CHAPITRE 9
Sur l' avenue, la cohue était telle que les voitures n' avançaient presque pas . De grands phares de toute part et des coups de Klaxon à n’ en plus finir . La vraie cité de Rome !
A côté d' Alex, Jeff patientait nerveusement . Il tentait de se distraire avec la radio, mais aucune chaîne ne diffusait de la musique . Toutes correspondaient avec l' événement, et certes dérangeaient tellement Jeff, qu' il finit par éteindre le récepteur .
- Je me demande pourquoi tu es autant tendu ?
Bien entendu, Jeff ne se retourna pas pour lui répondre ...
- L' avantage aux Etats - Unis ; c' est le trottoir ! Il est assez grand pour y rouler .
Alex sourit ...
- Ah ouè ! ... Et tu penses que je ne connais pas les Etats - Unis . Pour y être allé plusieurs fois ...
New - York, Washington, Miami, Chicago, Los Angeles, Las Vegas et San Francisco . Beaucoup de villes, et je peux te l' avouer, je n’ ai jamais croisé Burt Renols ou l' inspecteur Harry .
Cette phrase servait certes à animer la conversation, mais Jeff ne lui répondit pas tout de suite . Il inspectait le trottoir et l' horizon . Une vision attentive, quelques secondes, et il reprit .
- Autrement, tu m’as bien confirmé tout à l’ heure que vos services ont déjà localisé Duncan ?
- Oui !
- Et comment se fait – il ?
- Chaque jour les hôtels de la ville nous transmettent les noms de leurs clients … L’informatique, tu connais !
- Et Duncan a bien réservé sur la place … ?
- Juste !
Cette nuit là, Belfast était très agité . Tout semblait présumer que la fête foraine s’ était installée sur la place centrale .
La rue y menait, mais les voitures n’ avançaient plus . La place n’ était qu’ à trois cent mètres, mais des vigiles l’ avaient sûrement bloquée, et subitement, Jeff changea totalement de discours .
- Ranges - toi dans l' angle, là ! La voiture dérangera les passants mais pas le trafic . Et on finit à pieds !
- Pardon ! ... Mais je ne peux pas là ...
Alex lui répondit en lui montrant l' espace de la tête, mais Jeff ne l' écoutait pas, il en profita même pour ouvrir sa porte, et comme la voiture n' avançait plus, il sortit .
En refermant la porte il indiqua à Alex d' avancer et de se ranger . Il pointait son doigt sur la parcelle de trottoir et il commençait déjà à marcher .
En l' observant, la tête d' Alex devint presque rouge de colère ; une envie de lui dire deux mots lutinait sur sa langue, mais une envie à retenir, car Jeff, en déambulant, vint se positionner entre sa voiture et celle d' en face .
La voiture put ensuite avancer de quelques mètres et devant l' espace, il lui ordonna de tourner .
Sans avoir le droit à une explication, Alex se contraignit alors à tourner . Il se rangea, serra son frein à main, sortit, et en s' avançant, il s’ exprima nerveusement :
- C' est quoi ces histoires ?
Mais Jeff s' en fichait, il avait déjà reprit sa marche . Un pas rapide qui obligea Alex à accélérer …
Celui - ci fit même quelques petits pas de course, et à sa hauteur, il redemanda .
- Pourquoi es - tu pressé d' aller à l' hôtel ? ... Dis - le moi franchement ?
Les deux hommes avaient encore deux cents mètres à franchir . Encore une distance à parcourir !
Mais Jeff lui répondit néanmoins …
- Et toi ! Pourquoi n' es - tu pas pressé ? ... Tu es certain qu' il est seul dans sa chambre ? ... Vraiment certain ?
***
« 19 Janvier 1992 ( suite 7 ) : Dans la chambre, nous nous sommes dévêtus . Elle a visité l' anti - chambre et les toilettes pendant que j' allumais la télévision et ouvrais la bouteille de champagne .
En explosant le bouchon elle réapparut, j' ai rempli deux verres, nous avons fait santé, et pour la première gorgée, nous nous sommes installés devant la fenêtre afin d' observer la foule me huant ... »
***
Les deux hommes marchèrent très vite et après trois cents mètres, ils arrivèrent effectivement sur la place . Là, la foule regardait l' hôtel, la fenêtre, les deux ombres, et comptait toujours vouloir pénétrer dans le hall . Des flics partout, des sirènes, des barrières disposées dans chaques recoins, et au milieu, l' hôtel de ville semblait dormir .
A cinquante mètres de l' entrée, Jeff s' arrêta subitement . Il était sur le trottoir longeant la bâtisse et cet espace n' était pas trop occupé . Alex, pas du tout surpris, fit de même et le regarda . Jeff observa un coup la chambre du couple, revint sur la foule, le hall, et s’ exprima .
- Viens ! On passe par la sortie de service . On gagnera du temps .
- C' est toi qui décide !
Et sans attendre, Jeff retourna sur ses pas . Vingt mètres plus loin il contournait la bâtisse et empruntait la rue tangente . Alex le suivait . Ils marchèrent ensuite sur trente mètres, et devant l' entrée, ils présentèrent leurs cartes au vigile . L' homme les laissa passer, et les deux hommes s'enfoncèrent dans un petit couloir dénué de style .
Après dix mètres Jeff trouva l' escalier de secours, et ils l' empruntèrent . Trois étages très vite franchis . Aucun pas de course mais des pas franchi avec témérité, et au troisième, il continuèrent dans le couloir . Un petit couloir béant, silencieux et sans âme . Dix mètres à franchir, et ils arrivèrent au pas de la porte donnant sur le couloir officiel .
Certes toujours certain de ses intentions, Jeff ouvrit la porte, et les deux hommes se retrouvèrent face à un couloir bien mieux soigné . Un tapis tendu et un style architectural visiblement anglais . Un couloir d’ une vingtaine de mètres .
- A droite !
Un petit mot lancé par Jeff qui avait aperçu le premier numéro de chambre, et sans attendre, ils s’ activèrent . Arrivés à un angle, ils tournèrent et suivirent . Les numéros leurs indiquaient la voie . Des pas prononcés et subitement un ralentissement . Une décélération car la porte était la prochaine . Des pas de plus en plus calmes, et à moins de cinquante centimètres du seuil, ils s' arrêtèrent .
Un peu en arrière, Alex regarda alors Jeff faire . Celui - ci empoigna son arme . Il contrôla le chargeur et débloqua le cran d' arrêt, et sans rien dire, Alex le recopia . Il contrôla son arme assidûment, regarda ensuite Jeff dans les yeux, il lui fit même un petit clin d’ oeil, et il s' approcha de la porte .
En face, il leva sa main gauche et cogna .
- Le service !
Certes surpris par l' annonce, Jeff comprit directement à quel genre d' intelligence il avait à faire . Cela le réconforta ... Mais derrière, toujours le silence .
- Le service monsieur !
Un second appelle, et fébrilement, plusieurs mouvements animèrent l' intérieur . Comme un rangement, un déménagement de dernière minute, et enfin, une voix s' affirma en s' approchant de la porte .
- Oui ! ... J' arrive !
Des pas prompts, un corps en mouvement, et la porte s' ouvrit ...
***
« 19 Janvier 1992 ( suite 8 ) : Ce qu' elle était bonne ... ! »
***
Au moment où la porte fut entre - ouverte, Alex leva directement son arme . Un mouvement rapide ! Jeff suivit son geste . Deux armes pointées ! Un homme devant !
Sans attendre Alex s' avança . Il poussa la porte avec ses pieds, et du même coup obligea l' homme à reculer . Une porte ouverte et une chambre . Un homme étonné et ne comprenant pas .
- Lèves tes bras !
Annonça - t - il ensuite . Il avançait toujours et obligeait l' homme à reculer . Jeff, derrière, traversa aussi le seuil, et referma le porte derrière lui .
- Va t' asseoir sur le fauteuil !
- Pardon ?
- Vite !
L' homme comprenait toujours pas, mais avec deux armes pointées sur lui, il recula . Après deux mètres, il s' assit . Alex s' approcha de lui . Il lui enfila ses menottes, le fouilla et rangea son arme .
- Jeff : maintenant tu as intérêt à assurer !
Jeff s' était aussi approché du fauteuil . Un fauteuil unique en face d' une télévision allumée et à côté d' un lit double ; une petite chambre à prix modéré .
- Bien sûr que je vais assurer !
Jeff lui répondit en rangeant son arme, et reprit en dévisageant l' homme ...
- Bonsoir Duncan !
***
« 19 Janvier 1992 ( suite 9 ) : Nos deux corps nus dans le lit et la foule criant sur la place, c' est à ce moment - là que j' ai commencé à bander ... »
***
- Tu sais au moins pourquoi on est là Duncan ?
Le jeune homme, assis de la sorte, paraissait plus gros que debout . Il ne disait rien . Il préférait attendre .
- Tu n 'arrives pas à saisir ?
Avouons l' espièglerie des deux hommes . Ils ne lui avaient pas exposé leurs insignes . Des mines de truands et deux regards de salauds, et comme l' homme ne leur répondit pas, Alex s' assit sur le lit et Jeff allât baiser le son de la télévision …
- Allons ; Ellie, tu ne l' as connais pas ?
En prenant connaissance de ce nom, Duncan ne se gêna pas .
- Ah la salope !
Pour Jeff ...
- Peut - être ! ... Mais toi ...
- Pourquoi ? ... Vous êtes qui vous ?
- Je dis toi !
Comme Jeff se déplaçait, Duncan ne le perdait jamais de vue . Il patienta quelques secondes et répondit .
- Le collier, je ne l 'ai pas encore vendu . Il est chez moi . Je vous le rends, il n' y a pas de problème .
Sait – on dire si les deux hommes ressemblaient à des truands, mais face à cette sottise, Jeff se retourna subitement contre la fenêtre . Alex, un peu gêné par la circonstance, reprit doucement .
- Oui ... Bien sûr ... Le collier ... Celui volé au Jervis hôtel !
Un écart de prudence pour Jeff, mais en entendant cette sottise, il revint directement à la charge en s' approchant des deux hommes .
- Mais quel collier ?
Pour Alex ...
- Ben ... le collier du Jervis !
- Quel collier ?
- Celui volé à Dublin le week - en passé . Au Jervis hôtel .
Pour Jeff, afin d' échauffer la chambre ...
- Mais je m' en fou du collier moi . Je te parle des meurtres . J' en n' ai rien à foutre de cette connerie . Moi, je suis ici pour les filles, et rien d' autre ...
Comme Jeff s' énervait en causant à Alex, Duncan recula subitement . Son dos vint se coller au fauteuil . Une certaine frayeur car le néant venait d' abattre les premiers sursis de sa conscience .
- Mais attends - là ; répondit Alex ; calmes - toi ! Tu ne peux pas accuser sans preuve . On ne le connaît pas lui . On ne sait pas qui c’ est ! ... Elle a peut - être menti, et on est pas encore au courant de son emploi du temps .
Pour Jeff, les nerfs tendus ...
- Alex ... Je te dis que c' est lui l' assassin . L' assassin des trois meurtres ... La figure se dessine à trois cents mètres d' ici ; à l' hôtel d' en face ... C' est simple !
L' atmosphère était maintenant très tenace . Duncan ne bougeait plus, Alex regardait Jeff, et Jeff patientait . Une ambiance métamorphosée par la foule criant sur la place, et avant de répondre, Alex patienta quelques secondes, et reprit ...
- Non Jeff ! La police ne travaille pas comme çà ici . Tu restes à l' écart, je lui enlève ses menottes, je lui demande son identité, et je lui donne un rendez - vous pour demain . C' est la règle !
Jeff ...
- Ah oui ! C' est la règle ...
L’ ambiance était vraiment très chaude, et subitement Jeff tira à nouveau son arme et vint la porter à son poignet . Des gestes courts et rapides ...
- ... Et çà ; c' est la règle !
***
« 19 Janvier 1992 ( suite 10 ) : Plus la foule criait et plus je bandais ! »
***
Croupis sur leurs fesses, les deux hommes retenaient leurs salives . Jeff avait son arme en main . Son canon n' était pas pointé, mais sa présence devait les intimider, et son autre main en poing prouvait la crispation de l' homme .
- Dis - moi ce qui te prend Jeff ?
- Ben ... Rien ... Je te le dis ! L' homme qui est devant toi est le coupable des trois meurtres .
- Allons !
- Sûr ! C' est le coupable !
Afin de mieux réfléchir, Alex regarda un coup Duncan . Il inspecta son allure, et il revint …
- Allons ; racontes pas de bêtises ! Poses ton arme . On sort et on en discute dehors ...
Il patienta encore quelques secondes, et il continua ...
- Et pis, tu m' ennuies avec tes conneries . C' est quoi ces manières . Tu pointes ton arme sur moi ; pis quoi encore ! ... Comme si je devais commencer à avoir peur !
Pour Jeff ; plus calmement ...
- Je n' ai pas pointé mon arme, mais en ce qui concerne l' assassin, c' est lui ! ... Il a tué trois fois !
- Allons !
- Je te le promets ! Et je te laisse réfléchir ! Moi je m' en fou de vos histoires . L' assassin c' est lui, et pas un autre .
- Et t' en est sûr ?
- Oui !
- Vraiment sûr !
- Oui !
Alex, qui commençait en avoir assez, se leva . Debout, Jeff pointa son arme sur lui .
- Tu ne me crois pas ?
- Déconnes pas Jeff ! Tu sais ce que tu risques ici . Je te signale que nous ne sommes pas à Hollywood . On respecte les lois nous . Un coupable doit être appréhendé avec l' accord du juge d' instruction, et cette procédure est la même pour tous .
- Et aussi pour lui ?
- Et aussi pour toi !
Le regard d' Alex visait les pupilles à Jeff . Mais Jeff, malgré ses divulgations, ne s' en préoccupa pas . Il recula même, contourna le fauteuil, et derrière, il leva son arme sur la tête à Duncan .
- Tu deviens fou !
Annonça Alex doucement . Duncan, en sentant l' arme toucher sa tête, ne broncha pas . Il ne bougait pas et attendait .
- Je sais ce que je fais, tu sais ! L' assassin c' est lui ! On ne dirait pas mais c' est lui !
- Allons ! Ranges - moi ton arme .
- Faut pas rêver !
En causant, il se déplaçait contre le côté du fauteuil . Au bout, avec sa main gauche, il empoigna le collet à Duncan, et lui ordonna .
- Toi suis - moi ! On descend au palais de justice !
Cette parodie était vraiment une parodie . Jeff ne jouait pas, et Duncan, qui ne comprenait sûrement pas tout, afin de résister, lui répondit ...
- Et pourquoi je vous suivrais ... ?
Une vis de formes, et Jeff, toujours sa main collée, lui répondit .
- Pour le collier ! ... Et ... si c' est pas le collier, c' est ta tête !
- Ah bon ... !
Afin de compatir, il leva sa tête vers Alex ...
- Il déconne vôtre américain . Il parle de meurtre . De collier . Je ne le connais pas ce type, et je n' ai rien à le suivre ! ... Et c' est quoi toutes ces conneries au fait ?
Pour Jeff ...
- Suis - moi ou je te descends !
- C' est çà !
Pour un petit sourire de Jeff ...
- Alors suis - moi au moins pour Ellie !
- Je ne la connais pas vôtre Ellie !
- Celle du Jervis ?
Pour une figure se soumettant de plus en plus ...
- Vous parlez d' Ellie ... Je m' en fou d' elle !
- D' elle ? ... Celle du Jervis ?
- Allons ! Intervint Alex, mais inutilement .
- ... Ou celle du Manhattan ?
Encore une question mais aucune réponse ... Une question superflue qui incita Duncan à soudainement ne plus répondre .
- Allons Duncan ! Viens avec moi ... !
Ses mots étaient intraitables, et Jeff, très rapidement, le ramena contre lui . Duncan, en face de cette force, pouvait facilement demander de l' aide à Alex et se retenir, mais il préférait en rire et se laisser aller . Une opportunité fortuite, car Jeff remarqua à cet instant, que le travail allait être très facile . Il l' obligea à se lever, ce qu' il fit sans mugir, et le laissa ensuite passer devant . Les deux hommes avancèrent jusqu' à la porte, et comme Duncan semblait avoir compris, il l' ouvrit .
Derrière, Alex n' avait pas bronché . Il les suivait en évitant tout geste malencontreux . Ce qui amena Jeff, à ranger son arme dans sa poche, mais toujours à portée de sa main .
Dans le couloir, les trois hommes prirent en direction de l' escalier de service . Duncan devant, Jeff au centre et Alex derrière . Une démarche silencieuse et sereine .
Auprès de la porte, Duncan l' ouvrit, et les trois hommes retrouvèrent le couloir de service . Un couloir, et l' escalier . Un regard de Duncan sur Jeff, et celui - ci lui ordonna de descendre . Le premier étage calmement . Le second de même, et vint le troisième . Une prudence de garde, un calme absolu, et en bas, en retrouvant le couloir de sortie, ils tombèrent sur un commis de cuisine revenant de l' extérieur . Celui –ci, en apercevant trois hommes descendre du premier étage, s' arrêta et les regarda fébrilement . Trois hommes sérieux pour un jeune commis à la conscience arborée .
Certes qu' en l' apercevant au bas des marches, Duncan ne s' arrêta pas, il termina de descendre, passa devant lui sans le regarder, et suivit en direction de la sortie … Derrière, Jeff, la mine prétentieuse, fit de même . Juste un regard afin de lui faire comprendre qu' il n' avait pas à s' inquiéter . Une même figure d' apathie de la part d' Alex, et les trois hommes poursuivirent .
La peur au ventre, ils marchèrent ensuite jusqu' à la porte, et Duncan sortit . Dehors, le vigile, en apercevant les menottes, les laissa passer sans rien dire . L’ atmosphère de la rue n' avait pas perdu sa vitalité . Des groupes de personnes, surtout des jeunes, la plupart en trainings, allaient et venaient . Une clarté diminuant, des voitures tentant de trouver une place de libre, et le brouhaha de la foule au loin . Presque un match de foot, un carnaval à sens unique ...
- Contre l' hôtel de ville !
Annonça Jeff, quand ses deux pieds arrivèrent sur le trottoir . Duncan en riait presque . Un jeu ridicule, mais un jeu plaisant . A savoir le monde de sa vie . Jouer ! Jouer avec les femmes, la police, et surtout jouer avec les circonstances exaltantes de son existence . La plaisanterie poussée à son paroxysme . La mort en dédicace ...
Alex était le dernier homme à sortir . Il salua le vigile de la tête, et de la main il l' invita à ne pas le suivre . Le vigile le salua aussi, et Alex s' activa, rejoint les deux autres hommes qui étaient déjà en train de marcher, et imposa sa posture aux côtés de Duncan .
- T' es fou Jeff, t' as vu le monde . Ils vont encore le prendre pour l' assassin .
- Pourquoi, t' as peur ?
- Mais non ! ... Mais le seul problème ... c' est qu' il en rigole, lui . On va en recevoir plein les dents, nous, et il le sait . Et quand la police en reçoit plein les dents, ben elle paît les dédommagements, et çà aussi il le sait .
Ils rejoignaient la place . Duncan avait toujours le sourire aux lèvres ...
- Mais non Alex ! ... Ne t' inquiètes pas ! Je dirige, vous suivez, et si Scottland Yard a un problème avec le F.B.I., tes patrons pourront toujours téléphoner à Washington .
- Allons ! ... Arrêtes de déconner . S' ils ont quelque chose à dire, ils le diront à moi ... tu piges !
La place abritait bien deux milles personnes ; éparpillées partout . En face, la lumière émanait toujours de la fenêtre . Beaucoup de monde l' observait avec attention . On pouvait croire que Michael Jackson y dormait ...
- Bien ! ...
Annonça Jeff, sur les premiers pavés de la place ...
- ... Duncan ... T' es prêt à traverser ?
Une petite confirmation divine ...
- Mais bien sûr ... !
Et sans attendre, Jeff continua . Les trois hommes étaient maintenant les uns à côté des autres .
Ils traversèrent la rue . Des pas tacites, et aucun regard malveillant de la part des premiers groupuscules ...
De l' autre côté, au bord du grillage, Jeff s' arrêta soudainement, et fit mine de chercher la direction la plus courte . Alex et Duncan s' arrêtèrent aussi . Un tour d' horizon de la part de Jeff . Deux hommes le regardant, et subitement, il empoigna les menottes de Duncan . Des gestes très courts ! Avec force, il les tira contre lui . Duncan, lui, ne put réagir, et en un éclair, Jeff sortit les siennes, tira Duncan jusqu' à la barrière, et il inséra ses menottes sur les siennes et en travers une barre . Des mouvements trop rapides pour permettre aux deux autres hommes de riposter !
- Qu' est qui te prends Jeff !
Intervint directement Alex, en s' énervant . Il n' était qu' à un mètre de lui .
- Oui c' est ça ! Qu' est ce qui lui prend à ce type !
Intervint Duncan ; les mains maintenant attachées à la barrière .
- Ben rien . Maintenant tu vas pouvoir t' expliquer !
Alex acquiesça …
- Tu deviens fou Jeff !
- Pas du tout ! Vous voulez un homme sur la place publique ; vous l' avez !
- T' es fou Jeff ! On commence a nous regarder !
Son affirmation était exacte, plusieurs personnes avaient tournées leurs regards sur eux .
- Allons Duncan ; parles maintenant ... !
Alex, très nerveux et comptant réagir, sortit ses clefs de sa poche . Il s' approcha ensuite de Duncan pour lui ouvrir ses menottes, mais Jeff vint se coller directement à lui et lui enfonça sa crosse dans le ventre afin de lui faire remarquer que son arme était toujours à sa portée .
- T' es fou Jeff ! Arrêtes tes conneries ! Tu ne me faits pas peur tu sais !
Mais Jeff s' en fichait ...
- Allons Duncan ! ... Ellie, tu la connais parfaitement . Une petite baiseuse amoureuse de toi . T' as fait le casse avec elle à Dublin . Tu lui a ensuite demandé d' aller baiser avec Patrick, pendant que t' attendais dehors . T' as tué la première fille devant chez lui ... Pour la seconde, tu l' as suivit dans son village . Rien de plus con ! Et pour la troisième, t' as ramené son corps chez lui pendant que lui baisait avec Ellie chez elle . Aussi rien de plus con !
Les trois hommes étaient très rapprochés les uns des autres, et malgré le discours à Jeff, Alex empoigna néanmoins les mains de Duncan, et lui ouvrit ses menottes ...
- ... Et si t' as besoin de preuves Duncan, il n' y rien de plus simple, il suffit de me demander !
Jeff avait reculé d' un mètre ...
- T' es fou Jeff !
En libérant Duncan, les deux hommes s' étaient retournés sur lui . Duncan n' osait pas causer, et Jeff continua en haussant le ton .
- Alex ! ... Mais demandes - lui qu' est ce qu' il y a dans sa salle de bain ?
- Il est fou votre collègue !
- Demandes - lui ! ... Demandes - lui gentiment s' il n' y aurait pas par hasard une fille attachée dans sa salle de bain, à l' hôtel .
Les deux hommes regardaient Jeff s' énerver . Alex tenait toujours Duncan, et à leurs côtés, une trentaine de personnes semblaient les regarder .
- T' es fou ; qu' est ce que tu racontes !
- Je ne suis pas fou, je m' en fou, elle est là la différence .
- Il est fou votre collègue ! Il raconte que des conneries ...
Pour Jeff, le regard nerveux ...
- Bien : alors je suis fou ! Il n' y a personne dans sa chambre ! Personne dans sa salle de bain ! Et personne sur la place ! ...
Il commencait à reculer ...
- Alors si je suis fou ; je me casse . Je te laisse Alex ! La porte de la salle de bain n' était au moins pas fermée ! Au moins lui il ne pue pas le Channel no cinq ! Et son lit n' était au moins pas défait !
Alex avait énormément de peine à assumer . Il ne savait pas trop quoi faire ni comment réagir …
- Et tu comptes aller où maintenant ? ... Et c' est quoi toutes ces histoires ?
Jeff avait déjà pris cinq mètres . Il reculait toujours ...
- Tu me l' as dit, je ne suis pas chez moi . Alors je me casse ...
Alex tenait toujours Duncan . L' ambiance était chaude, les gens autours, les regardaient toujours passivement ...
- Et tu comptes te casser où ?
Jeff avait encore prit trois mètres, et il en rigolait ...
- Ben je me casses visiter l' île . Je ne suis là que pour deux semaines . Je vais essayer d' en profiter au maximum .
Pour Alex, extrêmement chaud ...
- Mais attends - là ; tu perds les pédales ou t' es né comme ça ! ... T' as vu dans quelle position tu m' as placé ! ... Ça ne va pas la tronche ou quoi ... !
Mais Jeff ne l' écoutait pas . Il se retourna même, et prit une allure pour marcher convenablement ...