Bell Fast , roman (chapitre 10) Daniel Gindraux , 2001

CHAPITRE 10

« 10 Janvier 1992 ( suite 11 ) : Nous nous sommes arrêtés de baiser au moment où la foule s' est arrêtée de chanter . Ellie est sortie du lit . Elle m' a fait un clin d' oeil, et s' est retirée dans la salle de bain ... »

***

Seul dans la chambre, Patrick se reposa quelques secondes, et en s' apercevant que plus personne ne criait, il se leva et s' approcha de la fenêtre .
Sur la place, le monde était toujours présent, mais semblait regarder de l' autre côté . Patrick se concentra pour observer, et il remarqua une foule assez dense encercler deux personnages . Une foule compacte cherchant à se faire remarquer, et derrière elle, une trentaine de policiers tentant de se frayer un passage . Des hommes chassants des groupes à coups de matraques . Des bousculades condensées . Des débuts de bagarres à plusieurs endroits . Une vraie pagaille, en deux mots ...
- Ellie !
Appella Patrick, en apercevant tous ces mouvements de foule ...
- ... Viens regarder ! ... Il se passe des choses bizarres dehors .
Mais personne ne répondit .
- Ellie ! Viens regarder !
Mais toujours personne, et afin de mieux se faire entendre, Patrick tourna sa tête vers la porte .
- Ellie ! Viens je te dis !
Encore quelques secondes de patience ...
- Ellie !
Mais toujours rien ...
- Ellie ! Tu m' entends ?

***

La salle de bains n' était pas en désordre, mais elle sentait l' angoisse . Le lavabo était propre . Le sol était propre . Mais c' est au niveau de la baignoire qu’ une lacune se présentait . L' eau n' avait certes pas été coulé, mais contre le robinet, un amas croupissait .
En effet, une corde entourait le robinet, et celle - ci servait à bloquer deux mains l' une contre l' autre . Des liens fermement tendus . Deux mains dégageant une souffrance capitonnée et de temps à autre cherchant à se dégager ...
Ces mains appartenaient à une fille . Une jeune fille assise dans la baignoire, la bouche bâillonnée et les deux pieds liés . Une posture inconvenante, et une âme pleurant de toutes ses forces . Une âme fébrile, dissoute en sa pudeur, écrasée contre un miroir d' estime rompu ... La honte à l' état pur !

# Postato venerdì 28 aprile 2006 17:25

Bell Fast , roman (chapitre 9) Daniel Gindraux , 2001

CHAPITRE 9

Sur l' avenue, la cohue était telle que les voitures n' avançaient presque pas . De grands phares de toute part et des coups de Klaxon à n’ en plus finir . La vraie cité de Rome !
A côté d' Alex, Jeff patientait nerveusement . Il tentait de se distraire avec la radio, mais aucune chaîne ne diffusait de la musique . Toutes correspondaient avec l' événement, et certes dérangeaient tellement Jeff, qu' il finit par éteindre le récepteur .
- Je me demande pourquoi tu es autant tendu ?
Bien entendu, Jeff ne se retourna pas pour lui répondre ...
- L' avantage aux Etats - Unis ; c' est le trottoir ! Il est assez grand pour y rouler .
Alex sourit ...
- Ah ouè ! ... Et tu penses que je ne connais pas les Etats - Unis . Pour y être allé plusieurs fois ...
New - York, Washington, Miami, Chicago, Los Angeles, Las Vegas et San Francisco . Beaucoup de villes, et je peux te l' avouer, je n’ ai jamais croisé Burt Renols ou l' inspecteur Harry .
Cette phrase servait certes à animer la conversation, mais Jeff ne lui répondit pas tout de suite . Il inspectait le trottoir et l' horizon . Une vision attentive, quelques secondes, et il reprit .
- Autrement, tu m’as bien confirmé tout à l’ heure que vos services ont déjà localisé Duncan ?
- Oui !
- Et comment se fait – il ?
- Chaque jour les hôtels de la ville nous transmettent les noms de leurs clients … L’informatique, tu connais !
- Et Duncan a bien réservé sur la place … ?
- Juste !
Cette nuit là, Belfast était très agité . Tout semblait présumer que la fête foraine s’ était installée sur la place centrale .
La rue y menait, mais les voitures n’ avançaient plus . La place n’ était qu’ à trois cent mètres, mais des vigiles l’ avaient sûrement bloquée, et subitement, Jeff changea totalement de discours .
- Ranges - toi dans l' angle, là ! La voiture dérangera les passants mais pas le trafic . Et on finit à pieds !
- Pardon ! ... Mais je ne peux pas là ...
Alex lui répondit en lui montrant l' espace de la tête, mais Jeff ne l' écoutait pas, il en profita même pour ouvrir sa porte, et comme la voiture n' avançait plus, il sortit .
En refermant la porte il indiqua à Alex d' avancer et de se ranger . Il pointait son doigt sur la parcelle de trottoir et il commençait déjà à marcher .
En l' observant, la tête d' Alex devint presque rouge de colère ; une envie de lui dire deux mots lutinait sur sa langue, mais une envie à retenir, car Jeff, en déambulant, vint se positionner entre sa voiture et celle d' en face .
La voiture put ensuite avancer de quelques mètres et devant l' espace, il lui ordonna de tourner .
Sans avoir le droit à une explication, Alex se contraignit alors à tourner . Il se rangea, serra son frein à main, sortit, et en s' avançant, il s’ exprima nerveusement :
- C' est quoi ces histoires ?
Mais Jeff s' en fichait, il avait déjà reprit sa marche . Un pas rapide qui obligea Alex à accélérer …
Celui - ci fit même quelques petits pas de course, et à sa hauteur, il redemanda .
- Pourquoi es - tu pressé d' aller à l' hôtel ? ... Dis - le moi franchement ?
Les deux hommes avaient encore deux cents mètres à franchir . Encore une distance à parcourir !
Mais Jeff lui répondit néanmoins …
- Et toi ! Pourquoi n' es - tu pas pressé ? ... Tu es certain qu' il est seul dans sa chambre ? ... Vraiment certain ?

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 7 ) : Dans la chambre, nous nous sommes dévêtus . Elle a visité l' anti - chambre et les toilettes pendant que j' allumais la télévision et ouvrais la bouteille de champagne .
En explosant le bouchon elle réapparut, j' ai rempli deux verres, nous avons fait santé, et pour la première gorgée, nous nous sommes installés devant la fenêtre afin d' observer la foule me huant ... »

***

Les deux hommes marchèrent très vite et après trois cents mètres, ils arrivèrent effectivement sur la place . Là, la foule regardait l' hôtel, la fenêtre, les deux ombres, et comptait toujours vouloir pénétrer dans le hall . Des flics partout, des sirènes, des barrières disposées dans chaques recoins, et au milieu, l' hôtel de ville semblait dormir .
A cinquante mètres de l' entrée, Jeff s' arrêta subitement . Il était sur le trottoir longeant la bâtisse et cet espace n' était pas trop occupé . Alex, pas du tout surpris, fit de même et le regarda . Jeff observa un coup la chambre du couple, revint sur la foule, le hall, et s’ exprima .
- Viens ! On passe par la sortie de service . On gagnera du temps .
- C' est toi qui décide !
Et sans attendre, Jeff retourna sur ses pas . Vingt mètres plus loin il contournait la bâtisse et empruntait la rue tangente . Alex le suivait . Ils marchèrent ensuite sur trente mètres, et devant l' entrée, ils présentèrent leurs cartes au vigile . L' homme les laissa passer, et les deux hommes s'enfoncèrent dans un petit couloir dénué de style .
Après dix mètres Jeff trouva l' escalier de secours, et ils l' empruntèrent . Trois étages très vite franchis . Aucun pas de course mais des pas franchi avec témérité, et au troisième, il continuèrent dans le couloir . Un petit couloir béant, silencieux et sans âme . Dix mètres à franchir, et ils arrivèrent au pas de la porte donnant sur le couloir officiel .
Certes toujours certain de ses intentions, Jeff ouvrit la porte, et les deux hommes se retrouvèrent face à un couloir bien mieux soigné . Un tapis tendu et un style architectural visiblement anglais . Un couloir d’ une vingtaine de mètres .
- A droite !
Un petit mot lancé par Jeff qui avait aperçu le premier numéro de chambre, et sans attendre, ils s’ activèrent . Arrivés à un angle, ils tournèrent et suivirent . Les numéros leurs indiquaient la voie . Des pas prononcés et subitement un ralentissement . Une décélération car la porte était la prochaine . Des pas de plus en plus calmes, et à moins de cinquante centimètres du seuil, ils s' arrêtèrent .
Un peu en arrière, Alex regarda alors Jeff faire . Celui - ci empoigna son arme . Il contrôla le chargeur et débloqua le cran d' arrêt, et sans rien dire, Alex le recopia . Il contrôla son arme assidûment, regarda ensuite Jeff dans les yeux, il lui fit même un petit clin d’ oeil, et il s' approcha de la porte .
En face, il leva sa main gauche et cogna .
- Le service !
Certes surpris par l' annonce, Jeff comprit directement à quel genre d' intelligence il avait à faire . Cela le réconforta ... Mais derrière, toujours le silence .
- Le service monsieur !
Un second appelle, et fébrilement, plusieurs mouvements animèrent l' intérieur . Comme un rangement, un déménagement de dernière minute, et enfin, une voix s' affirma en s' approchant de la porte .
- Oui ! ... J' arrive !
Des pas prompts, un corps en mouvement, et la porte s' ouvrit ...

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 8 ) : Ce qu' elle était bonne ... ! »

***

Au moment où la porte fut entre - ouverte, Alex leva directement son arme . Un mouvement rapide ! Jeff suivit son geste . Deux armes pointées ! Un homme devant !
Sans attendre Alex s' avança . Il poussa la porte avec ses pieds, et du même coup obligea l' homme à reculer . Une porte ouverte et une chambre . Un homme étonné et ne comprenant pas .
- Lèves tes bras !
Annonça - t - il ensuite . Il avançait toujours et obligeait l' homme à reculer . Jeff, derrière, traversa aussi le seuil, et referma le porte derrière lui .
- Va t' asseoir sur le fauteuil !
- Pardon ?
- Vite !
L' homme comprenait toujours pas, mais avec deux armes pointées sur lui, il recula . Après deux mètres, il s' assit . Alex s' approcha de lui . Il lui enfila ses menottes, le fouilla et rangea son arme .
- Jeff : maintenant tu as intérêt à assurer !
Jeff s' était aussi approché du fauteuil . Un fauteuil unique en face d' une télévision allumée et à côté d' un lit double ; une petite chambre à prix modéré .
- Bien sûr que je vais assurer !
Jeff lui répondit en rangeant son arme, et reprit en dévisageant l' homme ...
- Bonsoir Duncan !

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 9 ) : Nos deux corps nus dans le lit et la foule criant sur la place, c' est à ce moment - là que j' ai commencé à bander ... »

***

- Tu sais au moins pourquoi on est là Duncan ?
Le jeune homme, assis de la sorte, paraissait plus gros que debout . Il ne disait rien . Il préférait attendre .
- Tu n 'arrives pas à saisir ?
Avouons l' espièglerie des deux hommes . Ils ne lui avaient pas exposé leurs insignes . Des mines de truands et deux regards de salauds, et comme l' homme ne leur répondit pas, Alex s' assit sur le lit et Jeff allât baiser le son de la télévision …
- Allons ; Ellie, tu ne l' as connais pas ?
En prenant connaissance de ce nom, Duncan ne se gêna pas .
- Ah la salope !
Pour Jeff ...
- Peut - être ! ... Mais toi ...
- Pourquoi ? ... Vous êtes qui vous ?
- Je dis toi !
Comme Jeff se déplaçait, Duncan ne le perdait jamais de vue . Il patienta quelques secondes et répondit .
- Le collier, je ne l 'ai pas encore vendu . Il est chez moi . Je vous le rends, il n' y a pas de problème .
Sait – on dire si les deux hommes ressemblaient à des truands, mais face à cette sottise, Jeff se retourna subitement contre la fenêtre . Alex, un peu gêné par la circonstance, reprit doucement .
- Oui ... Bien sûr ... Le collier ... Celui volé au Jervis hôtel !
Un écart de prudence pour Jeff, mais en entendant cette sottise, il revint directement à la charge en s' approchant des deux hommes .
- Mais quel collier ?
Pour Alex ...
- Ben ... le collier du Jervis !
- Quel collier ?
- Celui volé à Dublin le week - en passé . Au Jervis hôtel .
Pour Jeff, afin d' échauffer la chambre ...
- Mais je m' en fou du collier moi . Je te parle des meurtres . J' en n' ai rien à foutre de cette connerie . Moi, je suis ici pour les filles, et rien d' autre ...
Comme Jeff s' énervait en causant à Alex, Duncan recula subitement . Son dos vint se coller au fauteuil . Une certaine frayeur car le néant venait d' abattre les premiers sursis de sa conscience .
- Mais attends - là ; répondit Alex ; calmes - toi ! Tu ne peux pas accuser sans preuve . On ne le connaît pas lui . On ne sait pas qui c’ est ! ... Elle a peut - être menti, et on est pas encore au courant de son emploi du temps .
Pour Jeff, les nerfs tendus ...
- Alex ... Je te dis que c' est lui l' assassin . L' assassin des trois meurtres ... La figure se dessine à trois cents mètres d' ici ; à l' hôtel d' en face ... C' est simple !
L' atmosphère était maintenant très tenace . Duncan ne bougeait plus, Alex regardait Jeff, et Jeff patientait . Une ambiance métamorphosée par la foule criant sur la place, et avant de répondre, Alex patienta quelques secondes, et reprit ...
- Non Jeff ! La police ne travaille pas comme çà ici . Tu restes à l' écart, je lui enlève ses menottes, je lui demande son identité, et je lui donne un rendez - vous pour demain . C' est la règle !
Jeff ...
- Ah oui ! C' est la règle ...
L’ ambiance était vraiment très chaude, et subitement Jeff tira à nouveau son arme et vint la porter à son poignet . Des gestes courts et rapides ...
- ... Et çà ; c' est la règle !

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 10 ) : Plus la foule criait et plus je bandais ! »

***

Croupis sur leurs fesses, les deux hommes retenaient leurs salives . Jeff avait son arme en main . Son canon n' était pas pointé, mais sa présence devait les intimider, et son autre main en poing prouvait la crispation de l' homme .
- Dis - moi ce qui te prend Jeff ?
- Ben ... Rien ... Je te le dis ! L' homme qui est devant toi est le coupable des trois meurtres .
- Allons !
- Sûr ! C' est le coupable !
Afin de mieux réfléchir, Alex regarda un coup Duncan . Il inspecta son allure, et il revint …
- Allons ; racontes pas de bêtises ! Poses ton arme . On sort et on en discute dehors ...
Il patienta encore quelques secondes, et il continua ...
- Et pis, tu m' ennuies avec tes conneries . C' est quoi ces manières . Tu pointes ton arme sur moi ; pis quoi encore ! ... Comme si je devais commencer à avoir peur !
Pour Jeff ; plus calmement ...
- Je n' ai pas pointé mon arme, mais en ce qui concerne l' assassin, c' est lui ! ... Il a tué trois fois !
- Allons !
- Je te le promets ! Et je te laisse réfléchir ! Moi je m' en fou de vos histoires . L' assassin c' est lui, et pas un autre .
- Et t' en est sûr ?
- Oui !
- Vraiment sûr !
- Oui !
Alex, qui commençait en avoir assez, se leva . Debout, Jeff pointa son arme sur lui .
- Tu ne me crois pas ?
- Déconnes pas Jeff ! Tu sais ce que tu risques ici . Je te signale que nous ne sommes pas à Hollywood . On respecte les lois nous . Un coupable doit être appréhendé avec l' accord du juge d' instruction, et cette procédure est la même pour tous .
- Et aussi pour lui ?
- Et aussi pour toi !
Le regard d' Alex visait les pupilles à Jeff . Mais Jeff, malgré ses divulgations, ne s' en préoccupa pas . Il recula même, contourna le fauteuil, et derrière, il leva son arme sur la tête à Duncan .
- Tu deviens fou !
Annonça Alex doucement . Duncan, en sentant l' arme toucher sa tête, ne broncha pas . Il ne bougait pas et attendait .
- Je sais ce que je fais, tu sais ! L' assassin c' est lui ! On ne dirait pas mais c' est lui !
- Allons ! Ranges - moi ton arme .
- Faut pas rêver !
En causant, il se déplaçait contre le côté du fauteuil . Au bout, avec sa main gauche, il empoigna le collet à Duncan, et lui ordonna .
- Toi suis - moi ! On descend au palais de justice !
Cette parodie était vraiment une parodie . Jeff ne jouait pas, et Duncan, qui ne comprenait sûrement pas tout, afin de résister, lui répondit ...
- Et pourquoi je vous suivrais ... ?
Une vis de formes, et Jeff, toujours sa main collée, lui répondit .
- Pour le collier ! ... Et ... si c' est pas le collier, c' est ta tête !
- Ah bon ... !
Afin de compatir, il leva sa tête vers Alex ...
- Il déconne vôtre américain . Il parle de meurtre . De collier . Je ne le connais pas ce type, et je n' ai rien à le suivre ! ... Et c' est quoi toutes ces conneries au fait ?
Pour Jeff ...
- Suis - moi ou je te descends !
- C' est çà !
Pour un petit sourire de Jeff ...
- Alors suis - moi au moins pour Ellie !
- Je ne la connais pas vôtre Ellie !
- Celle du Jervis ?
Pour une figure se soumettant de plus en plus ...
- Vous parlez d' Ellie ... Je m' en fou d' elle !
- D' elle ? ... Celle du Jervis ?
- Allons ! Intervint Alex, mais inutilement .
- ... Ou celle du Manhattan ?
Encore une question mais aucune réponse ... Une question superflue qui incita Duncan à soudainement ne plus répondre .
- Allons Duncan ! Viens avec moi ... !
Ses mots étaient intraitables, et Jeff, très rapidement, le ramena contre lui . Duncan, en face de cette force, pouvait facilement demander de l' aide à Alex et se retenir, mais il préférait en rire et se laisser aller . Une opportunité fortuite, car Jeff remarqua à cet instant, que le travail allait être très facile . Il l' obligea à se lever, ce qu' il fit sans mugir, et le laissa ensuite passer devant . Les deux hommes avancèrent jusqu' à la porte, et comme Duncan semblait avoir compris, il l' ouvrit .
Derrière, Alex n' avait pas bronché . Il les suivait en évitant tout geste malencontreux . Ce qui amena Jeff, à ranger son arme dans sa poche, mais toujours à portée de sa main .
Dans le couloir, les trois hommes prirent en direction de l' escalier de service . Duncan devant, Jeff au centre et Alex derrière . Une démarche silencieuse et sereine .
Auprès de la porte, Duncan l' ouvrit, et les trois hommes retrouvèrent le couloir de service . Un couloir, et l' escalier . Un regard de Duncan sur Jeff, et celui - ci lui ordonna de descendre . Le premier étage calmement . Le second de même, et vint le troisième . Une prudence de garde, un calme absolu, et en bas, en retrouvant le couloir de sortie, ils tombèrent sur un commis de cuisine revenant de l' extérieur . Celui –ci, en apercevant trois hommes descendre du premier étage, s' arrêta et les regarda fébrilement . Trois hommes sérieux pour un jeune commis à la conscience arborée .
Certes qu' en l' apercevant au bas des marches, Duncan ne s' arrêta pas, il termina de descendre, passa devant lui sans le regarder, et suivit en direction de la sortie … Derrière, Jeff, la mine prétentieuse, fit de même . Juste un regard afin de lui faire comprendre qu' il n' avait pas à s' inquiéter . Une même figure d' apathie de la part d' Alex, et les trois hommes poursuivirent .
La peur au ventre, ils marchèrent ensuite jusqu' à la porte, et Duncan sortit . Dehors, le vigile, en apercevant les menottes, les laissa passer sans rien dire . L’ atmosphère de la rue n' avait pas perdu sa vitalité . Des groupes de personnes, surtout des jeunes, la plupart en trainings, allaient et venaient . Une clarté diminuant, des voitures tentant de trouver une place de libre, et le brouhaha de la foule au loin . Presque un match de foot, un carnaval à sens unique ...
- Contre l' hôtel de ville !
Annonça Jeff, quand ses deux pieds arrivèrent sur le trottoir . Duncan en riait presque . Un jeu ridicule, mais un jeu plaisant . A savoir le monde de sa vie . Jouer ! Jouer avec les femmes, la police, et surtout jouer avec les circonstances exaltantes de son existence . La plaisanterie poussée à son paroxysme . La mort en dédicace ...
Alex était le dernier homme à sortir . Il salua le vigile de la tête, et de la main il l' invita à ne pas le suivre . Le vigile le salua aussi, et Alex s' activa, rejoint les deux autres hommes qui étaient déjà en train de marcher, et imposa sa posture aux côtés de Duncan .
- T' es fou Jeff, t' as vu le monde . Ils vont encore le prendre pour l' assassin .
- Pourquoi, t' as peur ?
- Mais non ! ... Mais le seul problème ... c' est qu' il en rigole, lui . On va en recevoir plein les dents, nous, et il le sait . Et quand la police en reçoit plein les dents, ben elle paît les dédommagements, et çà aussi il le sait .
Ils rejoignaient la place . Duncan avait toujours le sourire aux lèvres ...
- Mais non Alex ! ... Ne t' inquiètes pas ! Je dirige, vous suivez, et si Scottland Yard a un problème avec le F.B.I., tes patrons pourront toujours téléphoner à Washington .
- Allons ! ... Arrêtes de déconner . S' ils ont quelque chose à dire, ils le diront à moi ... tu piges !
La place abritait bien deux milles personnes ; éparpillées partout . En face, la lumière émanait toujours de la fenêtre . Beaucoup de monde l' observait avec attention . On pouvait croire que Michael Jackson y dormait ...
- Bien ! ...
Annonça Jeff, sur les premiers pavés de la place ...
- ... Duncan ... T' es prêt à traverser ?
Une petite confirmation divine ...
- Mais bien sûr ... !
Et sans attendre, Jeff continua . Les trois hommes étaient maintenant les uns à côté des autres .
Ils traversèrent la rue . Des pas tacites, et aucun regard malveillant de la part des premiers groupuscules ...
De l' autre côté, au bord du grillage, Jeff s' arrêta soudainement, et fit mine de chercher la direction la plus courte . Alex et Duncan s' arrêtèrent aussi . Un tour d' horizon de la part de Jeff . Deux hommes le regardant, et subitement, il empoigna les menottes de Duncan . Des gestes très courts ! Avec force, il les tira contre lui . Duncan, lui, ne put réagir, et en un éclair, Jeff sortit les siennes, tira Duncan jusqu' à la barrière, et il inséra ses menottes sur les siennes et en travers une barre . Des mouvements trop rapides pour permettre aux deux autres hommes de riposter !
- Qu' est qui te prends Jeff !
Intervint directement Alex, en s' énervant . Il n' était qu' à un mètre de lui .
- Oui c' est ça ! Qu' est ce qui lui prend à ce type !
Intervint Duncan ; les mains maintenant attachées à la barrière .
- Ben rien . Maintenant tu vas pouvoir t' expliquer !
Alex acquiesça …
- Tu deviens fou Jeff !
- Pas du tout ! Vous voulez un homme sur la place publique ; vous l' avez !
- T' es fou Jeff ! On commence a nous regarder !
Son affirmation était exacte, plusieurs personnes avaient tournées leurs regards sur eux .
- Allons Duncan ; parles maintenant ... !
Alex, très nerveux et comptant réagir, sortit ses clefs de sa poche . Il s' approcha ensuite de Duncan pour lui ouvrir ses menottes, mais Jeff vint se coller directement à lui et lui enfonça sa crosse dans le ventre afin de lui faire remarquer que son arme était toujours à sa portée .
- T' es fou Jeff ! Arrêtes tes conneries ! Tu ne me faits pas peur tu sais !
Mais Jeff s' en fichait ...
- Allons Duncan ! ... Ellie, tu la connais parfaitement . Une petite baiseuse amoureuse de toi . T' as fait le casse avec elle à Dublin . Tu lui a ensuite demandé d' aller baiser avec Patrick, pendant que t' attendais dehors . T' as tué la première fille devant chez lui ... Pour la seconde, tu l' as suivit dans son village . Rien de plus con ! Et pour la troisième, t' as ramené son corps chez lui pendant que lui baisait avec Ellie chez elle . Aussi rien de plus con !
Les trois hommes étaient très rapprochés les uns des autres, et malgré le discours à Jeff, Alex empoigna néanmoins les mains de Duncan, et lui ouvrit ses menottes ...
- ... Et si t' as besoin de preuves Duncan, il n' y rien de plus simple, il suffit de me demander !
Jeff avait reculé d' un mètre ...
- T' es fou Jeff !
En libérant Duncan, les deux hommes s' étaient retournés sur lui . Duncan n' osait pas causer, et Jeff continua en haussant le ton .
- Alex ! ... Mais demandes - lui qu' est ce qu' il y a dans sa salle de bain ?
- Il est fou votre collègue !
- Demandes - lui ! ... Demandes - lui gentiment s' il n' y aurait pas par hasard une fille attachée dans sa salle de bain, à l' hôtel .
Les deux hommes regardaient Jeff s' énerver . Alex tenait toujours Duncan, et à leurs côtés, une trentaine de personnes semblaient les regarder .
- T' es fou ; qu' est ce que tu racontes !
- Je ne suis pas fou, je m' en fou, elle est là la différence .
- Il est fou votre collègue ! Il raconte que des conneries ...
Pour Jeff, le regard nerveux ...
- Bien : alors je suis fou ! Il n' y a personne dans sa chambre ! Personne dans sa salle de bain ! Et personne sur la place ! ...
Il commencait à reculer ...
- Alors si je suis fou ; je me casse . Je te laisse Alex ! La porte de la salle de bain n' était au moins pas fermée ! Au moins lui il ne pue pas le Channel no cinq ! Et son lit n' était au moins pas défait !
Alex avait énormément de peine à assumer . Il ne savait pas trop quoi faire ni comment réagir …
- Et tu comptes aller où maintenant ? ... Et c' est quoi toutes ces histoires ?
Jeff avait déjà pris cinq mètres . Il reculait toujours ...
- Tu me l' as dit, je ne suis pas chez moi . Alors je me casse ...
Alex tenait toujours Duncan . L' ambiance était chaude, les gens autours, les regardaient toujours passivement ...
- Et tu comptes te casser où ?
Jeff avait encore prit trois mètres, et il en rigolait ...
- Ben je me casses visiter l' île . Je ne suis là que pour deux semaines . Je vais essayer d' en profiter au maximum .
Pour Alex, extrêmement chaud ...
- Mais attends - là ; tu perds les pédales ou t' es né comme ça ! ... T' as vu dans quelle position tu m' as placé ! ... Ça ne va pas la tronche ou quoi ... !
Mais Jeff ne l' écoutait pas . Il se retourna même, et prit une allure pour marcher convenablement ...
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# Postato sabato 22 aprile 2006 00:56

Bell Fast , roman (chapitre 8) Daniel Gindraux , 2001

Bell Fast , roman (chapitre 8) Daniel Gindraux , 2001
CHAPITRE 8

A six heure du soir, plus d' une centaine de policiers sortirent de l' hôtel de ville . En face de l' escalier principal, ils ouvrirent une voie d' une vingtaine de mètres de large jusqu' à l' hôtel de Belfast, qui se situait à deux cents mètres . Des hommes nerveux et exigeants ; poussant la foule et les photographes afin d' établir un couloir entre les deux hôtels . Des hommes de la garde et des militaires ; et rien que des uniformes . Une sécurité qu' ils comptaient être parfaite devant cette foule cherchant délires à chaque mouvement ou tension . Environ deux mille personnes, peut - être plus . Une affluence compacte sur la place et une circulation éparse autours . Une route fermée au trafic . Beaucoup de phares en arrière plan . Des va et vient, et des pancartes se manifestant à être beaucoup plus explicatives et énoncés . Des morceaux en carton et même trois toiles en tissu portées par des femmes, et dont les indications se voulaient claires ; à dire : « A mort salaud », « Pendons – le » et « Coupons - lui les couilles », et rien que cela ...
Dans le hall Patrick attendait . Ses mains étaient libres, mais la pression des menottes qu’ il porta durant toute la journée, le forçait à les tenir . Des frémissements, de fourmilles, et même des rougeurs . Des picotements de pouls qui imprégnaient encore sa peau, et sous sa veste, son malaise le démarquait des inspecteurs le regardant attendre . De gros gabarits pour un pauvre type, une petite taille avec de petits muscles .
Autours de lui, pas moins de vingt hommes patientaient afin de recevoir les prochains ordres . Plusieurs le regardaient avec mépris, mais la plupart regardaient devant eux, vers la porte . Un cercle d’ homme de loi afin de protéger le salaud des autres, ou si besoin est, les autres du salaud . Une routine difficilement applicable .
Devant eux, la porte était toujours fermée et s' apprêtait à s' ouvrir …

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 4 ) : Devant cette porte et avec les hurlements de la foule derrière, j' hésitais entre Barrabas et l' assassin de Kennedy . Lequel était le meilleur et le plus chanceux ? … Sûrement Barrabas ; la foule l' avait honoré . »

***

Le commissaire, devant l' entrée, regarda la voie s' élaborer avec indifférence . Un travail d' une vingtaine de minutes, et le brigadier, patientant à côté, dès la pleine sécurité confirmée, l' aborda .
- La voie est libre !
En tournant ses yeux sur lui, il lui répondit :
- Bien ... ben autorisons le prévenu .
Son premier acolyte, qui patientait derrière, s' activa alors . Il sortit du petit groupe, pénétra dans le hall, et au vu de son émergence, la populace se retourna sur lui .
- Vous pouvez sortir ! La voie est libre ... Nous l' entourons jusqu' à l' hôtel tout en respectant son allure . Devant l' entrée, on ne le suis pas car d' autres hommes s' en chargeront à l' intérieur .
L' homme tourna ensuite ses yeux sur le prévenu .
- Voilà monsieur, vous êtes libre d' aller jusqu' à votre hôtel .

Il était vrai que cette solution se conjuguait mal au présent, et Patrick oublia toutes prérogatives ou questions . Il bougea sa tête positivement et se mit à marcher . Les hommes firent de mêmes . Une débâcle fantastique, une compagnie en mouvement, ou Michael Jackson entouré de ses gardes du corps .
Comme si un rodéo ou une corrida allait débuter, les deux portes battantes s' ouvrirent . Une clarté vint alors se cogner sur les visages de tous les participants . Une lumière de phares et de néons . Une vingtaine de pas, et le groupe aborda le grand escalier .
Patrick, en revoyant le ciel et le froid, enveloppa sa veste sur son corps . Il ramena aussi sa tête contre son buste, et sans regarder les hurlements qui commençaient à s’ entendre, il se mit à descendre . Une vingtaine de marches en regardant toujours devant soi . Des policiers qui se resserrèrent pour une protection rapprochée, et sur le trottoir, Patrick accéléra gentiment . Une vitesse que recherchaient les agents, car ils sentaient cette pression les attaquer, les soumettre pour une punition collective . La flagellation . L' arrogance d' une nation au prise à une révolte . La haine, ou le mal et la douleur, afin de pousser l' élu à ne pas traîner ...
Une marche rapide, et s' obligeant à ne gêner personne, Patrick se força à ne pas regarder et surtout à ne pas écouter . Des jacassements de petits roquets ; qu' il appelait cela . Une marche funèbre, obligatoire, et trente secondes plus tard, il arrivait à l' hôtel . Une porte vitrée, battante, réservée aux invités de marque, l' y attendait, et devant, il n' attendit pas et se dépêcha d' entrer ...

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 5 ) : Dans l' hôtel, les employés me servirent comme si j' étais Michael Jackson ou Churchill . Des boniments . La chambre royale .
Tout le hall me regardait . Un porteur m' accompagna jusqu' à l' ascenseur . Nous grimpâmes accompagnés d' un agent . Il m' accompagna ensuite jusqu' à ma porte, l' ouvrit, et me laissa entrer, mais il ne prit pas la peine de me la faire visiter ... »

***

Ellie était très maline . Sur la place, en apercevant le couloir se forger, elle se précipita jusqu' à la porte de l' hôtel et pénétra avant le bouclage du secteur .
Dans le hall, une bonne cinquantaine de personnes s’ y trouvaient, ce qui l' arrangea car elle put s' intégrer facilement à la foule . Elle se mit ensuite à patienter . La police prit le lieu en main . Une bonne vingtaine d' hommes . Les employés, déjà avertis, se préparèrent aussi . Le temps d' entendre la foule se chauffer . Des cris de haine, et vingt minutes plus tard, un groupe d' hommes s' écrasa contre les vitres de l' entrée . Un groupe, puis un homme, qui pénétra sans attendre . Un petit homme que tout le monde se mit à regarder . Un homme laid, presque horrible . Une effigie ressemblant à Toulouse – Lautrec ...
Cet homme, autant timide que son âme pouvait l' être, marcha ensuite jusqu' à la réception . La secrétaire la plus dévouée, qui avait déjà préparé la clef, la lui remit . L' homme, lui, ne lui répondit pas, et le porteur, à côté, l' invita à le suivre . Quelques pas vers un ascenseur en attente, et comme la foule dut se retirer pour les laisser passer, Ellie suivit le mouvement . Une petite populace retenue par plusieurs agents, et en passant devant Ellie, Patrick réagit . Sa tête, cachée entre deux épaules, l' offusqua, mais pour ne pas la dénoncer, il se força à retenir ses émotions ...

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 6 ) : Mais bien sûr que je l' ai aperçue dans le hall ! »

***

La fille, au milieu de cette foule, regarda Pat pénétrer dans l' ascenseur . Elle suivit ensuite le panneau clignotant indiquant les étages, et au troisième, au moment ou l' ascenseur s' arrêta, elle se faufila parmi les gens et rejoignit l' escalier de service . Celui - ci était visiblement peu fréquenté . Elle le grimpa à toute allure . Deux marches par deux marches, et au troisième elle sortit dans le couloir .
En se dépêchant, elle savait ce pari gagné , et elle le gagna . Une course folle pour rattraper le petit groupe, et en ouvrant la porte de service, elle aperçut la porte de la suite royale encore ouverte . Elle se situait à une vingtaine de mètres . Patrick ne se distinguait plus, mais le porteur et l' agent étaient toujours devant . Une chance infime pour elle …
- Pat ... Attends - moi !
Très surpris, l' agent se retourna précipitamment . Il ne dégaina pas, mais son visage s' imprégna de
curiosité .
- Je t' attendais Ellie ; approches - toi seulement !
Patrick répondit sans attendre, et comme un roman à l' eau de rose, il ressortit dans le couloir . Ellie s' approcha de lui, et devant deux hommes visiblement surpris, ils s' embrassèrent . Deux mains qui se collèrent l' une à l' autre, un bisou, et Pat l' invita à pénétrer . La fille passa devant, Pat la suivit, puis il se retourna sur les deux hommes et en refermant la porte, il leur adressa un sourire en plume d' oies .
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# Postato sabato 15 aprile 2006 16:05

Bell Fast , roman (chapitre 7) Daniel Gindraux , 2001

CHAPITRE 7

Le quartier ressemblait à tous les quartiers et la maison ressemblait étrangement à celle de Patrick . A savoir une porte et une fenêtre au rez, deux autres fenêtres au second, et un petit jardin complètement ridicule devant .
- Qu' est ce que t' en penses Jeff ; tu crois qu' il nous a raconté ça parce qu' il pensait qu' on allait jouer à Hercule Poireau ?
- J' en sais rien ! Peut - être . On verra bien ...
Comme Jeff avait pris les devant, il sonna .
La porte, elle, ne s' ouvrit pas tout de suite . Ils durent patienter en tentant de ne pas attraper froid . Une petite brise qui avait gelé le par - brise de la voiture le matin même .
Trente secondes plus tard, la porte s' ouvrit enfin, et derrière, une fille au visage magnifique mais ébouriffé les aborda .
- Bonjour !
En apercevant un visage aussi merveilleux et timide, c' est Alex qui répondit .
- Bonjour mademoiselle ! Nous sommes de la police criminelle .
Il présenta sa carte et reprit .
- Nous enquêtons sur le meurtre qui a été perpétré dans le quartier voisin . Et d' après ce que l' on a apprit, vous connaîtriez la victime .
- Ah bon !
- Oui ... Et est - ce que l' on pourrait entrer un moment ?
La fille, un peu surprise, les invita .
- Entrez seulement !
En se retirant, les deux hommes entrèrent . Au salon, elle les invita à s' asseoir . Ils acceptèrent . Elle, se retira ensuite à la cuisine et revint deux minutes plus tard avec trois tasses de thé . Elle les déposa sur la table, s' assit, et Alex reprit ...
- La fille vous la connaissiez sûrement ! Elle habitait le quartier ou elle a été retrouvée . Elle s' appelait Jenny ... Votre nom a été retrouvé dans le carnet d' adresses de son copain . Lui s' appelle Patrick ... et c' est pour cela que nous sommes là .
Extrêmement surprise par cette annonce informelle, elle déposa rapidement sa tasse sur la table . Elle avala ensuite sa salive, et lui répondit .
- Vous avez dit qu' il s' appellait Patrick et qu' il était son copain ?
- Tout à fait !
La fille s' abstint de répondre ...
- Vous le connaissez Patrick ?
Encore un légère retenue avant de répondre ...
- C' est à dire ... de vue ... on s' est rencontré plusieurs fois au Manhattan . On a discuté un peu, quelques échanges, ... et rien de plus .
- Et quand la dernière fois ?
- Samedi soir . J' ai discuté un moment avec lui devant la piste de dance .
- Ah ! ... Et vous l' avez vu s' en aller ?
- Non !
L' histoire commençait à s' éclaircir gentiment dans la tête à Alexander . La fille mentait ! Son mensonge imprégnait son visage . Elle avait à faire à deux inspecteurs de la criminelle . Une histoire de dingue ! Deux policiers chez elle ! Alors qu' elle n' avait au demeurant rien à voir avec cette histoire . Une fille radieuse mais déconcertée . Des mains tremblantes, cherchant quelques choses à saisir ; la tasse de thé pourquoi pas !
- Et la fille ; vous la connaissiez ?
- Non pas du tout ! ... D' ailleurs je ne savais pas qu' il avait une copine .
- Vous ne le saviez pas ! ... Donc vous ne le connaissez pas vraiment ?
- Non ... C' est juste un copain !
Jeff mentait ! Alexander le laissait faire . L' ambiance était cocasse . Une fille mit à rudes épreuves, et afin d' enfoncer cette lame inexistante, Jeff continua tout naturellement .
- Bien ... Autrement, vu que c' est juste un copain, nous aimerions, mon collègue et moi, savoir si vous avez couché avec lui hier soir ?
La lame ! Une réplique inattendue qui brusqua subitement la fille . Le style ; mon dos me pique et mes jambes frétillent .
- Pardon ?
Afin de se protéger de cette agression, la fille fit la mue, mais Jeff la regardait droit dans les yeux .
- Je crois que vous m' avez très bien compris ! ... Je me répète ; avez - vous fait l' amour avec lui hier soir ?
- Non ... pas du tout ! ... D' ailleurs je ne vous comprends pas . Je ne vois pas où vous voulez en venir .
Cette discussion plaisait à Alexander, il se permit même de sourire . Mais la fille se mordait presque les doigts .- Vous me demandez où je veux en venir ! ... Et bien au fait ! Au meurtre ! ... C' est autant simple que cela .
- Pourquoi ? ... Il est impliqué ?
- Ben oui ! ... Il est inculpé de meurtre .
- Ah bon !
- Eh oui !
La fille tenait sa tasse entre ses deux mains . Elle la souleva et but une gorgée tout en réfléchissant . Des gestes très lents afin de gagner du temps . Puis elle la reposa ...
- Vous avez dit de meurtre ?
- Oui ...
Encore une légère attente de la fille ...
- Ben ... enfin ... se sont de bien mauvaises nouvelles que vous m' annoncez - là ... mais ...
- Il n' y a pas besoin de chercher vos mots mademoiselle ...
La fille détourna ses yeux . Jeff l' oppressait . Ou voulait – il en venir ? Etait – ce bien ce jeune homme qu' elle avait rencontré l' autre soir ? Un petit minable à oublier au plus vite, mais qui avait eu le temps de la dénoncer . Un jeu qu' elle n' avait pas désiré . Un jeu stupide qui venait de se transformer en une loterie, car le pauvre type était le meurtrier . Le mauvais lot ! ... Une histoire de dingue qui l' invitait à retrouver le visage du jeune homme dans son esprit . Elle avait couché avec lui, et ce geste n' était pas un mensonge . La loi à Duncan ; qui lui aussi revenait dans son esprit .
- Non non ... Je ne cherche pas mes mots . Je suis juste émue ; c' est tout .
En causant, elle reprit sa tasse et se levait .
- ... Le seul problème, c' est que hier soir j' étais avec mon copain . Duncan . Nous avons passé toute la soirée ensemble . Et pour plus de détails, c' est lui qui m' a baisé, et pas l' autre ... et d' ailleurs, Patrick, je vous le redis ; je ne l' ai rencontré qu' en discothèque . Quelques courts instants .
Elle avait effectivement froid dans le dos, mais s' efforçait de les quitter et marchait jusqu' à la cuisine ...
- ... D' ailleurs, si vous désirez tout savoir , il est très moche Patrick . Je ne le trouve pas du tout séduisant ...
Elle arrivait au pas de la porte de la cuisine ...
- ... Il est même horrible . Et si je discute de temps à autre avec lui, c' est que j' en ai pitié . Sa tête me fait pitié . C' est tout ! Se sont les seuls rapports que j' entretiens avec lui .

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 3 ) : Ils m' ont ennuyé tout l' après - midi . Mais je n' ai rien dit ! ... Je les ai laissé faire, et vers cinq heure, un homme ; visiblement fatigué par ma conduite, me demanda de me lever ; me poussa ensuite jusqu' à la fenêtre, et là, j' aperçus dans la rue, facilement mille personnes qui étaient en train de m' attendre . Elles criaient, hurlaient, et certaines portaient des pancartes ; le genre : « A mort le violeur ! » ... Des mots m' étant destinés ... »

***

Dans un nouveau quartier, loin de l' autre, la voiture s' arrêta devant une maison ressemblant aussi, et étonnement aux autres . A savoir une porte, une très grande fenêtre de salon devant, et à l' étage, trois fenêtres stridentes .
C' était la maison à Duncan . La fille leur avait donné son adresse car l' homme était supposé être son alibi .
Jeff, qui avait prit l' habitude de sortir très vite, s' activa, et sur le trottoir Alexander le rejoint .
- Tu crois qu' elle nous raconte des conneries ?
Mais Jeff ne l' écoutait pas et l' invitait à pénétrer dans le jardin ...
- Je ne sais pas ! On verra ...
Ils marchèrent jusqu' à l' entrée, qui était située elle au fond d' un jardin très pauvre en garniture .
Deux mouvements de balanciers, et devant la sonnette, Jeff pressa dessus et attendit .
- C' est le quartier chic ?
- Non ; mais les habitants ont de bons salaires .
- Ah !
Comme personne ne répondait, Jeff pressa une seconde fois ...
- C' est bien là au moins ?
- Oui ! Il n' y a pas de doute !
- ... Et personne ...
En patientant toujours, il pressa pour une troisième fois ...
- Et ... tu penses qu' il y a une porte derrière ?
- Sûrement !
- Ah ! ... Bien ... ben je vais aller voir ...
Comme Jeff semblait assez impassible, Alex n' intervint pas dans sa démarche .
- Je t' attends ici !
- Il n' y a pas de problème !
Jeff répondit en s' activant déjà . Il revint sur le trottoir . Une petite course dans le froid afin de se dégourdir les jambes et admirer le peu de monde habitant ce lieu . Des badauds rentrant du travail et une voiture de temps à autre .
Jeff, qui avait remarqué un espace libre au bout de la quatrième maison, marcha jusqu' à elle et l' emprunta ensuite ; un étroit chemin menant à l' intérieur d' une cour . Une escapade sans croiser personne, et il arriva dans un jardin dont le centre abritait un toboggan et une balançoire . Un espace vert de cent mètres sur dix, et légèrement ovale .
Afin de ne pas perdre de temps, il tourna contre sa gauche, marcha sur cinquante mètres, et arriva auprès de la partie arrière de la maison . Il ouvrit ensuite le portail du petit jardin privé, marcha jusqu' à la fenêtre, et tenta d' observer à l' intérieur de la cuisine . Une cuisine neuve et propre, et un vide qui le poussa à poursuivre . Une vitre pour un mur, et au pas de la porte, il empoigna directement la poignée et tenta directement de l' ouvrir . Un geste brusque qui trahissait sa nervosité, mais un geste inutile car celle - ci s' obstinait à rester fermée . Une porte en bois donnant sur le salon et des lumières qui ne se percevaient pas . Donc une maison vide, sombre, et Jeff remarqua aussi que c' était pareil en haut . Un silence certain habitait la demeure . Un silence risible qui l' emmenait ensuite à reculer ; à marcher quelque pas en marche arrière . Son regard sur les fenêtres de l' étage . Une concentration certaine afin d' imaginer quel genre d' individus pouvaient bien vivre à l' intérieur .

Une minute plus tard il retrouva Alex dans la voiture . Le chauffage en marche, il téléphonait . Jeff, en refermant la porte, ne le dérangea pas . Il alluma la radio et baissa le volume . Le chauffage était à coin, et il put réchauffer ses mains, un regard au loin, dans le vide, et trente secondes plus tard, Alex raccrochait .
- Tu ne devineras pas !
- Comment çà ... une quatrième victime ?
- Non ... même plus grave ; par manque de preuves le juge est obligé de le libérer .
Jeff regardait dans le vide, mais en écoutant cela, il se retourna précipitamment .
- Pardon !
- Oui ... il vont le libérer ce soir !
Jeff, dans son bon sentiment, le dénonçait déjà comme coupable ...
- Ah oui je vois ! ... Ils le libèrent ce soir par manque de preuves ... Et avec deux milles personnes sur la place, le jeune homme va sûrement passer une bonne nuit !
Alexander, très déçu de cette décision, se retint un peu, et lui répondit calmement .
- Enfin ... comprends - moi ; ce n' est pas moi qui commande ici ... La décharge n' a pas été exécutée dans les règles, et au lieu de le garder par mégarde, ce qui pourrait nous coûter très chère, ils préfèrent le libérer et lui offrir une nuit à l' hôtel d' en face .
Encore une bonne surprise pour Jeff ...
- A l' hôtel d' en face !
- Oui ... à l' hôtel d' en face .
- Et ça vous arrive souvent ?
- Non ... jamais ! ... Mais il faut les comprendre ; la pression !
Face à cette affirmation, Jeff rigola singulièrement . Une histoire comme celle - ci allait devenir une ontologie, et il le savait . L' affaire Drefus ou l' affaire De Medicis, qui se préparait à durer cinquante ans . Un dossier qui s' apprêtait à ne plus jamais se refermer, et avec la douleur et la haine . Des articles de presse qui dépasseront l' Empire State Building, et avec les principaux acteurs de cette tragédie, qui mourront les uns après les autres en emportant leurs secrets dans leurs tombes . Une histoire commune en quelque sorte ...
Son rire agaça même Alex, mais Jeff s' en fichait . Il s' estompa néanmoins, et il lui demanda .
- Et tu comptes faire quoi maintenant ?
- Ben ... Allez voir du côté de l' hôtel .
Et toujours pour rire ...
- Et lequel ?
- Ben ... écoutes ! ... J' en sais rien .
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# Postato venerdì 14 aprile 2006 19:04

Bell Fast , roman (chapitre 6) Daniel Gindraux , 2001

CHAPITRE 6

Jeff avait un peu mal à la tête ; il avait bu beaucoup de bières le soir d' avant .
Le matin il descendit dans le hall de l' hôtel et rejoignit Alexander, qui l' attendait . Une poignée de mains, et en sortant, il lui annonça :
- Un troisième meurtre !
Sa tête tournoyant encore un peu, Jeff redressa directement son dos . Le fourmilles ...
- Pardon !
- Oui un troisième . Mais cette fois - ci on a arrêté le coupable .
- Et où ?
- Dans sa maison . Il s' est rendu sans résistance . La fille a été retrouvée attachée dans sa cave . Elle est morte cette nuit .
Les deux hommes avaient retrouvé le pavé et se dirigeaient contre le voiture .
- Et qui est - ce ?
- Un pauvre type de seize ans qui habite seul dans la maison de ses parents, dans un quartier protestant en banlieue sud .
- Et il se trouve où en ce moment ?
- Au palais de justice, au centre de la ville .
- Et qui l' interroge ?
- Mes collègues . La criminelle .
- Et il a déjà avoué ?
- Pas pour l' instant . Le réquisitoire vient juste de commencer .
Les deux hommes arrivèrent à la voiture, y pénétrèrent, et Alexander reprit en allumant le contact .
- Pour l' instant tout porte à croire que c' est lui . Il habite à cinquante mètres de l 'endroit où la première fille a été retrouvée et sa grand - mère habite le village de la seconde . On lui a téléphoné et elle a confirmé qu' il est venu lui rendre visite ce dimanche ... Donc la main dans le sac .
L' homme avait démarré et la voiture abordait le premier feu .
- Et qui vous a informé ?
- Un téléphone anonyme . Tout le monde le connaissait dans le quartier . Un pauvre type qui ne parle jamais à personne .
- Un téléphone anonyme ? Et il a été enregistré ?
- Non ! C' est la police du quartier qui l' a reçu à six heure du matin . Ils nous ont directement avertis . On a réveillé le juge pour le mandat, et on a débarqué chez lui à sept heure . Le pauvre était entrain de dormir quand on a sonné .
- Ah d' accord !
Un soupire de Jeff ... et Alexander reprit :
- On va aller visiter sa maison, puis on ira voir du côté du palais de justice . En principe mes collègues nous laisseront le voir .

***

« 19 Janvier 1992 : Ils m' ont vraiment ennuyé avec leurs questions ... Mais je ne leur ai rien dit . »

***

La maison faisait partie d' un ensemble de bâtisses acolées les unes aux autres . Une porte, une fenêtre au rez et deux au premier . Un quatre pièces .
En montrant leurs cartes, les deux hommes eurent l' autorisation de l 'agent surveillant l' entrée . A l' intérieur, leur curiosité s' abattit sur la dizaine de policiers qui s' appliquaient à tout fouiller, à récupérer toutes empreintes, et à photographier chaque endroit . Un salon plus que normal et une cuisine ... Tout en s' intéressant à tout mouvement, les deux hommes se mirent à visiter . Ils montèrent au premier ; sa chambre, la chambre de ses parents, les toilettes et la chambre de service . Des regards assidus afin de bien s' imprégner de l' endroit, et ils redescendirent .
Au rez – de - chaussé, ils marchèrent jusqu' à la cuisine et descendirent à la cave, par un tout petit escalier d' un mètre de large . En bas, une chambre très sombre trahissait cette souffrance inaudible . Beaucoup de cartons dans les coins, quelques bouteilles de rouge sur une étagère, et une table au centre, sur laquelle des traits tracés à la craie, indiquait l' endroit où la fille fut attachée .
- Salut Alexander !
C' était un collègue à Alexander qui s' exprima . Il était accompagné de trois autres personnes .
- Salut !
Alexander répondit ... et il reprit pendant que l' autre se déplaçait jusqu' à lui .
- T' as plus d' infos ?
- Oui ; on a pas trouvé ses empreintes sur le corps et sur les habits de la jeune fille . Il ne l' a pas violée . Il l' a juste étranglée .
L' endroit était lugubre . On pouvait facilement imaginer l' homme torturant la fille ... Jeff regardait ces hommes fouiller dans les cartons . Une drôle d' amertume ! Mais il intervint néanmoins .
- Qui est - ce, la fille ?
- Elle habitait le quartier voisin . Elle n' avait que quatorze ans . Elle n' est pas rentrée du collège hier soir . Ses parents nous ont appelés et on a quadrillé le voisinage toute la nuit .
Cette réponse suffisait à Jeff . Il se tourna sur Alex .
- Et tu n' es pas venu me chercher ?
- Non ! J' ai dormi chez ma fiancée . Je n' ai appris la nouvelle que ce matin .
La discussion s' atténuait, mais ils n' avaient pas grand chose à ce dire . Le collègue leur expliqua ensuite qu' est ce que l' homme avait fait . Quelques détails sur ses activités . Les deux hommes restèrent une dizaine de minutes à l' écouter et à tout observer, et ils remontèrent pour retrouver leurs voitures .

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 1 ) : Il m' ont demandé si j' avais un avocat . J' ai répondu que non ; alors ils ont voulu m' en proposer un d' office, mais j' ai refusé ... »

***

En arrivant devant le palais de justice, en sortant de la voiture, Jeff remarqua qu' un bel attroupement de personnes patientait derrière les barrières . Une trentaine de policiers les retenaient et beaucoup de voitures de police étaient parquées devant .
Le palais était une immense bâtisse blanche d' un style typiquement anglais, et avec un parc cloisonné tout autours .
Les deux hommes grimpèrent ensuite les marches et pénétrèrent dans le hall . Un grand hall très surveillé et extrêmement bruyant ; avec un paquet énorme de policiers, plusieurs journalistes, et des avocats en robe
noire .
- C' est pas trop l' endroit pour questionner un accusé !
Jeff s' annonça, quand les deux hommes passèrent la barrière de sécurité .
- Je sais ! Mais c' est l' endroit le mieux surveillé .
- Ah bon !
A l' approche du centre du hall, Alex l' invita à grimper le grand escalier central . De longues marches ennuyeuses, et en haut, ils suivirent un couloir et arrivèrent à une nouvelle barrière de sécurité .
Devant, ils présentèrent leurs cartes et pénétrèrent dans un secteur paraissant très silencieux . A peine quelques hommes en civil s' y promenaient afin de changer d' office . Un petit couloir pour des bureaux remplis dérisoirement ... Au bout du couloir, Alex ouvrit une porte et ils pénétrèrent dans un petit bureau rempli par une dizaine d' hommes . Des hommes qui semblaient se concerter .
- Bonjour messieurs !
Alex s' annonça en refermant la porte .
En entendant sa voix, les hommes se retournèrent et le saluèrent . Alex en profita alors pour leur présenter Jeff, et la discussion reprit son en train par le biais du commissaire principale .
- Bien, on ne va de toute façon pas s' amuser avec lui . Le réquisitoire doit se pratiquer dans les règles de l' art . Il doit avoir un avocat, c' est évident . On suit la procédure habituelle . On ne s' énerve pas . Et même s' il raconte que des conneries, on s' en fout ; car de toute façon on va bien trouver un indice sûr chez lui ...
Il était déjà midi et Jeff remarqua à ce moment là que cela faisait plus de quatre heures que l' accusé se faisait interroger .
- ... Autrement, est - ce qu' il a affirmé quelque chose de concret ?
Une question destinée à un homme tenant un dossier devant lui .
- Pour le premier meurtre, il dormait . Pour le second, il nous a dis qu' après être sorti de chez sa grand - mère, il a flâné un peu et est allé attendre le bus devant la station service . Il y est resté une demi - heure, et on attend toujours la confirmation de témoins l' ayant remarqué . Cela va être facile ; car la station était ouverte . Et pour le troisième, il raconte n' être pas sorti et avoir regardé la télévision ... Il affirme aussi de n' être pas au courant pour la fille retrouvée dans sa cave .
L' homme, en terminant, referma le dossier, et le commissaire reprit .
- Ben voilà, je crois qu' on tient la preuve . L' homme n' est pas sorti, la porte de la cuisine était ouverte, et il n' a aperçu personne y pénétrer . Donc il est témoin d' être resté seul dans son appartement .
En appréciant cette subtilité, Jeff sourit volontiers . Au même moment, la porte de l' arrière - chambre s' ouvrit . Deux hommes en sortirent et joignirent le groupe .
- Alors ?
C' était le commissaire qui questionna . L' un d' eux répondit .
- Pas grand chose . Il nous a parlé de son travail et de sa jeunesse . Des petits détails ...
- D' accord ! ... Et c' est à qui le tour maintenant ?
Interrogateur, il se retourna sur le groupe . Vint un silence gêné . Quelques regards, et un homme affirma doucement .
- On reprendra après manger . De tout façon il faut bien le faire manger lui aussi .
- Ah d' accord ! Je vois .
Puis le silence revint, les hommes patientèrent quelques secondes afin de laisser la réflexion du commissaire s' atténuer, et comme celui -ci semblait chercher d' autres sujets en ses songes, Jeff prit soudainement la parole .
- On vient d' arriver, on peut rester nous !
En écoutant cet accent américain, le groupe ne fût certes pas choqué, mais leurs visages se tournèrent vers sa personne .
- Oui enfin ... Alexander, moi je resterai à l' écart .
Tout en le regardant, personne n' osait lui répondre . Alex, lui aussi semblait le regarder . Et ce fut le commissaire qui reprit .
- Je ne suis pas contre . Il n' y a pas de problème pour moi .

***

« 19 Janvier 1992 ( suite 2 ) : A midi j' ai pensé qu' ils allaient me laisser tranquille, mais deux autres inspecteurs sont entrés . Un irlandais bien de chez nous, et ... un américain ! Oui ; un ricain ! Avec son accent . Un homme du F.B.I. ... pourquoi pas . »

***

Avant de pénétrer dans l' anti - chambre, les deux hommes attendirent que la majorité des hommes partent . Ils se servirent un café, et cinq minutes plus tard, Alex pénétrait . Jeff, lui, le suivit et referma la porte . Une petite chambre sans meuble, une fenêtre avec des barreaux, une table, deux chaises, et une autre avec le jeune homme assis dessus, le dos tourné contre la porte .
Alex, directement, passa à côté de l' homme et alla s' asseoir en face de lui . Jeff, lui, se contenta juste de s' approcher de la personne afin de se tenir à l' écart ; juste derrière son épaule droite .
- Bonjour ; annonça Alex en posant son verre . Je me présente, Alexander ...., de la criminelle de Belfast, et je vous présente Jeff ...., de la criminelle de New - York . Je m' en vais, durant trente minutes, éclaircir quelques points, et vous aurez ensuite trente minutes pour manger .
Le petit homme semblait fatigué par toutes ces questions, mais s' efforçait néanmoins d'y répondre .
- Ah enfin ! Je suis content . C' est la première fois qu' un inspecteur ne me demande pas mon nom .
- Tout à fait . Autrement, si je reviens sur le premier meurtre, vous n' êtes toujours pas sorti de votre maison ?
- Tout à fait . Et c'est déjà écrit .
- Bien ... Et vous avez dit que vous avez regardé la télévision . Et il y avait quoi ce soir - là ?
- C' est aussi déjà écrit ! Je me suis endormi très tôt .
Visiblement, le jeune homme jouait avec la police . Alex respira alors un bon coup, et avant de reprendre, c' est subitement Jeff qui reprit .
- Et vous suintez !
Patrick ne leva pas tête en répondant .
- Bien sûr que je suinte . Je pue même .
- Mais en tout cas pas la Guiness ; on vous voit rarement dans les pubs .
- Je n' ai jamais dit que je puais la Guiness .
En s' exprimant, Patrick rit même . En face, Alex accepta le clin d' ½il de Jeff, et le laissa reprendre .
- Alors si vous puez autant, c' est que vous dormez avec votre maillot .
- Oui bien sûr ; quand je m' endort devant la télévision .
- Oui je vois ... un maillot du ... Manchester United je crois !
- Tout à fait !
- Et vous baisez aussi avec ?
- Je suis encore puceau !
En face de cette adversité, Patrick se permit de rire, mais Jeff reprit .
- Vous savez je ne suis pas fou ! Les odeurs à New - York ; elles ont aussi du goût ... Et parfois même du bon goût ... Comme du Chanel no5 parfois ... Ça arrive .
Jeff s' arrêta pour respirer et laisser l' autre réfléchir, et il reprit .
- Et quand les puanteurs se transforment en Chanel no5, à New - York, on pense tous à la même chose ; aux femmes ... Ou a vous ! ... Mais le seul problème c' est qu' on a pas trouvé le flacon dans vôtre maison ... Et si on arrive pas à trouver le flacon, c' est que l' odeur vient d' ailleurs ... d' une femme ... et d' une femme décédée pourquoi pas .
Patrick, qui n' osait pas trop répondre, fît la moue, mais Jeff ne s' arrêtait pas ...
- Vous savez je la sens cette odeur sur vous . Elle émane . Elle se propage . Le Chanel peut tenir facilement deux semaines sur un corps, et malgré toutes les puanteurs qui l' entourent . Et bien évidement, elle peut aussi être analysée .
Ebranlé par cette audace, Patrick réfléchit durant quelques secondes, et enfin trouva .
- C' est normal que je pue le Chanel ; des policiers m' ont touché .
- Ah oui ! ... Du Chanel pour un puceau ; dans le slip, sur vos poils ... et sans flacon .
Un espace ...
- Et vous n' êtes pas sorti ; donc vous n' avez pas pu le jeter . Les camions poubelles n' ont pas passé et on a fouillé tout le secteur ; et on a rien trouvé .
En réfléchissant, Patrick se tourna enfin vers Jeff .
- C' est quoi ces mensonges . Et vous avez quelle autorité vous, ici ?
Comme ses yeux se dérobaient face aux siens, Jeff ne manqua pas de les fixer .
- Vous savez ; avec le dossier qu' ils sont en train d' ériger, votre culpabilité sera très vite prouvée ... Bon, bien sûr, vous n' avez que seize ans . Quatre ans dans les prisons H, et une liberté surveillée ; et en Irlande ; pas ailleurs, car je ne vous vois mal acquérir la carte verte .
Cette fois se fut Jeff qui sourit ...
- Les prisons H, pis quoi encore ... Il faudrait vous mettre à la page vous, au lieu de raconter des conneries .
- J' ai dit des prisons H . Enfin, pas pour vous faire peur, mais pour que vous compreniez que vous aurez de la peine à survivre après le jugement ... Et ça vous le savez !
Un petit ricanement de Patrick ...
- Bien sûr que je le sais ... Mais ça c' est mon problème !
Comme les deux hommes se regardaient toujours dans les yeux, Jeff reprit gentiment .
- Vous avez bien vu qu' il n' y a pas de miroirs sans fond ici . Tout le monde est parti manger . Il n' y a pas non plus de micro, et on est que les trois . Trois jeunes . Lui, vous et moi ... Enfin, je sais que cette perspective peut vous faire rire, mais pourquoi pas !
Toujours yeux contre yeux ...
- Il ne faut pas rêver avec vos conneries !
- C' est qui !
- Oublie vieux !
Et Patrick se retourna sur Alex, mais derrière, la voix de Jeff resurgit .
- C' est qui ! ... Dites - le nous maintenant .
Mais Patrick trouvait cela même marrant . Il en rit, et se mit à regarder Alex dans les yeux .
- Maintenant !
Mais cette voix lui semblait toujours funeste . L' égard . Il lança même un petit mot à Alex .
- Il se croit dans le silence des agneaux .
Un mot, une croix, mais Jeff reprit .
- Ils vont la trouver vous savez . Elle va venir se présenter elle - même ; faut pas rêver ! ... Votre tête passera dans tous les journaux et à la télévision .
Une réponse tranquille et toujours à la rigolade .
- Ah ouè !
- Bien sûr !
Un silence très profond s' interposa ensuite . Un long silence entre un accusé réfléchissant et deux inspecteurs patientant que la personne se démantèle . Un silence de quelques secondes, mais qui sembla très long ... Jeff n' avait toujours pas bougé d' un poil, et il s' y attendait, l' homme, se retourna à nouveau gentiment sur lui .
- Vous voulez vraiment le savoir ...
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# Postato venerdì 31 marzo 2006 16:23