court métrage filmé sur le parvis de la gare du nord et récompensé au festival de Vannes, la belle demoiselle prit conscience de ses finances. L’argent perdait de sa valeur et au lieu d’insister la fille se contenta d’un poste de serveuse pour payer le deux pièces dix fois trop chère au centre de Paris. Car elle ne comptait pas finir à la rue et ni même sur le trottoir. De plus la pauvre se contentait aussi d’un grand maigre n’ayant jamais d’argent, mais qu’elle aimait par-dessus sa quête. Une femme affable pour un homme disparaissant deux mois plus tard. Une histoire de courte durée mais imprégnée de conséquences car l’homme n’oublia pas de ramasser la caisse et le petit cochon avant de refermer, à tout jamais, la porte derrière lui.
Mais elle rêvait toujours, tombait sur plusieurs minables qui l’emmenèrent faire la tournée des Maximes, Tours d’argents, Lippes et autres établissements du même topo. Des grandes éloquences sans valeurs fictives, des crédits pleins les poches et jamais de quoi payer le taxi du retour. Enfin des gigolos comme si l’en pleuvait, venus de nul part et profitant d’une situation sans sens car la petite n’en demeurait pas moins électrisante mais aussi sans fortune, tel un moine franciscain marchant sur Saint Jaques de Compostel.
Deux ans plus tard elle appelait la section spéciale pour information. Elle patienta douze minutes au téléphone à attendre un fonctionnaire de libre et raccrocha. Une semaine plus tard elle tenta à nouveau l’expérience, tomba sur une secrétaire docile. Elle l’écouta patiemment et l’envoya dix minutes plus tard vers une recrue ne sachant pas s’y prendre avec les femmes. Elle lui expliqua son problème, l’homme l’écouta et y perdit ainsi une demi-heure. Plus tard il lui demanda d’attendre car il devait rédiger un rapport et le présenter à son chef. Il comptait aussi rappeler la dame le lendemain.
Kaska compta rapidement le nombre de fautes d’orthographe que l’homme laissa traîner sur la première page. Une trentaine ! Une vraie éponge. Puis il continua la lecture.
L’agent déposa le dossier sur le bureau d’un chef de service. L’homme partait malheureusement en vacance sur la côte d’Azur le jour suivant. Il laissa donc le dossier en suspens durant un mois. Ce vacancier du mois de juillet s’endormit au volant au retour, fit un écart lors d’un virage et sa caravane ballotta et s’écrasa sur le côté. Heureusement personne ne se blessa, les enfants saufs, arrivé à Paris il demanda un congé d’un moins supplémentaire. Son généraliste lui promit un mois de plus. Donc trois mois plus tard l’homme revint au bureau, mais à peine mis les pieds dans le hall d’entrée que le capitaine Greg Raboud l’immobilisa. Il tenait déjà sa mutation dans son bec, l’homme demandait sa mutation dans les DOM-TOM tous les six mois, tant qu’il y avait du travail la hiérarchie s’y refusait, mais après réflexion et trois mois d’absences, monsieur Raboud brisa plusieurs portes et profita surtout de l’occasion pour l’envoyer voire là-bas s’y j’y suis. Ce chef de service demandait Papeete, Raboud lui offrait Cayenne. Un choix vint même lui convenir entre le bagne et Saint-Pierre et Miquelon, juste une foutaise pour rendre le fonctionnaire intéressant. Mais il choisit néanmoins le chaud.
Avant l’arrivée du nouveau chef, le service d’entretien nettoya le bureau, le dossier s’envola aux archives. On le déposa dans les dossiers non datés et non classés. Il resta là, cloué au sol durant trois longue année, avant qu’un beau jour la fille tenta à nouveau le trajet de retour. Elle téléphonait via son portable, Eva prenait son service, l’écouta en mangeant une pomme, une demi-heure plus tard elle fouillait dans les archives, elle se laissa aussi gentiment faire par le nouvel archiviste, l’homme la coucha entre deux piles de bouquin, comme à la librairie, la dépouilla de ses biens durant une demi-heure seulement, du vite fait, et enfin, une heure et demie plus tard elle déposait le dossier sur le bureau au capitaine qui lui, l’offrait encore une demi-heure plus tard à Kaska.
Cette fois, la fonction publique se remuait le dos.
Le dossier ne détenait qu’une page. Kaska en estampa deux plus. De la consistance, de la moutarde, le dossier s’épaississait, l’aventure prenait de l’ampleur. Son collègue n’avait certes rien d’inscrit de précis qu’une chose avait pénétré dans l’appartement d’Uméa et était repartis, mais il n’avait néanmoins pas oublié d’omettre le plus important, l’homme avait heureusement écrit l’adresse et l’avait de plus souligné en gras. Donc un nom, une rue, et une ville. Ce paradoxe rendait alors l’affaire encore plus attrayante et surtout moins compliquée qu’elle devait être censée l’être.
D’ailleurs Kaska fut ravis. Une demi-heure plus tard il pouvait enfin quitter cet établissement de banquiers ou de ministres et retrouver l’air de la rue. Il pouvait même prendre le bus, le ticket lui était offert par le contribuable.
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# Posté le mardi 02 janvier 2007 17:01

Franck Kaska

Impérial homme passe partout. Romantique personnage naviguant en décor spatial intersidéral. Son don existentiel relève de la haute fiction. Il remédie aux problèmes des plus graves apparus depuis des lustres. Son importance sur ce globe reste capitale aux yeux des terrestres. Il se lie comme un livre ouvert, mais sur la net.




Décembre 2006 482
Novembre 2006 427
Octobre 2006 137
Septembre 2006 80
Août 2006 126
Juillet 2006 52
Juin 2006 72
Mai 2006 101
Avril 2006 97
Mars 2006 115
Février 2006 133
Janvier 2006 214
Décembre 2005 89
Novembre 2005 17
Octobre 2005 11
Septembre 2005 0
Août 2005 1
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# Posté le samedi 30 décembre 2006 07:57

Liste des romans, l’intégrale sur la net :

Liste des romans, l’intégrale sur la net :
Massabèra (1994) 13 chapitres roman policier
Génération2000 (1998) 8 chapitres essai
Columbarium (2000) 17 chapitres roman policier
Bell Fast (2001) 10 chapitres roman policier
Le grand ! (2002) 8 chapitres roman policier
Franck Kaska (2003) 8 chapitres roman policier
React2100 (2006) 42 chapitres science fiction
Barbarossa (2007) 16 chapitres roman policier
Seul ! (2008) roman policier


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# Posté le vendredi 24 novembre 2006 16:49

« Le grand ! » Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 8.

CHAPITRE 8

A six heure du matin il sortit de l'appartement. La fille dormait encore.
Dans la rue, il se dirigea vers la gare du Nord. Il prit une allure tranquille afin de regarder le soleil se lever. Un soleil qui devait s'élever avec lui, et non pas l'attendre. Car il disait toujours : le monde appartient à ceux qui se lèvent en même temps que le jour.
Vint le buffet de la gare du Nord. Un simple comptoir, deux flippers, un serveur et plusieurs alcooliques.
Dans ce matin gris, il commanda un café et le but en regardant les premiers voyageurs sortis des trains de banlieue. Des gens pressés se rendant à leur travail.
Au second café, Marius n'avait toujours pas dit mots. Il ne désirait causer à personne.
A sept heure du matin, l'heure de grâce. La fin du monde. Le soleil se levait et la gare se remplissait … Après avoir terminé son troisième café, Marius sortit.
Une démarche tranquille, glaciale. La température n'excédait pas dix degrés. Un printemps toujours incertain.
Au lieu d'emprunter le métro, il marcha en direction de l'arc de la défense …
A cet instant, il était difficile de savoir ce qui se passait dans son esprit, mais dans sa marche, les rues commencèrent à le conduire vers sa destinée.
Une rue, une avenue, et encore une rue. Trente minutes plus tard, la défense était proche …
Un ensemble de bâtiment visible de très loin. Un centre d'achats, de recherches, de commerce, et pour lui : sa destinée.
Il était clair qu'à cet instant, Marius recherchait quelque chose. Peut-être Paris ! Car il marchait sans chercher à comprendre. Marcher sans se vendre. Une application dans son devoir divin. Des pas lourds, grossiers, et des attentes aux feux en regardant les gens de haut.
Un quart d'heure plus tard, il arriva à la défense. Il grimpa ensuite le grand escalier central. Celui-ci l’emmenait vers l'arc de Triomphe. Des marches prises une par une. En haut, comme l'entrée du hall venait d'ouvrir, il pénétra sans attendre.
Vint le second niveau. Il s'accouda à la barrière. Presque un regard de déprimé. L'amertume. Le cœur. Tiens donc !
En arborant une certaine habitude, il regarda la foule se dépêcher, marcher afin de se rendre d'un point à un autre. La précipitation matinale.
Après un bon quart d'heure, il se releva et se dirigea vers le Flanc Bleu.
Il s’approcha du comptoir, le jeune serveur essuyait les tasses à café. Il le salua comme s'il faisait déjà partie des habitués. Marius lui commanda un café. Le jeune homme évita de s'attarder sur sa personne et servit.
Vint une nouvelle attente. Le regard vers le hall et un café refroidissant.

Sous la chaloupe de cette atmosphère d'éternel jour ou d'éternelle nuit, personne ne pouvait dire pourquoi Marius s'y plaisait. Un climat ressemblant peut-être à un Casino, le monde allant et repartant, et ne s'attardant jamais. Des peccadilles inutiles, des boutiques en attente, des personnalités se reconnaissant car se fréquentant, des comptoirs à nettoyer, des vitrines à entretenir, une vie dans l'ombre ou une nouvelle vie. Le futur proche, à savoir l'univers souterrain.
Dans ce décorum, Marius observa le hall durant bien trente minutes. Quelques clients s'accoudèrent au comptoir afin de boire leurs cafés, mais toujours pas de Daniel.
- Dis-moi ! Tu connais le petit Daniel ?
Le serveur attendait les bras croisés.
- Le petit ! Oui bien sûr ! En principe il devrait déjà être là.
Marius se retournait vers lui.
- Pourquoi n'est-il pas là aujourd'hui ?
- Quand Olivier n'est pas là, Daniel n'est pas là.
Marius s'intéressait …
- Ah ! Ils sont toujours ensemble ?
Le serveur ne semblait pas intéressé par cette discussion. Il était même surpris que Marius ne les connaisse pas mieux que lui.
- Ben ! En principe, ils dorment les deux au même endroit. Derrière la sortie de secours sud. Proche des échappements d'air chaud.
Marius était surpris …
- Ah bon !
Marius regardait le serveur dans les yeux, mais celui-ci le laissa très vite et aborda un autre client.
Marius était confus. Il le laissa prendre la commande. Quand il se retourna vers la machine à café, il reprit.
- Et elle est où la sortie sud ?
Le serveur lui répondit sans se retourner …
- En face, sur l'autre couloir, à côté de la boutique Zazou !
Avouons qu'au départ, Marius comptait encore rester un moment, un peu discuter, mais la tentation était trop forte. Alors il le laissa, se retourna et commença à marcher.
Vint une démarche tranquille. Il longea les boutiques du couloir. Au bord de l'estrade donnant au-dessus du premier niveau, il tourna vers le sud, rejoint l'autre couloir, et trente mètres plus loin, il s'arrêta devant la boutique Zazou.
C'était une boutique de lingerie, à première vue très intéressante. Mais Marius ne s'y attarda pas. A côté, un petit couloir partait vers le sud. Il s'obligea à poursuivre sa route.
Le couloir devait bien mesurer vingt mètres de longueur. Il s'y enfonça et se retrouva face à une porte de sortie. Une grosse porte à deux battants.
En arrivant auprès d'elle, il n'attendit pas et l'ouvrit. Elle donnait vers l'extérieur. Dehors, les nuages couvraient le ciel.
Dès à l’air libre, il remarqua un paquet d'habits et des couvertures traînant au sol. La sortie d'air chaud se situait à un mètre au-dessus. Un endroit habité, mais pas si crasseux que cela … Au milieu de ce tas, une personne était allongée. Un jeune homme, mais pas Daniel.
Comme celui-ci venait de se réveiller, Marius s'en approcha. L'air chaud dégageait une chaleur printanière.
- Salut !
Le jeune n'avait pas peur. Il lui répondit …
- Salut !
Comme Marius comptait discuter, il se baissa.
- Dis–moi ! Je cherche Olivier et Daniel. Tu sais s’ils ont dormi ici cette nuit ?
- Pourquoi, t'es flic ?
Marius souriait …
- T'as vu ma dégaine !
L'homme le regarda un moment. Un petit jeune venant tout droit de la province. Il lui répondit …
- Aux dernières nouvelles, Olivier est au trou, et Daniel est parti hier soir !
Marius s'intéressait à Daniel …
- Où est-il parti ?
- Hier soir il nous a fait une théorie comme quoi il était préférable de vivre au sud, alors il s'est cassé.
- Ah bon !
Avant de reprendre, Marius observa les lieux un court instant, juste pour se donner une idée de l'environnement.
- Et vous êtes beaucoup à dormir ici ?
- Une quinzaine !
- Ah !
Il se relevait …
- Et Daniel, il vous a dit où il comptait aller précisément ?
Le jeune homme n'avait pas trop envie de lui répondre, mais il s'en foutait …
- Il nous a dis qu'il était possible de faire la manche à Saint-Tropez.
L'extase !
- A Saint-Tropez ?
- Ouais !
- Et ben !
Comme le jeune ne voulait pas trop discuter, Marius le regarda quelques secondes, et se retourna. Il rejoint ensuite la porte, et en voulant la pousser, celle-ci résista.
Alors la voix du jeune homme retentit …
- C'est une sortie de secours ! Pour retourner dedans, tu dois faire le tour.

**

Personne ne sait si Marius avait été attristé par la perte de ses deux camarades, mais au lieu de retourner dans le hall, il bifurqua vers l'avenue menant à l'arc de Triomphe. La même avenue, les mêmes arbres, les mêmes maisons et aussi la baraque de la quinquagénaire.
En passant devant la demeure de la dame, la tentation devint perspicace, mais il s'obligea à poursuivre. Sa démarche était rapide et son visage était glacial.
Dix minutes plus tard, il marchait sur le sol de la commune de Neuilly. Là, il ne s'arrêta pas, et plus tard, il rejoignait l'arc de Triomphe.
La place était bondée. Beaucoup de voitures et beaucoup de touristes.
En la présence de ce rond point, il fit le tour et découvrit ensuite les Champs-Élysées. La fameuse avenue ! Des magasins, des boutiques et peut-être trois milles personnes.
Certes on aurait pu penser que sa démarche, à cet instant, allait redevenir normale. Mais ce ne fût pas le cas, il la longea sans s’arrêter. Des arrêts qu'aux feux, et rien d'autre.
Vint la place de la Concorde. Encore une place remplie de voitures.
Là, il bifurqua sur la rue de Rivoli. Une trentaine de mètres, et quand il se rendit compte qu'il connaissait déjà cette route, il ralentit. Une histoire commune ! Un bar commun : les Trois Olives !
Au départ, Marius pensait que Daniel pouvait traîner là, dans ce bar. Pourquoi pas ! Un dernier verre avant Saint-Tropez ! Une invitation à aller vérifier. Jeter un coup d’œil afin d'être sûr, et aussi pour boire un café. Pourquoi pas !
Le bar n'était pas loin, alors il s'y amoncela. Un bar-tabac ! Il tourna dans la rue appropriée. Vingt mètres plus loin, il pénétrait dans le lob.
Il referma la porte derrière lui, il contrôla si un groupe de jeunes gens ne traînait par hasard pas au fond de la salle, mais personne ne s'y distinguait. Un comptoir en face, une quinzaine de personnes devant, mais pas de Daniel. Aucune petite tête. Mais en dévisageant les personnages, il aperçut soudainement l'arrière train d'un homme qu'il connaissait. L'homme buvait un coup. Une célébrité. C'était Godet !
Certes, il connaissait l'homme, mais pour lui, c’était une vraie opportunité. Il s'en approcha sans attendre. Une tape sur l'épaule afin de le réveiller. Godet se retourna et prit un peu peur.
- Bonjour !
- Salut Godet !
Marius le regardait de haut.
- Tu te promènes dans le coin ?
Godet buvait une bière. Il ne désirait que cela ! Le grand l'invitait à parler cordialement. En diplomate !
- T'as prévu un autre coup !
Godet n'en avait pas l'air …
- Non !
- Qu'est ce que tu fais là alors ?
- Le bar fait office d’hôtel. J'ai une chambre en haut.
- Ah bon !
Marius le regardait toujours de haut. Il comptait aussi boire un verre et prouver sa puissance. De plus, une tarte, ça ne s'oublie pas !
- Pourquoi Jennifer Monrose ?
Godet devint incertain. Il connaissait le fou.
- Ben. C'est artistique ! Du Dadaïsme. Je lui fais aussi de la publicité.
- Ah bon !
On ne savait dire si Marius comptait l'empoigner, mais il se maîtrisait. Derrière, une dame buvait un café. Il se retourna vers elle, et revint.
- Bien ! Ben paies-moi un café alors !
Godet n'osa pas refuser. Il appela le serveur et commanda une bière et un café. Marius se retourna à nouveau vers la dame.
Le verre et la tasse devant eux, Marius reprit …
- Jennifer, elle habite aussi à Paris ?
- Non, je ne crois pas !
Marius avala sa première gorgée et s'installait à côté de lui. Il avait Jennifer en tête, mais aussi la dame.
- Tu connais son adresse ?
Godet ne savait pas.
- Non …
- Comment ça non ?
Godet buvait sa bière et Marius appuya son dos au comptoir. Une meilleure position afin d’observer la dame.
- Allons réponds-moi ! Tu savais qu'elle allait venir et tu sais aussi où est-ce qu'elle habite ! N'est-ce pas !
Godet était gêné. Afin de le réconforter, Marius reprit …
- Regardes la dame en face de moi !
Godet se retourna …
- Elle ! Je vais me la faire. Elle est prête à s'en aller. Alors réponds !
La dame portait un manteau en fourrure. La cinquantaine, très maquillée, elle se levait et Godet semblait gêné.
- Tu sais ! Je vais me la faire et je le sais, j'en ai les moyens. N'est-ce pas !
Godet n'osait pas répondre. La dame avait quitté sa place et se dirigeait vers la sortie.
- Allons Godet !
Godet regardait la dame. Elle ouvrit la porte et sortit. Le claquement de la serrure anima Marius.
- Allons Godet !
Mais toujours aucune réponse …

**

Samedi matin. Fasi se réveillait avec la gueule de boit. Il se douchait en prenant son temps et se rasait. Plus tard il ingurgitait une aspirine. Il était déjà midi. L’homme n’avait pas faim. Il décidait de ne plus jamais boire de sa vie. Plus jamais !
Vers une heure il sortait de son appartement. A peine il bouclait sa serrure, que la porte d’Eléonore s’ouvrit. Elle sortait aussi. Elle semblait à nouveau heureuse.
- Salut Fasi ! Comment va-tu ?
- Bien ! Et toi ?
- Super ! Tu sais que j’ai réfléchit à ce que tu m’as dit. J’y ai même bien réfléchit. Et je pense que tu as raison, il faut que je me case et que je vive avec un homme dans le plus grand des respects. Il faut aimer c’est vrai ! Et ne pas seulement faire l’amour.
Fasi se sentait soudainement bien dans a peau. La fille le regardait tendrement. Elle souriait. Elle retrouvait sa tendresse et son bonheur d’antan.
- T’as raison ! Il faut profiter du bon temps dans la vie.
- T’as raison Fasi ! Et c’est ce que je compte faire. Hier j’ai rencontré un homme formidable. Et nous avons décidé de vivre pleins de choses ensemble.
- Ah bon ! C’est Bien !
L’homme sortait de l’appartement. Il salua Fasi. Un être commun, rien d’exceptionnel. Il venait de baiser et paraissait soulagé.
- Nous partons d’ailleurs à Deauville pour le week-end. On compte aller se promener sur la plage. On vient de réserver une chambre dans un petit hôtel. La vie quoi !
- C’est bien !
Le visage de Fasi se transformait à nouveau. Dehors le temps n’était pas à la hauteur de ses ambitions. Narbonne plage le manquait.
Le nouveau couple salua Fasi et le quittait. L’homme restait sur le palier. Le visage défiguré ! Le couple emprunta l’ascenseur. Mais Fasi n’arrivait plus à avancer. Son mal de crane réapparaissait. Il voulait vomir. Il voulait retourner dans son salon et regarder la télévision.

**

Une minute plus tard, Marius poursuivait la dame. Elle grimpa la rue sur trois cent mètres. Devant la porte d'un immeuble assez chique, elle s'arrêta et fouilla dans son sac.
Marius intervint à cet instant.
- Bonjour Madame ! Moi c'est Marius ! Vous m'avez aperçu tout à l'heure dans le bar, n'est-ce pas ?
La dame, en apercevant cette immense structure lui tomber dessus, prit un peu peur.
- Oui ! Mais excusez–moi, je ne vous connais pas !
- Maintenant si !
Il lui offrit son plus beau sourire …
Certes la femme en avait vu d'autres, mais sa gêne la surpris. Elle désirait le voir partir.
- Et vous désirez ?
- Ben ! Invitez-moi boire un verre chez vous ! Pour moi ce n'est pas de refus !
La dame avait peur, mais son tempérament d'ancienne voleuse de sentiments surpassait tout le reste.
- Ben ! Je ne sais pas quoi vous répondre.
- Ben dites oui !
La femme rougit. Elle avait ses clefs en main. Doucement, elle ouvrit la porte …

Sa puissance surpassait tout le reste. Marius l'invita ensuite à entrer. La femme ne disait rien. Elle le laissa faire. Elle devint même toute timide.
Dans l'ascenseur : le silence.
Au troisième ils en sortirent. La femme l'invita ensuite à pénétrer dans son appartement. Un salon de style très chic. Un beau parquet, une grande télévision, une grande armoire remplie de livres et une cuisine américaine.
- C'est très chic !
Marius refermait la porte. La femme enlevait son manteau.
- Oui merci !
Elle déposa ensuite son manteau. Marius observait la chambre.
- Ben ! Installez-vous seulement ! Qu'est ce que vous désirez boire ?
Marius se retournait vers elle. Un gros sourire, toujours aimable.
- Ben champagne pourquoi pas !
Au devant de sa réponse, la dame resta émue durant quelques secondes. La surprise ! La surprise de taille. Que répondre ? Dire oui, dire non ? Se laisser aller. L'embarras se lisait sur son visage. Le visage d'une femme noble, peut-être prétentieuse.
Sa réponse …
- Si vous le désirez !
Malgré son embarras, elle le regarda dans les yeux durant quelques secondes, et reprit …
- Bien ! Attendez-moi là alors ! Je vais aller voir si j'en ai.
Elle le laissa …
La femme quitta la pièce et Marius s'installa sur le grand fauteuil. Devant la télévision, il empoigna la télécommande et commença à zapper. Les chaînes défilèrent. La prétention de la baiser. Un arrêt sur Paris Première. Un reportage sur les gens qui nettoient la tour Eiffel. Plus tard, encore une attente …
Durant les premières trente secondes, il se concentra sur la télévision, après il se remit à réfléchir. Sa tracasserie revint. L'amertume. La femme allait bientôt revenir, mais une autre histoire travaillait son esprit, démangeait sa raison. Celle d'Olivier, en prison, peut-être celle de Daniel, à Saint-Tropez. Une raison en puissance, plus forte que tout le reste et plus forte que son existence.
Sa réflexion l'emmena à ne pas changer de chaîne, et à savoir s’il regardait vraiment la télévision, personne ne pouvait l'affirmer. Sa vision le pourchassait. Une irrésistible incompréhension. Peut-être de lui-même.
- J'ai réussi à dénicher une bouteille !
La femme le réveilla. Elle tenait une bouteille et deux verres en main. Elle souriait et Marius se retourna péniblement vers elle.
- Ben non !
La femme devint émue …
- Pourquoi non ?
Marius ne souriait plus …
- Ben non, ça ne peut pas aller !
La femme se sentit subitement gênée.
- Et pourquoi ?
Marius se levait déjà. Elle attendait …
- Bien, parce qu'il y a Godet !
La femme ne comprenait pas …
- Comment ça Godet ?
Marius était debout et la regardait piètrement.
- Ben oui Godet, j'étais avec lui tout à l'heure !

**

L’après-midi Fasi n’avait pas le moral, mais décidait néanmoins de sortir afin de se promener un peu. Il sortait, marchait jusqu’au bois de Boulogne. La grisaille. La pluie commençait à tomber. Le froid enveloppait son corps. Il pensa en premier lieu à Claire. Il pensa aussi à Berger. Eléonore prenait la troisième position.
Dans le bois, quelques bedeaux se promenaient. Rien d’important ! Fasi apercevait la défense. Quand il quittait Narbonne, il décidait de travailler un maximum. Il s’était donné dix ans pour réussir. Il comptait économiser et placer son argent. A trente-cinq ans il voulait retourner dans le sud pour s’acheter une maison et vivre posément. Mais dès arrivé à Paris, il se rendit compte que le sexe prédominait toutes ses valeurs antérieures.
A force, les bâtiments de la défense grandissaient. En bordure du bois, un bar-tabac l’intéressa. Il s’en approcha. Il pénétra à l’intérieur et commanda un café.

**
Marius évita de discuter plus longtemps avec la dame. Il descendit par l'escalier, il évitait ainsi l'ascenseur. Dehors, la chaleur n'agrémentait pas le bonheur. Une fine pluie commençait à mouiller le sol.
Surchargé de malentendus, Marius retourna vers les Trois Olives. Une atmosphère pompeuse !
Devant, il évita de regarder à l'intérieur si Godet buvait toujours, et continua …
Vint la rue de Rivoli. Las de prétentions, il l'emprunta. Le chemin menait à la place Vendôme. Les mêmes rues à traverser. Il arriva ensuite devant cette espace, mais évita de s'attarder. L'homme était nerveux, mais sa démarche redevint normale.
Une centaine de mètres plus loin, le trottoir continuait sous un long préau. La pluie avait augmenté sa cadence. Le sol était trempé. Certaines personnes commençaient à courir. Il pénétra sous l'arcade et ses cheveux furent saufs d'une pluie commençant à rendre la ville inintéressante pour les piétons.
L'arcade de la rue Rivoli est connue comme Paris. Elle longe le Louvre sur toute sa longueur. Des boutiques pour touristes s'alignent comme des chandelles. Dedans, on peut y trouver beaucoup de gadgets, comme la représentation de la tour Eiffel en miniature, des linges, des tee-shirts, des photographies, des cartes postales, des livres et des stylos. Enfin, tout le nécessaire afin de satisfaire une certaine clientèle, d'un certain goût.
Dans tout ce monde, Marius évita de s'arrêter. Il continuait à rechercher cette source. Cette matière liquéfiante ! Le sommet du monde ! L'homme mesurait deux-mètres deux. Donc trente-cinq centimètres de plus que la moyenne générale féminine et vingt-cinq centimètres de plus que la moyenne masculine. De quoi prouver sa puissance, sa supériorité et son indéniable force de conviction. L'homme surpassant toutes les têtes et surtout l'horizon, lors de grandes cohues !
Beaucoup de touristes étaient venus se réfugier sous l'arcade. De ce fait, à certains endroits, ils bloquaient le passage. Marius dut ralentir. Des passages douloureux car les gens ne se préoccupaient pas de sa personne. Ils regardaient droit devant eux. Ils marchaient son compter. Une préoccupation unanime, un homme dans la ville et des êtres se regardant, mais ne se reconnaissant pas les uns les autres.

Après deux cents mètres, la population devint plus éparse. Marius retrouva sa vitesse d'appoint. Les boutiques avaient changé de style. Du tourisme à la robe de soie. De la tour Eiffel en porcelaine au pull en laine à deux milles francs. Plus, les visages ! Moins gênants et voire plus galants.
Dans sa venue, certes plusieurs femmes passèrent à côté de lui en le regardant. Il pouvait s’arrêter, mais évita toute redondance. Il s'efforçait de regarder droit devant lui. Quand une personne dérangeait sa puissance, en l'évitant, seuls ses yeux se baissaient afin de suivre le mouvement. La prouesse d'un corps afin de ne pas déranger.
Vint le bout du tunnel. La pluie se calmait. L'arcade se terminait. Il en sortit, traversa l'Avenue Sébastopol et continua pour arriver sur la place du Châtelet. Il la traversa sans vraiment la regarder. L'île saint-louis à côté, qu'il évita aussi d'observer. Une place s'advenant néanmoins à être animée, mais l'homme tenta de ne pas s'en m'éprendre. Un regard sur un horizon irascible. La tête droite et la démarche fluette. L'homme dans la ville. Grand, beau, mais obsédé par cette puissance le gouvernant.
Après le Châtelet, il passa devant l'Hôtel de Ville. A ce niveau–là, juste un regard, le temps de voir autre chose.
Plus tard il rabaissait sa tête, il l'aligna à nouveau correctement, à deux mètres de haut. A cet instant il commençait à apercevoir la Place de la Bastille au loin. Cette perspective justifiait la parodie de ses songes.

**

Si le policier responsable de la surveillance télévisée de la Bastille avait eu le privilège de remarquer Marius, il aurait aperçu un grand homme, très droit et la tête haute.
L'homme venait du Châtelet. En zoomant sur lui il aurait pu entrevoir sa nervosité. Les traits tirés, l'envie de crier et de faire une nouvelle rencontre. Une haine que Marius comptait dissimuler, mais qui l'obligeait à chaque pas, à rendre sa personnalité inadéquate en rapport avec les gens qui l'entouraient.
Un regard sur la caméra au milieu de la place et l’homme continua. De l'autre côté, il s'arrêta au feu. Pendant que le policier changeait de vue, Marius attendait sagement. Vint le vert, il traversa et s'enfonça dans la dernière Avenue avant la gare de Lyon.
L'Avenue n'était pas très longue et Marius ne s'arrêta pas. Au péristyle de la gare, il grimpa sur l'entrebâillement menant à elle et quelques minutes plus tard, il pénétrait dans le hall.

La gare était bondée, mais c'était son habitude. Un buffet avec une terrasse, un kiosque, une dizaine de TGV et un gros paquet de monde regardant le grand panneau d'affichage disposé devant les premières voies.
Comme Marius savait de quoi était constituée une gare, il n'hésita pas dans son allure et se dirigea du côté des caisses.
Elles se situaient sur sa gauche, dans un autre hall, un peu plus petit. Là vingt caisses s'alignaient contre le mur ouest. La foule était plus ou moins éparse, donc des caisses à moitié vides.
Comme Marius comptait partir vers le sud, il se dirigea vers les caisses appropriées. Quand il en aborda une de libre, une petite dame le reçut. Elle portait des lunettes autant larges que la largeur de sa tête. Une petite taille. Un petit corps. Mais à voir, une fille libre car une fille qui semblait ne pas aimer se faire toucher.
- Bonjour Madame !
Marius comptait la regarder de haut.
- Bonjour Monsieur !
Vint l'attouchement …
- Le prochain train pour Genève part à quelle heure ?
La femme l'écoutait par le biais d'un microphone. L'ambiance rêvée !
Elle tapa le mot Genève sur les touches de son ordinateur. Une hésitation, et lui répondit.
- Dans un quart d'heure !
Marius n'hésitait pas, lui …
- Bien ! Alors un ticket seconde classe, non-fumeur, et côté couloir.
La femme fut surprise, mais elle ne réfléchit pas. Elle imprima son billet, une minute plus tard il payait, et deux minutes plus tard il lui disait au revoir. Du vite fait ! Du trop vite fait !
Son billet en main, il se dirigea vers le train en partance pour Genève. Un TGV. Une allure normale. Quand il arriva sur le quai, il contrôla quel numéro de wagon était écrit sur son ticket. Un petit regard indicible. Le ticket à un mètre quarante de haut et les pointes des yeux aux allures stridentes.
Vint son wagon …

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Fasi arrivait sur l’esplanade de la défense. Les touristes l’avaient prise d’assaut. Au-dessous la galerie marchande ne devait pas trop battre son plein. Il hésitait y faire un tour. Mais là-dessous il s’ennuyait. Chaque midi il partait jouer aux jeux vidéo dans la salle de divertissement. Mais il n’y restait jamais trop longtemps. Même ses habits il ne les achetait pas là-bas. Peut-être pour ne pas croiser Claire et Berger. Les deux femmes visitaient souvent les boutiques de mode. Pour Fasi, la mode, cette institution représentait souvent l’idéal du dépensier, alors il s’abstenait.
En fait, l’idéal de Fasi se présentait sous la forme d’une maison de campagne, entourée d’oliviers et de poules.
Certes il venait du quartier de la gare de Narbonne, mais la campagne n’avait jamais quitté son esprit. Elle demeurait en lui en tant qu’exutoire parfait afin de se remettre en question.

**

Le train semblait bien calme. Une ligne aux heures creuses. Personne n'avait réservé à côté de Marius. Le siège était vide et son sommeil atteignit son paroxysme dès que le train put accélérer jusqu'à son allure normale.
Dans ce silence, Marius rêvait presque. Voir autre chose, des étoiles, des femmes et des arcs-en-ciel. Le rêve avant le sommeil. L'altercation entre l'inexistant et l'enthousiasme de pouvoir rêver. Le train poussant l'âme à ressentir autre chose que l'émoi qu'il ressent quand il commence à dormir en un lieu adapté pour la circonstance.
Personne ne sait ce que Marius avait bien pu rêver en dormant, mais quand le train s'arrêta à Lyon, il ouvrit ses yeux. La gare était chaude mais le train ne se remplissait pas. Plutôt, se désemplissait. Un train plus ou moins vide en partance pour Genève.
Certes, en se frottant les yeux, derrière les vitres, il ne ressentit pas l'ambiance. Le wagon était ventilé et surchauffé. Presque l'orient express s'arrêtant afin de se carburer.
Le train resta en arrêt durant quinze minutes, et il repartit. Sur trente kilomètres, un plateau l'autorisa à accélérer, et dès que les premières collines l'entourèrent, on put apercevoir les Alpes.
Vint la décélération …
Des collines, de petites montagnes, des vallées et des tunnels. Le péristyle de la Suisse !
Bien qu'il vienne de la région, il s'intéressa soudainement au paysage. Des prés à vaches pour des prés à vaches, des constructions, des fermes isolées, des villages et deux arrêts dans deux petites villes.
Durant le trajet, personne ne put affirmer si un certain enthousiasme l'immobilisa. Une certaine nostalgie. Mais une chose est certaine, l’homme resta planté le nez devant la vitre presque jusqu'en Suisse. La déambulation aux simagrées. Inimaginable ! Un regard au loin et un retour sur des choses plus tacites. Les gares de villages, les vallons au loin et les premiers pics encore plus loin.

Se sont les douaniers qui le dérangèrent. Marius leur présenta sa carte d'identité. Ils contrôlèrent très rapidement. Comme il venait de la région, ils n'insistèrent pas avec lui. La douane française et la douane suisse.
Une habitude acquise. Une région et des montagnes communes.
Vint Genève ! Une ville encore dans le froid. Déjà la Suisse.
Le train s'arrêta à la gare de Cornavin. Marius sortit du wagon et suivit la foule jusqu'au hall. Dans sa démarche, il tenta de deviner ce qui pouvait bien changer entre une gare française et une gare suisse. Un amusement probant. Quand il arrivait dans le hall principal, il se rendit compte : c’était les publicités. Du chocolat et du fromage partout ! Sur tous les murs et sur toutes les notices. Une réelle envie de manger. Manger un morceau, car avouons que Marius, en ces temps, ne s'alimentait pas beaucoup.
Enfin ! Juste un détail, car il ne resta pas longtemps dans cette gare. Dès sorti du sous-voie menant aux quais, il traversa le hall et sortit.
Dehors, un léger vent vint se cogner sur ses joues, mais il s'en ficha et continua …
A savoir s'il connaissait Genève, la réponse était très difficile à concevoir. Mais Marius, dans sa témérité, prit sans attendre vers l'ouest. Il marchait d’un pas lourd, certain, voire grave.
Une démarche à l'apparence tranquille, mais sous une entité claire, un but !
Comme le centre de la ville se situait au sud, sur cinq cents mètres, la densité de maisons valait un centre ville. Plus loin, les premières demeures, les premiers arbres et les premiers jardins s’imposèrent. En face, le lac Leman. Un lac qui n'étincelait pas, mais comme la brume avait envahis son centre, l'horizon s'identifiait à une mer. Peut-être la mer Noire.
Après le premier kilomètre, les demeures studieuses envahirent l'espace. Le quartier chic, des styles contemporains. A chacun son petit jardin et ses deux voitures. Des voitures éparses. Un calme certain.
Au bord d'un carrefour qui obligeait la route de l'ouest à descendre vers le lac, Marius hésita un peu. Il contrôla le nom des rues, observa l'horizon et le lac. Quelques secondes après, il reprit en tournant vers le nord. Une petite rue, un quartier serein et de nouvelles maisons familiales.
La route grimpait un peu. Une légère pente. Marius s'y appliqua. Il inspecta aussi les numéros des maisons. Un enchaînement, mais aussi un numéro qu'il avait en tête. Une adresse qu'il connaissait. Presque une promenade, car personne ne fréquentait la rue. Lui et lui seul avançait, suivait, poursuivait et recherchait.
Il emprunta cette rue sur deux cents mètres. En passant devant le jardin d'une très belle demeure, il ralentit un peu. Elle était belle certes, mais son visage devint soudainement très précis et ses sourcils se froncèrent. Le grand en pleine découverte et aussi en pleine décontenance.
Vint ensuite la maison proprement dite. Un jardin mal entretenu devant, une barrière en fer blanc, une allée de taillis entre les deux demeures voisines et des murs beiges, peints récemment.
La demeure abritait deux étages. Deux grandes fenêtres racolées au centre, une troisième plus éloignée. Au premier étage, deux autres fenêtres s'imbriquaient dans le toit. Un style typiquement Suisse. Un toit en bois avec des tuiles brunes.
En se rendant compte qu'il était arrivé, Marius devint nerveux. Il marcha néanmoins tranquillement jusqu'à la porte de la barrière, il l'ouvrit directement et pénétra dans le jardin.
Ainsi lancé, ses muscles se tétanisèrent et son cœur battait violemment. Le mépris ! Une rage intérieure extrêmement puissante. De la transpiration sur tout son corps. Une douche froide.
La porte d'entrée se situait sur le côté gauche. Il s'en approcha rapidement et sans attendre, il sonna.
Vint une attente difficilement supportable. L'homme ne se supportait plus. La rage au ventre !
Certes la porte ne s'ouvrit pas tout de suite. Il dut attendre plus d'une minute. Une minute terrible, inimaginable ! Vinrent alors des pas. De l'intérieur. Ceux-ci s'approchèrent de l'entrée, et doucement, la porte s'ouvrit …

Dès qu’elle aperçut l’homme, la fille s'effraya directement. Un visage horrifié !
Sa main droite retenait la porte. Elle voulut la refermer, mais l'homme s'imposa. Il posa sa main gauche dessus, alors elle ne put plus pousser. Dans l'entremise d'une terrible transe, elle recula ensuite très vite. Elle comptait s'enfuir, revenir sur ses pas ! Mais comme son énervement devint si omnipotent, en reculant, son dos se cogna contre le mur. Une bousculade afin de se retourner, mais c'est à cet instant que l'homme l'intercepta. Il avait foncé sur elle et l'attaqua en l'empoignant au cou. Une prise coriace afin d'arrêter la fille. Un geste sûr et précis ! Une main gantée qui obligea la fille à commencer à se débattre. Les premiers cris. Ceux signifiant l'horreur. La rage !
L'homme l'avait empoignée. Comme la main gauche de la fille tentait de l'arracher et l'autre d'empêcher sa puissance de s'imposer, il cogna violemment contre sa main. Un geste qui obligea la main de la fille à tomber, et c'est aussi à cet instant qu'il frappa le premier coup. Un terrible uppercut qui emmena la fille à crier. Elle se débattait bien, mais ne pouvait se libérer de cette main. Alors l'homme frappa une seconde fois ! Un ébranlement terrible qui emmena néanmoins la fille à lever sa main contre lui. Plus précisément vers sa cagoule. Mais une petite main bien trop fragile qu'il dégagea rapidement, afin de cogner une nouvelle fois. Un coup si puissant que l'homme put enfin la serrer convenablement, afin de l'étouffer. Une fille presque dans les vapes. Bientôt le coma ! Un corps qui tombait et une voix qui n’arrivait plus s'imposer. Vint le quatrième coup. Le cinquième. La fille laissa ses membres tomber, sa tête ballottait et sous cette pression, l'homme cogna encore. Encore trois coups, jusqu'au coma. Le corps en abandon.

Quelques secondes plus tard, l'homme refermait la porte sur la moitié de sa distance maximale. Il remarqua le corps de la fille qui n'allait pas s'enfuir, alors il recula et ferma la porte complètement. La porte claqua et il retrouva le visage de la fille. Au-dessus d'elle, vu qu'elle mugissait, il se baissa et lui envoya encore plusieurs coups de poings. Des coups qui amenèrent des gouttes de sang à jaillir, surtout de son nez.
Il se releva ensuite et inspecta autour de lui si personne n'arrivait. Mais personne ! Alors, il l'empoigna. Il la souleva et l'emmena vers le centre de la maison. La fille ne réagissait pas.
Un grand salon couvrait toute la surface, la cuisine en face, la porte de la chambre plus loin et l'escalier sur sa gauche.
Quand l'homme arriva dans l'épicentre de la pièce, il observa rapidement comment les meubles avaient été disposés. Trois gestes rapides de la tête et la cagoule qui le démangeait déjà. Puis, en vu de ses intentions, il ramena la fille vers l'escalier. Il passa devant, tira son corps et grimpa.
La fille était très légère. Il accéda au niveau supérieur très rapidement. La première porte était ouverte. Elle se situait juste à côté. En remarquant que c'était la salle de bain, il y pénétra. Il ramena ensuite le corps contre la baignoire, colla sa tête dessus, la retint d'une main et de l'autre, il ouvrit le robinet.
Vint le jaillissement. Il inséra le bouchon et patienta. La fille commençait à se réveiller.
Quelques secondes plus tard, l'eau avait pris forme au fond de la bassine. Comme elle commençait à se réveiller, il lui envoya encore trois coups sur sa nuque. Des coups violents qui la firent tomber à terre. Une femme presque morte …
Quelques secondes plus tard, afin de finir selon son désir, il la souleva, il porta son corps dans la baignoire, prit sa tête et l'enfonça dans l'eau.

Quand ses narines ressentirent l'eau, la fille tenta de se débattre, mais l'homme la maintenait fermement. L'eau montait. Sa tête s'immergea complètement. L’homme attendait. Peut-être une minute. Au-dessous, un corps immobile attendait la fin.
L'homme ne chronométrait pas, mais comme la fille ne bougeait plus, il la maintint une minute de plus. Une minute supplémentaire. Les deux bras tendus et un regard complètement dénué de sentiments.
Comme l'eau débordait, il la lâcha. Il coupa ensuite l'eau et la déshabilla. Il lui arracha sa chemise, sa robe, ses chaussettes et son slip. La fille nue, il souleva son corps et l'immergea dans l'eau. Le visage d'une morte pour l'esprit inébranlable de l'homme.
Vint la fin. La fille nue dans une eau commençant à rougir, il enfonça sa tête et attendit. Une détention perspicace, l'homme voulait être certain de sa mort. Une mort obligatoire et une mort certaine que sous l'eau, car l'homme n'avait pas la possibilité de contrôler les battements de son pouls. Ses gants empêchaient cette assurance de s'émouvoir.

**

En principe Fasi ne travaillait pas le samedi, mais ce jour-là il se promenait dans les parages. Alors il décida d’aller visiter son bureau, rien que pour le fun.
Il retrouvait le hall d’entrée. Le gardien. La carte d’accès. Plus tard il patientait devant l’ascenseur. L’endroit était vide. Le silence. Seul de rares bedeaux passaient. Le témoignage des heures supplémentaires.
La porte de l’ascenseur s’ouvrit enfin. Il pénétra le premier, un homme le suivait. Les deux portes se refermèrent. L’ascenseur grimpa.
Mais soudainement la cage s’arrêta. Une panne. L’homme pressa sur le bouton d’urgence. Le gardien lui répondit.
Fasi attendait derrière. L’homme ne ressemblait pas trop à un businessman. Le gardien leur demanda ensuite de patienter, celui-ci devait appeler les dépanneurs de piquet. Ils devaient arriver dans une demi-heure. Le temps allait être long.
- Nous n’avons décidément pas de chance aujourd’hui !
L’homme se retournait vers Fasi.
- Je m’appelle Franck !
- Je m’appelle Fasi ! Enchanté !
Ils se serrèrent la main et l’homme s’assit. Fasi semblait hébété. Il ne voulait pas s’asseoir. Il pensait à Claire, à Berger et à Eléonore. Cette situation semblait saugrenue. Jamais il n’avait travaillé le samedi.
Par contre Franck s’y résout. Il empoignait ses dossiers et commençait à travailler.
- Vous travaillez ici ?
- Oui ! Au douzième !
- Moi je viens de commencer ! Au huitième ! Je viens juste d’arriver de Toulouse avec mon copain. Hier nous sommes sortis au Marais. Rien de comparable avec le sud.
- Ah bon !
Fasi s’asseyait. Il était un peu surpris. L’homme en face de lui n’était pas monté seul à Paris, mais avec son copain. Cette histoire l’intrigua. Il voulait savoir !

**

Il est difficile de dire si l'homme prit plaisir, mais en maintenant la tête de la fille sous l'eau, il resta encore bien cinq minutes à la regarder, à observer sa mort apparaître sur les traits de sa personnalité. Des yeux qui s'ouvrirent. Une bouche ouverte. La démence !
Quand il se relevait, avant de quitter la pièce, il se regarda devant le miroir durant quelques secondes. Peut-être l'être fier. Les yeux dans les yeux. Le col remonté. Plus tard il redescendait.
En bas, l'homme retourna directement vers la porte. Devant, il se retourna vers la chambre, l'inspecta durant quelques secondes, et enleva sa cagoule. Sa bouche à l'air libre, il souffla un bon coup. La respiration du diable. Des yeux rouges. La mâchoire crispée.
Il ouvrit ensuite la porte et s'enfuit. L'homme venait de tuer ! Marius venait de tuer. Le crime parfait. Aucun témoin, donc aucune preuve. La fille s'appelait Jennifer Monrose. Elle avait débuté sa carrière comme mannequin cinq ans auparavant. Elle venait de se faire engager par une télévision française. Une petite perle, très adorable. Elle venait juste de fêter ses vingt-deux ans.








Le grand ! Daniel Gindraux, 2002, roman policier, 8 chapitres.
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# Posté le dimanche 19 novembre 2006 06:41