A Chambéry, quand le train ralentit, Marius se releva. La fille le recopia. Elle rangea ses magazines dans son sac. Quand le train s'arrêta, le couple descendit sur les quais.
- On fait quoi maintenant ?
Jeanne osa s'adresser au grand homme. Mais celui-ci ne baissa pas sa tête.
- Ben je crois qu'on va se laisser !
- Ah oui !
- Ben oui !
Certes un peu triste, elle tenta de lui prendre la main, mais il refusa gentiment.
- Passes-moi tes coordonnées, je te téléphonerai.
Nous ne dirons pas que la fille en était presque à pleurer, mais elle en était très proche. Elle sortit néanmoins un papier et un stylo de son sac, y inscrit son nom, et le lui transmit.
En ramassant le papier, Marius continua à regarder au loin, du côté de la gare.
- Bien ! Je vais te laisser maintenant ! J'ai une course à faire.
- Oui !
- Et oui !
Comme la fille ne voulait pas s’en aller, Marius reprit gentiment …
- Allez ! Va-t-en ! J'ai ton adresse. Je te téléphonerai.
Mais la fille hésitait toujours …
- Allez va-t-en ! Je te dis !
Encore une hésitation. Un relent d'amertume. Marius se remit à marcher. Quelques pas qui laissèrent la fille en reste. Elle ne pouvait plus rien prononcer. Vint ensuite des pas plus fermes afin de prendre de la distance.
Une démarche assidue, prétentieuse, et arrivé proche de l'escalier, il se retourna. La fille le suivait, mais elle ne le regardait plus, alors il s'enfonça dans l’embouchure …
Certes, la fille en était presque à pleurer, mais Marius n'eut aucun regret. Il la regarda jusqu'à ce qu'elle disparaisse, longea le sous-vois jusqu’au prochain quai, remonta, et à nouveau sur les quais, il baissa sa tête sur une femme se situant à un mètre de lui.
- Bonjour Madame ! Excusez-moi ! Vous savez où va ce train ?
La femme l'attendait. Elle l’avait aperçu. Elle regardait les rails, Marius regardait de l'autre côté. Une femme de quarante ans, très distinguée, une valise à ses pieds, et quarante centimètres de moins que lui.
Elle leva sa tête.
- Il va à Paris !
Paris ! Marius se redressa.
- A Paris ?
- Oui !
- Et c'est le T.G.V. ?
- Oui !
Il sourit gracieusement.
- Ben alors, allons à Paris tous les deux ! En amoureux !
La femme en avait vu d'autres, mais face à cette masse si impressionnante, elle ne put s'empêcher de sourire.
Marius, en remarquant la petite flamme éblouir son cœur, se posta franchement au-dessus d’elle et reprit.
- Moi c'est Marius !
- Moi je m'appelle Jenny !
Ils se serrèrent la main …
Vinrent plusieurs questions-réponses sans importances. Le temps de bavarder. De raconter leurs vies. Vivre.
Cinq minutes plus tard, le train arrivait à quai.
Quand les portes s'ouvrirent, la femme souleva sa valise. Elle comptait le laisser, mais Marius prit les devants et empoigna sa valise.
- Laissez ! Je vais la porter.
La femme fut un peu gênée. Elle désira lui dire non, mais elle n'osa pas.
- Ben merci !
- Marius !
- Pardon ?
- Merci Marius !
Un second sourire de la femme …
Une minute plus tard le couple pénétrait dans le wagon. La femme chercha sa place réservée, et quand il la vit s'arrêter, Marius rangea sa valise au-dessus de sa tête.
Une générosité obligeant Jenny à avoir un peu honte d'elle. Elle le regardait faire sans rien oser lui reprocher.
Comme elle avait réservé, elle s'assit ensuite au bord de la fenêtre. Une prouesse en espérant autre chose que de le revoir. Mais ce ne fut pas le cas, Marius enleva sa veste, la déposa au-dessus de sa tête, et s'assit à côté d'elle.
- Je ne vous dérange au moins pas ?
La femme se sentait prise au piège.
- Non pas du tout ! Au contraire !
**
A midi Fasi quittait son poste de travaille. Il revint chez lui à pied. L’immeuble était cossu, habité par des gens bien. Fasi habitait au dernier étage. L’étage des chambres de bonnes. Des chambres transformées en petits appartements pour célibataire.
Il commença par consulter sa boite à lettre. Sa mère n’avait pas écrit. Il marcha ensuite vers l’ascenseur. Une femme attendait. Ils se saluèrent. L’usage de la maison. La fille venait d’emménager juste à côté de son appartement. Il ne la connaissait pas encore. Ce jour devait être le grand jour.
Dans l’ascenseur, Fasi pouvait la regarder de face. Une jolie fille ! Elle était brune, de grandeur moyenne. Elle semblait aussi sourire à volonté.
Un peu gargarisé par la beauté imminente, Fasi n’osait pas prendre la parole. Cette fille lui disait quelque chose. Il l’avait déjà vu quelque part. Il ne s’en souvenait plus. Elle était certes trop petite pour être mannequin, mais son intuition lui faisait penser à une jeune actrice de seconds rôles ou de séries.
Il n’osait pas lui demander.
L’ascenseur arriva à son terme, au dernier étage. Les deux êtres sortirent. La fille marcha jusqu’à sa porte d’appartement. Elle enfonça sa clef dans la serrure. Fasi devait faire pareil juste à côté, alors la fille intervint.
- Je m’appelle Eléonore ! Je suis votre nouvelle voisine de palier.
- Enchanté ! Je m’appelle Fasi.
La fille ouvrait sa porte.
- Excusez-moi mademoiselle ! Mais je crois que je vous ai reconnu.
- Oui ! Et vous m’avez trouvé comment ? Bien ?
L’homme devenait timide. Son état d’esprit ressurgit. Normalement il ne causait jamais aux femmes, mis à part à ses collègues. Mais ce jour-là, la fille entreprit la manœuvre, donc Fasi n’avait pas le choix.
- Oui ! Je vous ai trouvé très bien. Très séduisante !
- Bandante j’espère ?
Fasi devint de plus en plus gêné. Vraiment timide.
- Oui !
- Et vous avez loué ou acheté une cassette ?
Fasi venait d’un milieu modeste, mais malgré tout, personne n’osait s’attaquer à lui en s’avançant avec ce genre de propos. L’homme était comme tout le monde, ses petites faiblesses le rendaient humain.
- J’en ai regardé une, il y a longtemps.
- C’est bien ! Bonsoir alors !
- Bonsoir !
Ils se quittèrent.
Fasi devait préparer son petit-déjeuner. Son frigo et sa télévision l’attendaient. En principe il se déchaussait, mais il fonça sans attendre vers son armoire de salon. Il consulta ses cassettes vidéo. L’homme avait tout classé. Au milieu de la pile, il retira son exemplaire. Un film.
Quelques minutes plus tard il regardait le film. Il avança la pellicule rapidement jusqu’au point critique. La scène débutait. Deux hommes déshabillaient Eléonore. Le décor semblait rustique, un salon d’appartement.
**
Quand le contrôleur passa dans les rangs, Marius le paya. Un petit discours superlatif afin de lui faire comprendre qu'il n'avait pas eu le temps d'acheter son ticket à la gare.
Il quémanda aussi pour réserver cette place précise jusqu'à Paris. Elle était libre, alors il paya …
Dix minutes plus tard, la femme s'excusa. Elle comptait prendre son déjeuner au bar, et comme ses affaires étaient au-dessus d'elle, il l'autorisa …
Seul, il ferma les yeux et s'endormit. La femme le réveilla alors que le train était arrêté. Nous étions arrivés à Lyon.
Petite souplesse pour la laisser passer, et les deux êtres se remirent à discuter. Elle lui expliqua sa jeunesse, son mariage et son divorce. Une heure de plaidoirie, et l'homme s'endormit à nouveau. La femme le laissa dans ses songes, et près de Paris, alors que la plupart des passagers s'étaient déjà levés et attendaient l'arrêt définitif, elle le réveilla.
Marius ne rêvait pas, mais la secousse tressaillit sa raison. Il se frotta les yeux, et en se rendant compte qu'on était arrivé, il s'exprima :
- C'est la première fois que je monte à Paris !
- Oui !
La femme voulait se défaire de ce jeune homme, mais sa forte présence l'oppressait.
- Et vous ?
- Ben je vous l'ai dit, j'habite à Paris.
- Un appartement ?
- Oui !
Marius figeait ses yeux sur la dame.
- Ben offrez-moi la nuit ! … Je n'ai pas encore d'hôtel.
Certes offusquée, et aussi serrée dans son coin, elle devint indubitablement timide. Car que lui répondre ? Tenter ou l'éviter ? Vivre et l'inviter ? Ou refuser et s'enfuir ? Une décision était à prendre, car l'homme reflétait un charme vraiment intéressant.
- Ben … je ne sais pas !
Marius la regardait toujours.
Le train venait de s’arrêter et les passagers commençaient à bouger. Elle hésita encore un peu, et il reprit.
- Faites-moi plaisir. Dites oui !
Encore une hésitation, des yeux de chats, quelques rides, et une taille de guêpe.
- Ben … si vous insistez !
Comme la femme avait baissé ses yeux en répondant, Marius s'approcha gentiment de ses lèvres et l'embrassa …
Cinq minutes plus tard ils traversèrent le hall de la gare de Lyon. Un grand hall d'une grande ville !
Dehors, ils montèrent dans un taxi. Sur le siège arrière, la femme se rapprocha de Marius pendant qu'il regardait comment la ville était faite.
Une avenue, et la Seine. Un émerveillement ! L'église Notre-Dame au loin. Les ponts, et bientôt Montparnasse …
Enfoncés dans les embouteillages, Marius la serra contre son thorax. Elle ne disait rien. Refusait d'y répondre. Un nouveau couple, uni, et Paris.
Au quartier de Montparnasse, le taxi bifurqua vers le sud. Des embouteillages, et quelques minutes plus tard, il tourna dans une petite rue. Un quartier paraissant calme. La voiture longea ensuite la rue sur deux cent mètres, et s'arrêta en face d'un immeuble ressemblant à Paris.
Pendant que Marius allait chercher la valise dans le coffre, elle paya. Ils se retrouvèrent sur la rue, et en face de la maison. Un petit couple heureux. Elle l'embrassa pendant que le taxi s’éloignait, et ils pénétrèrent dans le vestibule.
Une maison de classe moyenne, pour des gens moyens.
Devant les boîtes à lettres, elle le laissa et recueillit son courrier. Elle l'invita ensuite à prendre l'ascenseur. Ils montèrent jusqu'au cinquième. Elle ouvrit la porte et lui présenta son appartement. Un grand salon comme base de recherche, une cuisine et deux chambres à coucher.
Comme elle avait beaucoup à faire, elle le laissa s'installer. Marius en profita pour explorer un peu les accommodations du salon. Il s'assit sur le grand fauteuil central. La télévision était disposée en face de lui, alors il ramassa la télécommande et commença à zapper …
Elle revint dix minutes plus tard avec une bouteille de champagne. Marius s'apprêtait à s'endormir. Elle l'embrassa. Elle ouvrit la bouteille, et il burent chacun un verre en se regardant dans les yeux.
Au second verre, ils se rapprochèrent un peu plus. Ils s'embrassèrent. Deux corps s'agrippant, se cherchant et s'empoignant. La télévision diffusait des clips. La chaleur grippait. L'ambiance rêvée …
Vint le troisième verre. Là, Marius lui enleva la chemise et lui caressa les jambes. La femme se laissait faire. Elle commençait à le faire bander. De petites touches capricieuses. Des attouchements. Des mains cherchant les parties du corps les plus intéressantes.
Le troisième verre terminé, ils les déposèrent sur la table, et Marius lui enleva son slip. Il la coucha sur le fauteuil, et ils commencèrent à réellement s'embrasser …
**
L’après-midi Fasi pensa à Eléonore. L’homme n’avait jamais eu réellement de petites copines. Sa voisine tournait dans des films pornographiques. Elle était mignonne et elle semblait appréciable. Hier il la prenait en témoin dans une scène de film. Il témoigna aussi le fait qu’une femme puisse entreprendre beaucoup de choses dans un lit.
A la pause de quatre heure, il retrouvait Claire et Berger vers l’automate à boisson. Fasi avait prit ses habitudes auprès de ces deux jeunes filles. Au préambule elles comptaient l’éviter, mais avec le temps elles durent s’y résoudre. Fasi n’était certes pas méchant, mais son état civil indiquait clairement son envie de dénicher une âme esseulée parmi ces dames.
On comptait plusieurs couples au sein de l’entreprise.
Claire était blonde et Berger était brune. Elles approchaient la trentaine. Elles sortaient en boites relativement souvent. Claire vivait avec un ami et Berger changeait souvent d’amoureux. Elles avaient invité Fasi une seule fois en boites de nuit. Ce soir-là Fasi n’avait pas insisté, mais la soirée annuelle d’entreprise, cette année là, ne se ressoudait pas un échec. Les employées quittèrent rapidement le restaurant et un énorme concours de circonstances obligea les deux femmes à inviter Fasi à aller voir ailleurs.
Quand Fasi se servait d’un café, les deux femmes entamaient leur discussion. Depuis le temps elles avaient prit le pli et causaient de tous même en la présence de Fasi.
Claire …
- Tu sais ce qu’il a osé me dire ! Les femmes doivent servir les hommes. Donc au lit il ne s’emmerde pas. Il décide des positions et il décide quand on change.
- Oui ! Et il te prend par derrière aussi ?
- En plus il aime cela !
- Alors c’est comme le mien hier soir ! J’ai rencontré le type dans un club latino. Je l’invite chez moi, nous buvons un verre et nous passons dans ma chambre. Il me déshabille, je me couche. Et qu’est ce qu’il me demande ? De me prendre directement par derrière. Gonflé le type !
- Oui ! Gonflé le type !
Fasi les écoutait passivement. Il se sentait souvent seul ! Claire voulait le faire participer.
- Enfin ! Ces hommes ! De plus en plus gonflés !
Elle se retournait vers Fasi.
- Toi, tu as de la chance de vivre seul. Tu es libre. Nous, avec nos hommes !
**
Deux heures après, Jenny se relevait. Elle retourna à la cuisine pendant que Marius se consolait avec la télévision.
Quand elle revint, il s'était endormi. Alors elle le laissa, et certes ne tenta pas de la réveiller …
Marius dormit durant six heures, quand il se réveilla, nous étions au milieu de la nuit. La télévision diffusait des histoires Naturelles. Il devait être quatre heure du matin, peut-être cinq. Derrière la fenêtre, les néons éclairaient la route. Un silence feutré, pas un bruit, la nuit.
Jenny avait laissé la lampe de chevet allumée. Elle éclairait la chambre. Une ambiance feutrée afin de garder la suspicion de l'amour au sein des meubles.
Comme elle n'était pas là, Marius se retourna vers la cuisine, mais la lumière était éteinte. Elle n'était pas à la cuisine, et comme il comptait savoir où elle se trouvait, il se leva et marcha jusqu'à la chambre. Là, la lumière était éteinte, mais il aperçut son corps dans le lit. Elle dormait.
Au départ, il ne comptait pas la réveiller, mais il s'approcha néanmoins. Il vint s'asseoir à côté d'elle et s’éprit à la regarder. Elle dormait comme un enfant. Elle devait rêver.
Marius était en slip, il hésitait à vouloir recommencer. Une réticence envers un acte qu'il avait des centaines de fois pratiquée. Un acte prospère pour sa personne, car beaucoup de filles en ce monde désiraient le pratiquer avec lui. Sa grandeur, deux mètres zéro deux, ses muscles et son visage angélique.
La femme ne bougeait pas. Elle semblait satisfaite. Satisfaite d'avoir bien baisé. Un beau jeune homme. Le rêve !
Comme son visage était proche de lui, il approcha sa main et la caressa. Une larme de magnificence. Un besoin de pudeur.
En ressentant ces caresses couvrir sa peau, elle mugit un peu. Quelques prouesses dans le cœur. De la dentelle, et à force, gentiment, elle ouvrit ses yeux vers lui.
- T'as l'air de bien dormir.
Marius parlait à mi-voix.
- Il est quelle heure ?
- L'heure de m'en aller.
- Oui … ?
Elle ne comptait pas se réveiller.
- Et tu comptes aller où ?
Marius la regardait toujours sagement, et comme il ne comptait pas lui répondre, il reprit en changeant de sujet.
- Tu sais que tu as de la chance. Ils nous ont vus ensemble dans le train et le chauffeur du taxi nous a aussi vus.
- Ah ! Et pourquoi ? T’as honte de moi ?
- Non pas du tout ! Je te le dis juste, tu as de chance. C'est tout !
Marius avait enlevé sa main de ces joues et se relevait. La femme comptait toujours dormir.
- Tu sais ! A mon âge, avoir honte. Ce problème n'a pas beaucoup d'importance.
- Pour moi non plus !
Marius était debout.
- Mais je te dis juste, tu as de la chance. Tu as bien baisé, et c'est tant mieux pour toi !
- Ah bon !
Marius marchait vers la porte.
- Oui tu as de chance ! Je te le dis franchement.
- Ah !
La femme tentait de s’endormir. Pour ne pas faire d'esclandre, Marius sortit de la pièce. Il retourna vers ses affaires et s'habilla.
Quelques minutes plus tard, sa dégaine était à nouveau prête. Afin de ne rien oublier, il contrôla autours de lui. Des gestes prompts, sûrs et rapides. Mais il n’oubliait jamais rien.
Une minute plus tard il marchait jusqu'à la porte et sortait de l'appartement.



