« Le grand ! » Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 8.

CHAPITRE 8

A six heure du matin il sortit de l'appartement. La fille dormait encore.
Dans la rue, il se dirigea vers la gare du Nord. Il prit une allure tranquille afin de regarder le soleil se lever. Un soleil qui devait s'élever avec lui, et non pas l'attendre. Car il disait toujours : le monde appartient à ceux qui se lèvent en même temps que le jour.
Vint le buffet de la gare du Nord. Un simple comptoir, deux flippers, un serveur et plusieurs alcooliques.
Dans ce matin gris, il commanda un café et le but en regardant les premiers voyageurs sortis des trains de banlieue. Des gens pressés se rendant à leur travail.
Au second café, Marius n'avait toujours pas dit mots. Il ne désirait causer à personne.
A sept heure du matin, l'heure de grâce. La fin du monde. Le soleil se levait et la gare se remplissait … Après avoir terminé son troisième café, Marius sortit.
Une démarche tranquille, glaciale. La température n'excédait pas dix degrés. Un printemps toujours incertain.
Au lieu d'emprunter le métro, il marcha en direction de l'arc de la défense …
A cet instant, il était difficile de savoir ce qui se passait dans son esprit, mais dans sa marche, les rues commencèrent à le conduire vers sa destinée.
Une rue, une avenue, et encore une rue. Trente minutes plus tard, la défense était proche …
Un ensemble de bâtiment visible de très loin. Un centre d'achats, de recherches, de commerce, et pour lui : sa destinée.
Il était clair qu'à cet instant, Marius recherchait quelque chose. Peut-être Paris ! Car il marchait sans chercher à comprendre. Marcher sans se vendre. Une application dans son devoir divin. Des pas lourds, grossiers, et des attentes aux feux en regardant les gens de haut.
Un quart d'heure plus tard, il arriva à la défense. Il grimpa ensuite le grand escalier central. Celui-ci l’emmenait vers l'arc de Triomphe. Des marches prises une par une. En haut, comme l'entrée du hall venait d'ouvrir, il pénétra sans attendre.
Vint le second niveau. Il s'accouda à la barrière. Presque un regard de déprimé. L'amertume. Le cœur. Tiens donc !
En arborant une certaine habitude, il regarda la foule se dépêcher, marcher afin de se rendre d'un point à un autre. La précipitation matinale.
Après un bon quart d'heure, il se releva et se dirigea vers le Flanc Bleu.
Il s’approcha du comptoir, le jeune serveur essuyait les tasses à café. Il le salua comme s'il faisait déjà partie des habitués. Marius lui commanda un café. Le jeune homme évita de s'attarder sur sa personne et servit.
Vint une nouvelle attente. Le regard vers le hall et un café refroidissant.

Sous la chaloupe de cette atmosphère d'éternel jour ou d'éternelle nuit, personne ne pouvait dire pourquoi Marius s'y plaisait. Un climat ressemblant peut-être à un Casino, le monde allant et repartant, et ne s'attardant jamais. Des peccadilles inutiles, des boutiques en attente, des personnalités se reconnaissant car se fréquentant, des comptoirs à nettoyer, des vitrines à entretenir, une vie dans l'ombre ou une nouvelle vie. Le futur proche, à savoir l'univers souterrain.
Dans ce décorum, Marius observa le hall durant bien trente minutes. Quelques clients s'accoudèrent au comptoir afin de boire leurs cafés, mais toujours pas de Daniel.
- Dis-moi ! Tu connais le petit Daniel ?
Le serveur attendait les bras croisés.
- Le petit ! Oui bien sûr ! En principe il devrait déjà être là.
Marius se retournait vers lui.
- Pourquoi n'est-il pas là aujourd'hui ?
- Quand Olivier n'est pas là, Daniel n'est pas là.
Marius s'intéressait …
- Ah ! Ils sont toujours ensemble ?
Le serveur ne semblait pas intéressé par cette discussion. Il était même surpris que Marius ne les connaisse pas mieux que lui.
- Ben ! En principe, ils dorment les deux au même endroit. Derrière la sortie de secours sud. Proche des échappements d'air chaud.
Marius était surpris …
- Ah bon !
Marius regardait le serveur dans les yeux, mais celui-ci le laissa très vite et aborda un autre client.
Marius était confus. Il le laissa prendre la commande. Quand il se retourna vers la machine à café, il reprit.
- Et elle est où la sortie sud ?
Le serveur lui répondit sans se retourner …
- En face, sur l'autre couloir, à côté de la boutique Zazou !
Avouons qu'au départ, Marius comptait encore rester un moment, un peu discuter, mais la tentation était trop forte. Alors il le laissa, se retourna et commença à marcher.
Vint une démarche tranquille. Il longea les boutiques du couloir. Au bord de l'estrade donnant au-dessus du premier niveau, il tourna vers le sud, rejoint l'autre couloir, et trente mètres plus loin, il s'arrêta devant la boutique Zazou.
C'était une boutique de lingerie, à première vue très intéressante. Mais Marius ne s'y attarda pas. A côté, un petit couloir partait vers le sud. Il s'obligea à poursuivre sa route.
Le couloir devait bien mesurer vingt mètres de longueur. Il s'y enfonça et se retrouva face à une porte de sortie. Une grosse porte à deux battants.
En arrivant auprès d'elle, il n'attendit pas et l'ouvrit. Elle donnait vers l'extérieur. Dehors, les nuages couvraient le ciel.
Dès à l’air libre, il remarqua un paquet d'habits et des couvertures traînant au sol. La sortie d'air chaud se situait à un mètre au-dessus. Un endroit habité, mais pas si crasseux que cela … Au milieu de ce tas, une personne était allongée. Un jeune homme, mais pas Daniel.
Comme celui-ci venait de se réveiller, Marius s'en approcha. L'air chaud dégageait une chaleur printanière.
- Salut !
Le jeune n'avait pas peur. Il lui répondit …
- Salut !
Comme Marius comptait discuter, il se baissa.
- Dis–moi ! Je cherche Olivier et Daniel. Tu sais s’ils ont dormi ici cette nuit ?
- Pourquoi, t'es flic ?
Marius souriait …
- T'as vu ma dégaine !
L'homme le regarda un moment. Un petit jeune venant tout droit de la province. Il lui répondit …
- Aux dernières nouvelles, Olivier est au trou, et Daniel est parti hier soir !
Marius s'intéressait à Daniel …
- Où est-il parti ?
- Hier soir il nous a fait une théorie comme quoi il était préférable de vivre au sud, alors il s'est cassé.
- Ah bon !
Avant de reprendre, Marius observa les lieux un court instant, juste pour se donner une idée de l'environnement.
- Et vous êtes beaucoup à dormir ici ?
- Une quinzaine !
- Ah !
Il se relevait …
- Et Daniel, il vous a dit où il comptait aller précisément ?
Le jeune homme n'avait pas trop envie de lui répondre, mais il s'en foutait …
- Il nous a dis qu'il était possible de faire la manche à Saint-Tropez.
L'extase !
- A Saint-Tropez ?
- Ouais !
- Et ben !
Comme le jeune ne voulait pas trop discuter, Marius le regarda quelques secondes, et se retourna. Il rejoint ensuite la porte, et en voulant la pousser, celle-ci résista.
Alors la voix du jeune homme retentit …
- C'est une sortie de secours ! Pour retourner dedans, tu dois faire le tour.

**

Personne ne sait si Marius avait été attristé par la perte de ses deux camarades, mais au lieu de retourner dans le hall, il bifurqua vers l'avenue menant à l'arc de Triomphe. La même avenue, les mêmes arbres, les mêmes maisons et aussi la baraque de la quinquagénaire.
En passant devant la demeure de la dame, la tentation devint perspicace, mais il s'obligea à poursuivre. Sa démarche était rapide et son visage était glacial.
Dix minutes plus tard, il marchait sur le sol de la commune de Neuilly. Là, il ne s'arrêta pas, et plus tard, il rejoignait l'arc de Triomphe.
La place était bondée. Beaucoup de voitures et beaucoup de touristes.
En la présence de ce rond point, il fit le tour et découvrit ensuite les Champs-Élysées. La fameuse avenue ! Des magasins, des boutiques et peut-être trois milles personnes.
Certes on aurait pu penser que sa démarche, à cet instant, allait redevenir normale. Mais ce ne fût pas le cas, il la longea sans s’arrêter. Des arrêts qu'aux feux, et rien d'autre.
Vint la place de la Concorde. Encore une place remplie de voitures.
Là, il bifurqua sur la rue de Rivoli. Une trentaine de mètres, et quand il se rendit compte qu'il connaissait déjà cette route, il ralentit. Une histoire commune ! Un bar commun : les Trois Olives !
Au départ, Marius pensait que Daniel pouvait traîner là, dans ce bar. Pourquoi pas ! Un dernier verre avant Saint-Tropez ! Une invitation à aller vérifier. Jeter un coup d’œil afin d'être sûr, et aussi pour boire un café. Pourquoi pas !
Le bar n'était pas loin, alors il s'y amoncela. Un bar-tabac ! Il tourna dans la rue appropriée. Vingt mètres plus loin, il pénétrait dans le lob.
Il referma la porte derrière lui, il contrôla si un groupe de jeunes gens ne traînait par hasard pas au fond de la salle, mais personne ne s'y distinguait. Un comptoir en face, une quinzaine de personnes devant, mais pas de Daniel. Aucune petite tête. Mais en dévisageant les personnages, il aperçut soudainement l'arrière train d'un homme qu'il connaissait. L'homme buvait un coup. Une célébrité. C'était Godet !
Certes, il connaissait l'homme, mais pour lui, c’était une vraie opportunité. Il s'en approcha sans attendre. Une tape sur l'épaule afin de le réveiller. Godet se retourna et prit un peu peur.
- Bonjour !
- Salut Godet !
Marius le regardait de haut.
- Tu te promènes dans le coin ?
Godet buvait une bière. Il ne désirait que cela ! Le grand l'invitait à parler cordialement. En diplomate !
- T'as prévu un autre coup !
Godet n'en avait pas l'air …
- Non !
- Qu'est ce que tu fais là alors ?
- Le bar fait office d’hôtel. J'ai une chambre en haut.
- Ah bon !
Marius le regardait toujours de haut. Il comptait aussi boire un verre et prouver sa puissance. De plus, une tarte, ça ne s'oublie pas !
- Pourquoi Jennifer Monrose ?
Godet devint incertain. Il connaissait le fou.
- Ben. C'est artistique ! Du Dadaïsme. Je lui fais aussi de la publicité.
- Ah bon !
On ne savait dire si Marius comptait l'empoigner, mais il se maîtrisait. Derrière, une dame buvait un café. Il se retourna vers elle, et revint.
- Bien ! Ben paies-moi un café alors !
Godet n'osa pas refuser. Il appela le serveur et commanda une bière et un café. Marius se retourna à nouveau vers la dame.
Le verre et la tasse devant eux, Marius reprit …
- Jennifer, elle habite aussi à Paris ?
- Non, je ne crois pas !
Marius avala sa première gorgée et s'installait à côté de lui. Il avait Jennifer en tête, mais aussi la dame.
- Tu connais son adresse ?
Godet ne savait pas.
- Non …
- Comment ça non ?
Godet buvait sa bière et Marius appuya son dos au comptoir. Une meilleure position afin d’observer la dame.
- Allons réponds-moi ! Tu savais qu'elle allait venir et tu sais aussi où est-ce qu'elle habite ! N'est-ce pas !
Godet était gêné. Afin de le réconforter, Marius reprit …
- Regardes la dame en face de moi !
Godet se retourna …
- Elle ! Je vais me la faire. Elle est prête à s'en aller. Alors réponds !
La dame portait un manteau en fourrure. La cinquantaine, très maquillée, elle se levait et Godet semblait gêné.
- Tu sais ! Je vais me la faire et je le sais, j'en ai les moyens. N'est-ce pas !
Godet n'osait pas répondre. La dame avait quitté sa place et se dirigeait vers la sortie.
- Allons Godet !
Godet regardait la dame. Elle ouvrit la porte et sortit. Le claquement de la serrure anima Marius.
- Allons Godet !
Mais toujours aucune réponse …

**

Samedi matin. Fasi se réveillait avec la gueule de boit. Il se douchait en prenant son temps et se rasait. Plus tard il ingurgitait une aspirine. Il était déjà midi. L’homme n’avait pas faim. Il décidait de ne plus jamais boire de sa vie. Plus jamais !
Vers une heure il sortait de son appartement. A peine il bouclait sa serrure, que la porte d’Eléonore s’ouvrit. Elle sortait aussi. Elle semblait à nouveau heureuse.
- Salut Fasi ! Comment va-tu ?
- Bien ! Et toi ?
- Super ! Tu sais que j’ai réfléchit à ce que tu m’as dit. J’y ai même bien réfléchit. Et je pense que tu as raison, il faut que je me case et que je vive avec un homme dans le plus grand des respects. Il faut aimer c’est vrai ! Et ne pas seulement faire l’amour.
Fasi se sentait soudainement bien dans a peau. La fille le regardait tendrement. Elle souriait. Elle retrouvait sa tendresse et son bonheur d’antan.
- T’as raison ! Il faut profiter du bon temps dans la vie.
- T’as raison Fasi ! Et c’est ce que je compte faire. Hier j’ai rencontré un homme formidable. Et nous avons décidé de vivre pleins de choses ensemble.
- Ah bon ! C’est Bien !
L’homme sortait de l’appartement. Il salua Fasi. Un être commun, rien d’exceptionnel. Il venait de baiser et paraissait soulagé.
- Nous partons d’ailleurs à Deauville pour le week-end. On compte aller se promener sur la plage. On vient de réserver une chambre dans un petit hôtel. La vie quoi !
- C’est bien !
Le visage de Fasi se transformait à nouveau. Dehors le temps n’était pas à la hauteur de ses ambitions. Narbonne plage le manquait.
Le nouveau couple salua Fasi et le quittait. L’homme restait sur le palier. Le visage défiguré ! Le couple emprunta l’ascenseur. Mais Fasi n’arrivait plus à avancer. Son mal de crane réapparaissait. Il voulait vomir. Il voulait retourner dans son salon et regarder la télévision.

**

Une minute plus tard, Marius poursuivait la dame. Elle grimpa la rue sur trois cent mètres. Devant la porte d'un immeuble assez chique, elle s'arrêta et fouilla dans son sac.
Marius intervint à cet instant.
- Bonjour Madame ! Moi c'est Marius ! Vous m'avez aperçu tout à l'heure dans le bar, n'est-ce pas ?
La dame, en apercevant cette immense structure lui tomber dessus, prit un peu peur.
- Oui ! Mais excusez–moi, je ne vous connais pas !
- Maintenant si !
Il lui offrit son plus beau sourire …
Certes la femme en avait vu d'autres, mais sa gêne la surpris. Elle désirait le voir partir.
- Et vous désirez ?
- Ben ! Invitez-moi boire un verre chez vous ! Pour moi ce n'est pas de refus !
La dame avait peur, mais son tempérament d'ancienne voleuse de sentiments surpassait tout le reste.
- Ben ! Je ne sais pas quoi vous répondre.
- Ben dites oui !
La femme rougit. Elle avait ses clefs en main. Doucement, elle ouvrit la porte …

Sa puissance surpassait tout le reste. Marius l'invita ensuite à entrer. La femme ne disait rien. Elle le laissa faire. Elle devint même toute timide.
Dans l'ascenseur : le silence.
Au troisième ils en sortirent. La femme l'invita ensuite à pénétrer dans son appartement. Un salon de style très chic. Un beau parquet, une grande télévision, une grande armoire remplie de livres et une cuisine américaine.
- C'est très chic !
Marius refermait la porte. La femme enlevait son manteau.
- Oui merci !
Elle déposa ensuite son manteau. Marius observait la chambre.
- Ben ! Installez-vous seulement ! Qu'est ce que vous désirez boire ?
Marius se retournait vers elle. Un gros sourire, toujours aimable.
- Ben champagne pourquoi pas !
Au devant de sa réponse, la dame resta émue durant quelques secondes. La surprise ! La surprise de taille. Que répondre ? Dire oui, dire non ? Se laisser aller. L'embarras se lisait sur son visage. Le visage d'une femme noble, peut-être prétentieuse.
Sa réponse …
- Si vous le désirez !
Malgré son embarras, elle le regarda dans les yeux durant quelques secondes, et reprit …
- Bien ! Attendez-moi là alors ! Je vais aller voir si j'en ai.
Elle le laissa …
La femme quitta la pièce et Marius s'installa sur le grand fauteuil. Devant la télévision, il empoigna la télécommande et commença à zapper. Les chaînes défilèrent. La prétention de la baiser. Un arrêt sur Paris Première. Un reportage sur les gens qui nettoient la tour Eiffel. Plus tard, encore une attente …
Durant les premières trente secondes, il se concentra sur la télévision, après il se remit à réfléchir. Sa tracasserie revint. L'amertume. La femme allait bientôt revenir, mais une autre histoire travaillait son esprit, démangeait sa raison. Celle d'Olivier, en prison, peut-être celle de Daniel, à Saint-Tropez. Une raison en puissance, plus forte que tout le reste et plus forte que son existence.
Sa réflexion l'emmena à ne pas changer de chaîne, et à savoir s’il regardait vraiment la télévision, personne ne pouvait l'affirmer. Sa vision le pourchassait. Une irrésistible incompréhension. Peut-être de lui-même.
- J'ai réussi à dénicher une bouteille !
La femme le réveilla. Elle tenait une bouteille et deux verres en main. Elle souriait et Marius se retourna péniblement vers elle.
- Ben non !
La femme devint émue …
- Pourquoi non ?
Marius ne souriait plus …
- Ben non, ça ne peut pas aller !
La femme se sentit subitement gênée.
- Et pourquoi ?
Marius se levait déjà. Elle attendait …
- Bien, parce qu'il y a Godet !
La femme ne comprenait pas …
- Comment ça Godet ?
Marius était debout et la regardait piètrement.
- Ben oui Godet, j'étais avec lui tout à l'heure !

**

L’après-midi Fasi n’avait pas le moral, mais décidait néanmoins de sortir afin de se promener un peu. Il sortait, marchait jusqu’au bois de Boulogne. La grisaille. La pluie commençait à tomber. Le froid enveloppait son corps. Il pensa en premier lieu à Claire. Il pensa aussi à Berger. Eléonore prenait la troisième position.
Dans le bois, quelques bedeaux se promenaient. Rien d’important ! Fasi apercevait la défense. Quand il quittait Narbonne, il décidait de travailler un maximum. Il s’était donné dix ans pour réussir. Il comptait économiser et placer son argent. A trente-cinq ans il voulait retourner dans le sud pour s’acheter une maison et vivre posément. Mais dès arrivé à Paris, il se rendit compte que le sexe prédominait toutes ses valeurs antérieures.
A force, les bâtiments de la défense grandissaient. En bordure du bois, un bar-tabac l’intéressa. Il s’en approcha. Il pénétra à l’intérieur et commanda un café.

**
Marius évita de discuter plus longtemps avec la dame. Il descendit par l'escalier, il évitait ainsi l'ascenseur. Dehors, la chaleur n'agrémentait pas le bonheur. Une fine pluie commençait à mouiller le sol.
Surchargé de malentendus, Marius retourna vers les Trois Olives. Une atmosphère pompeuse !
Devant, il évita de regarder à l'intérieur si Godet buvait toujours, et continua …
Vint la rue de Rivoli. Las de prétentions, il l'emprunta. Le chemin menait à la place Vendôme. Les mêmes rues à traverser. Il arriva ensuite devant cette espace, mais évita de s'attarder. L'homme était nerveux, mais sa démarche redevint normale.
Une centaine de mètres plus loin, le trottoir continuait sous un long préau. La pluie avait augmenté sa cadence. Le sol était trempé. Certaines personnes commençaient à courir. Il pénétra sous l'arcade et ses cheveux furent saufs d'une pluie commençant à rendre la ville inintéressante pour les piétons.
L'arcade de la rue Rivoli est connue comme Paris. Elle longe le Louvre sur toute sa longueur. Des boutiques pour touristes s'alignent comme des chandelles. Dedans, on peut y trouver beaucoup de gadgets, comme la représentation de la tour Eiffel en miniature, des linges, des tee-shirts, des photographies, des cartes postales, des livres et des stylos. Enfin, tout le nécessaire afin de satisfaire une certaine clientèle, d'un certain goût.
Dans tout ce monde, Marius évita de s'arrêter. Il continuait à rechercher cette source. Cette matière liquéfiante ! Le sommet du monde ! L'homme mesurait deux-mètres deux. Donc trente-cinq centimètres de plus que la moyenne générale féminine et vingt-cinq centimètres de plus que la moyenne masculine. De quoi prouver sa puissance, sa supériorité et son indéniable force de conviction. L'homme surpassant toutes les têtes et surtout l'horizon, lors de grandes cohues !
Beaucoup de touristes étaient venus se réfugier sous l'arcade. De ce fait, à certains endroits, ils bloquaient le passage. Marius dut ralentir. Des passages douloureux car les gens ne se préoccupaient pas de sa personne. Ils regardaient droit devant eux. Ils marchaient son compter. Une préoccupation unanime, un homme dans la ville et des êtres se regardant, mais ne se reconnaissant pas les uns les autres.

Après deux cents mètres, la population devint plus éparse. Marius retrouva sa vitesse d'appoint. Les boutiques avaient changé de style. Du tourisme à la robe de soie. De la tour Eiffel en porcelaine au pull en laine à deux milles francs. Plus, les visages ! Moins gênants et voire plus galants.
Dans sa venue, certes plusieurs femmes passèrent à côté de lui en le regardant. Il pouvait s’arrêter, mais évita toute redondance. Il s'efforçait de regarder droit devant lui. Quand une personne dérangeait sa puissance, en l'évitant, seuls ses yeux se baissaient afin de suivre le mouvement. La prouesse d'un corps afin de ne pas déranger.
Vint le bout du tunnel. La pluie se calmait. L'arcade se terminait. Il en sortit, traversa l'Avenue Sébastopol et continua pour arriver sur la place du Châtelet. Il la traversa sans vraiment la regarder. L'île saint-louis à côté, qu'il évita aussi d'observer. Une place s'advenant néanmoins à être animée, mais l'homme tenta de ne pas s'en m'éprendre. Un regard sur un horizon irascible. La tête droite et la démarche fluette. L'homme dans la ville. Grand, beau, mais obsédé par cette puissance le gouvernant.
Après le Châtelet, il passa devant l'Hôtel de Ville. A ce niveau–là, juste un regard, le temps de voir autre chose.
Plus tard il rabaissait sa tête, il l'aligna à nouveau correctement, à deux mètres de haut. A cet instant il commençait à apercevoir la Place de la Bastille au loin. Cette perspective justifiait la parodie de ses songes.

**

Si le policier responsable de la surveillance télévisée de la Bastille avait eu le privilège de remarquer Marius, il aurait aperçu un grand homme, très droit et la tête haute.
L'homme venait du Châtelet. En zoomant sur lui il aurait pu entrevoir sa nervosité. Les traits tirés, l'envie de crier et de faire une nouvelle rencontre. Une haine que Marius comptait dissimuler, mais qui l'obligeait à chaque pas, à rendre sa personnalité inadéquate en rapport avec les gens qui l'entouraient.
Un regard sur la caméra au milieu de la place et l’homme continua. De l'autre côté, il s'arrêta au feu. Pendant que le policier changeait de vue, Marius attendait sagement. Vint le vert, il traversa et s'enfonça dans la dernière Avenue avant la gare de Lyon.
L'Avenue n'était pas très longue et Marius ne s'arrêta pas. Au péristyle de la gare, il grimpa sur l'entrebâillement menant à elle et quelques minutes plus tard, il pénétrait dans le hall.

La gare était bondée, mais c'était son habitude. Un buffet avec une terrasse, un kiosque, une dizaine de TGV et un gros paquet de monde regardant le grand panneau d'affichage disposé devant les premières voies.
Comme Marius savait de quoi était constituée une gare, il n'hésita pas dans son allure et se dirigea du côté des caisses.
Elles se situaient sur sa gauche, dans un autre hall, un peu plus petit. Là vingt caisses s'alignaient contre le mur ouest. La foule était plus ou moins éparse, donc des caisses à moitié vides.
Comme Marius comptait partir vers le sud, il se dirigea vers les caisses appropriées. Quand il en aborda une de libre, une petite dame le reçut. Elle portait des lunettes autant larges que la largeur de sa tête. Une petite taille. Un petit corps. Mais à voir, une fille libre car une fille qui semblait ne pas aimer se faire toucher.
- Bonjour Madame !
Marius comptait la regarder de haut.
- Bonjour Monsieur !
Vint l'attouchement …
- Le prochain train pour Genève part à quelle heure ?
La femme l'écoutait par le biais d'un microphone. L'ambiance rêvée !
Elle tapa le mot Genève sur les touches de son ordinateur. Une hésitation, et lui répondit.
- Dans un quart d'heure !
Marius n'hésitait pas, lui …
- Bien ! Alors un ticket seconde classe, non-fumeur, et côté couloir.
La femme fut surprise, mais elle ne réfléchit pas. Elle imprima son billet, une minute plus tard il payait, et deux minutes plus tard il lui disait au revoir. Du vite fait ! Du trop vite fait !
Son billet en main, il se dirigea vers le train en partance pour Genève. Un TGV. Une allure normale. Quand il arriva sur le quai, il contrôla quel numéro de wagon était écrit sur son ticket. Un petit regard indicible. Le ticket à un mètre quarante de haut et les pointes des yeux aux allures stridentes.
Vint son wagon …

**

Fasi arrivait sur l’esplanade de la défense. Les touristes l’avaient prise d’assaut. Au-dessous la galerie marchande ne devait pas trop battre son plein. Il hésitait y faire un tour. Mais là-dessous il s’ennuyait. Chaque midi il partait jouer aux jeux vidéo dans la salle de divertissement. Mais il n’y restait jamais trop longtemps. Même ses habits il ne les achetait pas là-bas. Peut-être pour ne pas croiser Claire et Berger. Les deux femmes visitaient souvent les boutiques de mode. Pour Fasi, la mode, cette institution représentait souvent l’idéal du dépensier, alors il s’abstenait.
En fait, l’idéal de Fasi se présentait sous la forme d’une maison de campagne, entourée d’oliviers et de poules.
Certes il venait du quartier de la gare de Narbonne, mais la campagne n’avait jamais quitté son esprit. Elle demeurait en lui en tant qu’exutoire parfait afin de se remettre en question.

**

Le train semblait bien calme. Une ligne aux heures creuses. Personne n'avait réservé à côté de Marius. Le siège était vide et son sommeil atteignit son paroxysme dès que le train put accélérer jusqu'à son allure normale.
Dans ce silence, Marius rêvait presque. Voir autre chose, des étoiles, des femmes et des arcs-en-ciel. Le rêve avant le sommeil. L'altercation entre l'inexistant et l'enthousiasme de pouvoir rêver. Le train poussant l'âme à ressentir autre chose que l'émoi qu'il ressent quand il commence à dormir en un lieu adapté pour la circonstance.
Personne ne sait ce que Marius avait bien pu rêver en dormant, mais quand le train s'arrêta à Lyon, il ouvrit ses yeux. La gare était chaude mais le train ne se remplissait pas. Plutôt, se désemplissait. Un train plus ou moins vide en partance pour Genève.
Certes, en se frottant les yeux, derrière les vitres, il ne ressentit pas l'ambiance. Le wagon était ventilé et surchauffé. Presque l'orient express s'arrêtant afin de se carburer.
Le train resta en arrêt durant quinze minutes, et il repartit. Sur trente kilomètres, un plateau l'autorisa à accélérer, et dès que les premières collines l'entourèrent, on put apercevoir les Alpes.
Vint la décélération …
Des collines, de petites montagnes, des vallées et des tunnels. Le péristyle de la Suisse !
Bien qu'il vienne de la région, il s'intéressa soudainement au paysage. Des prés à vaches pour des prés à vaches, des constructions, des fermes isolées, des villages et deux arrêts dans deux petites villes.
Durant le trajet, personne ne put affirmer si un certain enthousiasme l'immobilisa. Une certaine nostalgie. Mais une chose est certaine, l’homme resta planté le nez devant la vitre presque jusqu'en Suisse. La déambulation aux simagrées. Inimaginable ! Un regard au loin et un retour sur des choses plus tacites. Les gares de villages, les vallons au loin et les premiers pics encore plus loin.

Se sont les douaniers qui le dérangèrent. Marius leur présenta sa carte d'identité. Ils contrôlèrent très rapidement. Comme il venait de la région, ils n'insistèrent pas avec lui. La douane française et la douane suisse.
Une habitude acquise. Une région et des montagnes communes.
Vint Genève ! Une ville encore dans le froid. Déjà la Suisse.
Le train s'arrêta à la gare de Cornavin. Marius sortit du wagon et suivit la foule jusqu'au hall. Dans sa démarche, il tenta de deviner ce qui pouvait bien changer entre une gare française et une gare suisse. Un amusement probant. Quand il arrivait dans le hall principal, il se rendit compte : c’était les publicités. Du chocolat et du fromage partout ! Sur tous les murs et sur toutes les notices. Une réelle envie de manger. Manger un morceau, car avouons que Marius, en ces temps, ne s'alimentait pas beaucoup.
Enfin ! Juste un détail, car il ne resta pas longtemps dans cette gare. Dès sorti du sous-voie menant aux quais, il traversa le hall et sortit.
Dehors, un léger vent vint se cogner sur ses joues, mais il s'en ficha et continua …
A savoir s'il connaissait Genève, la réponse était très difficile à concevoir. Mais Marius, dans sa témérité, prit sans attendre vers l'ouest. Il marchait d’un pas lourd, certain, voire grave.
Une démarche à l'apparence tranquille, mais sous une entité claire, un but !
Comme le centre de la ville se situait au sud, sur cinq cents mètres, la densité de maisons valait un centre ville. Plus loin, les premières demeures, les premiers arbres et les premiers jardins s’imposèrent. En face, le lac Leman. Un lac qui n'étincelait pas, mais comme la brume avait envahis son centre, l'horizon s'identifiait à une mer. Peut-être la mer Noire.
Après le premier kilomètre, les demeures studieuses envahirent l'espace. Le quartier chic, des styles contemporains. A chacun son petit jardin et ses deux voitures. Des voitures éparses. Un calme certain.
Au bord d'un carrefour qui obligeait la route de l'ouest à descendre vers le lac, Marius hésita un peu. Il contrôla le nom des rues, observa l'horizon et le lac. Quelques secondes après, il reprit en tournant vers le nord. Une petite rue, un quartier serein et de nouvelles maisons familiales.
La route grimpait un peu. Une légère pente. Marius s'y appliqua. Il inspecta aussi les numéros des maisons. Un enchaînement, mais aussi un numéro qu'il avait en tête. Une adresse qu'il connaissait. Presque une promenade, car personne ne fréquentait la rue. Lui et lui seul avançait, suivait, poursuivait et recherchait.
Il emprunta cette rue sur deux cents mètres. En passant devant le jardin d'une très belle demeure, il ralentit un peu. Elle était belle certes, mais son visage devint soudainement très précis et ses sourcils se froncèrent. Le grand en pleine découverte et aussi en pleine décontenance.
Vint ensuite la maison proprement dite. Un jardin mal entretenu devant, une barrière en fer blanc, une allée de taillis entre les deux demeures voisines et des murs beiges, peints récemment.
La demeure abritait deux étages. Deux grandes fenêtres racolées au centre, une troisième plus éloignée. Au premier étage, deux autres fenêtres s'imbriquaient dans le toit. Un style typiquement Suisse. Un toit en bois avec des tuiles brunes.
En se rendant compte qu'il était arrivé, Marius devint nerveux. Il marcha néanmoins tranquillement jusqu'à la porte de la barrière, il l'ouvrit directement et pénétra dans le jardin.
Ainsi lancé, ses muscles se tétanisèrent et son cœur battait violemment. Le mépris ! Une rage intérieure extrêmement puissante. De la transpiration sur tout son corps. Une douche froide.
La porte d'entrée se situait sur le côté gauche. Il s'en approcha rapidement et sans attendre, il sonna.
Vint une attente difficilement supportable. L'homme ne se supportait plus. La rage au ventre !
Certes la porte ne s'ouvrit pas tout de suite. Il dut attendre plus d'une minute. Une minute terrible, inimaginable ! Vinrent alors des pas. De l'intérieur. Ceux-ci s'approchèrent de l'entrée, et doucement, la porte s'ouvrit …

Dès qu’elle aperçut l’homme, la fille s'effraya directement. Un visage horrifié !
Sa main droite retenait la porte. Elle voulut la refermer, mais l'homme s'imposa. Il posa sa main gauche dessus, alors elle ne put plus pousser. Dans l'entremise d'une terrible transe, elle recula ensuite très vite. Elle comptait s'enfuir, revenir sur ses pas ! Mais comme son énervement devint si omnipotent, en reculant, son dos se cogna contre le mur. Une bousculade afin de se retourner, mais c'est à cet instant que l'homme l'intercepta. Il avait foncé sur elle et l'attaqua en l'empoignant au cou. Une prise coriace afin d'arrêter la fille. Un geste sûr et précis ! Une main gantée qui obligea la fille à commencer à se débattre. Les premiers cris. Ceux signifiant l'horreur. La rage !
L'homme l'avait empoignée. Comme la main gauche de la fille tentait de l'arracher et l'autre d'empêcher sa puissance de s'imposer, il cogna violemment contre sa main. Un geste qui obligea la main de la fille à tomber, et c'est aussi à cet instant qu'il frappa le premier coup. Un terrible uppercut qui emmena la fille à crier. Elle se débattait bien, mais ne pouvait se libérer de cette main. Alors l'homme frappa une seconde fois ! Un ébranlement terrible qui emmena néanmoins la fille à lever sa main contre lui. Plus précisément vers sa cagoule. Mais une petite main bien trop fragile qu'il dégagea rapidement, afin de cogner une nouvelle fois. Un coup si puissant que l'homme put enfin la serrer convenablement, afin de l'étouffer. Une fille presque dans les vapes. Bientôt le coma ! Un corps qui tombait et une voix qui n’arrivait plus s'imposer. Vint le quatrième coup. Le cinquième. La fille laissa ses membres tomber, sa tête ballottait et sous cette pression, l'homme cogna encore. Encore trois coups, jusqu'au coma. Le corps en abandon.

Quelques secondes plus tard, l'homme refermait la porte sur la moitié de sa distance maximale. Il remarqua le corps de la fille qui n'allait pas s'enfuir, alors il recula et ferma la porte complètement. La porte claqua et il retrouva le visage de la fille. Au-dessus d'elle, vu qu'elle mugissait, il se baissa et lui envoya encore plusieurs coups de poings. Des coups qui amenèrent des gouttes de sang à jaillir, surtout de son nez.
Il se releva ensuite et inspecta autour de lui si personne n'arrivait. Mais personne ! Alors, il l'empoigna. Il la souleva et l'emmena vers le centre de la maison. La fille ne réagissait pas.
Un grand salon couvrait toute la surface, la cuisine en face, la porte de la chambre plus loin et l'escalier sur sa gauche.
Quand l'homme arriva dans l'épicentre de la pièce, il observa rapidement comment les meubles avaient été disposés. Trois gestes rapides de la tête et la cagoule qui le démangeait déjà. Puis, en vu de ses intentions, il ramena la fille vers l'escalier. Il passa devant, tira son corps et grimpa.
La fille était très légère. Il accéda au niveau supérieur très rapidement. La première porte était ouverte. Elle se situait juste à côté. En remarquant que c'était la salle de bain, il y pénétra. Il ramena ensuite le corps contre la baignoire, colla sa tête dessus, la retint d'une main et de l'autre, il ouvrit le robinet.
Vint le jaillissement. Il inséra le bouchon et patienta. La fille commençait à se réveiller.
Quelques secondes plus tard, l'eau avait pris forme au fond de la bassine. Comme elle commençait à se réveiller, il lui envoya encore trois coups sur sa nuque. Des coups violents qui la firent tomber à terre. Une femme presque morte …
Quelques secondes plus tard, afin de finir selon son désir, il la souleva, il porta son corps dans la baignoire, prit sa tête et l'enfonça dans l'eau.

Quand ses narines ressentirent l'eau, la fille tenta de se débattre, mais l'homme la maintenait fermement. L'eau montait. Sa tête s'immergea complètement. L’homme attendait. Peut-être une minute. Au-dessous, un corps immobile attendait la fin.
L'homme ne chronométrait pas, mais comme la fille ne bougeait plus, il la maintint une minute de plus. Une minute supplémentaire. Les deux bras tendus et un regard complètement dénué de sentiments.
Comme l'eau débordait, il la lâcha. Il coupa ensuite l'eau et la déshabilla. Il lui arracha sa chemise, sa robe, ses chaussettes et son slip. La fille nue, il souleva son corps et l'immergea dans l'eau. Le visage d'une morte pour l'esprit inébranlable de l'homme.
Vint la fin. La fille nue dans une eau commençant à rougir, il enfonça sa tête et attendit. Une détention perspicace, l'homme voulait être certain de sa mort. Une mort obligatoire et une mort certaine que sous l'eau, car l'homme n'avait pas la possibilité de contrôler les battements de son pouls. Ses gants empêchaient cette assurance de s'émouvoir.

**

En principe Fasi ne travaillait pas le samedi, mais ce jour-là il se promenait dans les parages. Alors il décida d’aller visiter son bureau, rien que pour le fun.
Il retrouvait le hall d’entrée. Le gardien. La carte d’accès. Plus tard il patientait devant l’ascenseur. L’endroit était vide. Le silence. Seul de rares bedeaux passaient. Le témoignage des heures supplémentaires.
La porte de l’ascenseur s’ouvrit enfin. Il pénétra le premier, un homme le suivait. Les deux portes se refermèrent. L’ascenseur grimpa.
Mais soudainement la cage s’arrêta. Une panne. L’homme pressa sur le bouton d’urgence. Le gardien lui répondit.
Fasi attendait derrière. L’homme ne ressemblait pas trop à un businessman. Le gardien leur demanda ensuite de patienter, celui-ci devait appeler les dépanneurs de piquet. Ils devaient arriver dans une demi-heure. Le temps allait être long.
- Nous n’avons décidément pas de chance aujourd’hui !
L’homme se retournait vers Fasi.
- Je m’appelle Franck !
- Je m’appelle Fasi ! Enchanté !
Ils se serrèrent la main et l’homme s’assit. Fasi semblait hébété. Il ne voulait pas s’asseoir. Il pensait à Claire, à Berger et à Eléonore. Cette situation semblait saugrenue. Jamais il n’avait travaillé le samedi.
Par contre Franck s’y résout. Il empoignait ses dossiers et commençait à travailler.
- Vous travaillez ici ?
- Oui ! Au douzième !
- Moi je viens de commencer ! Au huitième ! Je viens juste d’arriver de Toulouse avec mon copain. Hier nous sommes sortis au Marais. Rien de comparable avec le sud.
- Ah bon !
Fasi s’asseyait. Il était un peu surpris. L’homme en face de lui n’était pas monté seul à Paris, mais avec son copain. Cette histoire l’intrigua. Il voulait savoir !

**

Il est difficile de dire si l'homme prit plaisir, mais en maintenant la tête de la fille sous l'eau, il resta encore bien cinq minutes à la regarder, à observer sa mort apparaître sur les traits de sa personnalité. Des yeux qui s'ouvrirent. Une bouche ouverte. La démence !
Quand il se relevait, avant de quitter la pièce, il se regarda devant le miroir durant quelques secondes. Peut-être l'être fier. Les yeux dans les yeux. Le col remonté. Plus tard il redescendait.
En bas, l'homme retourna directement vers la porte. Devant, il se retourna vers la chambre, l'inspecta durant quelques secondes, et enleva sa cagoule. Sa bouche à l'air libre, il souffla un bon coup. La respiration du diable. Des yeux rouges. La mâchoire crispée.
Il ouvrit ensuite la porte et s'enfuit. L'homme venait de tuer ! Marius venait de tuer. Le crime parfait. Aucun témoin, donc aucune preuve. La fille s'appelait Jennifer Monrose. Elle avait débuté sa carrière comme mannequin cinq ans auparavant. Elle venait de se faire engager par une télévision française. Une petite perle, très adorable. Elle venait juste de fêter ses vingt-deux ans.








Le grand ! Daniel Gindraux, 2002, roman policier, 8 chapitres.
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# Posté le dimanche 19 novembre 2006 06:41

« Le grand ! » Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 7.

CHAPITRE 7

Le soir, une fille s'agitait sur son corps. Il regardait son visage, mais ne put affirmer si c'était celle de l'autre jour ou une de Grenoble. La fille se laissait aller dans ses désirs, s'agrippait à son corps, mugissait, respirait par oscillations, une petite blonde ou une petite brune, il ne savait pas. Il ne voulait pas savoir. Son lit, sa douche, sa femme, et encore une femme. Des tas de femmes, à empiler, à répertorier, à aligner comme à l'armée, et à faire attendre. Tenter de les faire pleurer, leur faire mal au cœur, s'en foutre, n'avoir aucune estime. Une vie en émoi avec ses envies, ses désirs, à savoir prendre et ne rien donner. Plutôt, faire croire qu'un homme comme lui à la possibilité de donner, d'offrir son corps pour de petits câlins, des attouchements indicibles, des baisers offerts gratuitement, des cadeaux, son corps en forme de gâteau en sucre glace, que chaque femme a la possibilité de toucher une fois dans sa vie. Un vœu réalisé par redondance et une prospérité acquise au dépend de son autorisation, de sa loi et de ses envies journalières. L'homme beau et fort. L'être maître.

**

Fasi travailla toute la journée sans prendre de pauses. Il pensait à Eléonore. Son travail devenait sa libido. Il travailla afin d’oublier. Pourtant l’homme n’avait même pas de retard. A midi il mangeait son sandwich et à quatre heure il buvait son café en lisant le journal. A six heure il se préparait à partir. Il rangeait sa place. Berger venait à son encontre, il l’avait vu venir.
- Comment vas-tu Fasi ? Bien ?
D’habitude, à cette heure-ci, Berger venait vers lui pour lui léguer des dossiers en retard. La femme devait s’en aller et Fasi restait pour finir le travail. Mais ce jour là, elle avait d’autres intentions.
- Oui bien !
- Au fait ! Avec Claire, nous sortons manger à Saint-Michel. Tu viens avec nous ?
La surprise ! C’était bien la première fois ! Berger parlait sérieusement. Elle ne rigolait pas. Claire venait sûrement de quitter son copain. Elle voulait sortir. Elles pensèrent aussi à Fasi. Pour la seconde fois ! Ce n’était pas trop tôt. Fasi allait pouvoir sortir au centre de Paris en compagnie de deux femmes. Il n’osait pas refuser !
- Oui ! Pourquoi pas !
- Alors on se retrouve à six heure trente dans le parking.
Claire venait travailler en voiture.
Trente minutes plus tard les trois personnes se retrouvaient vers la voiture. Fasi s’installait derrière. Durant le trajet, les deux femmes discutèrent sans prendre garde à l’homme. Claire se parquait assez loin de Saint-Michel. Malgré le froid, ils marchèrent paisiblement jusqu’au restaurant. Berger avait choisi un restaurant grec.
Ils s’installèrent à une table située au centre de la salle à manger. Le serveur connaissait Berger. Encore une rencontre fructueuse ! Ils commandaient le menu du soir.
- Tu l’as enfin quitté ! Tu vas enfin pouvoir vivre !
- Ne parles pas comme ça ! Il n’avait pas que des défauts.
Dans l’histoire, Fasi se sentait inutile. Il les écoutait, et rien d’autres. Berger se réjouissait de cette nouvelle infortune. Claire n’osait toujours pas y croire.
Ils savourèrent une bouteille de vin grec. Au café, les langues se déliaient. Fasi commençait à participer au débat. Ils commandèrent un digestif. Le serveur leur offrit les cafés. Il investissait en actions Berger.
Fasi voulut payer l’intégralité de l’addition, mais les femmes intervinrent. Entre collègues, chacun paie sa part. Vers onze heure ils sortaient du restaurant. Berger avait organisé la soirée. Elle connaissait un club non loin de là. Claire n’osa pas refuser l’invitation.
Dix minutes plus tard ils parvenaient au club. Evidement, le videur connaissait Berger. La louange de l’homme envers la femme dévoila clairement qu’une relation intime les avait assemblés. Elle lui présenta néanmoins ses deux collègues. Dix minutes plus tard Berger leur dénichait une table. L’ambiance commençait à s’émouvoir. Une petite salle très sombre.
Plus tard ils décidaient de commander une bouteille de whisky. Berger les quittait pour saluer du monde. La brune commençait à s’éclater. Elle remuait bien ses fesses la mignonne !
Fasi servit Claire. Ils se retrouvaient seuls.
- C’est donc terminé !
- Oui Fasi ! Mais je ne regrette rien. Je ne renouerais jamais !
- C’est ton choix !
Claire avait de la peine à se mettre dans l’ambiance. Elle n’était pas sortie depuis deux ans. Son homme prenait figure de tortionnaire. Berger l’encouragea à faire le pas pour s’en dégager.
Au second verre Claire éclaircit ses pensées. Elle s’ennuyait et voulait causer. Fasi rendait service. L’homme n’arrivait décidément pas à se mettre dans l’ambiance. Pourtant les tubes discos circulaient dans les esprits.
- Il m’attachait au lit ! Il me demandait de faire … pendant qu’il regardait les matchs de foot.
- Je compatis !
- Le salaud !
Fasi n’avait rien à dire à cela. Il voulait l’embrasser. La prendre dans ses bras, mais elle parlait comme l’on parle de voitures. La situation s’avérait cocasse. Il buvait juste son verre en regardant les jeunes filles passer devant lui.
Trente minutes plus tard Berger réintégra le groupe. Elle s’excusa de son absence. Elle avait bu un verre et était aussi éméchée. Fasi lui remplit un verre. Ils firent santé.
Claire prenait lieu et place au centre du groupe. Les deux femmes reprirent leur discussion. Fasi ne cherchait rien, mais claire, sans vraiment s’en rendre compte, collait ses jambes aux siennes. Fasi se sentait même gêné. Il voyait l’heure approchée. Le temps des fleurs.
Plus tard il partit se soulager. Quand il retrouvait sa place, Claire avait disparue. Berger attendait. Il n’eut pas d’autres choix que de s’exprimer.
- La soirée se passe bien ?
- Bien ! Et pour toi ?
Berger voulait s’éclater. Elle souriait à Fasi. Un nouveau confident s’installait dans la maison. C’était bon signe !
- Alors ! Elle te plaît Claire ?
- Oui ! Elle est à mon goût.
- Et moi ! Je te plais ?
Berger avait bu. Elle le taquinait.
- Oui ! Tu me plais ! Tu es à mon goût !
- Donc t’aimes les blondes et les brunes !
- Oui !
Berger rigolait. Elle posait sa main sur les jambes à Fasi. Retrouvait son verre. Finissait son whisky. Fasi remplissaient les verres à mesure.
La salle était pleine. L’ambiance battait son plein. Claire dansait au centre de la piste. Elle évitait ainsi le fond de bouteille. Berger se rapprochait gentiment de Fasi. Elle cherchait ses mots, mais rien ne lui venait. Fasi patientait le moment le plus propice pour attaquer. En fait, il attendait l’opportunité. Il se fichait pas mal si la fille était blonde ou brune !
Plus tard Fasi proposait à Berger d’aller danser. Elle refusait ! Elle invoquait son abus d’alcool. Claire revint s’asseoir. Elle semblait essoufflée ! La transpiration dégoulinant sur son coup la rendait vraiment attractive. Fasi voulait l’embrasser, il n’attendait que cela. Le temps filait, encore quelques verres et la partie était gagnée.
Fasi remplit les verres. Soudainement Berger se leva. Elle retourna jusqu’à l’entrée. Le videur l’appelait. Il avait quelque chose à lui demander ! Claire lui demanda de diminuer les doses. Pourtant la bouteille s’effritait. Fasi fit santé. Il se rapprocha. Claire but une gorgée. Elle commençait à comprendre son petit jeu.
Etant donné l’absence prolongée de Berger, Fasi se rapprochait de Claire. La fille buvait son verre tout gentiment. Elle réfléchissait. Elle hésitait. Fasi comprit alors quel instant il était entrain de vivre. Presque un moment de gloire !
- Je reviens !
- Oui ! Bien sûr !
Cette réflexion inopinée surprit Fasi. Elle s’énonça soudainement. Quelques secondes plus tard elle se levait. Pourquoi ?
Pourtant l’ambiance était accrocheuse. Mais elle décidait de s’en aller. Elle devait sûrement aller aux toilettes ! Fasi le pensait ! Mais Claire prit une toute autre direction. Elle marcha jusqu’au bar et accosta un homme qui semblait être seul. Claire l’avait sûrement repéré depuis longtemps !
D’entrée, elle se présenta. L’homme lui proposa de boire un verre. Elle accepta avec joie. Elle souriait à pleines dents. Elle semblait réjouit et heureuse !
Alors Fasi décidait d’aller aux toilettes. Il prit son temps. Quand il revenait le fauteuil était toujours vide ! Il s’assit et termina son verre. Claire rigolait. L’homme en profitait.
Fasi termina son verre tranquillement. Il était temps pour lui de rentrer. Mais Berger revint de nul part. Elle s’assit.
- Ou est-elle ?
- Au bar !
- Ah !
Berger observa le bar. Elle aperçut Claire et son nouvel ami. L’homme avait de l’allure. Beau gosse, bien membré. Claire avait bons goûts ! Les mêmes valeurs qu’elle !
- Elle le connaît ?
- Je ne crois pas !
A cet instant, Fasi se demandait s’il devait attaquer Berger. La fille ne comptait plus se saouler. Elle voulait lui causer. Une nouvelle opportunité émergeait. Mais l’homme, avec son récent échec dans les jambes, se momifiait peu à peu. Berger hésita un bon moment. Elle observait Claire. Sûrement pour ne pas affronter les yeux à Fasi.
- Elle l’a rencontré sur la piste de danse ?
- Non ! Je ne crois pas !
- Elle l’a rencontré comme çà alors ?
- Il me semble !
- Elle ne se gêne donc pas la petite !
Berger avait changé. Tout à l’heure elle rigolait et s’éclatait. Mais maintenant elle reprenait sa vie de sérieuse femme. Cette situation devenait gênante ! L’austère collègue de travail la dévisageait. Fasi ne savait que faire !
Il finit son verre. Il regardait aussi vers le bar. Berger inspectait la situation. Elle observa la piste de danse. Dévisagea un bon nombre de visages. Comme si elle cherchait quelqu’un ! Quelques minutes plus tard elle se retournait vers Fasi.
- Tu m’excuses deux minutes, je file vite vers le bar et je reviens.
- Oui ! Bien sûr.
Mais Fasi s’y attendait. Berger n’était qu’un rêve ! Même saoul, il ne lui plaisait pas. Quel dommage ! L’homme se sentit soudainement bien seul. Pour ce peu il voulut se servir un dernier verre. Mais il ne voulait pas se rendre encore plus ridicule.
Berger retrouva sa copine. Claire lui présenta son homme. A cet instant Fasi voulut partir. Même s’il partait danser, il savait cette moisson inutile. Il n’était pas un pêcheur, encore moins un chasseur. Ce carnassier n’arrivait même pas finir les restes. Même s’il tentait de fouiller les poubelles, celles-ci risquaient de lui interdire l’accès. L’homme pleurait ! Cet été il partait pour Phuket. Là-bas le soleil se lève plus tôt.
Deux minutes plus tard Berger revenait. Elle tenait sa promesse !
- Bonne nuit Fasi ! Je rentre ! Maxime, le videur, termine plus tôt ce soir. Il veut me faire visiter son nouveau jacuzzi. Le menteur ! Il vit dans un appartement de trente mètres carrés !
- Bonne nuit Berger !
Elle comptait plaisanter. Fasi se força de sourire ! Entre amis, ce genre blague se devait d’être habituelle. Elle pensait sûrement qu’il baisait aussi. Quelle gourde ! Elle s’en allait.
Le videur les regardait. Elle le rejoint. L’homme l’empoigna par la taille et l’embrassa. Il cherchait Fasi, cette attitude se prédominait.
Quelques minutes plus tard Fasi terminait la bouteille. Il acheva son dernier verre en dix minutes. L’alcool s’égarait dans ses veines. Le cerveau paraissait inaccessible.
Plus tard, quand il se levait, Claire le rejoint. La garce ! Elle l’observait.
- Tu as envie que je te présente à Coco ? Il est génial ce type ! Après il nous invite chez lui. Il a emménagé un studio de photos dans son appartement.
Tiens donc ! Fasi n’en avait que pour son chez soi. Demain il comptait installer une galerie d’art dans son appartement. Il se débarrassait du salon et installait des nouveaux chandeliers art déco. Tiens donc ! La modernité !
- Non ! Excuses-moi ! Je rentre. Bonne nuit et à lundi.
- C’est ton choix ! Alors bonne nuit Fasi !
Claire s’enthousiasmait. Elle comprit ! Le boulet n’était pas idiot !
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# Posté le jeudi 09 novembre 2006 17:25

« Le grand ! » Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 6.

CHAPITRE 6

Le matin Fasi se réveillait à son heure habituelle. Il se doucha et s’habilla. Il sortit dix minutes plus tard. L’appartement d’Eléonore semblait calme. Elle avait sûrement bien dormi. Fasi, avant de partir, voulait lui faire signe. Mais il se retenait. La fille devait encore dormir. Elle devait peut-être regarder la télévision. Elle ne s’était pas suicidée. Sûrement pas ! Fasi pensait à une baisse de pression. Rien que cela ! Une baisse de régime. La fille devait se remonter, cette perspective était inéluctable.
Fasi avait encore du temps devant lui. Il pouvait très bien lui dire un petit bonjour. Il ne manquait que son café au bar-tabac. Rien que cela !
La porte restait fermée. Fasi n’avait plus qu’à sonner. La fille pouvait lui ouvrir et l’inviter boire un café. Elle pouvait le remercier. Une approche considérable !
Fasi resta quelques secondes devant la porte. Il hésita à pousser sur la sonnette. Mais un pouvoir imperceptible l’interdisait. Sa pudeur. Le trac. Son corps ne tremblait pourtant pas. Mais il estimait franchement qu’il fallait la laisser tranquille. Il pensait revenir après son travail. Cette mesure devait être la meilleure. La fille n’allait pas rechigner de le retrouver. En fin de journée, les cœurs s’ouvrent. Eléonore pouvait se laisser plus facilement aller.

**

Le lendemain matin, Marius se levait sans amertume. Il se douchait. La fille dormait encore. Une nouvelle fille de passage.
En sortir, la fille se réveillait. Une très jolie fille, très jeune. Elle attendait dans le lit.
- T'es nerveux ?
- Non pas du tout !
Marius s'habillait. Il comptait s'en aller.
- Alors viens dormir encore un moment. Il n'est que cinq heures.
- Je m'offre à qui je veux, tiens donc !
- Merci !
La fille ne comptait pas se réveiller. Marius ne lui répondit pas. Il ramassa ses affaires, salua la fille et sortit de chez elle.

Un quart d'heure plus tard il buvait son café à la gare de l'est. Il ne parlait pas, regardait, observait.
Derrière les vitres, le soleil commençait à se lever. Quelques voitures, quelques passants. Derrière son dos, des nettoyeurs de rues et des employés des chemins de fer buvaient leurs cafés.
Certes Marius était énervé, mais il ne comptait en aucun cas causer. Boire son café et regarder le monde passer devant lui.
Une amertume indicible. Peut-être envers Olivier. Olivier le minable, le raté. L'exclu de la société. Celui qui raconte qu'il baise, mais qui ne le fait pas. Des mensonges à longueur de journée. Des cambriolages minables. Un enthousiasme de perdant.
Vint le second café, et le troisième. Une heure plus tard, il décidait de s'en aller. Il emprunta le métro jusqu'à la défense. Un matin vide de sens. Le silence !
A la défense, comme les portes venaient d'ouvrir, ils pénétra dans un hall encore vide. Des magasins en sursis. Des passants se dépêchant pour aller travailler et des balayeurs déjà à l’œuvre.
Vu qu'il n'avait aucune ambition, depuis le second niveau, il observa un moment le premier. Il y resta environ un quart d’heure, et il décida d'aller voir du côté du Flanc Bleu. Cinq minutes plus tard, il s’installait au comptoir. Un bar encore vide. Le serveur s'efforçait de nettoyer les tables de la terrasse. Marius le laissa faire, et à son retour, il engagea la conversation.
- Tu connais Olivier ?
Le serveur était très jeune, mais il avait déjà l'habitude de ce genre de clientèle. Un homme frêle, qui évitait de s'attarder.
- Olivier ! Il est encore tôt tu sais. Il va sûrement venir.
Marius ne lui répondit pas, il se retourna vers le hall.

Vingt minutes plus tard il commanda un café. Il le but tranquillement. Il venait de se retourner vers le centre du bar, qu’une petite voix intervint.
C'était Daniel …
- Salut Marius !
Au départ il ne comptait pas lui causer, mais il se retourna néanmoins sur sa petite tête.
- T'as un problème Daniel ?
Il est vrai que Marius mesurait quarante-deux centimètres de plus que lui. La situation idéale pour s'imposer …
- Ben oui !
- Et pourquoi ?
- Olivier est en prison !
Ce n'était pas une surprise ! Marius s'en foutait.
- Et pourquoi ?
Avant de répondre, Daniel hésita. Il est vrai que l'homme était timide, mais il se força.
- Ben ! Parce que ! Quand il a ouvert la porte, un chien lui a sauté dessus.
- Ah bon !
Avouons que Marius comptait en savoir plus …
- Et …
Marius le regardait toujours de haut.
- Et quoi ! Tu crois que je l'ai abandonné ?
Daniel n'osa pas répondre.
- Ben écoutes petite tête. En voulant ouvrir la porte, Olivier a reçu une décharge électrique. On s'est engueulé et je l'ai laissé.
Le petit Daniel paraissait vraiment petit.
- Je sais !
- Ah oui !
- Oui, parce que deux minutes après, il a encore crié. J'ai accouru, et dans la pièce, j'ai aperçu le chien lui mordre la main. En me voyant, le chien a foncé sur moi. Alors j’ai piqué un pas de course et j'ai refermé la barrière derrière moi avant qu'il ne puisse m'attraper.
Marius en riait. Il était accoudé au comptoir alors que Daniel n’en avait pas la possibilité.
- Et tu ne penses pas que c'est un minable ton copain ?
- Je ne sais pas !
Marius le regardait de haut.
- Ben moi je te dis qu’oui ! Et à partir de maintenant, t'es mon nouveau coéquipier. Compris !
Le petit n'osait pas lui répondre.
- Et autrement, tu la connais la fille qu'il baise tout le temps ?
- Je ne sais pas !
- Tu ne sais jamais rien toi !
Le petit voulait commander un café.
- Qui est-ce ?
Comme le serveur était devant lui, Daniel commanda, et il reprit gentiment.
- Je ne sais pas. Il en a beaucoup tu sais !
- Je le sais ça. Mais la plus proche ?
- Sûrement l'artiste qui travaille avec Godet.
Marius ne connaissait pas ce nom. Il demanda …
- Qui est-ce machin ?
- Un artiste-anarchiste. Joël Godet, tu ne le connais pas ?
- Non !
- C'est l'entarteur !
Marius n'était pas idiot. En entendant ce mot, son esprit revint.
- L'entarteur ! Et il engage du monde lui ?
Le petit avait honte de parler. Il venait de recevoir son café.
- Non ! Mais chaque mois, il descend à Paris et entartre une star dans la capitale.
Le grand s'intéressait …
- Et c'est quand la prochaine fois ?
- Cet après-midi !
Vu qu'une nouvelle infortune s’imposait à sa personne, il se baissa un peu.
- Et vous êtes beaucoup ?
- Une dizaine.
- C'est intéressant ça !
Marius s'était tellement rabaissé, qu'il touchait presque l'oreille à Daniel.
- Mis à part cela, elle travaille ou la fille qu'il se fait chaque jour ici ?

Daniel avait très honte, mais il indiqua néanmoins le nom de la fille. Marius releva alors son dos. L'homme fort ! Daniel avalait sa tasse.
- Bien ! Alors je m'en vais aller lui dire un petit bonjour !
Le petit ne lui répondit pas. Sans attendre, Marius s'élança. Il quitta le bar, descendit au premier niveau et marcha vers le géant Casino.
Le magasin venait d'ouvrir. Les caissières préparaient leurs places. Les vendeurs remplissaient les rayons et les premiers clients pénétraient. Un nombre ridicule.
Quand Marius s’annonça à l'entrée, le surveillant le remarqua, mais il n'osa pas lui interdire l’accès. Car, avouons–le, Marius était pressé. Il marchait vite et ne se préoccupait de rien.
Il ne se servit pas de paniers et pénétra sans attendre. Une démarche funeste et le regard droit devant lui.
Vint les rayons à légumes. Marius ralentit devant les tomates. Il en prit une dans sa main, la sentit et la reposa.
Certes son accoutrement ne faisait pas bonne figure, mais il s'en foutait. Plusieurs clientes le regardaient, et derrière, le surveillant avait décidé de le suivre.
Après les tomates, il passa devant les produits laitiers. Là, une démarche sûr. L'homme en la possession d'une beauté indéfinissable.
Il est difficile d'affirmer si à cet instant, il se rendit compte que le surveillant le suivait, mais en arrivant au bout du magasin, il tourna sur sa gauche, et une dizaine de mètres plus loin, devant la boucherie, il s'arrêta.
- Elle est là Julie ?
Aucun client ne patientait devant le comptoir. Deux bouchers étalaient leur viande dans les rayons et une fille les aidait. Le surveillant les rejoignait.
Face à la requête, les deux bouchers se relevèrent. La fille se retourna, mais c'est le surveillant qui lui répondit.
- Excusez-moi monsieur !
Marius ne se retourna pas vers l'homme mais continuait à regarder droit devant lui.
Comme son nom avait été appelé, la fille répondit …
- Oui c'est moi !
La fille était jeune et très belle. Elle semblait embarrassée.
Marius lui répondit …
- Il y a un problème ! On peut discuter ?
Certes, l'atmosphère était très étrange. Mais la conviction avec lequel Marius voulait causer avec la fille, le surveillant évita d'intervenir.
La fille reprit …
- Pourquoi ? Quel problème ?
Marius la regardait dans les yeux.
- C'est Olivier !
Certes, elle connaissait Olivier, mais sûrement pas assez bien pour s'intéresser à ses problèmes. Une émotion mal appropriée. Mais en s'apercevant que trois de ses collègues la regardaient, elle comptait réagir. Une petite chapardeuse de bonheur.
- Ben venez ! On va discuter dehors.
Elle se retourna ensuite vers ses collègues.
- Je ne serai pas long !
A cet instant, le surveillant voulait réagir, mais en apercevant l'embarra de la fille, il évita tous propos.
La fille longea le comptoir et sortit de l'enceinte. Marius la suivait. Elle l'invita ensuite à la suivre. Ils marchèrent jusqu'à la sortie de secours. Elle l'ouvrit, ils sortirent, et derrière, une chambre remplit de cagots vides exposaient l'envers d'un décor de magasin.
- Qu'est ce que tu me veux ?
La fille connaissait bien Olivier. Elle connaissait aussi très bien ses fréquentations. Elle n'avait pas envie de discuter.
Marius referma la porte derrière lui et la fixa.
- Olivier m'a parlé de toi !
La fille s'en fichait vraiment. Comme il n’avait rien à lui dire, elle voulut retourner travailler, mais Marius l'empêcha de sortir.
- Allez va-t-en ! Je vais encore perdre mon travail.
On ne pouvait pas reprocher à la fille d'avoir le visage d'une baiseuse. Elle devait faire parti de la petite zone de la défense, mais venir la déranger dans son travail, l'ennuyait plus qu'autre chose.
- Non ! Attends ! Regardes-moi !
Marius l'avait attrapée par le collet. Elle voulait crier. Se débattre. Mais cette perspective lui était interdite. On pouvait l’entendre.
Elle leva néanmoins son visage vers l'homme.
- Je suis le meilleur pote de Marius !
- Et alors !
- Viens ! On va baiser !
- T'es fou toi !
La fille avait peur. Elle désirait en finir. Mais l'homme était trop puissant.
Comme la fille le regardait, il l'enveloppa soudainement. Il la souleva par la taille et l'emporta jusqu'au fond de la chambre. Derrière une pile de cagots. La chambre mesurait dix mètres sur dix.
En collant son corps contre le mur, la fille désirait toujours s'enfuir, mais ses tentations de filles infidèles revirent le jour. Une chambre noire et un homme. Pourquoi pas !
Vu qu'elle se calmait, Marius n'attendit pas. Il commença à par embrasser. Elle lui accorda l'opportunité.
Vint des attouchements. Habituelle ! Un baiser sur la bouche. Un baiser dans le coup. Des mains baladeuses, quelques petits mugissements, et la fille lui ouvrit sa braguette.
Autour d'eux, un silence merveilleux s'amoncelait. Du noir ! Que du noir ! Des cagots vides et certaines petites odeurs.
Comme Marius pouvait le remarquer, la fille était très entreprenante. Elle souleva sa jupe, et sans attendre, il put enfoncer sa matière première entre ses jambes. Vint des petits cries aiguës. Une tendresse recherchée …
Après les premières précipitations, Marius se calma un peu et tenta de travailler gentiment. Mais la fille le poussait à terminer. Elle tonitruait ses fesses le plus rapidement possible. Du vite fait ! Mais Marius adorait cela !
Des mugissements et des cagots prêts à tomber.
Quelques minutes plus tard, alors qu'il s'apprêtait à terminer, la porte s'ouvrit. Il se retourna vers elle sans s'arrêter. Entre deux piles de cagots, il put apercevoir la corpulence d'une fille. Une collègue.
Dans sa vertu, elle les regarda un court instant, et un peu émue, elle s'annonça enfin.
- Julie ! Il faut que tu viennes. Le surveillant n'a pas envie de voir ça dans le magasin.

**

A deux heures de l'après-midi, Marius pénétrait dans le bar Des Trois Olives. L'établissement se situait à quelques rues de la Place Vendôme. Un bar tabac comme tant d'autres. Des petites dames buvaient leurs cafés, des hommes buvaient leurs verres, deux serveurs, une ambiance amicale, et au fond de la salle, assis à une table, le petit Daniel discutait avec un groupe de jeunes gens.
Marius s'en approcha. Daniel ne l'aperçut que quand sa corpulence les enveloppa.
- Ah ! Excusez-moi ! Je vous présente Marius !
Il y avait trois jeunes hommes, une fille, une caméra posée à côté d'eux, deux appareils photographiques sur la table, deux cartons à tartes, et au cœur du dispositif, le célèbre Godet semblait donner ses instructions.
L'homme devait avoir passé cinquante ans. Une petite calvitie, un gros bide et une mine d'enfant de cœur.
Marius serra la main à tous ces braves gens, et Godet intervint.
- Vous désirez entartrer ?
- Bien sûr !
Marius s'asseyait …
- Bien ! Alors je vais reprendre.
L'homme avait dessiné les personnages avec les verres.
- Le taxi va s'arrêter à quinze mètres de l'entrée de l'hôtel. On se posera derrière les colonnes afin de passer inaperçus. Patrick et Francis, vous resterez en arrière pour nous filmer. Dès que la star commencera à marcher, moi et Stéphane, on court vers elle.
L'homme poussait deux verres. Marius intervint.
- Et nous. On fait quoi ?
Le vieux Godet semblait embarrassé. Il leva sa tête vers Marius.
- Ben ! Aujourd’hui nous travaillons avec deux tartes.
Mais Marius en désirait plus …
- Bien ! Ben comme c'est la première fois que je travaille avec vous. Je lancerai une tarte !
Une coupure de son s’imposa parmi la foule. Les autres jeunes n'avaient pas trop l'air d'apprécier. Cette règle ne semblait pas faire partie de leurs mœurs.
Godet répondit …
- Ben je ne sais pas ! En principe, c'est au tour de Stéphane.
Il se retournait vers Stéphane. Un jeune homme assez discret, plutôt calme.
- Moi ça m'est égal ! Pourquoi pas finalement !
Le jeune semblait s'en foutre. Le genre étudiant voulant s'amuser.
Godet …
- Ben voila ! Pourquoi pas finalement !

Dehors, Marius reçut son carton. Il l'ouvrit afin de vérifier la sauce, et referma le couvercle. Les autres personnages vérifiaient leur matériel. Daniel tenait un appareil photo dans sa main. Un groupe d'innocents.
Quand tous furent prêts, Godet enveloppa le pas. Derrière, Marius s'approcha de la fille afin de discuter un peu. Une petite innocente, mais un peu trop studieuse pour se faire sauter le soir même par un inconnu.
Elle lui répondit néanmoins, mais évita tous rapports tendancieux. Elle étudiait la philosophie et la psychologie à la Sorbonne.
Le groupe traversa trois rues et rejoignit la place Vendôme. Beaucoup de touristes s'y promenaient, mais comme l'espace était assez grand, la place paraissait vide.
A cinquante mètres de l'hôtel, Godet invita Marius à le suivre. Ils laissèrent les autres, s'approchèrent de l'entrée, et à vingt mètres, ils se collèrent contre une colonne.
Godet …
- Mets-toi devant moi. J'ai peur qu'ils me reconnaissent.
- Ah bon !
Marius s'appuya contre la colonne …
Vint une attente assez ennuyeuse. Godet avait de la peine à apercevoir l'entrée, car Marius était vraiment grand.
- En principe elle devrait bientôt arriver !
- Ah bon !
Marius regardait l'entrée assez piètrement. Il eut envie de rire en apercevant Daniel en train d'attendre derrière une voiture, mais il se retint.
L'attente dura un bon quart d'heure. Devant l'hôtel, trois porteurs surveillaient. Une Cadillac s'arrêta et un homme en sortit. L'homme vraiment riche et sans gêne. Il ordonna aux porteurs de faire attention aux valises, et se grouilla de pénétrer dans le hall. Autour, plusieurs touristes japonais le photographièrent, comme s’ils ne comptaient pas rater l'éventuelle vedette.
Soudainement, Godet le réveilla. Un taxi venait de s'arrêter.
- C'est sûrement elle !
- Ah bon !
En apercevant le taxi, un porteur se précipita vers la porte. Il l'ouvrit et des jambes de femmes se posèrent sur le sol. Une longue silhouette émergeait.
Godet aperçut la femme, alors il s'écarta de la structure à Marius et commença à courir. Une précipitation obligatoire.
Vint la réaction de Marius. Il laissa passer l'homme et piqua lui-aussi un pas de course. Leurs tartes en mains, le travail devait s’exécuter rapidement.
Marius se concentra tout d'abord pour ne pas faire tomber la tarte. A cinq mètres de la femme, il s'offusqua. Une démesure incertaine. Des mouvements très rapides ! … En les voyant arriver vers elle, la femme s'arrêta. La stupeur ! Elle savait ce qui allait se passer !
A cet instant, on aurait pu penser que cet exercice n'allait pas être de la tarte pour Marius, mais en apercevant le visage de la fille, il se dépêcha de rattraper Godet. Une course éperdue ! Des gens autours très surpris ! Une atmosphère atteignant la démesure ! … Quelques pas, et à deux mètres de l'impact, alors que Godet avait déjà levé le bras, Marius l'empoigna. Il l'arrêta net. La fille s’effraya. Une coupure ! Une empoignade violente, mais aucune réaction autour d'eux.
Vu que Godet fut surpris, il lâcha sa tarte par terre et s'arrêta ostensiblement. Marius le retenait par le col.
- C'est quoi ces histoires toi !
- Mais !
- Tais-toi !
Autour d'eux, les porteurs se réveillaient. Deux d'entre eux commençaient à arriver. La fille posa sa main sur sa bouche. La surprise !
- Ca ne va pas toi ! Touchez à cette fille ! Non mais !
Les porteurs les rejoignaient. L'un d'eux se posa devant la fille, mais personne n'osa interrompre Marius.
- Tu vas t'excuser vite fait, toi !
Il avait réellement empoigné Godet.
- Allez Godet, excuses-toi !
Godet n'osait pas répondre. Ses collègues arrivaient.
- Tu t’excuses !
Comme Godet ne disait rien, avec rapidité, il souleva sa tarte et la lui colla en pleine figure. La frayeur ! La fille avait reculé et commençait à marcher rapidement vers l'entrée.
Un des porteurs …
- Allez les deux ! Eloignez-vous sinon nous serons contraints d’appeler la police.
Godet venait de recevoir une tarte à la figure. Il n'en revenait pas. Les trois porteurs les avaient entourés, ils ne rigolaient pas. Les jeunes gens étaient proches.
- Quoi la police ! Pour Jennifer Monrose ! Vous rêvez-vous !
Deux autres gardiens venaient de sortir du palace et accouraient. La fille pénétrait. Les Japonais enregistraient l’événement.
- Allez ! Allez-vous-en !
Le porteur avait levé sa main afin de leur demander de partir. Marius le regardait de haut.
Vint le groupe et les deux gardiens, de gros bras. Une petite foule.
- Comment ça je dois m'en aller ! Vous rêvez !
Marius avait lâché Godet et regardait les porteurs.
Un gardien. Un grand homme et très costaud.
- Allez ! Du vent les entartreurs !
L'homme ne rigolait pas et était prêt à se battre. Le groupe commençait à se retirer. Marius ne bougeait pas.
- Du vent vous avez dit !
Le gardien le regardait dans les yeux. Son collègue de même.
- Oui ! J'ai dit du vent !
Marius se calmait.
- Comment ça du vent ! On ne parle pas comme cela à Marius! Vous comprenez !
Malgré la réplique et malgré l’ambiance, ce petit monde commençait néanmoins à se calmer. Marius reprenait ses airs, Godet s’essuyait. Nous étions au milieu de l’après-midi.
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# Posté le samedi 04 novembre 2006 02:09

« Le grand ! » Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 5.

« Le grand ! »    Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 5.
CHAPITRE 5

Pour la première fois, Fasi rendit visite au chef du personnel afin de s’excuser pour son absence. Aucune suite ne fût retenue. Fasi avait trouvé une excuse plus ou moins valable.
A neuf heure il retrouvait Claire et Berger à la cafétéria. Elles omirent de lui demander pourquoi il n’était pas venu travailler le jour d’avant. Fasi était déçu. Ce geste se méritait. Surtout pour un homme buvant tous les jours le café avec elles.
Fasi se soulagea néanmoins en pensant au fait que ces dames l’imaginaient avec une petite demoiselle. Il a baisé toute la nuit. Pour une fois !
Claire …
- Ton homme ! Tu l’as revu ?
- Tu rêves ! C’est déjà oublié ! Et le tien ?
- Je commence à avoir envie de changer ! Un petit nouveau pourquoi pas ! Plus calme et plus dispos. A ma mesure !
- Alors il faudra sortir !
- Bien entendu ! Je te laisse donc le soin de me présenter à tes amis.
- Pourquoi pas !
Fasi voulait leur demander de sortir avec elles. D’après les sondages, la drague en boite est plus prolifique en compagnie de demoiselles.
Mais il se retint …

**

Le lendemain, à midi, Marius retrouvait Olivier au Flanc Bleu.
Il n'était pas de mauvaise humeur, mais il comptait jouer à celui qui l'était …
- Qu'est ce que t as ?
- Rien !
Olivier fumait sa cigarette et buvait un café.
- Racontes !
Marius n'aimait visiblement pas ce genre d'attitude.
- Non ! J'estime que ç’était cru. T'aurais au moins pu nous laisser finir de manger !
- Et autre ?
- Non ! Rien d’autre. D'ailleurs je m’en fous !
- Je préfère ça !
Marius commanda deux cafés. Une atmosphère tendancieuse. Olivier semblait gêné d'avoir affaire à plus fort que lui.
Vint une attente. Les cafés, et Marius reprit.
- Autrement. Tu vis de quoi ?
- Des femmes !
- Ah oui ! Et t'as baisé hier soir ?
- Bien sûr !
- Elle s'appelle comment ?
Olivier avala une gorgée, et reprit …
- Anne-Sophie ! Mais je n'ai vraiment pas envie de te la présenter.
- Ah oui !
- Sûr ! Celle-ci est à moi !
- Pourquoi ? Elle est riche ?
- Non ! Mais j'ai mon harem, tu permets. J'en ai dévoilé une et cela suffit.
- C'est comme t'as envie !
Marius avala une gorgée …
Ils regardèrent ensuite du côté du hall. Quelques minutes, et Marius reprit.
- Au fait ! Tu parlais de femmes. Elles te paient ?
Olivier regardait le hall presque avec nostalgie.
- Certaines ! Mais ça ne suffit pas. Alors je fais comme tous les sans-abri.
- La manche ?
- Non ! Je cambriole !
Marius avait terminé son café.
- Intéressant ça ! Et quoi ?
- Pourquoi ? T'as besoin d'argent ?
Marius regardait le hall avec dédain.
- Si tu as une bonne idée, pourquoi pas !
Olivier hésitait.
- Un kiosque. La femme est toujours seule. On peut la charger avant la fermeture et partir en courant.
- Et combien ?
- Peut-être trois mille francs.
- Ici ?
- Non. A Levallois.
Les deux hommes regardaient maintenant le hall avec audace.
- Et t'as des cagoules ?
- Le petit s’en occupe. Il travaille avec moi. C'est mon coéquipier. Il fait le guet pendant que je fais les casses.
Marius était surpris par l'être, mais tenta de dissimuler son émotion.
- Bien ! Alors on est trois maintenant !
Marius se retournait vers Olivier.
- T'es d’accords ?
Olivier regardait toujours le hall. Une hésitation, et il reprit.
- Pour moi ça marche !
Alors ils se serrèrent gentiment la main …

Vint une discussion sans conséquence. Olivier expliqua quelques détails du coup. Il expliqua aussi ses anciens coups, au nombre de trois. Une première fois cinq cents francs. Dans un petit kiosque de banlieue, il demande quelque chose située en hauteur, la femme va chercher le tabouret, et durant son trajet, Olivier se lance sur la caisse, la ramasse et part en courant … Un second au centre de Paris, chez un cordonnier, il lui demande une paire, l'homme va la chercher dans la chambre derrière, pendant ce temps, Olivier ouvre son tiroir avec un pied de biche, ramasse et part en courant. Là, à peine trois cents francs … Le troisième, au centre de Paris. Dans un kiosque à journaux disposé sur le trottoir. La porte est ouverte. Olivier pénètre. L'homme le voit, il se déplace et lui demande de sortir. Daniel joue le client. Mais Olivier refuse. Il lui montre un couteau et lui demande de ne pas crier. L'homme s'en fout, il lui donne la clef. En main, Olivier la lance à Daniel. Le petit la rattrape, se couche sur le comptoir, ouvre le tiroir, ramasse la monnaie et s'enfuit en pénétrant dans une bouche de métro. Olivier fait de même derrière lui.
Trois coups pour trois mille francs, de quoi rire. Mais Marius prit néanmoins ses deux nouveaux copains au sérieux. Ils avaient de l'audace et osaient l'affirmer. Une imagination fertile au niveau de la recherche, à savoir le rapport risque en rapport avec le gain. Deux bases de données à ne jamais oublier si l'on compte devenir un jour brigand.
Enfin brigand ! Brigand comme Marius comptait l'être !

Olivier rapporta ces faits durant trente minutes. Il était à la fois fier et à la fois heureux de pouvoir les narrer. Des histoires que l'on ne raconte en principe, pas à tout le monde.
Plus tard, un peu fatigué de toutes ces histoires, Marius lui dit soudainement au revoir. Olivier ne parlait certes pas tout seul, mais ce fut en bons termes qu'il accepta. Ils se serrèrent la main, se dirent au revoir et Marius le quitta.
Il n'était pas nerveux, mais avait hâte de faire de nouvelles rencontres. Un enthousiasme lattant. Un emploi lourd. Une recherche en soi. Son regard. Son envie de vouloir manger une nouvelle fille, de visiter le monde, et d'inscrire son nom au palmarès des grands virtuoses de la vie.
Afin de rester dans les lobbies à Olivier, Marius marcha jusqu'à la sortie est. Il sortit et emprunta la plus grande avenue. L'avenue menant à l'Arc de Triomphe.
Elle était extrêmement large, mais peu de monde l'empruntait. Le métro était bien moins fatigant.
Dans sa démarche, Marius ne semblait pas chercher, mais comptait plutôt faire la connaissance de la capitale. Prendre l'air, vivre, être libre, et bien sûr, marcher tranquillement.
Comme une petite route de quartier longeait la grande route, Marius emprunta le trottoir séparant les deux voies. Elle mesurait trois mètres de large et tous les vingt mètres, un arbre émergeait du sol. De petits arbres sans feuille et paraissant morts.
Sur les côtés, de petites maisons de banlieue s'alignaient. De petits jardins devant, avec garages, deux niveaux, et une drôle d’impression pour Marius en les apercevant, car il pensait à avoir affaire aux quartiers chics de Paris. Ce qui d'ailleurs était vrais ! Des bagnoles à deux-cent mille balles devant et des sirènes d'alarmes sur les toits. Un petit paradis d'arbres et de fleurs.
Alors que l'Arc de Triomphe pourchassait son esprit, Marius marcha sur quatre cents mètres. Un petit vent frais venant de l'ouest lui refroidissait le cou. Quatre cents mètres fébriles, et soudainement, vingt mètres plus loin, un taxi s'arrêta et une dame en sortit. Elle devait avoir cinquante ans. Sa chevelure ressemblait à une explosion de grenade et ses mains protégeaient un petit chien du froid.
Le chauffeur ne sortit pas de la voiture. Elle le paya depuis la fenêtre avant, et en apercevant son lourd sac à commission patientant à côté d'elle, Marius ne put faire autrement que de s'en approcher.
Son petit chien n'aboyait pas, mais semblait avoir peur de tout. La femme patienta afin de recevoir sa monnaie, et quand elle se relevait, elle découvrit le thorax à Marius.
- Bonjour ! Vous désirez ?
Avouons que la dame eut tout d'abord peur, mais en apercevant le si doux visage de Marius, elle retint toutes émotions. Une petite dame charmante et tentant de préserver sa jeunesse le mieux au monde.
- Bonjour ! Moi c'est Marius ! Je suis nouveau dans le quartier, et si vous le désirez, je vais vous aider à porter vos affaires.
Nous étions le jour et la dame ne savait pas si elle devait prendre peur. Elle était émue.
- Si vous le désirez, pourquoi pas !
L'homme était en veste. Elle le savait très bien ; Marius n’habitait pas le quartier. Mais en ces temps difficiles, elle savait que la jeunesse n'avait pas d'argent et tentait par n'importe quels moyens de s'en procurer.
Comme la femme commençait à marcher, Marius lui ramassa son sac. Ils traversèrent la route, longèrent l'allée, marchèrent sur une centaine de mètres et devant son portail, elle se retourna vers Marius.
- Voilà ! Nous sommes arrivés.
Devant la maison, Marius ne déposa pas le sac, mais regarda la femme dans les yeux.
- Je vous le dépose chez vous !
Certes, elle comptait lui dire non, mais le corps de l’homme était si bien formé, qu’elle commençait à comprendre.
- Bien ! C'est comme vous voulez !
Alors elle ouvrit le portail. Ils se dirigèrent ensuite vers la maison. Elle ouvrit la porte d'entrée et elle reprit.
- Ben voilà, nous sommes arrivés !
Devant cette maison si bien entretenue, Marius s'approcha vers le pas de la porte. Il n'hésitait pas et comptait aller droit au but.
- Laissez-moi entrer ! Je vous le dépose à la cuisine.
Peut-on dire si la femme avait l'habitude ? Mais cette tendresse inopinée la gênait. Refuser, accepter ? Un choix difficile. Elle répondit.
- Ben entrez alors !
A cet instant, les émoluments de Marius devinrent très clairs pour elle. Il cherchait et elle s'en fichait. Elle vivait seule, et si c'était une question d'argent, le problème pouvait se régler sans entrave.
Une entrée en matière qui l'intéressait, car l'homme était vraiment attirant, et faire l'amour une fois avec lui, paraissait chose autorisée.

Quand Marius pénétrait dans l’appartement, il découvrit un beau et vieux salon très charmant. Un escalier en bois et une cuisine d'un style savoyard, comme lui.
Il posa le sac sur la table. La femme déposa le chien à terre. Elle enleva son manteau pendant qu’il attendait, et elle reprit.
- Ben voila !
Marius, sans attendre.
- Et vous ! Votre prénom ?
La femme s'attendait à entendre un prix. Mais ce ne fut pas le cas ! Sa témérité lui avait appris à connaître les hommes. Elle lui répondit.
- Je m'appelle Hélène.
- Très beau prénom !
Marius n'avait pas bougé de la table. La femme attendait sur le pas de la porte de la cuisine. Une situation désobligeante.
- Vous m'offrez un verre !
A cet instant, pour la dame, tout était dit. Elle devint même un peu timide. Le recul. Mais elle se maîtrisait.
- Oui pourquoi pas. Et qu'est ce que je peux vous offrir ?
Marius sourit.
- Ben champagne !
Face à cette affirmation, elle rougit un peu. Le sourire de la femme qui vient de décrocher le gros lot.
- Ben oui pourquoi pas ! Allez seulement vous installer au salon. Je m'en vais aller chercher une bouteille.
La dame était impatiente. Une découverte ! Elle l'invita ensuite à s'asseoir sur le grand fauteuil et le quitta en s'excusant.
Elle revint cinq minutes plus tard pendant que Marius caressait le chien. Cette petite boule de poils se laissait entretenir comme un chat.
La femme déposa la bouteille et deux verres sur la table. Elle s’installa ensuite à ses côtés.
Les deux êtres côte à côte, Marius la laissa servir. Elle ne fit pas sauter le bouchon, remplit les verres, et lui en offrit un.
- Ben santé !
La femme s’affirmait. Elle lui souriait. Un petit regard tenace. Les deux verres se frôlaient.
Comme il la sentait bien, Marius la regarda en plein dans les yeux. Des gestes qui ne pardonnent pas, et avant de boire, il rapprocha gentiment son visage vers sa personne, et l’embrassa …
Le baisé dura moins d'une minute. Ils burent ensuite leurs verres de champagne, et Marius revint l'embrasser. Une habitude qu'il connaissait et une habitude qu'elle connaissait. Les premiers gestes de l'amour. L'émolument de la bonté. Un homme et une femme.
Après le second verre, la femme se laissa plus facilement faire. Elle écarta même les jambes afin qu'il puisse enfiler sa main. Des bisous dans le cou et sur l'épaule de gauche.
Quelques secondes plus tard, alors qu'elle commençait à aimer cela, une voix surgit soudainement de nul part. Une voix lointaine. Elle obligea Marius à se retenir et à se remettre d'aplomb.
- Qui est-ce ?
Demanda Hélène, légèrement gênée.
- C'est moi, Valérie !
La voix de la fille descendait l'escalier. Une surprise assez pompeuse pour Marius.
Des pas souples, des jambes, un corps de jeune fille, et enfin un visage.
- Excusez-moi madame, je ne vous ai pas entendue entrer.
La fille était très mignonne. Elle voulut reprendre, mais en apercevant Marius, la surprise la laissa en émoi.
- Ah excusez-moi !
La femme n'était certes pas gênée, mais tenta néanmoins de dissimuler toutes émotions.
- Ce n'est rien ! Vous pouvez vous en aller maintenant.
La fille voulait comprendre, mais évita cette décontenance.
- Bien madame.
Sans attendre, elle se retira vers la sortie. Le chien comptait se faire caresser par la jeune fille, mais elle évita ce geste. Elle ramassa plutôt sa veste, l'enfila, et avant d'ouvrir la porte, elle reprit.
- Au revoir madame !
- A revoir Valérie !
La dame lui répondit cordialement, et la fille se retira …

La porte d’entrée refermée, un silence envenima les songes. Drôle de situation ! Drôle de commodité ! Presque une soirée gâchée.
Quelques secondes plus tard …
- Qui est-ce ?
- Ma servante de jour !
La femme se servait un verre.
- De jour vous dites ?
- Oui ! Elle vient tous les jours. Pourquoi ?
Malgré son habituelle témérité, Marius ravala sa salive. Des fourmillements et des picotements. Une envie de s'affirmer.
- Pourquoi ?
La dame lui offrait un nouveau verre. Marius regardait devant lui et la main d'Hélène retrouvait ses jambes.
- Parce que !
- Parce que quoi ?
La femme voulait déjà jouer.
- Parce que vous avez de la chance. La servante de jour vient de passer, et vous avez de la chance.
Certes, ces paroles ne la préoccupaient pas, alors elle lui répondit tout en voulant à nouveau l'embrasser. Marius ne la regardait toujours pas.
- Ah bon !
- Oui ! De la chance ! C'est la seule réflexion que j'arrive à affirmer en ce moment.

**

A quatre heure Fasi ne but pas le café avec ses collègues. A six heure il sortait du bureau. Les prestations des ces demoiselles à son encontre le déçu. Un goût d’inachevé.
Il rentra à pied. Ses songes se précisaient au niveau du sexe faible. Il se sentait trahit. Déjà à seize ans il commandait une bouteille de champagne à une fille. Il se rendit compte plus tard qu’elle travaillait pour le club. A dix-huit ans il offrait un dîner à une fille. En boite de nuit, elle retrouvait un ancien copain. Elle le laissa en plan et finit la nuit avec l’autre. A paris il voulait adresser la parole à une caissière de supermarché. Il s’arrangeait chaque semaine pour payer ses courses sur sa ligne. Après un mois elle décidait d’appeler la sécurité. Que d’échecs !
Dans l’immeuble il emprunta l’ascenseur. En sortir, une surprise l’attendait. Eléonore pleurait dans l’escalier. Elle ne simulait pas. Elle devait sûrement avoir perdu ses clefs.
- Tu vas bien ?
- Non ! Il m’a abandonné. Hier il est venu me dire au revoir. Il ne me reverra plus.
La fille déprimait. Elle n’avait plus la force d’avancer. Elle tremblait. Sanglotait comme une petite fille.
- Tu as perdu tes clefs ?
- Non ! J’ai plus envie d’avancer. C’est différent !
Fasi se baissait. Eléonore avait replié ses mains contre ses jambes. Elle ressemblait à une rose pas encore éclot.
- Donnes-moi tes clefs ! Je vais ouvrir ta porte d’entrée.
La fille suivait. Fasi pressentait l’affaire dans le sac. Soudainement il devenait un homme. Le destin le poussait à prendre ses responsabilités auprès d’une représentante de la gente féminine. La fille perdait son esprit.
Elle lui concéda ses clefs. Fasi alla ouvrir la porte et revint vers la fille. Il l’a prit ensuite gentiment par la manche. Eléonore obéit. Elle se levait. Fasi la soutenait.
Quelques secondes plus tard ils pénétraient dans l’appartement. Fasi l’invita dans sa chambre. La fille ne semblait plus tenir debout. Ils se déplacèrent vers le lit. Fasi coucha la fille et recouvra le drap sur son corps.
- Essais de dormir !
La fille ne répondait pas. Elle ne semblait pas être malade. Juste une déprime.
Fasi comptait partir, mais un esprit imperceptible le retenait.
- Pourquoi ne reviendra-il plus ?
La fille avait de doux yeux.
- Il a une copine. Il m’a même dit qu’il comptait se marier.
- Il te l’a dit avant ou après l’amour ?
- Pendant ?
- Et tu as continué ?
- Oui !
Malgré ses envies, Fasi restait imperturbable.
- Je crois que tu dois te trouver un homme. Un homme bon et loyal. Un homme à ta mesure. Il ne faut pas uniquement faire l’amour avec lui, mais vivre des aventures avec. Partir au bord de la mer ou en montagne. Pratiquer des activités lucratives. Tu vois ce que je veux dire ?
Il fille semblait émue. L’enfant écoutant son maître.
- Je vais te laisser maintenant ! Essais de dormir !
Pour la première fois, Fasi devenait un homme. Il se relevait. Eléonore fermait ses yeux. Il était temps pour lui de s’en aller !

**

A cinq heure, Marius retrouva Olivier et Daniel devant une bouche de métro. Un rendez-vous inopiné pour une opération soi-disant programmée jusque dans les moindres détails.
Les deux hommes tenaient leurs mains dans les poches. Il faisait légèrement frisquet. Marius les salua, et les trois hommes s’élancèrent.
Nous étions dans un quartier à villas. Des maisons mitoyennes. Les passants ne se promenaient pas en grand nombre. La circulation ne dérangeait pas beaucoup. Quelques magasins au bord de la route, et un ciel commençant à s'éteindre.
Le groupe marcha sur bien cinq cents mètres, et à cinquante mètres d'un petit magasin, Olivier demanda à Daniel.
- Le magasin est déjà fermé. On va pouvoir passer par derrière.
Olivier ralentissait.
- Tu peux aussi me passer les cagoules !
Daniel n'avait pas trop l'air causant. Il sortit les cagoules de sa poche et les donna.
- Bien ! Alors, on va te laisser Daniel. Tu restes devant le portail et tu surveilles.
A droite du magasin, un portail donnait sur une cour intérieure. Daniel ne lui répondit pas et Olivier continua à avancer.
Cinquante mètres plus loin vint l'enclave. Une cour intérieure entourée de murs. La porte était ouverte. Olivier et Marius pénétrèrent à l’intérieur comme si cette place était la leur.
Contre les murs de la bâtisse, plusieurs poubelles traînaient. Marius le remarqua directement, aucune fenêtre ne donnait sur la cour.
Les deux hommes marchèrent jusqu'à la porte située à vingt mètres du portail. Devant, Olivier sortit un petit pied de biche. Il demanda à Marius de se placer à côté, face à la route, afin de le protéger des regards. Marius lui obéit et Olivier enfonça son pied sur la serrure.
Vint un énervement assidu de sa part. Il commença à forcer la serrure de toutes ses forces. Des craquements. Une serrure maltraitée. De la transpiration.
Trente secondes plus tard, la porte lâchait, il put ouvrir. Une porte en bois, très vieille, sûrement plus vieille que la bâtisse.
Quand Olivier remarqua que son effort avait payé, il remit tranquillement son pied de biche dans la fente de ses pantalons, et il ouvrit. Derrière, des cartons étaient empilés. Des cartons à chaussures éparpillés partout. Un endroit assez vieux et sale.
Comme Olivier ne comptait pas faire de vague, il demanda à Marius d'entrer. Il referma la porte derrière lui. Ce qui poussa la pièce à s'assombrir énormément. Une petite place de travail, des outils et des chaussures. Que des chaussures !
Marius, presque las.
- Olivier ! Tu ne vas pas me dire que c'est le coup du siècle çà ?
Olivier jouait au voleur sérieux. Le silence devait être maître.
- Silence s'il te plaît ! L'argent est dans la boutique !
- Ah !
- Sûr ! Je le connais le type. Il laisse son argent à l'intérieur.
- Ah bon !
- Oui !
Olivier avait passé devant Marius. Celui-ci le regardait, il trouvait cette farce marrante.
Devant la boutique, la porte était fermée. Olivier s'en approcha, il posa sa main sur la serrure, et soudainement, il poussa un cri de frayeur. Un cri horrible ! Marius se réveilla, et Olivier se tétanisa. Il lâcha aussi la poignée et poussa un grand coup de gueule.
- Putain de merde !
- Qu'est ce qu'il y a ?
Olivier se tenait la main.
- Ce salaud ! Il a mit de la tension sur la portière.
- Ah oui !
- OUI !
Olivier l'engueulait pour la première fois.
Marius, qui trouvait cela marrant.
- Ben tant mieux !
- Quoi tant mieux ?
- Oui tant mieux ! Si t'as mal, ça t'apprendra à vouloir jouer au gangster à trois cents balles.
Olivier devint aussi furieux. Il se tenait toujours la main.
- Oui ! Ben moi je t'emmerde !
- Moi aussi, tiens donc !
Les deux hommes se regardaient dans les yeux. Des yeux rouges !
Mais subitement, Marius lâcha prise. Il rigolait et olivier n'aimait pas du tout cela. Un sourire d'homme bien plus puissant que lui. Le rire vexant et cherchant. La haine ! La haine d'être vaincu.
Tout en grandeur, Marius reprit.
- Oui ! Ben moi je te laisse. C'est de la connerie ton cambriolage. Tu n’as même pas de gants. Tu n'as rien ! Tu n’as même pas contrôlé s'il y avait une alarme dans ce foutoir.
- Je t'emmerde !
- Je m'en fou !
Marius reculait. Il rejoignit la porte et sortit sans le regarder.
A l'air libre, il retourna à la barrière et la traversa. Daniel le regardait.
- C'est un minable ton maître. Pas de quoi rire !
Daniel, surpris, ne lui répondit pas. Marius ne s'arrêta pas. Il marchait déjà en direction de la bouche de métro. Une marche nerveuse. La haine d'un homme bien plus fort que les autres !

# Posté le vendredi 27 octobre 2006 14:52

« Le grand ! » Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 4.

« Le grand ! »    Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 4.
CHAPITRE 4

Il était cinq heure du matin. Paris s'éveillait. Les balayeurs, les ramasseurs de poubelles et les premières voitures …
Comme Marius avait remarqué en allant, que la gare Montparnasse n'était pas très loin, il se dirigea en sa direction.
Une démarche assidue, et quinze minutes plus tard il pénétrait au buffet.
Un simple comptoir, des cheminots buvant leurs cafés, un serveur et des sans-abri …
Afin de faire comme les autres, il commanda un café. Il le but sans amertume. Le soleil commençait à se lever.
Un quart d'heure plus tard, il en recommanda un autre. Il but une gorgée, et du fond du bar, un jeune homme se déplaça et s'approcha de lui. Il était aussi assez grand, seulement dix centimètres de moi que lui.
- Salut ! Moi c'est Olivier.
On aurait pu croire qu'entre sans-abri, l'amitié surpassait. Mais en entendant « moi c'est Olivier », Marius comprit directement à qui il avait affaire.
Alors il se retourna vers lui …
- Salut ! Moi c'est Marius.
Certes qu'entre grands copains, ils ne devaient pas trop baisser leurs têtes.
- Et qu'est ce que tu fais à Paris ?
- Je viens juste d'arriver ! Hier !
- Oui ! Ben bienvenu alors !
Olivier détenait aussi un certain charme.
- Et toi ?
- Je traînasse. Je cherche.
- Ah ! Et elles baisent les Parisiennes ?
- Elles sont difficilement abordables, mais dès que tu en attrapes une, tu fais ce que tu veux avec.
- Ah bon !
Un large sourire de Marius, et aussi une nouvelle amitié qui semblait éclore …
Vint une discussion sans sens. Ils parlèrent de Paris. Paris la nuit. Les clubs. L'ambiance. Les femmes. Les Bains-Douches. L'Escala. La Loco. Le Club 54. L'Alcazar. Le Queens.
Tant de clubs, et encore d'autres dont Marius n'avait aucune idée. Une vie basée sur la drague, la baise et les femmes. Des nuits chaudes pour des petites fesses et des petits culs. Une certaine animation, car les deux hommes aimaient à parler de cela. Raconter, s'expliquer, et aussi comparer …

Trente minutes plus tard, Olivier abordait le sujet de sa personne. Il lui expliqua ses déboires. Ses nombreuses rencontres inattendues, et le nombre de femmes qu'il avait emmagasiné depuis l'âge de quatorze ans.
Marius le reprit en plein discours …
- Attends–là, tu ne vas pas me dire que chaque nuit, t'arrives à dormir dans un autre lit ?
- Oui bien sûr ! J'ai mes adresses, et çà m'arrive de temps à autre de faire ma petite tournée.
Pour une excellente surprise !
- Ah oui ! Et elles se laissent faire comme en province ?
- Plus facilement, vu qu'elles sont plus nombreuses ici. Et d'ailleurs, je te l'ai dit, je viens aussi de la province.
- Ah ! C'est très intéressant ce que tu me racontes là ! A ce tarif là, j'accepte volontiers le challenge !
Marius ne put s’empêcher de sourire.
En l’apercevant devenir heureux, Olivier comprit aussi à qui il avait affaire. Les deux hommes avaient terminé leurs cafés, et afin de lui expliquer la chose, il reprit.
- Ben écoutes. Viens avec moi. Je vais te présenter.
- Oui ! Tu m'acceptes ?
- Bien sûr ! Il n'y a pas de problème !
Les deux hommes se regardaient dans les yeux.
- Allez viens ! Les magasins vont bientôt ouvrir.

Olivier le poussa à sortir. Dans la rue, il l'emmena prendre le métro. Il était bientôt huit heure et le monde commençait à grouiller.
Dans les couloirs du métro, ils marchèrent jusqu'au train et s'y enfoncèrent. Un trajet simple, et vingt minute plus tard, ils arrivèrent à la défense.
La bouche de métro donnait sur la place. En revenant à l'air libre, Marius découvrit les buildings. Un endroit qui aurait pu ressembler à New York. L'arc de Triomphe au loin. Le soleil caché par le soleil, et une température située autour de dix dégrée.
- Voilà la place !
Affirma Olivier, en écartant ses bras sur la vue.
La place était très large et basée à vingt mètres au-dessus du niveau du sol. Des constructions modernes et beaucoup de monde, particulièrement des hommes en costards. Le nouveau Wall Street.
- Et qu'est ce que tu comptes faire là ?
Olivier regardait l'Arc de Triomphe.
- Ben on va aller au-dessous ! Il y a le plus grand centre commercial de Paris sous nos pieds.
- Ah bon !
Marius connaissait les centres commerciaux, il les aimait aussi. Du monde partout et des femmes à chaque concours de circonstances.
- Et oui, viens !
Olivier, sans laisser Marius reprendre, l'invita à le suivre. Olivier commençait déjà à s'exciter. De vrais nouveaux amis.
Ils marchèrent jusqu'à l'entrée, descendirent par l'escalier de secours, et deux minutes plus tard, Marius découvrit une immense galerie remplie de magasins. Un endroit chaud. Une ville dans la ville. Des boutiques et des terrasses de restaurants. Comme en été, un rêve pour sa grande personne.
Afin de lui présenter la place, Olivier vint s'accouder à la barrière basée au-dessus du niveau inférieur.
Marius suivait son pas …

- Au-dessous c'est le centre de la place. La place du marché, que je l'appelle. Depuis le second niveau, tu as la possibilité de tout observer.
- Génial !
Marius ne se moquait pas de lui.
- Au fond il y a le géant Casino, la pizzeria, la pharmacie et les petites boutiques.
- Le pied !
Marius regardait la scène avec émerveillement. Olivier se retournait face à lui.
- Et t'as envie de commencer tout de suite ?
- Pardon ?
- Je te demande si t'as envie de commencer tout de suite ?
- Ah ! Oui bien sûr !
Alors Marius tourna son visage vers la place.
- En bas ! Tu la vois la boutique Mammy ?
- Oui !
- Ben c'est un bon coup ! La femme vient d'ouvrir. Elle n'a pas beaucoup de clients le matin, et elle se laisse facilement faire.
- Ah oui !
- Sûr !
Marius observa la boutique un court instant, et revint.
- Alors je crois que je vais aller y faire un tour !
- T'as raison ! Je te laisse et tu pourras me retrouver au buffet du Flanc Bleu. Il est situé trente mètres plus loin, au second niveau.
Olivier lâchait afin la barrière. Il ne lui serra pas la main et s'éloigna …
- Alors à tout à l'heure !
- Oui à tout à l'heure !
Marius le laissa s'en aller. Il observa la scène durant quelques secondes et se remit en marche.
Dans l'effervescence de cet endroit chaud, il descendit au premier niveau, marcha tranquillement jusqu'à la boutique, et face à elle, il remarqua un petit jeu de faïence.
Derrière les vitres, un nombre inconsidéré de bougies étaient exposées. Que des bougies et des portes-bougies ! Une présentation vétuste. Des draps comme cadre. Un éclairage simpliste. Presque une maison close.
Il était visible que son envie était d'aller droit au but. Une chasse. Un exercice de conscience, alors il ne patienta pas, il ouvrit la porte, pénétra et s'approcha du comptoir.
Derrière, une femme âgée de quarante ans attendait …
- Bonjour monsieur ! Puis-je vous conseiller ?
La femme mesurait quarante centimètres de moins que lui. Alors il la regarda de haut.
- Bonjour madame ! Je viens pour une commande.
- Oui ! Et vous désirez ?
Le visage de la femme paraissait sympathique. Une beauté moyenne.
- Je viens de la part d'Olivier !
- Pardon ?
La femme s'offusqua. Elle ne semblait pas le connaître. Elle le regardait néanmoins dans les yeux.
- Olivier !
Marius tout gentiment …
- Olivier ?
Elle lui répondit en faisant semblant de ne pas le connaître, mais face à cette masse, ses membres se dressèrent.
Marius …
- Moi c'est Marius !
Marius en connaissait beaucoup, l'audace préservait sa faim.
La femme, elle, changeait gentiment de visage. Elle l'observa encore un moment, et se déplaça. Elle s'écarta de son comptoir, se dirigea vers la porte d'entrée, la ferma à clef, et revint.
- Ben suivez-moi alors. Sa commande est derrière.
En apercevant l'allure de la femme, Marius sourit. Elle passa devant lui en le regardant, et pénétra dans la chambre.
Derrière, Marius suivait. Il pénétra aussi dans la chambre et referma la porte derrière lui …

**

Fasi quittait le bureau à dix-huit heure. Au retour il pensa à Claire. Cherchait-elle à le nuire ? Elle le connaissait pourtant bien, Fasi vivait seul et avait de la peine à trouver son âme sœur. Berger ne lui avait jamais véritablement adressé la parole. Fasi Voulait un jour l’invité, mais il se retenait. Pensait-il à réputation ? Pourtant Berger avait la réputation d’une fille facile. Deux collègues avaient déjà franchi ce pas là. Elle retrouvait parfois un vendeur de l’étage supérieur. Mais l’homme n’osait pas. Elle travaillait pourtant à moins de dix mètres de lui. Mais à chaque fois qu’il l’abordait, sa mine tombait et elle se dépêchait d’en finir avec le collègue. Une attitude désastreuse. Fasi ne comprenait pas ! Pourtant, quand un dirigeant l’accostait, elle se laissait aller très facilement à la plaisanterie.
Fasi passait chez l’épicier. Il achetait une pizza surgelée. Dix minutes plus tard il retrouvait son immeuble. Il emprunta l’ascenseur. Au dernier étage, il sortit et s’approcha de sa porte d’entrée. A cet instant, la porte de la voisine s’ouvrit. La fille n’était pas habillée pour sortir. Elle portait un simple training. Elle le salua timidement.
- Salut Fasi !
- Bonsoir !
- Ca va ?
- Oui ! Bien ! Je rentre du travail.
La fille ouvrit sa porte pour visiblement accoster son voisin. Fasi devint un peu nerveux. Il pensait à Claire. S’il pouvait un jour lui annoncer une liaison, elle s’abstiendrait de tous propos. Du même coup, Berger s’intéresserait un peu plus à lui.
- Excuses-moi ! Tu m’as dit hier m’avoir déjà vu dans un film.
- Oui ! C’est exact ! Je vous ai déjà vu.
La fille ne paraissait pas si timide qu’elle en avait l’air. Elle continuait.
- J’aurais donc une faveur à te demander.
- Oui !
- J’ai un peu de peine à terminer le mois. J’ai plusieurs factures à payer. Et j’ai pensé, si t’es d’accord, et comme tu es mon voisin, de venir faire quelque chose avec moi pour cinq cent balles.
A cet instant, Fasi repensa à son adolescence. Il était abasourdi. Il pouvait dire non. La fille n’allait pas le prendre mal. Mais il pensa à cette chose. S’il acceptait, il évitait la drague et passait directement à l’action. Il allait pouvoir afin réellement la rencontrer. Malgré l’argent, une liaison allait peut-être se concrétiser.
- Ben ! Je ne sais pas !
- T’es d’accord ou pas ?
- Mais ! Maintenant ?
- Oui ! Maintenant !
- Ben ! Oui !
- Alors passes chez moi !
Fasi tremblotait un peu. Il allait enfin pouvoir goûter à la vie parisienne.
- Je passe vite chez moi et j’arrive.
- Il n’y a pas de problème. Je laisse la porte ouverte.
- Oui !
La fille le laissa. Fasi pénétra dans son salon. Il se déchaussa et contrôla dans son porte-monnaie s’il avait l’argent. Il s’assit un instant sur son fauteuil. La fille était mignonne. Elle lui demandait de baiser avec lui. Il n’avait donc plus qu’à assurer. L’avenir devenait plus simple !
Quelques minutes plus tard il frappait à sa porte.
- Entres !
La fille venait d’emménager. Quelques cartons traînaient encore dans le salon. Eléonore l’attendait dans la cuisine. Elle lui servit un verre de vin.
- T’as l’argent ?
- Oui !
L’ambiance retombait. Ils devaient passer à l’acte. Eléonore le regarda boire son verre et s’annonça.
- On y va !
- Oui !
La fille emboîta le pas. Fasi n’osait pas encore la toucher. Il jouait à l’habitué.
Elle l’emmena dans sa chambre. Le lit était défait et des habits traînaient.
- Ne regardes pas le foutoir ! Déshabilles-toi seulement !
La fille parlait sérieusement. Elle avait l’habitude. Fasi en était le témoin.
Elle retira une robe du lit et la posa sur une chaise. Elle ramassa aussi trois slips et les enfuis dans son armoire. Fasi enlevait son pantalon. Elle défit le lit et se retourna vers Fasi.
- Enlèves tout ! Tu seras mieux !
Fasi n’osait pas parler. Il ne connaissait pas les femmes mais connaissait bien les prostitués. Il se dévêtit complètement.
- Couches-toi sur le dos ! Je vais commencer directement. Je ne suis pas spécialisé dans les massages.
- Oui ! Bien sûr !
Fasi s’installa. La fille enleva le bas de son training, s’approcha de ses parties, et sans la moindre hésitation, elle enfuit sa verge dans sa bouche.
Après quelques minutes, Fasi n’en pouvait plus, il avait largement la possibilité d’éjaculer, mais il se retenait. Il la soupçonnait même de vouloir en finir. Il intervint donc au plus pressé.
- On commence !
Eléonore relevait sa tête.
- Oui !
La fille avait déjà préparé le préservatif. Pendant qu’elle lui installait, il commença enfin à la caresser. La fille le laissait faire.
Plus tard elle s’installait sur son corps. La petite s’agitait bien. Elle remuait ses hanches comme dans les films. Fasi, de son côté, tentait d’en profiter au maximum. Il attendait le changement de position.
Quelques minutes plus tard elle s’installait sur le dos. L’homme prenait plaisir. Il essayait de la regarder dans les yeux, mais elle se forçait à regarder ailleurs. Il voulait l’embrasser, mais il estimait que ce n’était pas encore le moment.
Soudainement, la sonnerie de la porte retentit. La fille se réveilla. Fasi comprit et se retira.
- Je vais voir !
- Fais seulement !
Eléonore se releva, s’habilla et sortit de la pièce.
- Je reviens !
- Oui !
Elle ferma légèrement la porte. Fasi s’étalait sur le lit.
Quelques secondes plus tard, elle ouvrait la porte d’entrée. Une voix d’homme ! Fasi comprit qu’ils se connaissaient bien. Eléonore laissa l’homme entrer et lui demanda d’attendre. Fasi devint gêné, mais n’osa pas réagir.
Eléonore revint dans la chambre et referma la porte. Elle ne semblait pas gênée.
- Je te laisse finir à la main ! Mon copain vient d’arriver.
- Mais !
- Ne t’inquiètes pas, il est au courant !
Comme il n’osait plus bouger, elle entreprit le travail. Fasi voulait partir, mais il n’avait pas les capacités mentales. Elle lui prit sa main et lui fit comprendre de finir. Fasi se sentait très mal, mais il s’efforçait. Il termina donc le travail seul. La fille put se relever. Elle patienta. L’homme éjacula. Elle lui retira le préservatif, l’enveloppa dans un mouchoir de poches et se prononça.
- Tu peux t’habiller ! Je t’attends dans le salon !
Fasi ne répondit pas. La fille sortit de la pièce. Elle ne referma pas la porte derrière elle. Fasi se sentait même mal, mais il devait s’habiller. Tandis que la fille s’annonçait.
- C’est bon j’ai fini ! Maintenant je suis tout à toi !
Vingt secondes plus tard, Fasi sortait de la chambre. Son copain était grand et beau garçon. Il ne se gêna pas de la dévisager. Le couple attendait visiblement Fasi.
- Salut Fasi ! Bonne soirée !
- Bonne soirée !
La fille lui ouvrit la porte. Fasi passa devant l’homme sans même le regarder. Il sortit de l’appartement et Eléonore referma la porte d’entrée.
Quelques secondes plus tard il se retrouvait seul dans son appartement. Il se sentait trahit. Le copain d’Eléonore venait de le ridiculiser. Eléonore venait de le ridiculiser. Mais il arrivait néanmoins apprécier cette jeune fille.
Il retrouva ses esprits durant la cuisson de sa pizza. Il se réconforta en pensant à l’avenir. La fille venait juste de s’installer. Le temps pouvait prendre le dessus.
Plus tard il s’installait devant la télévision. Le journal de vingt heure venait de débuter. Il entama le premier carré de sa pizza, qu’un son sourd intervint dans son silence. Un battement régulier. Un spasme. Les murs semblaient légèrement bouger. La terre semblait trembler.
Le copain d’Eléonore entamait sa procession !

**

A midi, Marius retrouva Olivier au Flanc Bleu. Un petit bar posé à même le hall. Un comptoir, des boîtes de limonade et des hots dogs à vendre.
Olivier discutait avec un petit bonhomme. Le comptoir était trop haut pour s'accouder, mais Olivier pouvait le faire.
- Tiens Marius !
Marius s'approchait …
- Je te présente Daniel. La plus grande sale gueule de la défense. Un mètre cinquante-huit et une prostitué tous les trois mois.
Marius ne lui serra pas la main, il rigola plutôt et le regardait piètrement.
- Salut petite tête !
Daniel ne lui répondit pas et Marius se tourna vers Olivier.
- J'ai presque envie de te demander où est la suite !
Olivier tirait sur sa cigarette …
- Toujours pressé !
- Oui ! J'aime bien commencer mes journées, et aussi les finir !
Olivier sourit.
- Ce soir tu en auras l'occasion. Je compte te présenter à deux ou trois petites pupilles qui ne cherchent que çà.
- Oui ! Ca marche !
En souriant, il baissa sa tête vers le petit.
- Et toi, t'as le droit d'être ici ?

**

A midi Fasi se réveillait. Ce jour-là il refusait d’aller travailler. La première fois de sa carrière !
Eléonore baisa toute la nuit. Au préambule, Fasi pensait que son appartement était parfait, mais cette nuit-là il se rendit compte que les cloisons étaient fragiles.

**


Les trois hommes passèrent leur journée à se promener dans le hall. A cinq heure, Olivier annonçait la suite.
- Bon ! Ben je crois que c'est l'heure ! La petite Marie doit être rentrée. Le temps de prendre le métro et on mange chez elle.
Marius ne connaissait pas Marie, mais avait déjà son visage en tête. La petite fille habitant dans un appartement ouvert à tous les hommes.
Les trois hommes regardaient le premier niveau depuis le second. Olivier reprit …
- Bon ! Ben Daniel. Je crois qu'on va te laisser.
Daniel ne disait rien. Il connaissait la suite et s'en fichait. Il en avait l'habitude.
Mais Marius répondit.
- Non ! La petite tête m'a l'air sympathique. On le prend avec !
Devant sa réponse, Olivier s'offusqua un peu.
- T'es sérieux !
- Oui, on le prend avec !
Le petit voulait dire non, mais sous la pression du grand, il n'osa pas répondre.
Olivier …
- Bon ben. Il vient avec nous. On verra bien si Marie le laisse entrer !

Quelques secondes plus tard, les trois hommes se mirent en marche. Ils prirent le métro en direction du nord, et vingt minutes plus tard, ils sortirent dans un quartier très calme qui se situait encore dans la commune de Paris.
Dans leur déambulation, ils s'enfoncèrent ensuite dans une cour d'immeuble. Une porte d'entrée, un ascenseur jusqu'au dernier étage, un escalier menant aux chambres de bonnes, et la porte.
Quand la fille leur ouvrit, elle s'enthousiasma de revoir Olivier, mais en apercevant les deux autres hommes, elle se retint bien vite.
- Qui est-ce ?
La fille mesurait quarante centimètres de moins que Marius. Un visage de vendeuse et un corps bien entretenu, la vingtaine.
- Des copains ! On sort ensemble ce soir. On est venu te dire un petit bonjour.
La fille en avait vu d'autres. Elle ne lui répondit pas et les laissa entrer.
Elle habitait un petit studio. Un lit doubles, des habits dessus, des affiches de vedettes, une pile de CD, une table et quatre chaises.
Dans la chambre, Marius s'approcha des CD et commença à les trier. Marie, qui avait fait un aller et retour à la cuisine, le reprit.
- Vous ne volez pas de CD s'il vous plaît. On m'en a déjà volé trois la semaine passée !
- Il n'y a pas de problème Marie !
Marius déposait les CD. Il s’approcha ensuite de la petite.
- Moi c'est Marius !

Dix minutes plus tard, ils dégustaient les pâtes à Marie.
- Délicieux !
C'est Marius qui s'exprima. La petite fille lui plaisait. Une petite travailleuse ouverte à tous. Un peu stupide et un peu nymphomane.
- Merci !
Olivier reprit …
- Tu sors avec nous ce soir ?
- Non. Je travaille demain !
- Viens juste boire un verre !
La fille connaissait bien Olivier …
- Tu n’as pas d'argent !
Olivier avalait ses pâtes …
- Comment çà ! Bien sûr que j'ai de l'argent.
- Tu ne m'as jamais payé de verre !
- Tu ne m'as jamais demandé !
- C'est ça ! Je dois encore demander.
Olivier reposa sa fourchette. Il n'avait plus faim.
- Mais attends là ! Depuis le temps qu'on se connaît, tu ne vas me dire que je ne t'ai jamais rien offert ?
- Non rien !
- Ben merci !
La fille reposa sa cuillère. Elle n'avait aussi plus faim.
- Alors dis-moi ce que tu m'as déjà offert ?
- Mon cœur !
- Ah je rigole ! Ton cœur !
Ils n'étaient pas nerveux, mais se présentaient à l’être.
- Ben oui mon cœur ! Tu sais très bien que je n'aie que ça !
- Tu peux travailler !
- Mon cœur est trop fragile !
- C'est ça !
Olivier n'avait pas honte, mais son visage semblait nerveux.
- Mais, attends ! Je viens avec des amis et tu me flagelles. Ben merci !
- Je ne te flagelle pas. C'est toi qui es chez moi, et pas le contraire.
- Comment ça chez toi ! Il est à toi cet appartement et j'en suis fier !
- C'est ça !
Les deux êtres se regardaient dans les yeux.
- Comment ça c'est ça !
Avant que Marie ne pût s'exprimer, Marius intervint.
- Bon ! Ca suffit les deux. Elle commence à en avoir marre, il faut la laisser.
- Pardon !
Qu'intervint olivier !
- Oui ! Elle a envie d'être seule, alors vous vous en aller !
- Pardon !
Olivier devint très irritable.
- Oui ! Toi et la petite tête, vous vous cassez ! On se retrouve demain au Flanc Bleu.
- Et toi ! … Et c'est quoi ces histoires ?
La fille n'osait pas intervenir. Marius se leva, Daniel fit de même. Il s'approcha ensuite d'Olivier, et d’un geste prompt de la main, il lui demanda de se lever.
A première vue, Olivier comptait refuser, mais comme il ne comptait pas perdre un copain, il se leva gentiment …
Debout, Olivier ne lui sourit pas, mais savait très bien où il comptait en venir. Marius le laissa reprendre sa veste et se diriger gentiment vers la sortie. Daniel avait ouvert la porte et attendait déjà dehors.
Certes l'ambiance était très chaude, mais Marius savait y faire. Il avait pris le dessus et comptait préserver sa position.
Avec amertume, Olivier s'obligea à ne pas réagir et à ne pas répondre. Il sortit gentiment. Marius le suivait de près. Il traversa le pas de la porte, et derrière, sans attendre, Marius referma la porte.
Vint un silence. Marius ferma à clef et la fille intervint.
- Il a de la peine à être sociable Olivier !
Toujours autant maître de lui, Marius réfléchit un court instant. Un laps de temps très court, et se retourna.
- Je sais ! Mais ne t'inquiètes pas, je l'ai en main !
Marius la regardait noblement. La fille ne pouvait pas trouver autres sujets afin d'animer la conversation. Marius s'approcha alors d'elle. Il vint se poser derrière son dos. Une obligation pour la fille afin de ne pas réagir.
Il reprit doucement.
- Viens ! On va baiser !
La fille était émue. Elle réfléchit un court instant, et dans son impétuosité de jeune fille, elle leva sa tête vers l’homme.
- D'accord ! Mais on commence sous la douche !
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# Posté le vendredi 13 octobre 2006 14:01

Modifié le jeudi 31 mai 2007 18:56