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« Le grand ! » Daniel Gindraux, 2002, roman policier, chapitre 8.

CHAPITRE 8

A six heure du matin il sortit de l'appartement. La fille dormait encore.
Dans la rue, il se dirigea vers la gare du Nord. Il prit une allure tranquille afin de regarder le soleil se lever. Un soleil qui devait s'élever avec lui, et non pas l'attendre. Car il disait toujours : le monde appartient à ceux qui se lèvent en même temps que le jour.
Vint le buffet de la gare du Nord. Un simple comptoir, deux flippers, un serveur et plusieurs alcooliques.
Dans ce matin gris, il commanda un café et le but en regardant les premiers voyageurs sortis des trains de banlieue. Des gens pressés se rendant à leur travail.
Au second café, Marius n'avait toujours pas dit mots. Il ne désirait causer à personne.
A sept heure du matin, l'heure de grâce. La fin du monde. Le soleil se levait et la gare se remplissait … Après avoir terminé son troisième café, Marius sortit.
Une démarche tranquille, glaciale. La température n'excédait pas dix degrés. Un printemps toujours incertain.
Au lieu d'emprunter le métro, il marcha en direction de l'arc de la défense …
A cet instant, il était difficile de savoir ce qui se passait dans son esprit, mais dans sa marche, les rues commencèrent à le conduire vers sa destinée.
Une rue, une avenue, et encore une rue. Trente minutes plus tard, la défense était proche …
Un ensemble de bâtiment visible de très loin. Un centre d'achats, de recherches, de commerce, et pour lui : sa destinée.
Il était clair qu'à cet instant, Marius recherchait quelque chose. Peut-être Paris ! Car il marchait sans chercher à comprendre. Marcher sans se vendre. Une application dans son devoir divin. Des pas lourds, grossiers, et des attentes aux feux en regardant les gens de haut.
Un quart d'heure plus tard, il arriva à la défense. Il grimpa ensuite le grand escalier central. Celui-ci l’emmenait vers l'arc de Triomphe. Des marches prises une par une. En haut, comme l'entrée du hall venait d'ouvrir, il pénétra sans attendre.
Vint le second niveau. Il s'accouda à la barrière. Presque un regard de déprimé. L'amertume. Le cœur. Tiens donc !
En arborant une certaine habitude, il regarda la foule se dépêcher, marcher afin de se rendre d'un point à un autre. La précipitation matinale.
Après un bon quart d'heure, il se releva et se dirigea vers le Flanc Bleu.
Il s’approcha du comptoir, le jeune serveur essuyait les tasses à café. Il le salua comme s'il faisait déjà partie des habitués. Marius lui commanda un café. Le jeune homme évita de s'attarder sur sa personne et servit.
Vint une nouvelle attente. Le regard vers le hall et un café refroidissant.

Sous la chaloupe de cette atmosphère d'éternel jour ou d'éternelle nuit, personne ne pouvait dire pourquoi Marius s'y plaisait. Un climat ressemblant peut-être à un Casino, le monde allant et repartant, et ne s'attardant jamais. Des peccadilles inutiles, des boutiques en attente, des personnalités se reconnaissant car se fréquentant, des comptoirs à nettoyer, des vitrines à entretenir, une vie dans l'ombre ou une nouvelle vie. Le futur proche, à savoir l'univers souterrain.
Dans ce décorum, Marius observa le hall durant bien trente minutes. Quelques clients s'accoudèrent au comptoir afin de boire leurs cafés, mais toujours pas de Daniel.
- Dis-moi ! Tu connais le petit Daniel ?
Le serveur attendait les bras croisés.
- Le petit ! Oui bien sûr ! En principe il devrait déjà être là.
Marius se retournait vers lui.
- Pourquoi n'est-il pas là aujourd'hui ?
- Quand Olivier n'est pas là, Daniel n'est pas là.
Marius s'intéressait …
- Ah ! Ils sont toujours ensemble ?
Le serveur ne semblait pas intéressé par cette discussion. Il était même surpris que Marius ne les connaisse pas mieux que lui.
- Ben ! En principe, ils dorment les deux au même endroit. Derrière la sortie de secours sud. Proche des échappements d'air chaud.
Marius était surpris …
- Ah bon !
Marius regardait le serveur dans les yeux, mais celui-ci le laissa très vite et aborda un autre client.
Marius était confus. Il le laissa prendre la commande. Quand il se retourna vers la machine à café, il reprit.
- Et elle est où la sortie sud ?
Le serveur lui répondit sans se retourner …
- En face, sur l'autre couloir, à côté de la boutique Zazou !
Avouons qu'au départ, Marius comptait encore rester un moment, un peu discuter, mais la tentation était trop forte. Alors il le laissa, se retourna et commença à marcher.
Vint une démarche tranquille. Il longea les boutiques du couloir. Au bord de l'estrade donnant au-dessus du premier niveau, il tourna vers le sud, rejoint l'autre couloir, et trente mètres plus loin, il s'arrêta devant la boutique Zazou.
C'était une boutique de lingerie, à première vue très intéressante. Mais Marius ne s'y attarda pas. A côté, un petit couloir partait vers le sud. Il s'obligea à poursuivre sa route.
Le couloir devait bien mesurer vingt mètres de longueur. Il s'y enfonça et se retrouva face à une porte de sortie. Une grosse porte à deux battants.
En arrivant auprès d'elle, il n'attendit pas et l'ouvrit. Elle donnait vers l'extérieur. Dehors, les nuages couvraient le ciel.
Dès à l’air libre, il remarqua un paquet d'habits et des couvertures traînant au sol. La sortie d'air chaud se situait à un mètre au-dessus. Un endroit habité, mais pas si crasseux que cela … Au milieu de ce tas, une personne était allongée. Un jeune homme, mais pas Daniel.
Comme celui-ci venait de se réveiller, Marius s'en approcha. L'air chaud dégageait une chaleur printanière.
- Salut !
Le jeune n'avait pas peur. Il lui répondit …
- Salut !
Comme Marius comptait discuter, il se baissa.
- Dis–moi ! Je cherche Olivier et Daniel. Tu sais s’ils ont dormi ici cette nuit ?
- Pourquoi, t'es flic ?
Marius souriait …
- T'as vu ma dégaine !
L'homme le regarda un moment. Un petit jeune venant tout droit de la province. Il lui répondit …
- Aux dernières nouvelles, Olivier est au trou, et Daniel est parti hier soir !
Marius s'intéressait à Daniel …
- Où est-il parti ?
- Hier soir il nous a fait une théorie comme quoi il était préférable de vivre au sud, alors il s'est cassé.
- Ah bon !
Avant de reprendre, Marius observa les lieux un court instant, juste pour se donner une idée de l'environnement.
- Et vous êtes beaucoup à dormir ici ?
- Une quinzaine !
- Ah !
Il se relevait …
- Et Daniel, il vous a dit où il comptait aller précisément ?
Le jeune homme n'avait pas trop envie de lui répondre, mais il s'en foutait …
- Il nous a dis qu'il était possible de faire la manche à Saint-Tropez.
L'extase !
- A Saint-Tropez ?
- Ouais !
- Et ben !
Comme le jeune ne voulait pas trop discuter, Marius le regarda quelques secondes, et se retourna. Il rejoint ensuite la porte, et en voulant la pousser, celle-ci résista.
Alors la voix du jeune homme retentit …
- C'est une sortie de secours ! Pour retourner dedans, tu dois faire le tour.

**

Personne ne sait si Marius avait été attristé par la perte de ses deux camarades, mais au lieu de retourner dans le hall, il bifurqua vers l'avenue menant à l'arc de Triomphe. La même avenue, les mêmes arbres, les mêmes maisons et aussi la baraque de la quinquagénaire.
En passant devant la demeure de la dame, la tentation devint perspicace, mais il s'obligea à poursuivre. Sa démarche était rapide et son visage était glacial.
Dix minutes plus tard, il marchait sur le sol de la commune de Neuilly. Là, il ne s'arrêta pas, et plus tard, il rejoignait l'arc de Triomphe.
La place était bondée. Beaucoup de voitures et beaucoup de touristes.
En la présence de ce rond point, il fit le tour et découvrit ensuite les Champs-Élysées. La fameuse avenue ! Des magasins, des boutiques et peut-être trois milles personnes.
Certes on aurait pu penser que sa démarche, à cet instant, allait redevenir normale. Mais ce ne fût pas le cas, il la longea sans s’arrêter. Des arrêts qu'aux feux, et rien d'autre.
Vint la place de la Concorde. Encore une place remplie de voitures.
Là, il bifurqua sur la rue de Rivoli. Une trentaine de mètres, et quand il se rendit compte qu'il connaissait déjà cette route, il ralentit. Une histoire commune ! Un bar commun : les Trois Olives !
Au départ, Marius pensait que Daniel pouvait traîner là, dans ce bar. Pourquoi pas ! Un dernier verre avant Saint-Tropez ! Une invitation à aller vérifier. Jeter un coup d’œil afin d'être sûr, et aussi pour boire un café. Pourquoi pas !
Le bar n'était pas loin, alors il s'y amoncela. Un bar-tabac ! Il tourna dans la rue appropriée. Vingt mètres plus loin, il pénétrait dans le lob.
Il referma la porte derrière lui, il contrôla si un groupe de jeunes gens ne traînait par hasard pas au fond de la salle, mais personne ne s'y distinguait. Un comptoir en face, une quinzaine de personnes devant, mais pas de Daniel. Aucune petite tête. Mais en dévisageant les personnages, il aperçut soudainement l'arrière train d'un homme qu'il connaissait. L'homme buvait un coup. Une célébrité. C'était Godet !
Certes, il connaissait l'homme, mais pour lui, c’était une vraie opportunité. Il s'en approcha sans attendre. Une tape sur l'épaule afin de le réveiller. Godet se retourna et prit un peu peur.
- Bonjour !
- Salut Godet !
Marius le regardait de haut.
- Tu te promènes dans le coin ?
Godet buvait une bière. Il ne désirait que cela ! Le grand l'invitait à parler cordialement. En diplomate !
- T'as prévu un autre coup !
Godet n'en avait pas l'air …
- Non !
- Qu'est ce que tu fais là alors ?
- Le bar fait office d’hôtel. J'ai une chambre en haut.
- Ah bon !
Marius le regardait toujours de haut. Il comptait aussi boire un verre et prouver sa puissance. De plus, une tarte, ça ne s'oublie pas !
- Pourquoi Jennifer Monrose ?
Godet devint incertain. Il connaissait le fou.
- Ben. C'est artistique ! Du Dadaïsme. Je lui fais aussi de la publicité.
- Ah bon !
On ne savait dire si Marius comptait l'empoigner, mais il se maîtrisait. Derrière, une dame buvait un café. Il se retourna vers elle, et revint.
- Bien ! Ben paies-moi un café alors !
Godet n'osa pas refuser. Il appela le serveur et commanda une bière et un café. Marius se retourna à nouveau vers la dame.
Le verre et la tasse devant eux, Marius reprit …
- Jennifer, elle habite aussi à Paris ?
- Non, je ne crois pas !
Marius avala sa première gorgée et s'installait à côté de lui. Il avait Jennifer en tête, mais aussi la dame.
- Tu connais son adresse ?
Godet ne savait pas.
- Non …
- Comment ça non ?
Godet buvait sa bière et Marius appuya son dos au comptoir. Une meilleure position afin d’observer la dame.
- Allons réponds-moi ! Tu savais qu'elle allait venir et tu sais aussi où est-ce qu'elle habite ! N'est-ce pas !
Godet était gêné. Afin de le réconforter, Marius reprit …
- Regardes la dame en face de moi !
Godet se retourna …
- Elle ! Je vais me la faire. Elle est prête à s'en aller. Alors réponds !
La dame portait un manteau en fourrure. La cinquantaine, très maquillée, elle se levait et Godet semblait gêné.
- Tu sais ! Je vais me la faire et je le sais, j'en ai les moyens. N'est-ce pas !
Godet n'osait pas répondre. La dame avait quitté sa place et se dirigeait vers la sortie.
- Allons Godet !
Godet regardait la dame. Elle ouvrit la porte et sortit. Le claquement de la serrure anima Marius.
- Allons Godet !
Mais toujours aucune réponse …

**

Samedi matin. Fasi se réveillait avec la gueule de boit. Il se douchait en prenant son temps et se rasait. Plus tard il ingurgitait une aspirine. Il était déjà midi. L’homme n’avait pas faim. Il décidait de ne plus jamais boire de sa vie. Plus jamais !
Vers une heure il sortait de son appartement. A peine il bouclait sa serrure, que la porte d’Eléonore s’ouvrit. Elle sortait aussi. Elle semblait à nouveau heureuse.
- Salut Fasi ! Comment va-tu ?
- Bien ! Et toi ?
- Super ! Tu sais que j’ai réfléchit à ce que tu m’as dit. J’y ai même bien réfléchit. Et je pense que tu as raison, il faut que je me case et que je vive avec un homme dans le plus grand des respects. Il faut aimer c’est vrai ! Et ne pas seulement faire l’amour.
Fasi se sentait soudainement bien dans a peau. La fille le regardait tendrement. Elle souriait. Elle retrouvait sa tendresse et son bonheur d’antan.
- T’as raison ! Il faut profiter du bon temps dans la vie.
- T’as raison Fasi ! Et c’est ce que je compte faire. Hier j’ai rencontré un homme formidable. Et nous avons décidé de vivre pleins de choses ensemble.
- Ah bon ! C’est Bien !
L’homme sortait de l’appartement. Il salua Fasi. Un être commun, rien d’exceptionnel. Il venait de baiser et paraissait soulagé.
- Nous partons d’ailleurs à Deauville pour le week-end. On compte aller se promener sur la plage. On vient de réserver une chambre dans un petit hôtel. La vie quoi !
- C’est bien !
Le visage de Fasi se transformait à nouveau. Dehors le temps n’était pas à la hauteur de ses ambitions. Narbonne plage le manquait.
Le nouveau couple salua Fasi et le quittait. L’homme restait sur le palier. Le visage défiguré ! Le couple emprunta l’ascenseur. Mais Fasi n’arrivait plus à avancer. Son mal de crane réapparaissait. Il voulait vomir. Il voulait retourner dans son salon et regarder la télévision.

**

Une minute plus tard, Marius poursuivait la dame. Elle grimpa la rue sur trois cent mètres. Devant la porte d'un immeuble assez chique, elle s'arrêta et fouilla dans son sac.
Marius intervint à cet instant.
- Bonjour Madame ! Moi c'est Marius ! Vous m'avez aperçu tout à l'heure dans le bar, n'est-ce pas ?
La dame, en apercevant cette immense structure lui tomber dessus, prit un peu peur.
- Oui ! Mais excusez–moi, je ne vous connais pas !
- Maintenant si !
Il lui offrit son plus beau sourire …
Certes la femme en avait vu d'autres, mais sa gêne la surpris. Elle désirait le voir partir.
- Et vous désirez ?
- Ben ! Invitez-moi boire un verre chez vous ! Pour moi ce n'est pas de refus !
La dame avait peur, mais son tempérament d'ancienne voleuse de sentiments surpassait tout le reste.
- Ben ! Je ne sais pas quoi vous répondre.
- Ben dites oui !
La femme rougit. Elle avait ses clefs en main. Doucement, elle ouvrit la porte …

Sa puissance surpassait tout le reste. Marius l'invita ensuite à entrer. La femme ne disait rien. Elle le laissa faire. Elle devint même toute timide.
Dans l'ascenseur : le silence.
Au troisième ils en sortirent. La femme l'invita ensuite à pénétrer dans son appartement. Un salon de style très chic. Un beau parquet, une grande télévision, une grande armoire remplie de livres et une cuisine américaine.
- C'est très chic !
Marius refermait la porte. La femme enlevait son manteau.
- Oui merci !
Elle déposa ensuite son manteau. Marius observait la chambre.
- Ben ! Installez-vous seulement ! Qu'est ce que vous désirez boire ?
Marius se retournait vers elle. Un gros sourire, toujours aimable.
- Ben champagne pourquoi pas !
Au devant de sa réponse, la dame resta émue durant quelques secondes. La surprise ! La surprise de taille. Que répondre ? Dire oui, dire non ? Se laisser aller. L'embarras se lisait sur son visage. Le visage d'une femme noble, peut-être prétentieuse.
Sa réponse …
- Si vous le désirez !
Malgré son embarras, elle le regarda dans les yeux durant quelques secondes, et reprit …
- Bien ! Attendez-moi là alors ! Je vais aller voir si j'en ai.
Elle le laissa …
La femme quitta la pièce et Marius s'installa sur le grand fauteuil. Devant la télévision, il empoigna la télécommande et commença à zapper. Les chaînes défilèrent. La prétention de la baiser. Un arrêt sur Paris Première. Un reportage sur les gens qui nettoient la tour Eiffel. Plus tard, encore une attente …
Durant les premières trente secondes, il se concentra sur la télévision, après il se remit à réfléchir. Sa tracasserie revint. L'amertume. La femme allait bientôt revenir, mais une autre histoire travaillait son esprit, démangeait sa raison. Celle d'Olivier, en prison, peut-être celle de Daniel, à Saint-Tropez. Une raison en puissance, plus forte que tout le reste et plus forte que son existence.
Sa réflexion l'emmena à ne pas changer de chaîne, et à savoir s’il regardait vraiment la télévision, personne ne pouvait l'affirmer. Sa vision le pourchassait. Une irrésistible incompréhension. Peut-être de lui-même.
- J'ai réussi à dénicher une bouteille !
La femme le réveilla. Elle tenait une bouteille et deux verres en main. Elle souriait et Marius se retourna péniblement vers elle.
- Ben non !
La femme devint émue …
- Pourquoi non ?
Marius ne souriait plus …
- Ben non, ça ne peut pas aller !
La femme se sentit subitement gênée.
- Et pourquoi ?
Marius se levait déjà. Elle attendait …
- Bien, parce qu'il y a Godet !
La femme ne comprenait pas …
- Comment ça Godet ?
Marius était debout et la regardait piètrement.
- Ben oui Godet, j'étais avec lui tout à l'heure !

**

L’après-midi Fasi n’avait pas le moral, mais décidait néanmoins de sortir afin de se promener un peu. Il sortait, marchait jusqu’au bois de Boulogne. La grisaille. La pluie commençait à tomber. Le froid enveloppait son corps. Il pensa en premier lieu à Claire. Il pensa aussi à Berger. Eléonore prenait la troisième position.
Dans le bois, quelques bedeaux se promenaient. Rien d’important ! Fasi apercevait la défense. Quand il quittait Narbonne, il décidait de travailler un maximum. Il s’était donné dix ans pour réussir. Il comptait économiser et placer son argent. A trente-cinq ans il voulait retourner dans le sud pour s’acheter une maison et vivre posément. Mais dès arrivé à Paris, il se rendit compte que le sexe prédominait toutes ses valeurs antérieures.
A force, les bâtiments de la défense grandissaient. En bordure du bois, un bar-tabac l’intéressa. Il s’en approcha. Il pénétra à l’intérieur et commanda un café.

**
Marius évita de discuter plus longtemps avec la dame. Il descendit par l'escalier, il évitait ainsi l'ascenseur. Dehors, la chaleur n'agrémentait pas le bonheur. Une fine pluie commençait à mouiller le sol.
Surchargé de malentendus, Marius retourna vers les Trois Olives. Une atmosphère pompeuse !
Devant, il évita de regarder à l'intérieur si Godet buvait toujours, et continua …
Vint la rue de Rivoli. Las de prétentions, il l'emprunta. Le chemin menait à la place Vendôme. Les mêmes rues à traverser. Il arriva ensuite devant cette espace, mais évita de s'attarder. L'homme était nerveux, mais sa démarche redevint normale.
Une centaine de mètres plus loin, le trottoir continuait sous un long préau. La pluie avait augmenté sa cadence. Le sol était trempé. Certaines personnes commençaient à courir. Il pénétra sous l'arcade et ses cheveux furent saufs d'une pluie commençant à rendre la ville inintéressante pour les piétons.
L'arcade de la rue Rivoli est connue comme Paris. Elle longe le Louvre sur toute sa longueur. Des boutiques pour touristes s'alignent comme des chandelles. Dedans, on peut y trouver beaucoup de gadgets, comme la représentation de la tour Eiffel en miniature, des linges, des tee-shirts, des photographies, des cartes postales, des livres et des stylos. Enfin, tout le nécessaire afin de satisfaire une certaine clientèle, d'un certain goût.
Dans tout ce monde, Marius évita de s'arrêter. Il continuait à rechercher cette source. Cette matière liquéfiante ! Le sommet du monde ! L'homme mesurait deux-mètres deux. Donc trente-cinq centimètres de plus que la moyenne générale féminine et vingt-cinq centimètres de plus que la moyenne masculine. De quoi prouver sa puissance, sa supériorité et son indéniable force de conviction. L'homme surpassant toutes les têtes et surtout l'horizon, lors de grandes cohues !
Beaucoup de touristes étaient venus se réfugier sous l'arcade. De ce fait, à certains endroits, ils bloquaient le passage. Marius dut ralentir. Des passages douloureux car les gens ne se préoccupaient pas de sa personne. Ils regardaient droit devant eux. Ils marchaient son compter. Une préoccupation unanime, un homme dans la ville et des êtres se regardant, mais ne se reconnaissant pas les uns les autres.

Après deux cents mètres, la population devint plus éparse. Marius retrouva sa vitesse d'appoint. Les boutiques avaient changé de style. Du tourisme à la robe de soie. De la tour Eiffel en porcelaine au pull en laine à deux milles francs. Plus, les visages ! Moins gênants et voire plus galants.
Dans sa venue, certes plusieurs femmes passèrent à côté de lui en le regardant. Il pouvait s’arrêter, mais évita toute redondance. Il s'efforçait de regarder droit devant lui. Quand une personne dérangeait sa puissance, en l'évitant, seuls ses yeux se baissaient afin de suivre le mouvement. La prouesse d'un corps afin de ne pas déranger.
Vint le bout du tunnel. La pluie se calmait. L'arcade se terminait. Il en sortit, traversa l'Avenue Sébastopol et continua pour arriver sur la place du Châtelet. Il la traversa sans vraiment la regarder. L'île saint-louis à côté, qu'il évita aussi d'observer. Une place s'advenant néanmoins à être animée, mais l'homme tenta de ne pas s'en m'éprendre. Un regard sur un horizon irascible. La tête droite et la démarche fluette. L'homme dans la ville. Grand, beau, mais obsédé par cette puissance le gouvernant.
Après le Châtelet, il passa devant l'Hôtel de Ville. A ce niveau–là, juste un regard, le temps de voir autre chose.
Plus tard il rabaissait sa tête, il l'aligna à nouveau correctement, à deux mètres de haut. A cet instant il commençait à apercevoir la Place de la Bastille au loin. Cette perspective justifiait la parodie de ses songes.

**

Si le policier responsable de la surveillance télévisée de la Bastille avait eu le privilège de remarquer Marius, il aurait aperçu un grand homme, très droit et la tête haute.
L'homme venait du Châtelet. En zoomant sur lui il aurait pu entrevoir sa nervosité. Les traits tirés, l'envie de crier et de faire une nouvelle rencontre. Une haine que Marius comptait dissimuler, mais qui l'obligeait à chaque pas, à rendre sa personnalité inadéquate en rapport avec les gens qui l'entouraient.
Un regard sur la caméra au milieu de la place et l’homme continua. De l'autre côté, il s'arrêta au feu. Pendant que le policier changeait de vue, Marius attendait sagement. Vint le vert, il traversa et s'enfonça dans la dernière Avenue avant la gare de Lyon.
L'Avenue n'était pas très longue et Marius ne s'arrêta pas. Au péristyle de la gare, il grimpa sur l'entrebâillement menant à elle et quelques minutes plus tard, il pénétrait dans le hall.

La gare était bondée, mais c'était son habitude. Un buffet avec une terrasse, un kiosque, une dizaine de TGV et un gros paquet de monde regardant le grand panneau d'affichage disposé devant les premières voies.
Comme Marius savait de quoi était constituée une gare, il n'hésita pas dans son allure et se dirigea du côté des caisses.
Elles se situaient sur sa gauche, dans un autre hall, un peu plus petit. Là vingt caisses s'alignaient contre le mur ouest. La foule était plus ou moins éparse, donc des caisses à moitié vides.
Comme Marius comptait partir vers le sud, il se dirigea vers les caisses appropriées. Quand il en aborda une de libre, une petite dame le reçut. Elle portait des lunettes autant larges que la largeur de sa tête. Une petite taille. Un petit corps. Mais à voir, une fille libre car une fille qui semblait ne pas aimer se faire toucher.
- Bonjour Madame !
Marius comptait la regarder de haut.
- Bonjour Monsieur !
Vint l'attouchement …
- Le prochain train pour Genève part à quelle heure ?
La femme l'écoutait par le biais d'un microphone. L'ambiance rêvée !
Elle tapa le mot Genève sur les touches de son ordinateur. Une hésitation, et lui répondit.
- Dans un quart d'heure !
Marius n'hésitait pas, lui …
- Bien ! Alors un ticket seconde classe, non-fumeur, et côté couloir.
La femme fut surprise, mais elle ne réfléchit pas. Elle imprima son billet, une minute plus tard il payait, et deux minutes plus tard il lui disait au revoir. Du vite fait ! Du trop vite fait !
Son billet en main, il se dirigea vers le train en partance pour Genève. Un TGV. Une allure normale. Quand il arriva sur le quai, il contrôla quel numéro de wagon était écrit sur son ticket. Un petit regard indicible. Le ticket à un mètre quarante de haut et les pointes des yeux aux allures stridentes.
Vint son wagon …

**

Fasi arrivait sur l’esplanade de la défense. Les touristes l’avaient prise d’assaut. Au-dessous la galerie marchande ne devait pas trop battre son plein. Il hésitait y faire un tour. Mais là-dessous il s’ennuyait. Chaque midi il partait jouer aux jeux vidéo dans la salle de divertissement. Mais il n’y restait jamais trop longtemps. Même ses habits il ne les achetait pas là-bas. Peut-être pour ne pas croiser Claire et Berger. Les deux femmes visitaient souvent les boutiques de mode. Pour Fasi, la mode, cette institution représentait souvent l’idéal du dépensier, alors il s’abstenait.
En fait, l’idéal de Fasi se présentait sous la forme d’une maison de campagne, entourée d’oliviers et de poules.
Certes il venait du quartier de la gare de Narbonne, mais la campagne n’avait jamais quitté son esprit. Elle demeurait en lui en tant qu’exutoire parfait afin de se remettre en question.

**

Le train semblait bien calme. Une ligne aux heures creuses. Personne n'avait réservé à côté de Marius. Le siège était vide et son sommeil atteignit son paroxysme dès que le train put accélérer jusqu'à son allure normale.
Dans ce silence, Marius rêvait presque. Voir autre chose, des étoiles, des femmes et des arcs-en-ciel. Le rêve avant le sommeil. L'altercation entre l'inexistant et l'enthousiasme de pouvoir rêver. Le train poussant l'âme à ressentir autre chose que l'émoi qu'il ressent quand il commence à dormir en un lieu adapté pour la circonstance.
Personne ne sait ce que Marius avait bien pu rêver en dormant, mais quand le train s'arrêta à Lyon, il ouvrit ses yeux. La gare était chaude mais le train ne se remplissait pas. Plutôt, se désemplissait. Un train plus ou moins vide en partance pour Genève.
Certes, en se frottant les yeux, derrière les vitres, il ne ressentit pas l'ambiance. Le wagon était ventilé et surchauffé. Presque l'orient express s'arrêtant afin de se carburer.
Le train resta en arrêt durant quinze minutes, et il repartit. Sur trente kilomètres, un plateau l'autorisa à accélérer, et dès que les premières collines l'entourèrent, on put apercevoir les Alpes.
Vint la décélération …
Des collines, de petites montagnes, des vallées et des tunnels. Le péristyle de la Suisse !
Bien qu'il vienne de la région, il s'intéressa soudainement au paysage. Des prés à vaches pour des prés à vaches, des constructions, des fermes isolées, des villages et deux arrêts dans deux petites villes.
Durant le trajet, personne ne put affirmer si un certain enthousiasme l'immobilisa. Une certaine nostalgie. Mais une chose est certaine, l’homme resta planté le nez devant la vitre presque jusqu'en Suisse. La déambulation aux simagrées. Inimaginable ! Un regard au loin et un retour sur des choses plus tacites. Les gares de villages, les vallons au loin et les premiers pics encore plus loin.

Se sont les douaniers qui le dérangèrent. Marius leur présenta sa carte d'identité. Ils contrôlèrent très rapidement. Comme il venait de la région, ils n'insistèrent pas avec lui. La douane française et la douane suisse.
Une habitude acquise. Une région et des montagnes communes.
Vint Genève ! Une ville encore dans le froid. Déjà la Suisse.
Le train s'arrêta à la gare de Cornavin. Marius sortit du wagon et suivit la foule jusqu'au hall. Dans sa démarche, il tenta de deviner ce qui pouvait bien changer entre une gare française et une gare suisse. Un amusement probant. Quand il arrivait dans le hall principal, il se rendit compte : c’était les publicités. Du chocolat et du fromage partout ! Sur tous les murs et sur toutes les notices. Une réelle envie de manger. Manger un morceau, car avouons que Marius, en ces temps, ne s'alimentait pas beaucoup.
Enfin ! Juste un détail, car il ne resta pas longtemps dans cette gare. Dès sorti du sous-voie menant aux quais, il traversa le hall et sortit.
Dehors, un léger vent vint se cogner sur ses joues, mais il s'en ficha et continua …
A savoir s'il connaissait Genève, la réponse était très difficile à concevoir. Mais Marius, dans sa témérité, prit sans attendre vers l'ouest. Il marchait d’un pas lourd, certain, voire grave.
Une démarche à l'apparence tranquille, mais sous une entité claire, un but !
Comme le centre de la ville se situait au sud, sur cinq cents mètres, la densité de maisons valait un centre ville. Plus loin, les premières demeures, les premiers arbres et les premiers jardins s’imposèrent. En face, le lac Leman. Un lac qui n'étincelait pas, mais comme la brume avait envahis son centre, l'horizon s'identifiait à une mer. Peut-être la mer Noire.
Après le premier kilomètre, les demeures studieuses envahirent l'espace. Le quartier chic, des styles contemporains. A chacun son petit jardin et ses deux voitures. Des voitures éparses. Un calme certain.
Au bord d'un carrefour qui obligeait la route de l'ouest à descendre vers le lac, Marius hésita un peu. Il contrôla le nom des rues, observa l'horizon et le lac. Quelques secondes après, il reprit en tournant vers le nord. Une petite rue, un quartier serein et de nouvelles maisons familiales.
La route grimpait un peu. Une légère pente. Marius s'y appliqua. Il inspecta aussi les numéros des maisons. Un enchaînement, mais aussi un numéro qu'il avait en tête. Une adresse qu'il connaissait. Presque une promenade, car personne ne fréquentait la rue. Lui et lui seul avançait, suivait, poursuivait et recherchait.
Il emprunta cette rue sur deux cents mètres. En passant devant le jardin d'une très belle demeure, il ralentit un peu. Elle était belle certes, mais son visage devint soudainement très précis et ses sourcils se froncèrent. Le grand en pleine découverte et aussi en pleine décontenance.
Vint ensuite la maison proprement dite. Un jardin mal entretenu devant, une barrière en fer blanc, une allée de taillis entre les deux demeures voisines et des murs beiges, peints récemment.
La demeure abritait deux étages. Deux grandes fenêtres racolées au centre, une troisième plus éloignée. Au premier étage, deux autres fenêtres s'imbriquaient dans le toit. Un style typiquement Suisse. Un toit en bois avec des tuiles brunes.
En se rendant compte qu'il était arrivé, Marius devint nerveux. Il marcha néanmoins tranquillement jusqu'à la porte de la barrière, il l'ouvrit directement et pénétra dans le jardin.
Ainsi lancé, ses muscles se tétanisèrent et son cœur battait violemment. Le mépris ! Une rage intérieure extrêmement puissante. De la transpiration sur tout son corps. Une douche froide.
La porte d'entrée se situait sur le côté gauche. Il s'en approcha rapidement et sans attendre, il sonna.
Vint une attente difficilement supportable. L'homme ne se supportait plus. La rage au ventre !
Certes la porte ne s'ouvrit pas tout de suite. Il dut attendre plus d'une minute. Une minute terrible, inimaginable ! Vinrent alors des pas. De l'intérieur. Ceux-ci s'approchèrent de l'entrée, et doucement, la porte s'ouvrit …

Dès qu’elle aperçut l’homme, la fille s'effraya directement. Un visage horrifié !
Sa main droite retenait la porte. Elle voulut la refermer, mais l'homme s'imposa. Il posa sa main gauche dessus, alors elle ne put plus pousser. Dans l'entremise d'une terrible transe, elle recula ensuite très vite. Elle comptait s'enfuir, revenir sur ses pas ! Mais comme son énervement devint si omnipotent, en reculant, son dos se cogna contre le mur. Une bousculade afin de se retourner, mais c'est à cet instant que l'homme l'intercepta. Il avait foncé sur elle et l'attaqua en l'empoignant au cou. Une prise coriace afin d'arrêter la fille. Un geste sûr et précis ! Une main gantée qui obligea la fille à commencer à se débattre. Les premiers cris. Ceux signifiant l'horreur. La rage !
L'homme l'avait empoignée. Comme la main gauche de la fille tentait de l'arracher et l'autre d'empêcher sa puissance de s'imposer, il cogna violemment contre sa main. Un geste qui obligea la main de la fille à tomber, et c'est aussi à cet instant qu'il frappa le premier coup. Un terrible uppercut qui emmena la fille à crier. Elle se débattait bien, mais ne pouvait se libérer de cette main. Alors l'homme frappa une seconde fois ! Un ébranlement terrible qui emmena néanmoins la fille à lever sa main contre lui. Plus précisément vers sa cagoule. Mais une petite main bien trop fragile qu'il dégagea rapidement, afin de cogner une nouvelle fois. Un coup si puissant que l'homme put enfin la serrer convenablement, afin de l'étouffer. Une fille presque dans les vapes. Bientôt le coma ! Un corps qui tombait et une voix qui n’arrivait plus s'imposer. Vint le quatrième coup. Le cinquième. La fille laissa ses membres tomber, sa tête ballottait et sous cette pression, l'homme cogna encore. Encore trois coups, jusqu'au coma. Le corps en abandon.

Quelques secondes plus tard, l'homme refermait la porte sur la moitié de sa distance maximale. Il remarqua le corps de la fille qui n'allait pas s'enfuir, alors il recula et ferma la porte complètement. La porte claqua et il retrouva le visage de la fille. Au-dessus d'elle, vu qu'elle mugissait, il se baissa et lui envoya encore plusieurs coups de poings. Des coups qui amenèrent des gouttes de sang à jaillir, surtout de son nez.
Il se releva ensuite et inspecta autour de lui si personne n'arrivait. Mais personne ! Alors, il l'empoigna. Il la souleva et l'emmena vers le centre de la maison. La fille ne réagissait pas.
Un grand salon couvrait toute la surface, la cuisine en face, la porte de la chambre plus loin et l'escalier sur sa gauche.
Quand l'homme arriva dans l'épicentre de la pièce, il observa rapidement comment les meubles avaient été disposés. Trois gestes rapides de la tête et la cagoule qui le démangeait déjà. Puis, en vu de ses intentions, il ramena la fille vers l'escalier. Il passa devant, tira son corps et grimpa.
La fille était très légère. Il accéda au niveau supérieur très rapidement. La première porte était ouverte. Elle se situait juste à côté. En remarquant que c'était la salle de bain, il y pénétra. Il ramena ensuite le corps contre la baignoire, colla sa tête dessus, la retint d'une main et de l'autre, il ouvrit le robinet.
Vint le jaillissement. Il inséra le bouchon et patienta. La fille commençait à se réveiller.
Quelques secondes plus tard, l'eau avait pris forme au fond de la bassine. Comme elle commençait à se réveiller, il lui envoya encore trois coups sur sa nuque. Des coups violents qui la firent tomber à terre. Une femme presque morte …
Quelques secondes plus tard, afin de finir selon son désir, il la souleva, il porta son corps dans la baignoire, prit sa tête et l'enfonça dans l'eau.

Quand ses narines ressentirent l'eau, la fille tenta de se débattre, mais l'homme la maintenait fermement. L'eau montait. Sa tête s'immergea complètement. L’homme attendait. Peut-être une minute. Au-dessous, un corps immobile attendait la fin.
L'homme ne chronométrait pas, mais comme la fille ne bougeait plus, il la maintint une minute de plus. Une minute supplémentaire. Les deux bras tendus et un regard complètement dénué de sentiments.
Comme l'eau débordait, il la lâcha. Il coupa ensuite l'eau et la déshabilla. Il lui arracha sa chemise, sa robe, ses chaussettes et son slip. La fille nue, il souleva son corps et l'immergea dans l'eau. Le visage d'une morte pour l'esprit inébranlable de l'homme.
Vint la fin. La fille nue dans une eau commençant à rougir, il enfonça sa tête et attendit. Une détention perspicace, l'homme voulait être certain de sa mort. Une mort obligatoire et une mort certaine que sous l'eau, car l'homme n'avait pas la possibilité de contrôler les battements de son pouls. Ses gants empêchaient cette assurance de s'émouvoir.

**

En principe Fasi ne travaillait pas le samedi, mais ce jour-là il se promenait dans les parages. Alors il décida d’aller visiter son bureau, rien que pour le fun.
Il retrouvait le hall d’entrée. Le gardien. La carte d’accès. Plus tard il patientait devant l’ascenseur. L’endroit était vide. Le silence. Seul de rares bedeaux passaient. Le témoignage des heures supplémentaires.
La porte de l’ascenseur s’ouvrit enfin. Il pénétra le premier, un homme le suivait. Les deux portes se refermèrent. L’ascenseur grimpa.
Mais soudainement la cage s’arrêta. Une panne. L’homme pressa sur le bouton d’urgence. Le gardien lui répondit.
Fasi attendait derrière. L’homme ne ressemblait pas trop à un businessman. Le gardien leur demanda ensuite de patienter, celui-ci devait appeler les dépanneurs de piquet. Ils devaient arriver dans une demi-heure. Le temps allait être long.
- Nous n’avons décidément pas de chance aujourd’hui !
L’homme se retournait vers Fasi.
- Je m’appelle Franck !
- Je m’appelle Fasi ! Enchanté !
Ils se serrèrent la main et l’homme s’assit. Fasi semblait hébété. Il ne voulait pas s’asseoir. Il pensait à Claire, à Berger et à Eléonore. Cette situation semblait saugrenue. Jamais il n’avait travaillé le samedi.
Par contre Franck s’y résout. Il empoignait ses dossiers et commençait à travailler.
- Vous travaillez ici ?
- Oui ! Au douzième !
- Moi je viens de commencer ! Au huitième ! Je viens juste d’arriver de Toulouse avec mon copain. Hier nous sommes sortis au Marais. Rien de comparable avec le sud.
- Ah bon !
Fasi s’asseyait. Il était un peu surpris. L’homme en face de lui n’était pas monté seul à Paris, mais avec son copain. Cette histoire l’intrigua. Il voulait savoir !

**

Il est difficile de dire si l'homme prit plaisir, mais en maintenant la tête de la fille sous l'eau, il resta encore bien cinq minutes à la regarder, à observer sa mort apparaître sur les traits de sa personnalité. Des yeux qui s'ouvrirent. Une bouche ouverte. La démence !
Quand il se relevait, avant de quitter la pièce, il se regarda devant le miroir durant quelques secondes. Peut-être l'être fier. Les yeux dans les yeux. Le col remonté. Plus tard il redescendait.
En bas, l'homme retourna directement vers la porte. Devant, il se retourna vers la chambre, l'inspecta durant quelques secondes, et enleva sa cagoule. Sa bouche à l'air libre, il souffla un bon coup. La respiration du diable. Des yeux rouges. La mâchoire crispée.
Il ouvrit ensuite la porte et s'enfuit. L'homme venait de tuer ! Marius venait de tuer. Le crime parfait. Aucun témoin, donc aucune preuve. La fille s'appelait Jennifer Monrose. Elle avait débuté sa carrière comme mannequin cinq ans auparavant. Elle venait de se faire engager par une télévision française. Une petite perle, très adorable. Elle venait juste de fêter ses vingt-deux ans.








Le grand ! Daniel Gindraux, 2002, roman policier, 8 chapitres.
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# Posté le dimanche 19 novembre 2006 06:41

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